SOCRATE
bliqiie. Pour les intérêts de sa famille , de sa femme et dn ses enfants , il s'en soucie fort peu 5 en vrai Grec , il eslinie la liberté au-dessus de toutes choses ; il recommande de faire à ses amis le plus de bien et à ses ennemis le plus de mal possible , sans pourtant exclure toute conduite, équitable envers ces derniers.
22. Mais ce qui le caractérise au-dessus de tout, c'est sa religiosité vraiment antique. Deux choses qui se trouvent rarement réunies à un si haut degré font de cet homme un phénomène remarquable : un cœur excité par des sentiments vifs et forts, et une réflexion qui domina toute sa vie. Ainsi il était quelquefois si vivement saisi par une pensée , qu'il devenait lout-à-coup immobile , et restait longtem[)s dans cet état. 11 savait cependant maîtriser ces mouvements extraordinaires de son âme, et s'expliquait ordinairement d'une manière ironique sur tous les états dans lesquels l'esprit n'est pas tout entier à iui-méme et à ses rapports.
23. Cette sensibilité de Socrate nous explique aussi sa croyance au Signe [J'en/t^ovUv) qu'il connut depuis sa jeunesse et qu'il ne reçut jamais plus fréquemment que dans les derniers temps de sa vie. Ce Signe le détournait d'une foule d'actions qu'il avait l'idée d'entreprendre ; d'où il pouvait conclure ce qu'il avait à faire. Ce Signe se rapportait aussi aux actions d'autrui , et était considéré par Socrate comme un don des dieux, qu'il ne contestait cependant pas aux autres hommes, comme une voix intérieure , qui est le meilleur avis qu'on puisse recevoir. Si donc on entend par là une irritabilité particulière du sentiment , on ne s'éloignera peut-être pas beaucoup de la vérité ; seulement il ne faut pas croire qu'on {)uisse par là justifier Socrate du reproche de superstition ; car sa croyance à un signe démoniqiie se lie intimement à son respect, non seulement pour Dieu , mais encore pour les dieux..
2-i. Si l'on fait attention à toute la vie de Socrate, on ne peut s'empêcher d'être de l'avis de Platon qui lui fait dire dans son apologi", que son affaire à lui était d'examiner les hommes, de les exhorter et de les animer; qu'il croyait en avoir reçu la mission du Dieu de Delphes et qu'il ne devait pas plus y manquer (ju'd ne pourrait quitter son poste à la guerre. Socrate vécut donc soumis à cette vocation divine, e tsa vie entière ,
mais parliculièreinent sa mort, fait assez voir qu'il l'avait prise très au sérieux.
Nous allons maintenant esquisser la doctrine de Socrale, pour la connaissance de laquelle Xënophon, Platon et Aristole seuls doivent être consultés.
B. Doctri7ie de Socrate.
1. Socrate et les Sophistes — La connaissance de soi-même est la base de sa doctrine. — 2. Sa méthode i)hilosophique. — Vaste étendue de son point de vue scientifique. 3. Il tend à la science. 4. Témoignages de Xénophon, de Platon et d'Aristote à ce sujet. — Induction et définition. 5. Socrate n'a pas formul j l'idée de la science d'une manière précise. 6. L'objet du savoir est immense pour lui. 7. Théologie de Socrate. — Réfutation de l'athéisme. 8. Attributs de Dieu. — Unité de Dieu. 9. Le culte divin. — La prière. lO. Immortalité de lame. 11. Morale de Socrate.— Ressemblance aux Dieux. — En quoi elle consiste. — La vertu est une science. 12. Conséquences de cette définition. 13. DifFérencc entre 1' £iw/;«|t « ell' jury^/fo:. 14. Les lois de l'Etat. — La vocation spéciale de chacun. 15. Influence exercée par Socrate sur la philosophie en général.
1. Les Sophistes ayant ëtoufFé et pour ainsi dire détruit les principes de morale et de vertu qui se trouvent au fond de la conscience humaine, il fallait s'en tenir à ce qu'il y a de parfaitement sûr dans l'âme de l'homme , pour sortir de cet abîme de dépravation. C'est pourquoi Socrate s'attacha à la morale et n'estima guère les autres sciences. C'est pour le même motif encore que l'oracle du Dieu de Delphes : « Connais-toi toi-même. » eut tant d'importance à ses yeux. En vérité, la science philosophique ne peut se développer que par l'étude approfondie de l'homme,
2. La méthode de Socrale qui est devenue si célèbre et au sujet de laquelle il se comparait volontiers à sa mère Phénarèle, sage-femme, se rattache aussi à cet oracle. Cette méthode consistait à soumettre une pensée à toutes les combin;iisons possibles, pour l'examiner sous toutes ses faces. Pour l'appliquer, Socrate prenait très-fréquemment et très-volontiers les choses les plus indifférentes et les plus triviales, pour en faire sortir la pensée philosophique, ou du moins pour essayer de l'en tirer. Tout en s'exposant à la raillerie des hommes du