‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 25 sur 90 · DOCTRINE DE SOCRATE · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE SOCRATE

monde, il donne justement par-là l'idée de la vaste étendue de son point de vue scientifique.

3. Aussi est-ce à la science que Socrate tendait constamment. L'aveu de sa propre ignorance, qu'il répétait si souvent, loin de s'opposer à cette manière de comprendre sa fiensée, ne fait que la confirmer. Car s'il se mit au service du Dieu de Delphes pour justifier l'oracle, il était impossible qu'il sût seulement qu'il ne savait rien, mais il est nécessaire qu'il sût ce que c'est que la science. Comment se persuader ainsi qu'on l'a déjà fait, qu'un homme aussi sensé que Socrate n'aurait eu d'autre but que de mettre à nu sa propre ignorance aussi bien que celle des Sophistes? Partout où il parle de son ironie et de son ignorance, si intimement liées ensemble, il s'appuie tacitement sur ces principes, que le savoir est toujours le même dans toutes les idées vraies : que tout vrai savoir est un et constitue un ensemble partait. Toutes ses démonstrations reposent sur l'idée qu'en partant d'une vérité on ne peut arriver à contredire une autre ; qu'un résultat vrai etscientifique, trouvépar une combinaison légitime d'idées, de quelque point qu'on soit parti, ne peut être en opposition avec un autre, obtenu de la ménae manière, mais en partant d'un autre point. Tel est toujours son procédé, tel est le but constant de ses entretiens; l'idée générale de la science l'y guide toujours.

-4. Les témoignages de Xénophon, de Platon et d'Aristote sont d'ailleurs positifs à cet égard. Socrate aimait les définitions et lâchait toujours d'y ramener les questions douteuses et embrouillées. Il se servait aussi fréquemment de l'induction. Or, ce sont-là les procédés de la science à son début. Aristote nous dit que ce sont les définitions des idées et l'induction qui caractérisent la méthode socratique. Socrate est donc le créateur de la méthode scientifique, qui fut perfectionnée par Platon et Aristote. Ces philosophes reconnaissent expressément que c'est dans cette méthode que consistent les grands mérites de leur maître.

5. Toutefois , on ne trouve pas qu'il se soit expliqué d'une manière précise sur l'idée du savoir en présence de ses disciples; tout ce qu'on en peut conjecturer, c'est qu'il chercha moins à formuler cette idée d'une manière précise qu'à la faire appliquer constamment par ses disciples. C'était d'ail-

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leurs le seulinoyen de réussir auprès de ses concitoyens si légers et si frivoles à cette époque. L'auraient-ils écouté, s'il avait voulu leur exposer une théorie delà conDaissance?Ce procédé lui eût-il procuré ces succès éclatants sur les sophistes qu'il obtenait avec la puissante arme de son ironie, en se plaçant sur leur propre terrain et en mettant à nu la vanité de leur oriOueilleuse prétention de savoir et d'enseigner tout !

6. L'objet du savoir devait paraître immense à Socrate, puisque la coîinaissance de soi-même embrasse tous les rapports de rhomme avec Dieu , avec ses semblables et avec la nature entière, et que Socrate rapportait la connaissance de soi-même non-seulement à la connaissance de ce qu'on sait ou de ce qu'on ne sait pas, mais encore à la connaissance de sa valeur morale.

7. Socrate commençait , dans ses entretiens avec ses disciples, par les instruire sur ce qui concerne les dieux. Par tous ses raisonnements sur ce sujet on voit, qu'il regardait la divinité comme une. Dans ses réfutations des opinions athéistiques de son temps, il avait égard à deux choses : à l'ordre rationnel de tout ce qui existe et à la cause de l'incrédulité. Sous ce dernier point de vue, il trouvait la raison de cette incrédulité dans le mépris de tout ce qui ne se voit point ou ne s'aperçoit point de quelque manière par les sens extérieurs. Il observait, au contraire , que ce qu'il y a de meilleur en toutes choses , c'est ce qui est insensible et ne peut être aperçu qtie dans ses œuvres.

8. Socrate était en général très-circonspect dans son enseignement sur les dieux. Le principal point de sa théologie , c'est que les dieux savent tout, sont présents partout^ gouvernent tout suivant les lois du bien. C'est ce que renferme sa pensée fondamentale, que le divin est la raison pure, qui doit être révéré par nous comme principe de toutes les réalités et de tous les phénomènes et comme le terme de toute activité en nous. Cette pensée semble aussi indiquer qu'il n'admettait au fond qu'un seul Dieu; c'est ce que semblent indiquer les noms dont il le désigne en tant que formateur du monde, (o' r« iruffx 57<iy~v , i^fj Kix^Ti ■~>fovi;7iç).Toulbi'i)is nous ne pensons pas qu'il ait conçu Dieu sans aucun mélange de dualisme.

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