‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 26 sur 90 · DOCTRINE !)K SOCRATE · texte numérisé non relu

DOCTRINE !)K SOCRATE

cela avec Xénophon, fait dire de plus remarquable h Socrate. Ayant rencontré un jour Alcibiade qui s'en allait offrir nn sacrifice et qui paraissait préoccupé de la manière dont 11 prierait la divinité, il entre en conversation avec lui; lui dit qu'une prière que tout le inonde pouvait faire sans danger était celle d'un poète : )>0 roi Zens ! donnez-nous ce qui est bien, et lorsque nous le demandons et lorsjue nous ne le demandons pas, et éloijsnez de nous le mal lors môme que nous le demanderions. i> C'est dans ce sens que les Lacédéraoniens priaient les dieux de leur accorder, avec ce qui était bon, ce qui était beau, sans qne jamais nn les entendit demander davantage : prière qui fut louée par l'oracle d'Ammon. Pour demander des biens particuliers, il faut en avoir une sei«ûGe parfaite; autrement on risque de demander des maux au lien de biens. La divinité regarde moins aux dons et aux sacrifices, qu'à l'âme, à savoir si quelqu'un est saint on juste. Le dialogue se termine ainsi : «Te souviens-tu , Alcibiade, de m'avoir dit que tu étais dans une grande perplexité, craignant de demander, sans le savoir, quelq^ie chose de mauvais au lieu de quelque chose de bon? -— Je m'en souviens. — Tu vois donc qu'il n'est pas sans danger pour toi d'aller ainsi prier le Dieu : il se pourrait que, l'entendant blasphémer, il ne reçût pas Ion sacrifice, peut-être même t'arriverait-il quelque chose de plus funeste. Il me semble donc que le mieux, c'est que lu demeures en repos; car je ne ])ense pas que l'exaltation actuelle de tes sentiments, c'est le nom le plus honnête qu'on puisse donner à la folie, te permette de te servir de la prière des Lacédéraoniens. Il faut nécessairement attendre jusqu'à ce que quelqu'un nous apprenne quels doivent être nos sentiments envers les dieux et envers les hommes. — Quand viendra-t-il ce tenipslà, 6 Socraie ! et quel sera le maître ? je verrai avec grande joie cet homme , quel qu'il soit. — C'est celui à qui dès- à-présent lu es cher. Mais il me semble que , comme dans Homère, Minerve dissipe le nuage qui couvrait les yeux de Diomède afin qu'il pût voir si c'était une divinité ou un homme, de mi^me il faut, ava;u toutes choses, qu'il dissipe les ténèbres qui couvrent ton âme, et qu'ensuite il t'applique les choses par les-

quelles tu pourras discerner le bien d'avec le mal. Présentement tu ne me parais pas capable de le faire. — Qu'il dissipe donc, s'il lui plaît, soit ce brouillard, soit toute autre chose; car je suis prêt à faire tout ce qu'il ordonnera, pourvu que je devienne meilleur. — Je te dis encore, celui dont nous parlons désire infiniment ton bien — Alors il me semble que je ferai mieux de remettre mon sacrifice jusqu'au temps de sa venue. Tu as bien raison: cela est plus sur que d'aller courir un si grand danger — ^ Eh bien ! à Socrate, puisque tu m'as donné, ceme semble un bon conseil, je placerai cette couronne sur ta tète : quant aux dieux, nous leur ofFrirons des couronnes et tout ce que la loi ordonnera, lorsque je verrai ce jour désiré, et j'espère de leur bonté qu'il ne tardera pas à venir.» (I)

10. Socrate admettait l'immortalité de l'âme et la rattachait à la primitiveté de l'idée divine dans l'esprit humain, et à son idée du corporel, qui n'a de valeur qu'autant qu'il sert la raison. II pensait que la vie actuelle serait peu préférable au néant s'il nedevait pas y avoir une vie future où l'humanité pourra tendre à sa destinée avec bonheur. Son idée de la providence divine devait aussi la confirmer dans cette croyance.

11. En morale, Socrate s'éleva jusqu'aux principes les plus hauts de la science, comme nous le voyons par sa sentence , que l'homme doit s'efforcer de se rendre semblable aux Dieux. Or, selon Socrate, le caractère distinctif du divin, c'est la rationalité. La rationalité, ou la sagesse (cp^ov;?/./,-) doit donc être le but suprême des tendances humaines. La science et la vertu nous apparaissent ainsi unies du lien le plus étroit; quoiqu'elle se manifeste surtout de quatre manières différentes, c'est-à-dire, comme sagesse, tempérance , courage et justice ^ la vertu n'est au fond qu'une, et elle peut s'enseigner.

12. Cette manière de voir conduisit Socrate à des conséquences qui sont en opposition avec l'opinion commune, même avec l'expérience évidente , puisqu'il disait que le méchant n'est tel que par l'ignorauce, iuvolontairement («*:«»).

(1) Plat. 2 Aleibiad.

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