‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 29 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ecole ci/rénaique.

J.Vic (lArisfippe. 2. Ses successeurs. 3. Division de la philosophie en ci mi parties.- trois pour la morale, une pour la physique et une pour la logique. 4. Le souverain hien consiste dans le plaisir. 5. Nature du plaisir. 6. Ce que devient chez Aristippe la tempérance de Socrate. 7. Théodore de Cyrène. La joie et la tristesse fin de toutes nos actions : dans la joie consiste la rationalité. 8. Hégésias Peisithanatos. Doctrine du désespoir. 9. Annicéris. Retour à la doctrine d'Aristippe, occasionné par les exigences de la vie sociale 10. Mérite des Cyrénaïques.

1. Aristippe, natif de Cyrène, colonie des Minyens en Afrique, est le fondateur de l'école cyrénaïque. Il était le fils d'un riche né.gociant, et s'était fait une assez mauvaise réputation à cause de son luxe. Aristote le regardait comme un sophiste à cause de sa doctrine et du salaire qu'il recevait pour ses leçons- Ayant, dans sa jeunesse, entendu parler de Socrate, il fut saisi d'un vif désir de le connaître. Il se rendit donc à Athènes et s'attacha à ce sage pendant longtemps. On rapporte beaucoup d'anecdotes sur ses rapports avec les rois , les grands et les courtisanes de son temps. Il paraît qu'il retourna dans sa vieillesse à Cyrène, où nous trouverons sa famille et son école.

2. La chronologie de cette école est très-incertaine^ Aristippe passe pour avoir enseigné sa doctrine à sa fille Arête qui l'aurait transmise à son fils, Aristippe le jeune. Celui-ci à son tour , l'aurait communiquée à Antipater qui l'enseigna ensuite à Théodore, à Hégésias et à d'autres.

3. On a dit que les Cyrénaïques négligeaient la physique et la logique pour s'occuper uniquement de morale j mais des témoignages positifs de l'antiquité nous prouvent , que cette

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manière de voir est sans foiidemeot. D'après ces lémoignages, l'école de Cyrène divisait la philosophie en cinq parties, dont la première traitait de ce qui doit être désiré et de ce qui doit être évité; la seconde, des états ou des luanières d'être; la troisième des actions ; la quatrième des causes; la cinquième des preuves. Les (rois premières parties se rapportent évidemment à la morale, la quatrième à la pliysique et la cinquième à la logique. Dans la physique les Cyrénaïques suivaient les idées de Prolagoras; la logique contenait , selon la conjecture de Ritter, quelques règles pour défendre les principes de l'école et pour attaquer les doctrines qui lui étaient contraires.

4. Aristippe et ses disciples avaient pour principe en morale de se rendre indépendants des choses extérieures, autant qu'ils le pouvaient. Horace a très-bien caractérisé la doctrine d'Aristippe par ce vers :

Non me rébus, sed mihi res subjungere conor.

Ce principe convenait très-bien au caractère jovial d'Aristippe. Il le déterminait ultérieurement , en disant , qu'il faut jouir du présent, sans s'inquiéter du passé et de l'avenir. Le souverain bien est donc pour lui le plaisir du moment; c'est le but de tous les hommes; c'est lui qui constitue le bonheur de la vie. Il se rapproche donc ici de Socrale, qui avait aussi enseigné que le bonheur est la destination- de Thomme.

5. Par rapport au plaisir, Aristippe disait encore,qu'ilnefaut pas en rechercher plus qu'on n'en a déjà , puis qu'un plaisir ressemble à l'autre ; que jamais il ne faut se laisser subjuguer par la jouissance des sens.

6. On reconnaît encore ici l'influence de la doctrine socratique concernant la tempérance. Il savait se plier à toutes les situations de la vie et à tous les événements; c'est en cela que consistait, selon lui, la véritable rationalité.

7. Théodore de Cyrène, banni d'Athènes à cause de ses opinions athéistiques, partit du môme principe qu'Aristippe; mais il le modifia, en admettant comme fin dernière de nos efforts la joie et la tristesse. La joie est, selon lui, conforme à la raison , la tristesse ne l'est pas. Le plaisir et la peine sont moralement indifférents. Le but des actions ne consiste donc

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