‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 33 sur 90 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ecoles de Mégare, cVElis et d'Erétrie.

l.Vie d'EucIide. S.Mélangede l'Idéalisme éléatique avec la doctrine de Socrale sur le souverain bien. 3. Caractère négatif de la logique des Mégariens. 4. Hnhulide. — Ses sophismes, 5. Ahxinus d'Elis combat les Stoïciens- 6. Biodore Cronus. — Ses Sophismes — Leur fondement dans Tunité éléatique. 7. Stilpon. — Sa vie. 8. Caractère général de sa doctrine. 9. Ses principes dialectiques. 10. Le souverain bien consiste dans l'apathie. 11. Fin de cette école. 12. En quoi consiste son mérite. 13. Parenté des écoles d'Elée et d'Erétrie avec celle de Mégare.

1. Euclide de Mégare fonda l'école qui porte le nom de cette ville. Avant de connaître Socrale , il s'était déjà occupé de la doctrine éléatique, ce qui eut une grande influence sur la manière dont il s'appropria les idées de son maître, qui blâmait en lui les investip-ations subtiles et conlentieuses comme des spéculations sopbistiques. Il était du reste d'un caractère modéré et conciliant.

2. Le caractère de la doctrine mégarique semble pouvoir se résumer en ce qu'aux opinions éléatiques s'ajoute la conscience socratique du bien moral et des lois de la pensée scientifique. Les mégaricjues passent pour avoir admis qu'il n'y a qu'un seul être inimuable, qui ne peut être connu par les sens, mais uniquement par la raison. Euclide, en vrai socratique, appelait cet être unique le Bon , Dieu , raison , intelligence suprême et rien d'autre que lui n'existe. Euclide semble donc avoir fait consister le signe delà véritable moralité, comme celui de la véritable existence dans son unité et son identité constantes; ce qui rappelle les idées des Eléates et de Socrate.

S. On trouve aussi quelques déterminations logiques d'EucIide, que , conformément au caractère général de sa doctrine , il faisait servir à la négation. Ainsi on nous rapporte, qu'il attaquait les prouves par les conclusions et qu'il rejetait les comparaisons.

ECOLE DE MÉGARE. ^'ôl

■4. L'esprit négalif de l'école raégarique alla toujours en croissant après Euclide. Comme les Mcgariques attaquaient constamment les doctrines des autres philosophes, on les a aussi appelés crisliques et dialecticiens. C'est aux combats livres par eux aux autres écoles, que se rapportent les sophismes qui ont donné de la renommée à Eubulide de Milet. f^es jilus connus de ces sophismes sont le menteur, le voilé, l'élec- Ire, le tas et le chauve. Ils semblent avoir eu pour but de l'aire ressortir avec unejuste évidence la distinction entre la perception sensible et la connaissance rationnelle; ce qui est du reste j)arfaitement d'accord avec la direction principale de la doctrine mégarique. Ces sophismes rappellent aussi les arguments de Zénun contre la pluralité phénoménale.

5. Alexinus d'Elée attaqua le principe de la doctrine de Zenon le Stoïcien, en prouvant qu'on ne peut accorder au monde une énergie vitale.

6. Les Méi^ariques qui suivirent Eubulide s'occupèrent^plus de l'existence que de la pensée. De ce nombre fut Diodore, surnommé Cronus, originaire de Jasos en Carie, disciple d'Apollonius Cronus , qui l'avait été d'Eubulide. Diodore passe pour avoir vécu en Egypte du temps de Plolémée Soler. Ce philosophe combattait la possibilité du mouvement par les arguments de Zenon d'Elée et par d'autres de son invention ; il cherchait à prouver que les choses possibles sont aussi nécessaires, en quoi il fut réfuté par Aristote. Il soutenait aussi qu'une proposition hypothétique n'est vraie qu'autant que le second membre est nécessairement lié au premier, de telle sorte que si celui-ci est vrai, celui-là ne peut être faux. On comprendra facilement l'idée sur laquelle reposent ces propositions, en se rappelant l'origine éléatique de la doctrine des Mégariens.

7. Un des plus célèbres Mégariens fut Slilpon, né à Mé.oare contemporain d'A!exandre-le-Grand. Il tint, dans sa ville natale, son école, qui passe pour avoir été très-fréquentée. Il fut en grande vénération chez les anciens , à cause de ses qualités personnelles. On parle aussi de son séjour à Athènes et à Alexandrie, à la cour de Ptolémée Soter.

S. Sa doctrine tendait à prouver que l'être particulier n'a

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point de véritable existence, puisque celle-ci ne compèle qu'à l'être général.

9. II niait la vérité des jugements qui ne sont pas identiques, et la réalité des idées générales.

10. Le souverain bien, consiste selon lui, pour le sage à s'élever au-dessus de tous les mouvements et de toutes les perturbations de l'âme. L'idée qu'il se fait du sage consiste donc dans l'apathie la plus profonde et la plus complète; en quoi on lie peut méconnaître le caractère négatif de ladoctrinemégarique. C'est-là aussi l'expression d'une morale sévère, qui ressort également bien de l'opinion de Stilpon, que la faute d'au- ^rui, même de celui qui nous est le plus proche, ne peut altérer notre félicité.

11. L'école do Mégare s'éteignit lorsque son caractère négatif eut été fécondé par les riches idées de l'école stoïcienne.

12. Son importante dans le développement philosophique consiste à s'être déclarée contre l'insufSsanceet l'imperfection des idées qu'on se fait ordinairement des choses , et s'élre prononcée fermement contre les opinions chancelantes et incertaines , en faveur de l'immutabilité du vrai et du bon , qu'elle établit solidement. Ses erreurs mêmes concernant l'impossibilité du changement et la nullité de la représentation sensible ont contribué au progrès de la vraie philosophie.

1». Les philosophes Eléens et Erétriens diffèrent si peu des Mégariens que je n'aurais pas besoin de les citer, si plusieurs auteurs ne les mentionnaient comme composant des sectes particulières. Phédon , chef de l'école d'Elis et Ménédème , fondateur de l'école d'Erétrie, étaient tellement d'accord avec Euclide et ses successeurs , qu'il serait difficile de citer quelque point de doctrine qui leur fut propre. Les Eléens et les Erétriens attaquaient comme lesMégariens l'art déjuger et de raisonner. Ils n'admettaient qu'un seul bien , une seule vertu, mais sous plusieurs dénominations. Cette vertu consiste dans la conviction que donne la connaissance du vrai. Leur dialectique était tout aussi négative que celle des Blégariens. Ménédème rejetait les propositions négatives et les propositions composées , n'admettant que celles qui sont affirmatives

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