CHAPITRE VII
Platon.
A. Vie et écrits de Platon.
SOMMAIRE
1. Histoire de la vie de Platon avant ses rapports avec Socrate. 2. A rage de 20 ans, i! commence à le fréquenter et le suit pendant dix années. 3. Il étudie aussi les systèmes antérieurs pendant ce laps de temps. 4. Ses voyages à Mégare, à Cyrène, en Egypte , en Italie, 5. et en Sicile. — Ses rapports avec Denys l'Ancien et avec Dion. 6. Fondation de l'Académie. Second voyage en Sicile, en faveur de Denys-le- Jeune. 7. Troisième voyage en Sicile en faveur de Dion. 8. Mort de Platon. 9. Calomnies dirigées contre lui relativement à ses écrits, 10. à Socrate, 11, à ses condisciples , et 12. à son école. 13. Ce qu'il a pu faire pour ses comtemporains , 14. et pour les siècles suivants. 15. Reproclie fait à Platon d'avoir puisé sa doctrine dans les systèmes antérieurs. — Réfutation. 16. Platon considéré comme écrivain. 17. H regarde le discours écrit comme insuffisant pour l'exposition philosophique. 18. 11 sacrifie trop à la beauté de la forme. 19. Ses dialogues fournissent toutes les données nécessaires pour la connaissance de son système. 20. Pourquoi il a écrit des dialogues. 21. Classification des ouvrages de Platon. 22. Par Diogène Laerce. 23. Par Schleiermacher. 24. ParAst. 25. But général de ses dialogues.
1. Après ces essaisimparfaits, destinés à reproduire et développer la doctrine de Socrate, parut enfin un homme d'un génie assez élevé et assez vaste , pour réunir tous les éléments de celte doctrine et des systèmes antérieurs dans un bel ensemble, et pour porteraiusi la philosophie grecque au plus haut degré de perfection , qu'elle ait pu atteindre. Cet homme fut Platon d'Athènes. Il naquit vers 430 ou 429 av. J.-C. , à peu ()rès à l'époque oii mourut Périclès. Sa jeunesse coïncide donc avec le temps de la guerre du Péloponèse et sa vie entière avec l'époque la plus brillante de la prose attique. Son nom véritable , dit-on , était Aristoclès, quoiqu'il n'ait jamais été appelé que Platon , d'un surnom qu'il reçut probablement dans sa jeunesse. Bien qu'issu d'une ancienne et noble famille et parent des juincipaux Athéniens , il ne se voua ja-
mais aux affaires publiques, mais uniquement à la science. En effet , au milieu des desordres et du délabrement de la république d'Athènes, un homme d'état probe etphiiosophe ne pouvait plus attendre de ses efforts aucun succès niaucun honneur. D'ailleurs la direction de son esprit l'avait porté de bonne heure vers d'autres occupations. Dans sa jeunesse Platon s'essaya dans différents genres de poésie, et nul doute que cet exercice n'ait eu une gronde influence sur la forme élégante de ses ouvrages subséquents. Plus tard il s'occupa exclusivement de l'étude des philosophes antérieurs, particulièrement de la doctrine d Heraclite ; mais Socrate parait avoir donné à tous ses travaux une direction exclusive et définitive,
2. Platon était dans sa vingtième année, quand il s'attacha à Socrate; dès cette époque, il s'adonna tout entier à la philosophie. 11 est à croire, que ce sage exerça sur lui une grande influence , car Platon lui-même ne désavoue nulle part les fondements socratiques de sa philosophie, et il peint des couleurs les plus vives l'empire que Socrate exerçait sur l'esprit des hommes (1). C'était un des plus fidèles disciples de Socrate, dont il était estimé; il ne le quitta plus du jour on il eut fait sa connaissance jusqu'à sa mort.
3, L'esprit vif et curieux dont Platon était animé , permet de croire, que pendant les dix années de sa vie qu'il passa avec lui , il fit encore autrechose que de la philosophie socratique , et qu'il écrivit vraisemblablement le Phèdre et le Lysis avant la mort de son maître. Il s'enquit aussi à cette époque des opinions des philosophes antérieurs, tels qu'Anaxagore , Démocrite et les Pythagoriciens, et posa les fondements de sa philosophie. Ce fut bien certainement l'époque de la véritable. formation de Platon; les écrits qu'il semble avoir composés alors présentent d'ailleurs le même dessein , la même physionomie que tous ceux qu'il fit plus tard. C'est probablement à l'école de Socrate' qu'il connut la doctrine des Eléates.
(1) Voyez dans le Synipos., le tiibcoiiis que l'Ialoii mel.dans la bouche d'AlcibiacIc et que nousavonscilé plus haut.