PLATON
4. Après la mort de son maître, Platon se retira avec d'autres Socratiques à Mégare. Depuis il alla , dit-on , à Cyrène , auprès de Théodore le mathématicien , qu'il avait déjà eu occasion de connaître à Alhènes. Il visita ensuite l'Egypte ; tout en admirant l'active industrie des Egyptiens , il n'avait pas une haute idée de la science de leurs prêtres. Il voyagea aussi en Italie , où il connut plusieurs Pythagoriciens.
3. A ses voyages en Italie se rattachent ceux qu'on lui fait faire en Sicile , où il eut des relations intimes avec Dion, beaufrère du tyran Denys l'Ancien et oncle de Denys le Jeune (1). On rapporte qtie Platon s'attira par son extrême franchise la colère de Denys l'Ancien , au point de courir les plus grands dangers. Il gagna, au contraire, l'afiFection du grave Dion et le convertit, à ce qu'il paraît , à ses principes philosophico-politiques.
6. On rattache à la captivité que Denys l'Ancien aurait fait subir à Platon la fondation de son école à l'Académie. Suivant celte tradition , il y aurait enseigné environ 22 ans , jusqu'à son second voyage à Syracuse , où Dion l'appela pour être le précepteur du nouveau tyran, Denys le Jeune , dont l'éducation avait été négligée. Platon dut le foruier par la philosophie , et il semble qu'il n'entrait pas moins dans le plan de Dion que dans celui de Platon même , de réformer par la philosophie la constitution civile de la Sicile j en lui donnant un caractère aristocratique. Mais ils échouèrent dans leur louable et noble entreprise. Platon retourna donc à Athènes.
7. Il eut cependant occasion de faire un troisième voyage à Syracuse, à cause des démêlés qui survinrent entre Denys et Dion relativement aux biens de ce dernier ; la réconciliation qu'il se proposait d'opérer n'eut pas lieu , et lui-même ne tarda pas à se brouiller avec Denys. Plus tard il ne semble
(1) Ces voyages ont dû exercer une grande influence sur les tendances |)oliti<iues de Platon , d'abord, parce qu'il apprit à bien connaître la tyrannie en Sicile , et ensuite parce qu'il vit la prospérité de la ville de ïarente sous la direction du pytliagoricien Arcliylas.
io6 DEUXIÈME PÉRIODE.
plus avoir pris aucune part active à la suite des querelles entre Denys et Dion , quoique son neveu et disciple Speusippe et d'autres académiciens aient prêté secours à Dion dans ses préparatifs de guerre contre Denys.
8. Depuis lors Piaton semble avoir vécu en vieillard paisible dans son jardin de l'Académie , occupé de l'instruction de ses nombreux disciples et de la composition de ses écrits. Il mourut âgé de 81 ans , 349 ans avant J,-C., encore tout occupé de ses ouvrages.
9. Platon a été en butte à plusieurs accusations; on a voulu le faire passer pour plagiaire ; mais la richesse de son propre fonds est sa meilleure défense.
10. On lui a aussi reproché de s'être flatté de pouvoir remplacer Socrate auprès des nombreux disciples que celui-ci avait laissés sans maître; mais comment concilier avec de semblables intentions la piété avec laquelle Platon déplore la mort de son maître chéri et lui attribue toute sa philosophie ?
11. Désapprouvant les tendances anti-socraliques de ses condisciples, il a été accusé de mauvaise volonté à leur égard. Mais en cela il n'était que conséquent avec sa doctrine , qui tendait à détruire toute vue exclusive et bornée du domaine de la science.
i2. N'estimant pas beaucoup les philosophes contemporains, il a été aussi accusé .d'un orgueil insultant envers eux. Mais ce reproche semble aussi avoir d'autres fondements .• car dans tous ses ouvrages perce un mépris assez prononcé pour les masses populaires (1). D'ailleurs l'importance qu'il attachait à la philosophie , en comparaison de l'opinion vulgaire, pouvait être prise facilement pour une trop haute estime de lui-même. Peut-être ce reproche lui a-t-il,été attiré par lamagniûcence de son école, comparée à la pauvreté socratique; mais cette maguificence était dans le goût de son siècle , qu'il ne pouvait changer.