‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 36 sur 90 · Garantir certaines invidualilés de la dépravation géné · texte numérisé non relu

Garantir certaines invidualilés de la dépravation géné

(1) Voiries derniers livres de la rié|)iibli(iiio , sou aiio!of;ie. ses lois.

PLATOIS. 157

raie, voilà ce qu'il ctail possible de faire; et Platon l'a fait, en les affermissant dans l'amour d'un noble but, qui ne pouvait se réaliser alors dans les actions. Platon n'était point destiné à relever une génération énervée : d'ailleurs l'histoire de son temps et des temps subséquents prouve que c'était là un€ chose au-dessus des forces humaines. Il fit donc bien, en exhortant ses disciples à élever leurs regards au-dessus de l'étroite position du siècle , et à s'armer de courage et de force, chacun pour soi-même , en fixant sa vue sur le cours universel des choses.

14. 3Iais nous avons moins à jugerl'influence de Platon sur son siècle que sur les siècles suivants et sur nous-mêmes. Cette influence s'exerça surtout par ses écrits , et l'histoire est là pour attester qu'elle fut grande et durable.

15. Mais ici encore on a vouîu diminuer le mérite de Platon. On a dit qu'il avait beaucoup puisé dans les ])hiIosophes antérieurs pour la composition de ses écrits. En supposant que cela soit vrai , il lui reste encore assez de gloire : celle entr'autres d'avoir formé un beau tout de leurs essais incomplets , en expliquant et en conciliant les contradictions apparantes des tendances opposées. Et puis combien ces essais nous semblent pauvres, si nous les comparons à sa philosophie si riche? Nous sommes alors saisis d'admiration , tant est grand le trésor des observations de Platon , de sa connaissance du monde et des hommes. La richesse de ses pensées , nous ne pouvons la comprendre qu'en nous rappelant qu'il fut doué par Dieu du plus beau géjiic , et qu'il eut pour maître Socrate, qui savait si bien initier ses disciples capables à la recherche intérieure des profondeurs de l'esprit , du cœur et de la vie de l'homme.

16. IMais si Platon avait un fonds d'idées si riche , il savait aussi le faire valoir; il j)ossédait l'art de la parole et de l'exposition scientifique au plus haut degré. Ses dialogues sont de véritables drames , où tout est vivant et animé; chaque personnage y a sa physionomie propre. On cite particulièrement Aristophane et Sophron, poètes comiques, comme ayant exercé une grande influence sur le style de Platon, D'ailleurs

1j8 deuxième 1'1ÎP,10!)E.

pour bien comprendre ia perfection de ce style , il no faut pas oublier que de son temps le dialecte altique avait aussi atteint toute sa perfection.

J7. Malgré l'admirable beauté de ses dialogues, Platon ne «rovait pas encore avoir atteint l'idée qu'il s'était faite de la véritable exposition philosophique; car il s'exprime d'une manière assez dédaigneuse sur le mérite des livres comparé à celui de l'instruction orale en philosophie. » Celui, dit-il dans je Phèdre , qui prétend laisser l'art consigné dans les pages d'un livre , ou celui qui croit l'y puiser comme s'il pouvait sortir d'un écrit quelque chose de clairet de solide, me paraît d'une grande simplicité ; et vraiment, il ignore l'oracle d'Aramon, s'il croit que des discours soient quelque chose de plus qu'un moyen de réminiscence pour celui qui connaît déjà le sujet qu'ils traitent. Car voici l'inconvénient de l'écriture , mon cher Phèdre, comme de la peinture. Les productions de ce dernier art semblent vivantes ; mais interrogez -les, elles vous répondront par un grave silence. lien est de même des discours : vous croiriez , à les entendre, qu'ils sont bien savants ; mais questionnez -les sur quelqu'une des choses qu'ils contiennent , ils vous feront toujours la même réponse. Une fois écrit, un discours roule de tous côtés dans les mains de ceux pour qui il n'est pas fait, et il ne sait pas même à qui il doit parler , avec qui il doit se taire.

Méprisé ou attaqué injustement , il a toujours besoin que son père vienne à son secours, car il ne peut ni résister ni se secourir lui-même.

Mais considérons un autre espèce de discours, sœur germaine de celle-là : voyons comment elle naît et combien elle l'emporte sur l'autre. C'est le discours que /a science écrit dans l'âme de celui qui étudie. Celui là du moins peut se défendre, parler et se taire quand il le faut. »

18. Il y a des auteurs qui ont cru trouver dans les dialogues de Platon trop d'imagination, une verve quelquefois exubérante; mais la véritable philosophie est pleine de vie ; après la religion , rien n'est plus propre à remplir d'enthousiasme les âmes grandes et nobles , éclairées par ses lumières. Cependant nous accorderons volontiers que Platon , fidèle au génie

PLATON. ir»9

de sa nation, a quelquefois trop sacrifié à la heauté delà forme.

19. Mais ce serait juger peut-être les écrits de Platon sous lin faux point de vue que d'y chercher seulement une exposition scientifique de sa philosophie. Elle était sans doute réservée à son enseignement oral. En effet Aristote nous parle de points de doctrine non écrits [-j'cytj.xlx kv^^k^h).

Cependant nous ne pouvons être de l'opinion de ceux qui ont fondé là-dessus la division delà philosophie de Platon en ésotérique et exotérique. C'est une invention des temps postérieurs et le philosophe de Slagire ne la connaît pas; il tire la véritable doctrine de Platon des dialogues de ce philosophe , saiif quelques exceptions pjeu nombreuses, et non d'un enseimenl secret.

20. Pour bien comprendre les écrits de Platon , il faut surtout remarquer que sa doctrine est sortie de la lutte et du combat qu'il livra aux systèmes antérieurs incomplets. C'est là la raison pour laquelle elle est si pleine de vie, d'harmonie et de force. C'est cette lutte qui donna aux dialogues de Platon cette forme dramatique , si appropriée à un échange d'idées vif et animé. Comme Socrale, Platon croyait que rien n'est aussi propre à développer les idées et à s'élever à la science qu'un entretien vif et animé, que la lutte et le choc des esprits. C'est pourquoi il donna à tous ses écrits la forme du dialogue. Il obtint en outre par cette méthode le triple avantage :

1° De faire sentir , même au lecteur le plus indocile , l'état d'ignorance dans lequel son âme se trouve ;

2" De le forcer à continuer les recherches sur la route indiquée, pour sortir de la situation pénible de son âme ;

3^ De lui communiquer la connaissance scientifique de l'idée , qui est l'objet de la discussion , ou de lui faire faire l'aveu de son entière ignorance.

21. Ta plupart des ouvrages de Platon sont parvenus jusqu'à nous. C'est bien la plus forte preuve de l'admiration constante dont ils ont été l'objet dans tous les siècles. Cependant tous les écrits qui nous .sont restés sous le nom de Platon ne sont pas de lui. Des critiques savants tels que Schleierinacher , Bœckh, Soclier, Cousin, Stellbaum et d'autres ont fait de profondes recherches, pour distinguer les ouvrages authentiques

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de ceux qui ne semblent pas l'être. Les résultats auxquels ils SDiit parvenus sont bien différents entre eux; mais la nature de notre ouvrap-e ne nous permet pas de les faire connaître , encore moins de les j'iger.

22, On a aussi essayé de grouper les dialogues de Platon. Voici la classification rapportée par Diogène Laërce :

Dialotjiies doctrinaux.

Spécclatifs. Pbatiqdes.

Physiqces. Moraux.

Logiques. Civils.

Dialogues inquisitifs .

Gymnastiques. Polémiques.

EuccATEi'RS. Accusateurs.

EXERCITATOIRES. DESTRUCTEURS.

Diogène ajoute l'excellente observation , que la philosophie ne s'était d'abord occupée que de physique ; que Socrate y avait ajouté les recherches morales et que Platon avait rendu cette science complète, en développant la dialectique que Socrate n'avait fait qu'ébaucher. Ainsi , dans la poésie dramatique, Eschyle et Sophocle perfectionnèrent la tragédie , en y introduisant le deuxième et le troisième acteur. C'est pourquoi , de même que les poètes tragiques , qui composaient quatre pièces pour le concours public , qu'ils nommaient té- Iralogies, de même on a aussi groupé par quatre les Dialogues de Platon, division qui semble venir de Thrasylle , qui la tenait peut-être des Alexandrins.

23. Les savants dont nous avons parlé plus haut ont aussi divisé les dialogues en certaines classes; mais leurs divisions sont aussi différentes entre elles que leurs jugements sur l'authenticité des écrits de Platon; elles s'éloignent entièrement de (;clle qui nous a été conservée par Diogène.

Schleiermacher , dans sa traduction des œuvres de Platon , les divise en trois classes.

DOCTRINE DE PLAIOIV SUU L\ PHiLOSOPlIIE. I G 1

La première classe contient les dialogues qui ont pour but de faire connaître la manière commune d'envisager les choses. Ces dialogues sont le Phèdre , le Protagoras , le Parménide et d'autres petits dialogues.

La seconde classe renferme les dialogues dont le but est de montrer l'unité des contraires , et qui réunissent par conséquent ce que la manière de voir ordinaire sépare. Ces dialogues sont le Gorgias, le Théétète, le Ménon, l'Euthydème, le Cratyle, le Sophiste, le Banquet, le Philèbe et le Pbédon.

Les dialogues de la troisième classe sont destinés à fonder et à achever la science. Ce sont le Timée , la République , le Critias et les Lois.

2-4. Frédéric Ast , dans son Essai sur la vie et les écrits de Platon, admet les trois classes suivantes :

1" La classe des dialogues socratiques qui se rapportent immédiatement à l'illustration de Socrale, et dans lesquels le ca ractère poétique et dramatique prédomine. Ce sont le Protagoras, le Goigias et le Phédon.

2° La classe des dialogues dialectiques composés probablement à Mégare, après la mort deSocrate. Ce sont le Théétète, le Sophiste et le Cratyle.

§° La classe des dialogues purement scientifiques, qui sont le Philèbe , le Banquet , le Timée, la République et le Critias.

25. Le but général des dialogues platoniques est de montrer l'existence du beau et du bon dans les différentes sphères de la vie et de la nature.

B. Doctrine de Platon sur la philosophie et ses parties.

1. La science ne peut résulter ni de la sensation ni de ropinion légitime. 2. Ni de l'expression. 3. Ni de la décomposition d'une chose en ses éléments. 4. Ni de l'indication de la différence d'une chose avec une autre. 5. On ne peut que circonscrire le domaine de la science. 6. L'idée en est claire en elle-même. 7. Le terme de comparaison pour la science est la science ellemême. 8. Elle est la dernière mesure dans toutes les recherches. — Analogie avec la doctrine de Socrate. 9. Puissance de la science sur ceux qui la possèdent. 10. On ne pèche (jue par ignorance. 11. La science absolue , dont il s'agit ici , apparaît à Platon comme la conscience pure de la raison à l'égard d'elle-même. — Son objet est l'éternelle vérité. 12. a Dieu seul celle

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science; —à l'hommela philosophie, rionl la science ab solue est l'idéal. 13. L'homme intelligent seul peut élre philosophe. 14. Sur les différents degrés delà connaissance philosophique selon Platon. 15. Quatre degrés. 16. Détails ultérieurs sur le sujet. 17. Comparaison de Platon avec les philosophes antérieurs. 18. Avec Socrale. 19. Avec les Eléates. 20. Division de la philosophie de Platon en dialectique , physique et momie. 21. Objet de chacune de ces parties.

1 . En faisant attention à l'ensemble du Théétète, il ne sera pas difficile de résoudre la question qui concerne la doctrine de Platon sur la philosophie.

En effet , la science ne peut résulter de la sensation qui est essentiellement variable , ni de l'opinion qui porte des jugements sur ce qui paraît tel qu'il paraît. L'apparence , par conséquent , est l'objet de l'opinion. Ainsi quoiqu'on ne puisse pas prendre le nombre abstrait onze pour le nombre .abstrait douze , il peut arriver que l'on prenne onze unités réelles pour douze unités réelles, parce qu'il est possible qu'en comptant les onze unités, on se trompe d'une unité , puisqu'on compte des objets réels représentés par des intuitions, et qu'on n'a plus la même certitude que lorsqu'il s'agit de nombres abstraits.

C'est la ce qui nous montre que l'opinion , quand même elle est vraie et légitime, ne saurait à elle seule constituer la science, et que pour connaître une chose il ne suffit pas de la juger sur une simple apparence , mais qu'il faut encore pouvoir s'en rendre raison, soit en l'expliquant , soit en la décomposant, soit en la différenciant.

En effet , rendre raison d'une chose signifie d'abord rendre sensible sa pensée au moyen des mots, de manière qu'elle se peigne dans la parole.

2. Mais il est facile de voir que la science ne peut consister dans l'expression, puisque la parole exprime aussi bien l'erreur que la vérité , et que tout le monde est en état de rendre sa pensée par des mots plus ou moins promptement , plus ou moins clairement. De cette manière l'opinion vraie ou légitime serait toujours accompagnée de raison dans tous ceux qui pensent sur quelque sujet que ce soit.

S. Ensuite , rendre raison signifie rendre compte d'une

DOCTRiNE DE PLATON SUR I.A PHILOSOPHIE. 165

chose par les éléments qui la composent ; raaispour cela il faut que les cléments puissent être connus : or il semble que les éléments primitifs dont l'homme et l'univers sont formés ne puissent être l'objet delà connaissance.

Cependant celui qui connaît la syllabe ne saurait ignorer les éléments qui la composent ; car la chose est impossible autrement, si toutefois la syllabe résulte des éléments.

Si la syllabe consiste dans une certaine forme qui a son essence particulière , elle est alors indivisible et n'a point de parties; mais alors aussi la syllabe ou le tout n'est plus une chose composée , et il est impossible d'en rendre raison par les parties.

Au contraire , si la syllabe consiste dans les éléments , il faut que ceux-ci soient connus en même temps qu'elle, et celui qui définirait un tout par ses parties n'apprendrait rien de nouveau.

Ainsi celui qui connaît le triangle connaît aussi les trois côtés qui le composent , et il ne suffirait pas , pour définir le triangle, de dire qu'il a trois côtés, il faudrait encore ajouter que c'est un espace limité ou une figure de trois côtés. De même celui qui connaîtrait toutes les parties du corps humain ne connaîtrait pas l'homme et ne saurait le définir , s'il ne connaissait en même temps l'action que toutes ces parties exercent en elle-mêmes et les unes sur les autres, action qui fait qu'elles forment une unité vivante.

De là il faut conclure que la décomposition d'une chose en ses parties n'en donne pas la science.

4. Enfin rendre raison signifie assigner la différence d'une chose avec une autre.

Il est vrai, la différence est ce qui constitue principalement la définition qui se fait par le genre et par la différence. Mais l'opinion vraie saisit aussi la différence des choses , et cependant comme on l'a vue, elle ne fonde pas la science.

Le résultat de cette discussion si longuement exposée dans le Théétète , est donc purement négatif et l'on cherche sur

quel principe s'appuyait Platon pour réfuter ainsi toutes les définitions de la science (1).

5. Evidemment , puisqu'il rejette toute définition de la science par la légitime opinion , et qu'il se croit néanmoins autorisé à indiquer le rapport de la science avec l'opinion légitime, il veut dire par là que la tentative de définir la science ne peut aboutir qu'à la circonscriplion du domaine de la science par opposition à un autre domaine analogue.

6. Mais à tout autre égard , l'idée de la science ne sera pas rendue plus claire par là qu'elle ne l'est déjà en elle-même. On n'a besoin d'aucune définition de la science , puisque déjà son idée s'explique d'elle-même et qu'elle est telle , qu'on peut , sans avoir égard à d'autres opinions , y prendre son point de départ avec une parfaite certitude.

7. Platon ne veut donc pas convenir qu'on puisse déterminer l'idée de la fausse ojiinion , sans avoir auparavant déterminé l'idée de la science. Il rejette par conséquent toutes les questions qui auraient pour objet de faire une science de la nature du savoir ou du non-savoir , parce qu'elle nous forcerait de remonter d'une science à une autre indéfiniment, puisqu'il n'y a pas d'autre terme de comparaison pour la science que la science elle-même , et qu'il est absolument impossible de parler de la science sans employer des mots tels que connaùre ^ savoir , concevoir , etc., qui déjà renferment en euxmêmes l'idée de la science.

8. L'idée de la science semble donc être pour Platon comme la dernière mesure , le dernier terme de comparaison dans toutes les rechercbes scientifiques ; mesure qui par conséquent ne peut être rapportée à une autre plus éloignée et plus profonde. C'est ainsi que nous nous trouvons ramenés par Platon

(1) Heureusement ici on n'est point réduit à suppléer à ce qui raanfjue et l'on trouve dans le cinquième livre de la République une réponse à la question traitée dans le Tliéélète. Là on voit la différence qu'il y a entre roi)inion légitime et la science , et Platon montre que l'opinion tient le milieu entre la science et l'ignorance.

DOCrKl>K Ole PLATON SUR LA PHILOSOPHIE. 16S

à la doctrine de Socrate touchant la rationnalité pure comme dernier terme de notre activité intellecluelle.

9. Aussi ne conçoit-il pas la science comme une chose sans force qui, lors même qu'elle serait dans l'homme, ne pourrait cependant pas dominer , mais serait traitée honteusement comme une esclave par la crainte et l'espérance , par l'amour et la volupté. Pour lui, au contraire, elle a le pouvoir de gouverner l'homme , et si une fois celui-ci connaît le bien et le mal , il ne pourra faire que ce que la science ordonne, puisqu'elle est assez puissante pour protéger l'homme contre tout ce qu'il y a de déraisonnable en lui.

10. Platon fait voir longuement que l'on ne pèche que par i.ofnorance , puisque l'on n'est vaincu par un désir déraisonnable que parce que l'on confond le bien et le mal. Il ne fait encore en cela qu'affermir et développer ce point de la doctrine de Socrate, que nul n'est méchant avec pleine volonté. Pour lui, la véritable science est donc celle dans laquelle se rencontre l'activité et la connaissance de l'utilité de l'action.

11. La science absolue apparaît donc à Platon, comme la conscience pure de la raison à l'égard d'elle-même , comme la certitude que cette raison a d'elle-même, certitude qui assure à chaque connaissance particulière son prix et son importance , qui embrasse même chaque connaissance particulière et fait de toutes les sciences une science unique. Elle rend la vie raisonnable , en donnant un but à tout ce que l'âme fait avec conscience , puisqu'elle a en vue la vérité suprême , le véritable bien de l'âme et de toutes choses.

Mais cette science parfaite est d'une difficile acquisition et si quelqu'un la possédait , il lui serait impossible de la communiquer aux autres. Son objet est l'éternelle vérité, l'immuable, qui ne naît ni ne périt , et dont on ne peut dire autre chose avec vérité si ce n'est qu'il est.

12. Cet être éternel et immuable, nous l'appelons Dieu, Mais celui qui possède cette science au suprême degré ne peut être non plus que Dieu même. La sagesse est toute divine; la philosophie seule peut être le partage de l'homme; car sa science est toujours à venir, et comme tout dans l'homme ne

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fait qu'apparaître et disparaître avec une vicissitude constante, et que rien ne dure en lui, si ce n'est en se renouvelant sans cesse, témoin l'état constamment passager de son corps et de son âme, de même la science n'est jamais immuable; elle renaît à chaque instant , tandis qu'à Dieii seul, au contraire, appartient la permanence vraie et éternelle. Platon nous représente donc l'idée de la science comme un idéal auquel doit tendre l'âme raisonnable, puisqu'elle ne peut le posséder suffisamment etparfaitement, quoiqu'elle puisse à peu près atteindre ce but.

13. D'après lui la philosophie n'est donc ni pour les dieux, ni même pour le sage, elle n'est pas non plus pour les hommes grossièrement ignorants; il n'y a que l'homme intelligent qui soit philosophe, puisqu'en parlant des opinions légitimes, il aperçoit qu'il ne se suffît point à lui-même, mais qu'il a besoin de cette vue claire et profonde qui constitue celte science pure et parfaite, laquelle a pour objet la beauté suprême, le bien véritable, et qui est le terme dernier de toute activité. C'est de ce point de vue de la science qu'il faut considérer tout ce que Platon dit sur la valeur ou la non-valeur des sciences particulières.

14. Voici maintenant les différents degrés que Platon admet dans la connaissance philosophique et qu'il expose de la manière suivante à la fin du sixième livre de la République.

"Conçois deux espèces d'êtres, les uns visibles, les autres intelligibles: soit, par exemple, une ligne coupée en deux parties inégales ; coupe encore en deux chacune de ces deux parties , qui représentent l'une le monde visible, l'autre le monde intelligible; etces deux sections nouvelles représentent la partie claire et la partie obscure de chacun de ces mondes, tu auras pour l'une des sections du monde visible, les images. J'entends par des images , premièrement les ombres; ensuite les fantômes représentés dans les eaux et sur la surface des corps opaques, polis et brillants, et toutes les autres représentations du même genre. Tu vois ce que je veux dire.

L'autre section te donnera les objets que ces images représentent; je veux dire les animaux, les plantes et tous les ouvrapfcs de l'art comme de la nature.

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