DOCTRIINE DE PLATON SUR LA PHILOSOPHIE
Je conçois cela.
Veux-tu qu'à cette division du monde visible soit substituée celle du vrai et du faux de cette manière : l'opinion est à la connaissance ce que l'image est à l'objet.
J'y consens.
Voyons à présent comment il faut diviser le monde intelligible.
Comment?
En deux parts, dont l'àme n'obtient la première qu'en se servant des données du monde visible que nous venons de diviser, comme d'autant d'images, en partant de certaines hypothèses, non pour remonter au principe, maispour descendre à la conclusion; tandis que pour obtenir la seconde, elle va de l'hypothèse jusqu'au principe qui n'a besoin d'aucune hypothèse , sans faire aucun usage des images comme dans le premier cas, et en procédant uniquement des idées considérées en ellesmêmes.
Je ne comprends pas bien ce que tu dis.
Patience, tu le comprendras mieux après ce que je vais dire. Tu n'ignores pas, je pense, que les géomètres et les arithméticiens supposent deux sortes de nombres, l'un pair, l'autre impair, les ligures, trois espèces d'angles et ainsi du reste , selon la démonstration qu'ils cherchent : que ces hypothèses une fois établies, ils les regardent comme autant de vérités que tout le monde peut reconnaître, et n'en rendent compte ni à eux-mêmes ni aux autres; qu'enfin partant de ces hypothèses, ils descendent, par une chaîne non interrompue, de proposition en proposition jusqu'à la conclusion qu'ils avaient dessein de démontrer.
Pour cela, je le sais parfaitement,
Par conséquent, tu sais aussi qu'ils se servent de figures visibles et qu'ils raisonnent sur ces figures, quoique ce ne soit point a elles qu'ils pensent, mais à d'autres figures représentées par celles-là. Par exemple, leurs raisonnements ne portent pas sur le carré ni sur la diagonale tels qu'ils les tracent, mais'sur le carré tel qu'il est enlui-mème avec sa diagonale. J'en dis autant de toutes les formes qu'ils représentent, soit en
relief, soit par le dessin, et qui ont aussi leurs images, soit dans l'ombre, soit dans le reflet des ,eaux. Les géomètres les em{)loient comme autant d'images, et sans considérer autre chose que ces autres figures dont j'ai parlé et qu'on ne peut saisir que par la pensée.
Tu dis vrai.
Ces figures, j'ai dii les ranger parmi les choses intelligibles, et je disais que, pour les obtenir, l'àme est contrainte de se servir d'hypothèses, non pour aller jusqu'au premier principe, car elle ne peut remonter au-delà de ses hypothèses; mais elle emploie les images qui lui sont fournies par les objets terrestres et sensibles, en choisissant totitefois parmi ces images, celles qui, relativement à d'autres, sont regardées et estimées comme ayant plus de netteté.
Je conçois que tu parles de ce qui se fait dans la géométrie et dans les autres sciences de cette nature.
Conçois à présent ce que j'entends par la seconde division des choses intelligibles. Ce sont celles que l'âme saisit immédiatement par la dialectique, en faisant des hypothèses qu'elle regarde comme telles et non comme des principes et qui lui servent de degrés et de points d'appui pour s'élever jusqu'à ce premier principe qui n'admet plus d'hypothèse. Elle saisit ce principe, et s'attachant à toutes les conséquences qui en dépendent, elle descend, de là jusqu'à la dernière conclusion , repoussant toute donnée sensible pour s'appuyer uniquement sur des idées pures, par lesquelles la démonstration commence, procède et se termine.
Je comprends un peu, mais pas encore suffisamment. Il me semble que tu nous exposes là un point qui abonde en difficultés. Ju veux, ce semble, prouver que la connaissance qu'on acquiert par la dialectique de l'être et du monde intelligible, est plus claire que celle qu'on acquiert par le moyen des arts qui ont pour principe des hypothèses, qui sont bien obligés de se servir du raisonnement et non des sens, mais qui, fondés sur des hypothèses, ne remontent pas au principe, ne te paraissent pas appartenir à l'intelligence, bien qu'ils devinssent intelligibles, avec un principe 5 et tu appelles, ce mp semble.