‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 43 sur 90 · ARISTOTE. VIE ET ÉCKITS · texte numérisé non relu

ARISTOTE. VIE ET ÉCKITS

Division de ses t^crits en acroamaliqiies eléxotériques. 11. Classification de ses écrits établie par Aristote lui-même. 12. Remarques critiques sur la disposition de ces écrits.

1. Parmi les disciples de Platon, il n'y en eut qu'un seul d'une intelligence assez forte , pour trouver dans la richesse de ses propres idées un garant sûr contre l'imposante autorité du maître ; le système platonicien ne fut pour lui qu'un moyen pour le porter à des recherches ultérieures. Ce fut Aristote , fondateur de l'école péripatéticienne. J( naquit à Stagire, colonie grecque delaThrace, l'an 384 avant J.-C. Son j)cre Niconiaque étaitmédecin et ami d'Amyntas, roi de Macédoine. Aristote descendait par lui d'une famille qui faisait remonter son origineà Esculape; ce qui semble avoir exercéquelque influence sur la direction de ses études. La culture des sciences naturelles et médicales était comme héréditaire dans sa famille. Le père d'Aristote passe pour avoir laissé des ouvrages sur l'histoire naturelle et la médecine.

2. Aristote était encore fort jeune, lorsqu'il perdit ses parents. Il paraît qu'il se rendit près de Platon, à Athènes , dès l'âge de dix-sept ans, pour s'y livrer à l'étude de la philososophie. 11 resta vingt ans près de lui ; mais il est certain qu'il ne consacra pas tout ce temps à l'étude des doctrines platoniciennes ; l'on croit plutôt qu'il l'employa à préparer le grand travail de toute sa vie, Platon estimait infiniment Aristote à cause de son esprit supérieur, et le comparait à un coursier ardent, qu'il faut toujours retenir par la bride.

3. L'esprit réfléchi d'Aristote , qui voulait s'élever par la connaissance du fini à celle de l'infini , le poussait à tous les genres d'études , qu'il embrassait avec ardeur et dans toute leur étendue. C'est à cette tendance de ce grand philosophe que nous devons les immenses matériaux historiques et scientifiques , que renferment ses ouvrages.

Â. Précepteur d'Alexandre-le-Grand, il trouva dans la générosité de son royal élève les moyens nécessaires pour se procurer les collections d'objets dont il pouvait avoir besoin pour la composition de ses écrits.

5. Pour se faire une idée du savoir d'Aristote, il faut se rappeler, que non-seulement il avait des connaissances profondes

dans les sciences naturelles, mais qu'il a aussi approfondi tous les trésors des philosojthies antérieures et tous ceux de la littérature grecque. Aussi Platon appelait Aristote le liseur ; à cause de sa vaste érudition, il a été honoré du titre du plus savant des Grecs. Le premier il fit aussi une collection assez considérable de livres, qui passèrent, dit-on, ensuite des mains de ses héritiers dans celles d'Apellicon de Téjus à Athènes, et plus tard , lorsque Sylla eut pris cette ville , ils furent transportés à Rome , d'où ils se répandirent dans le monde connu.

6. Après la mort de Platon , Aristote ouvrit une école de philosophie dans le Lycée, gymnase où il donnait ses leçons en se promenant avec ses élèves. C'est de cette circonstance que son école a reçu le nom de Péripatéticienne. Aristote divisait, dit-on, ses élèves eu deux classes; le matin, il exerçait la première aux recherches profondes de la philosophie; le soir, la seconde classe se livrait à un genre de travail et d'instruction plus commun et qui convenait à un plus grand nombre. Le premier genre d'enseignement était appelé acroalique on acroamalique, le second exotérique. Il était naturel qu'il n'y eût que des disciples éprouvés et déjà mûrs qui pussent prendre part aux premiers exercices. Aristote passa trente ans à Athènes , occupé de ces sortes d'études. Ce fut vraisemblablement aussi pendant cet intervalle de temps qu'il composa la plupart de ses ouvrages.

7. Vers la fin de ce temps, Aristote, accusé d'impiété envers les dieux, à cause d'un hymne et d'une épigramme qu'il avait composés à la louange d'Hermins , dut se retirer à Chalcis , pour ne pas subir, dit-on, le sort de Socrale. 11 y mourut peu de temps après sa fuite d'Athènes, de sa mort naturelle, à l'âge de 63 ans. Il laissa un fils , qui portait le nom de Nicoraaque.

8. Les anciens nous rapportent plusieurs anecdotes sur une prétendue aversion qui aurait existé entre Platon et Aristote; mais elles ne semblent pas être fondées. Ce qui les a probablement fait naitre, c'est qu'Aristote laisse quelquefois percer une sorte d'acharnement contre la doctrine de Platon et des Platoniciens, el qu'il cherche à la représenter comme une direction funeste à la science.

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Mais il était bien naturel qu'Aristole s'opposât à la tendance platonique , quand les stériles et fantastiques expositions des Platoniciens sans intelligence en eureiit mis h découvert de plus en plus l'esprit exclusif et anti-scientifique. Cependant on ne peut nier, qu'il ne juge pas toujours les doctrines des autres philosophes d'une manière juste et équitable.

On a aussi répandu des bruits défavorables sur ie caractère d'Aristote ; mais bien examinés , ils ne fournissent aucune raison suffisante de l'accuser d'une façon de penser peu honorable. Une modération pleine de sagesse accompagne toutes ses opinions sur la science et la vie des hommes. L'amour de la vie scientifique domine en lui. S'il ne prit point part aux afFiiires politiques, il faut en chercher la cause dans son origine et dans la situation de la vie politique des Grecs de son temps.

9. Comme son élève Alexandre a conquis le monde connu et l'a soumis à son sceptre, en y introduisant la civilisation de la Grèce, ainsi Aristote a étendu les bornes de la philosophie grecque et l'a répandue sur toute la terre civilisée. Il a enseigné et composé ses ouvrages au centre de la civilisation grecque. Mais ses écrits, peu connus dans les premiers siècles après sa mort , n'ont été estimés et généralement répandus que lorsque Sylla , après la prise d'Athènes , apporta les manuscrits à Rome , et que Tyrannion et Andronicus de Rhodes en firent les éditions que nous possédons encore. Aristote n'obtint donc de la célébrité que dans le monde romain , et a conservé une autorité très-grande dans les écoles postérieures et surtout au moyen-àge. Ce n'est qu'à la renaissance des lettres que son influence exclusive cessa, Ce dont il s'agissait avant tout pour les beaux esprits de ce temps , pour ces Grecs chassés par la conquête , c'était d'enseigner leur langue et leur littérature, d'en répandre le goût parmi les Occidentaux. Ils traduisaient, ils commentaient Aristote ou Platon, ils se passionnaient dans cette étude ; et l'interprète de Platon se croyait tenu , pour louer dignement son modèle, d'établir la prééminence de Platon sur Aristote. Les choses n'allaient pas beaucoup plus loin. L'Académie platonicienne de Florence

suivit à peu près les mciues errements ; d'ailleurs elle se montra peu exclusive : à Florence , comme jadis à Alexandrie, on admirait à la fois Aristote et Platon.

Durant la première moitié du seizième siècle , le débat grandit et prit un caractère sérieux ; bientôt la Scolastique , sortie de la philosophie d'Aristote, put commencer à craindre pour son existence. Toutes les doctrines du siècle se levèrent contre le Stagirite ; le combat devint général ; la Scolastique défendit pied à pied la victoire , elle employa tous les moyens pour prolonger son existence ; enfin , elle succomba après une lutte longue et acharnée et l'école péripatéticienne fut presque complètement oubliée.

10. Mais , après avoir été négligé depuis la renaissance des lettres , Aristote a de nouveau commencé à être depuis quelques années l'objet d'études sérieuses et approfondies. Cependant on n'estpas encore parvenu jusqu'ici aune critiquescientifiquedes écrits que nous possédons sous son nom. Conformément aux deux espèces de leçons qu Aristote donnait, ces écrits ont été divisés par les anciens en acroamatiques et en exotériques , division qui semble être justifiée par quelques passages d'Aristote , surtout par celui où il oppose ses traités exotériques à ses œuvres philosophiques. C'est probablement aux écrits exotériques qu'appartenaient les dialogues et d'autres ouvrages perdus d'Aristote , tandis que ceux qui sont parvenus jusqu'à nous , doivent élre mis au nombre des écrits acroamatiques. Le style de ceux-ci est tout-à-fait didactique , uniforme , aride , inégal et obscur, tant par sa nerveuse concision que par le mauvais état dans lequel le texte grec nous est parvenu. Dans les écrits exotériques, au contraire, Aristote, si nous pouvons en juger par le peu de fragments qui nous en restent , avait un genre d'exposition beaucoup plus riche et plus élégant que celui que nous lui trouvons dans les écrits qui nous sont parvenus. Heureusement , par rapport à la connaissance de la philosophie d'Aristote , nous n'avons pas besoin de regretter beaucoup la perte de ces écrits ; car, d'une part , nous en possédons l'exposition passablement complète dans les ouvrages acroaliques; et il est à présumer, d'autre

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