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ARISTOTE. SA PHILOSOPHIE EN GENERAL

est la science des êtres matériels en tant qu'ils sont en mouvement ou peuvent recevoir le mouvement; elle serait la science première, s'il n'y avait d'autres êtres que ceux-là, mais il y a des êtres immobiles, et la science qui les étudie a nécessairement la priorité. La science la plus élevée à tous les titres, est celle qui porte sur des objets immobiles et éternels. Les mathématiques ne peuvent pas prétendre à ce titre; les êtres qu'elles embrassent sont immobiles à la vérité, mais ils ne sont point séparés de la matière, ils sont dans la matière; l'être premier, l'être absolu, est non-seulement immobile, il est indépendant, et la science vraiment libre, vraiment indépendante, doit être de toute nécessité celle qui porte sur l'être indépendant, l'être en soi. .

7. Cette science est la philosophie première. Elle est l'étude des axiomes que toute science doit poser à son point de départ; et par là elle domine toutes les spéculations particulières, elle leur fournit une base et des principes. Science universelle , dans toute l'acception du mot, elle embrasse l'étude de toutes les natures sans exception. L'être en tant qu'être, la forme de l'être, les attributs universels de l'être en tant qu'être, voilà son domaine : il comprend toutes les existences. L'être s'entend de plusieurs manières; il est ou la substance, ou seulement une modification, une qualité, une privation de la substance; mais ces diverses acceptions se rapportent à une seule chose, l'être en tant qu'être. De sorte qu'une seule science devra s'occuper de toutes les espèces de l'être, de toutes les modifications de la substance. Elle embrassera aussi l'étude de l'unité dans toutes ses acceptions; car l'unité ne peut se séparer de l'être; enfin, une même science devant s'occuper des contraires, elle étudiera en même temps l'unité et la pluralité , dans lesquelles vient se résumer toute contradiction.

Si tel est le but de la philosophie, aucune science ne s'est jamais proposé une aussi vaste carrière à parcourir. Elle comprendl'étude du monde intelligible, comme celle du raondesensible; en elle viennent se résumer l'unité et l'infinie variété des êtres; elle ne connaît d'autres limites que les bornes de la pensée humaine.

8. En sa qualité de science, la philosophie est aussi appelée à vérifier les principes logiques du raisonnement. Toutes les

sciences parliculières les adoptent , aucune ne les soumet à l'examen, aucune n'en a le droit. Les axiomes embrassent tout ce qui est , et non pas tel ou tel genre d'êtres; celui-là seul pourra prononcer sur l'autorité de ces principes, qui aura la science de l'être en tant qu'être. Tou|es les sciences prennent l'être pour point de départ, et doivent, par conséquent, s'appuyer sur les axiomes ; mais n'étudiant pas l'être sous tous ses rapports, elles ne peuvent contrôler des principes universels. Pour donner les principes les plus certains de ce qui est , il faut avoir la connaissance de l'être en tant qu'être, et, selon Aristote, le seul qui [)ossède cette connaissance, c'est le philosophe (I). L'examen des axiomes est donc un cfles principaux objets de la philosojthie.

9. Quelle que soit cependant l'étendue de la philosophie première, elle a des bornes qu'il faut indiquer. Science de l'être en lui-même, et des propriétés, des modifications essentielles de l'être, elle ne peut embrasser l'étude de l'être accidentel, ni en examiner les causes; l'accident n'a pas de cause proprement dite. Aucune science ne tient compte de l'accident, l'accident n'a guère même qu'une existence nominale (2). Ici Aristote se trompe : à mesure que nos connaissances se complètent par une observation exacte , ce qu'Aristote appelle accident, et ce que d'autres nomment hasard, disparaît à nos yeux, pour faire place à cette admirable harmonie de l'univers qui se manifeste dans les petits comme dans les grands phénomènes.

10. Aristote, comme nous l'avons vu précédemment, cherchait avant tout à mettre sa philosophie d'accord avec les nolions du sens commun sur la vie pratique et l'expérience. C'est pourquoi il suivit, dans ses recherches philosophiques, une route tout opposée à celle que Platon avait parcourue. Celui-ci partit de l'idée de l'être absolu, del'idée de Dieu et du bien suprême; Aristote, au contraire, prit pour guide l'expérience afin de s'élever du particulier au général; la méthode de Platon fut la synthèse , tandis qu'Aristote employa l'analyse. C'est pourquoi la philosophie de Platon est si animée, si pleine de

(Il et (2). Metaph. IV ; Pierron et Zévort , Iradiiclion de la Mélapli d'Arislote, introduction.

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