‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 54 sur 90 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

A. Epicîire, son écolo et sa doctrine.

1. Vicd'Epicure. 2. Son séjour et son école à Athènes. 3. L'amitié des Epicuriens les uns pour les autres. 4. Leur activité scientifique. 5. Ecrits d'Epicure. 6. Définition et but de la philosophie. 7. Elle se divise en canonique, physique et morale.

1 . Epicure naquit à Athènes en 3-47 et mourut l'an 270 avant l'ère chrétienne. Ses parents étaient pauvres , car son père Néoclès gagnait sa vie comme maître d'école, et sa mère Chérestrate, comme devineresse. Sa jeunesse parait avoir été très-agitée. Il commença de bonneheure à s'occuper de philosophie. On rapporte à ce sujet, que ce fut la lecture de la théogonie d'Hésiode qui l'engagea à faire ses premières recherches philosophiques. 11 passe pour avoir eu un grand nombre de maîtres en philosophie; mais il semble s'être particulièrement nourri de la lecture des écrits de Démocrite, dont il reproduisit plus tard le système, en le développpant spécialement sous le point de vue moral.

2. Après avoir commencé à enseigner la philosophie à Mytilène et à Lampsaque, il vint ensuite, à l'âge de trente six ans, à Athènes, où il établit son école dans la maison de campagne et le jardin qu'il possédait dans celte ville. Cette école fut fré-

ÉpicuHE. ass

quentée par un grand nombre de disciples , qui vivaient dans la plus grande intimité et s'enlre-aidaient dans les temps de grande misère.

3. Aussi l'amitié des Épicuriens est-elle devenue célèbre dans les fastes de l'histoire, elle a été louée par les uns , blâmée par les autres. Il paraît, du reste, que la moralité la plus sévère ne régnait pas toujours dans les jardins d'Epicure ; ce qu'on conçoit assez bien, si l'on fait attention à la nature de sa doctrine.

4. L'activité scientifique des Epicuriens ne fut jamais que très-faible, ce qui semble encore devoir être attribué au caractère de cette même doctrine et à la manière dont le maître la transmeflait à ses disciples, [tuisqu'il ne leur en communiquait que quelques extraits qu'ils devaient apprendre par cœur

[/.-jf.ltAl ôiin).

5. Epicure composa un grand nombre d'ouvrages dont cependant il ne nous est resté que fort peu de chose. Ce dont nous devons moins nous étonner que du nombre de ses écrits, car Aristote lui-même n'a pas tant écrit qu'Epicure. Que des hommes savants, tels qu'Aristote, écrivent beaucoup d'ouvrages, il n'y a rien de surprenant; mais qu'un homme comme Epicure , qui ne possédait que des connaissances très-médiocres, qui méprisait les recherches scientifiques plus approfondies, et qui même n'entrait pas très-avant dans la critique des systèmes antérieurs , ait coinjiosé tant de livres, on est naturellement porté h croire que c'est la vanité, l'amour-propre, qui aime tant à s'entendre lui-même, qui a dicté ses ouvrages. C'est ce qui paraît aussi confirmé par les fréquentes répétitions, des mêmes pensées, répétitions qui se trouvent dansée qui nous reste de ses opuscules. D'ailleurs cette espèce de talent polygraphique , dont nous venons de parler, semble avoir appartenu aux écoles sensualistes de toutes les époques^ témoin le dix-huitième siècle , si fécond en ouvrages semblables à ceux d'Epicure , témoin même notre littérature contemporaine, si riche en paroles et si pauvre en pensées vraies et profondes.

6, La définition qu'Epicure donne de la philosophie , nous

3â6 DEUXIÈME PÉRIODE.

révèle le but qu'il cherchait dans la science. Selon lui la philosophie est une activité qui procure , par des idées et des preuves , une vie heureuse. La pensée est ainsi dégradée au niveau d'un moyen; ce qui du reste est d'accord avec l'esprit qui règne dans tout son système.

7. Mais de cette définition de la philosophie découlait aussi naturellement sa division. Car pour mener une vie heureuse, il faut savoir bien discerner ce qu'il faut rechercher et ce qu'il faut éviter. C'est ce que nous apprend la morale. Mais deux espèces d'ignorance empêchent l'homme d'atteindre ce but : c'est d'abord l'ignorance des lois qui régissent l'univers, source de la superstition et de ses vaines terreurs , qui mettent le trouble dans l'âme. De là , la nécessité de la physique comme introduction à la morale. L'autre ignorance est celle de l'emploi que l'homme peut faire de ses facultés ; de là, la nécessité de prendre avant tout une connaissance exacte de la raison humaine, Épicure a donné le nom de canonique à cette partie de sa philosophie, qu'il regarde comme une espèce d'avantpropos obligé de sa théorie du bonheur. Exposons succinctement chacune de ces parties de son système, pour en connaître la portée et en apprécier la valeur, et pour voir , si Epicure mérite le beau nom de génie, qu'un écrivain récent, d'ailleurs fort estimable et savant, lui a donné dans son exposition de la doctrine de ce philosophe (I).

B. Caiioniqve.

1. La sensation est la première source de la connaissance. Les 'tScoXa-o. Seconde source les l'eprésenta lions générales ou >r/»iif^=£; 5. Celles-ci sont les critériums de vérité. 4. Dédain des Epicuriens pour des recherches scientifiques plus approfondies,

1. La canonique d'Epicure est extrêmement simple. La sensibilité en forme la base. Car les sensations sont le trait caractéristique de toute vérité et de toute erreur. Toute sensation

(1) UaWei, Etudes philosophiques, iom& I.

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