C. Physique
2. Les corps, le mouvement et le vide. 2. Les atomes. Leurs propriétés. 3. Contradiction. 4. Formation du monde. 6. Le hazard domine tout. C. Point de cause intelligente. 7. Théologie d'Epicuie.8. Psychologie.— Lam« est formée d'atomes. 9. ÏMatérialismeet athéisme. 20. Question au sujet du système d'Epicure.
1. Le témoignage des sens nous apprend qu'il existe dans le monde extérieur, des corps qui se meuvent. Il doit donc y avoir un lieu où ce mouvement s'accomplit ; ce lieu est le vide (rax.-vcv, /^co/;a, nwc;) qui est lui - même inimobile. L'univers se compose donc de corps et de vide; il est infini, puisque le vide est infiniment grand et que les corps sont en nombre infini.
2. Les corps que nous apercevons dans l'esjjace sont composés et sujets au changement; naître et périr, croître et décroître, voilà les différentes phases de leur existence. Or , comme, selon Epicure , rien ne provient de rien et que rien ne se résout dans le néant, il faut admettre l'existence de particules invariables et indivisibles, dont les corps se composent à leur naissance et dans lesquelles ils se décomposent à leur mort. Ces particules s'appellent atomes dans l'école épicurienne. Elles n'ont de propriétés que celles de la forme, de la grandeur
(1) V. Mallet,etc.
ÉPICURE. — PHYSlQl'E. 839
et de la pesanteur, qui diffèrent encore dans les divers atomes. Elles sont infinies en nombre et ne peuvent être aperçues.
3. Ici la physique d'Epicure est donc en contradiction avec les principes de sa canonique. Il serait bien naturel de se demander, à cette occasion, si la théorie atomistique de la science moderne est , autre chose qu'une hyothèse admise pour la facilité du calcul et une appréciation quelconque du mélange des corps ; mais cette question nous éloignerait trop de notre sujet ; ajoutons seulement qu'elle semble loin d'être à l'abri de la critique, car on ne connaît pas la nature de la matière.
■4. En vertu de leur pesanteur et du vide, dans lequel les atomes se trouvent, ils ont dû tomber incessamment et de toute éternité. Leur chute fut d'abord perpendiculaire* mais ayant été insensiblement écartés de leur direction primitive par une force interne inconnue , quelques - uns se heurtèrent et se repoussèrent: mais d'autres se réunirent pour former les différents corps qui constituent l'univers. Il a pu ainsi se former plusieurs mondes, qui sont néanmoins séparés par de grands intervalles f^;rax;5-/y.(»:),
5. Selon Epicure, les phénomènes du monde n'arrivent donc pas en vertu d'une loi nécessaire et invariable , d'après des fins déterminées ; il va jusqu'à dire que le même phénomène, le lever du soleil , par exemple , peut avoir tantôt une cause, tantôt une autre. Que le hasard domine tout développement vital et cosmique, c'est ce que prouvent, à son avis, les innombrables imperfections du monde.
6. On ne peut donc y admettre l'intervention d'une cause intelligente première ; il n'y a donc pas de Providence. C'est ainsi qu'Epicure dégrade la science de la nature, si propre à faire naître en nous des pensées élevées et contraires aux siennes. Aussi les explications qu'il a données de quelques-uns des grands phénomènes de l'univers se ressentent-elles de sa manière abjecte de voir en physique et de l'influence qu'a exercée sur elles son esprit anti-scientifique.
7. Malgré la profession manifeste d'athéisme que nous venons de constater dans son système, Epicure admet l'existence des dieux. Il rencontrait l'idée des dieux , répandue partout.
D'où pouvait-elle provenir? Elle doit être , en tout cas , une représentation qui dérive des sensations précédentes. Il croyait dcjiic que les idées des dieux résultaient de visions divines, que nous avons, soit dans la veille, soit dans le sommeil, et qui doivent être produites par une causeanalogue.il suppose que les dieux , de forme humaine, mais affranchis des besoins humains et sans corps solides, mènent, dans les intervalles, laissés videsentre les mondes infinis, une vie sans trouble et dont la félicité ne peut être augmentée. De la félicité des dieux il concluait qu'ils ne se mêlent point du tout de nos affaires; de là ses attaques dirigées contre la religion populaire.
8. Epicure ne s'est presque pas occupé de l'origine des êtres vivants, quelque importante que dût lui paraître l'étude de la nature animée, à cause de l'àmequi accompagne la vie. L'ame doit être pour lui, comme tous les corps, un composé d'alômes; seulement elle diffère de ces corps en ce qu'elle est composée d'alômes plus subtils, arrondis, ignés et très-lisses , qui se meuvent aisément. Sa nature se manifeste par les différents étals dans lesquels elle peut se trouver pendant la vie; elle agit et pâtit , soufTre et se réjouit ; elle participe de toutes les affections corporelles ; car elle anime tout le corps et est répandue dans tout le corps ; c'est elle qui sent et perçoit, au moyen des organes du corps. Elle périt aussitôt que l'enveloppe corporelle vient à se décomposer.
9. Ainsi l'homme et l'univers ne sont rien que matière ; d'un côté , point d'âme indépendante et immatérielle au sein du corps, de l'autre point de Dieu , point de Providence au sein de la nature : matérialisme et athéisme !
10. On [jourrail se demander ici, pourquoi Epicure a d onné dans sa physique, la préférence au système atomislique? Celle question est d'un haut intérêt et mérite notre attention, même par rapport au sensualisme moderne ; mais elle ne peut se résoudre que par un exan»en approfondi de toute sa doctrine.
Examinons maintenant la morale d'Epicure.
KPICl'RE. — MOKALK. 341
T). Morale.
1. Le plaisir est le souverain bien. 2. Dans le choix du plaisir il faut avoir eo vue la vie entière. 3. Comparaison de cette doctrine avec d'autres doctrines. 4. Epicure recommande surtout le plaisir sensuel. 5. La sajjesse. 6. Portrait du sage. 7. Politique : l'intérêt est la base de la société. 8. La doctrine d'Epicure conduit au désespoir; 9. à la lâcheté et au suicide. 10. Observations critiques sur son caractère anti-scieutilique. 11. Elle a toujours plu aux esprits superficiels.
J . Les sentiments qu'excile en nous l'impression sensible sont des sentiments de plaisir [-^^o-jti)) ou de peine (n^oves, «iyijo'îoy) et appartiennent à tous les animaux. Le plaisir convient à la nature des êtres vivants [cixnc-j) ^ la peine y est contraire (a»«r^«w). Ces sentiments , source de toutes les modifications de notre vie affective, nous indiquent donc ce que non? devons désirer et ce que nous devons fuir {M/::7ii y<>7i) ; d'où i\ suit aussi qu'ils sont la règle de nos actions et de notre conduite. Or nous voyons les animaux rechercher par instinct le plaisir et fuir la peine; nous devons donc les imiter et faire par réflexion ce à quoi ils tendent par l'impulsion de leur nature ; alors nous nous procurerons la vraie félicité. Le plaisir constitue donc une partie essentielle de notre bonheur ^ sans plaisir.point de vie heureuse , point de souverain bien. Tout plaisir est donc un bienêtre en lui-même ; ce n'est que par rapport à autre chose qu'il peut être un mal.
2. D'où il résulte que nous ne devons pas toujours prendre le plaisir pour lui-même , mais seulement par rapport au bonheur complet de la vie entière, qui doit en découler pour nous ; nous devons même quelquefois lui préférer la douleur, si elle doit être suivie d'un plaisir plus grand et plus durable ; tout comme nous devons rejeter le plaisir qui pourrait occasionner une peine sans résultat avantageux pour l'avenir.
3. Dans le choix des plai.sirs , il faut donc faire attention à la vie entière , et non au moment présent et fugitif, comme le pensaient les Cyréna'iques et Déniocrite. Ici la doctrine d'Epicure se rapproche donc de celle d'Aristote , parce qu'il
342 DEUXlJ^ME PÉRIODE.
regarde le plaisir et le bonheur comme intimement liés à la vertu. Car EjDicure admet aussi la vertu , à l'exemple des Socratiques; mais il y a cette importante différence entre eux , que pour lui la verlu n'est qu'un moyen de parvenir au bonheur et non le but de l'activité humaine.
4. Mais puisque Épicure considérait la durée du plaisir et l'absence des peines comme les conditions essentielles de la vie heureuse, il était naturel qu'il recommandât de rechercher les plaisirs de l'esprit et de fuir les peines de l'âme , car les états intellectuels de cette nature sont pour le temps passé , présent et à venir. C'est pour cette manière de voir qu'on a souvent fait l'éloge de la doctrine d'Epicure. Mais on trouve d'autres opinions de ce philosophe et de son école , qui apportent de grandes restrictions à cet éloge. En effet , Epieure dit : «1 je ne pourrais concevoir le bien, si j'en retranchais les » plaisirs du goût ou de la jouissance de l'amour charnel , ou M ceux de l'ouïe et de la vue de belles formes. i> Métrodore , ami et disciple d'Epicure, n'eut même pas honte d'avouer, que la doctrine qui s'en tient à la nature ne doit avoir soin que du ventre. Et cet éloye du plaisir sensuel n'est point contredit ni par ce qu'Epicure dit ailleurs des plaisirs de l'âme , ni par le blâme qu'il jette, en d'autres endroits, sur les plaisirs des sens. C'est ce que montre assez le caractère dominant de son système. Toutefois, nous devons ajouter qu'Epicure ne semble pas avoir poussé sa doctrine à toutes les conséquences qu'elle renferme.
5. D'après tout ce qui précède , i\ est clair qu'Epicure conseillait de faire un choix entre le plaisir nuisible et le plaisir non-nuisible. C'est en cela que , pour lui, consistait le plus bel apanage de l'homme, la vertu. Car la vertu est pour lui, comme pour les Socratiques, fondée sur le savoir rationnel (f/«=-'ï"î) ; mais il est aussi clair, que , par savoir rationnel , il ne peut entendre autre chose que le calcul de ce qui peut lui être utile ou nuisible. C'est d'ailleurs ce qiii résulte encore de sa division des désirs et du portrait qu'il nous trace du sage.
6. Le sage doit, selon lui . pouvoir se borner à la satisfaction des désirs naturels et nécessaires ; il doit s'opposer aux désirs naturels et non-nécessaires. Mais en même temps , s'il