‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 58 sur 90 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

lies Stoïciens.

A- Vie et écrits des Stoïciens pendant répoque du plus grand développement de leur doctrine.

SOSIIUAIRE.

1. Rapports des Stoïciens avec leur siècle; 2. avec Platon et Aristote; 3. avec les Cyniques. 4. Tendance conservatrice. .'». Leur ind<^pendance. 6. Vie de Zenon. 7. Ses maîtres et son école. S.Athénodore, Jristonet Hérlllus. g. Cléanthe. W. Chrysippe.

1. Nous venons d'examiner les systèmes qui se sont laissé entraîner par le torrent de la corruption de leur siècle , et aller au découra.gement, à l'abattement. Etudions maintenant une doctrine qui osa lutter courageusement contre les tendances corruptrices de son temps, qui créa une morale digne d'éloges sous plus d'un rapport et qui prouva que l'esprit scientifique des Grecs n'était pas encore entièrement éteint.

(1) Mallet.

346 DEUXIÈ.1IE PÉRIODE.

Telle fut la doctrine des Stoïciens , qui plus tard exerça une si puissante influence sur la législation romaine.

Zenon de Cittium jugea l'esprit de son siècle; il vit la double tendance au relâchement des mœurs , au découragement de la raison ; il voulut y porter remède ; il voulut raffermir l'une par l'autre les autorités ébranlées de la vérité et de la vertu, en les associant étroitement entre elles.

2. Platon et Aristote ne lui parurent point atteindre le but qu'il se proposait; ils étaient, à ses yeux, trop engagés dans les recherches spéculatives, trop éloignés de la sphère des choses positives et de la pratique usuelle ; ils exigeaient des conditions trop rares ou trop difficiles ; ils ne pouvaient être des philosophes populaires. Lui-même, encore pénétré des traditions de Socrale . qu'il avait recueillies à l'école des Cyniques, il se défiait du vague des théories, il aspirait à se faire entendre du commun des hommes ; ce n'était point une école, c'était une nation entière d'hommes vertueux qu'il désirait former. Surtout, il voulait élever un édifice d'une grande solidité, un édifice inébranlable. Au milieu de la fluctuation des sjstèmes, il sentait que la simplicité de la doctrine était nécessaire pour en rendre l'adoption générale et la durée permanente.

3. Les Cyniques, dans le commerce desquels il avait puisé une morale sévère, ne pouvaient cependant satisfaire aux vues qu'il se proposait; les bizarreries par lesquelles cette école se singularisait nuisaient trop à son influence, et repoussaient la plupart des hommes ; elle négligeait trop d'ailleurs la culture de l'entendement et l'étude des sciences, pour pouvoir lutter avec avantage contre les raisonnements du scepticisme, et pour conquérir le suffrage des esprits éclairés. Il se borna donc à lui emprunter cette énergie morale qui en formait le caractère dominant, ouvrant d'ailleurs à ce principe vital une sphère dont l'étendue répondit à sa puissance : « Les Cyni- ))ques, dit Sénèque , excédaient la nature ; Zenon se borna à »la vaincre* »

4. La doctrine des Stoïciens était donc essentiellement un instrument de conservation et de résistance ; c'est de ce point de vue que nous devons la considérer pour nous en former une juste idée; de là celle raideur qui lui est propre. Tout y

Page 1