‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 60 sur 90 · C. Loijique des anciens Stoïciens · texte numérisé non relu

C. Loijique des anciens Stoïciens

1. Changements introduits dans la tliéoriede la connaissance depuis Aristote. 2. La théorie des Stoïciens. 3. La représentation. 4. Son objet. 5. La science. 6. Comment elle diffère de la sensation. — Comparaison de Zenon à ce sujet. 7. L'activité spontanée de l'âme et la droite raison. 8. La connaissance est le résultat de l'action des objets extérieurs et de la réaction de l'âme. 9. Moyens de distinguer la représentation légitime de la représentation illégitime. 10. 'Accord de la représentation avec son objet. 11. La connaissance naturelle et la connaissance scientifique. 12. Comment on arrive à cette dernière. 13. L'idée générale n'a pas de réalité. 14. La science n'a donc pas de vérité. 15. Théorie de la définition. 11. Théorie des catégories. 17. Elles sont au nombre de quatre : la substance^ la qualité, les propriétés muabhs, le rapport.

LOGIQUE DES STOÏCIENS. 3ol

1 . Dans la logique des Stoïciens, nous ne traiterons que des critériums et de la connaissance de la vérité, parce que ces parties seules ont de l'importance pour le but que nous nous sommes proposé.

Depuis Aristote, la théorie des sources de nos connaissances avait pris une direction nouvelle , dont les deux extrémités sont représentées, d'un côté par les Epicuriens et les Stoïciens, de l'autre par les Sceptiques et les Nouveaux Académiciens. Platon et Aristote avaient placé les sources de nos connaissances dans les sensations et l'activité intellectuelle réunies; Epicure crut les trouver dans les sensations seules, et les Stoïciens les envisageaient d'une manière analogue, en confondant la pensée rationnelle avec la sensation; les Sceptiques et les Académiciens ne les admettaient d'aucune manière. Ce qui doit donc nous étonner , c'est qu'aucun d'eux n'ait essayé de donner une réfutation sérieuse des théories de Platon et d'Aristole sur cette importante question de la science,

2. Par ce que nous venons de dire, l'on voit quel fut le caractère des recherches des Stoïciens touchant le critérium de la vérité. Selon eux, les idées préexistent en nous comme germes, se développent successivement et peuvent facilement se distinguer des vaines images de notre imagination. Leur théorie est en général facile et simple.

3. La représentation {fu-jzuatx) est pour eux tout ce qui se trouve dans l'âme, considérée comme conscience. Elle est commune aux hommes et aux animaux, et s'étend au sensible et au non-sensible, aux idées, aux objets réels et présents, et à l'idée qui se Forme en nous sans être produite par de semblables objets.

4. Chaque représentation a un objet correspondant représentable (»«vT«s-79v)-, elle n'est qu'un pâtir de l'âme (tafcs), qui est produit par un objet extérieur au moyen des organes des sens. L'âme est comme un tableau destiné à recevoir des caractères, qui n'en a pas encore reçu et qui les reçoit au moyen dessensations, d'où résultent en nous le souvenir, l'expérience et enfin la science même. Ici nous devons donc examiner deux points : l'idée de la science et l'objet de la connaissance rationnelle selon les Stoïciens.

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5. La scienro, prise dans un sens large, est, selon eux, une conviction intime qui ne saurait être ébranlée par aucune raison quelconque; mais prise dans un sens plus étroit , l'idée de la science désigne un système de convictions de cette nature. Elle ne s'acquiert donc que par une ferme possession des idées.

6. La pensée scientifique diffère donc de la simple représentation, non par sa nature, mais par la certitude, avec laquelle on la possède. Pour faire sentir ces différences, Zenon emi)loyait la comparaison suivante : il désignait la simple représentation par les doigts de la main étendus; l'assentiment (irJ7XK-a9;î-«5) de l'esprit aux représentations . par la contraction des doigts; la ferme convitlion (;;«-«), i-^t^) par un serrement du poing; Tintime conviction , celle que la science seule peut donner au moyen de l'enchaînement de plusieurs convicti(<ns, par l'action de serrer le poing droit avec la main gauche.

7. On voit donc que, selon Zenon, c'est l'activité spontanée de l'àme qui donne assentiment aux représentations, les retient et les fortifie. Or cette activité nest autre chose que la contraction [to-jcç] et là force de l'àme; d'où il suit que la raison , qui est cette force, doit être regardée comme le principe qui produit les représentations , les sentiments et l'adhésion de l'esprit aux représentations ; que, par conséquent, la droite raison (s/Scs V/cs) est le critérium de la vérité. La science est donc une véritable vertu de l'àme.

8. Cependant en dernière analyse, le fait de connaître est le résultat de l'action des objets extérieurs et de la réaction de l'âme. C'est pourquoi Chrysippe enseignait, que la représentation sensible est un pâtir de l'àme, lequel révèle aussi l'agent qui la produit; que c'est une lumière se montrant elle-même et les objets éclairés par elle, d'où découle notre jugement , qu'il existe réellement de tels objets.

9. Mais s'il en est ainsi, il devait être difficile, dans ce système, de distinguer la représentation légitime de la représentation fausse. En effet, les plus anciens Stoïciens passaient assez légèrement sur cette difficulté. Pour combattre les sceptiques et les nouveaux académiciens , qui attaquaient cette

LOGIQUE DES STOÏCItNS. 353

Uiéoiio, ils se lîasaitMil simplement siu- la iitîcessité pratique iradiiietlrc un savoir, parue (jue le désir cl l'action ne sont possibles dans la vie humaine, qu'autant que l'on adnietconnne vraie la rc[trésentatiun de ce sur quoi l'aclion se dirige , et qu'en particulier une i'erm té vertueuse dans la manière d'agir ne peut tenir qu'à une conviction solide de la vérité (1). La droite raison est donc pour eux le ju(>e suprême de la vérité et de la fausseté de nos représentations. Mais non content de ces diverses explications , Chrysippe chei'chait ce critérium dans les représentations elles-inémes; car il prétendait, que la représentation vraie ou concevable (cavra^ta zK7«/-;nr7;xij) ne se manifeste pas seulement elle-même , mais aussi son objet : elle n'est dit-il . autre cliose , que la représentation produite par un objet réel et d'une manièi-e analogue à la nature de cet objet. 11 admettait donc comme critérium de la véiité des représentations l'évidence empirique^ ce qui, du reste, est très-conforme au caractère général de la doctrine des Stoïcens.

10. Mais si, comme on s'en aperçoit facilement, la doctrine des Stoïciens est vicieuse sous le pointde vue que venons d'examiner , elle éprouve encore plus de difficultés pour résoudre la question concernant l'accord de la représentation légitime avec son objet. Les premiers Stoïciens disaient à ce sujet, que la représentation n'est que l'empreinte de l'objet extérieur dans l'àme, ce qui est assez d'accord avec leur manière d'envisager l'ùme. Chrysippe, au contraire, regardait la représentalion vraie comme une modiftcation de l'âme produite par l'objet extérieur; mais celte explication ne disait point en quoi consistait ])ropremcnt l'analogie de la juste représentation avec l'objet extérieur.

1 1. Les Stoïciens ne savaient pas mieux rendre compte de la différence qui existe entre les pensées et les observations d'hommes instruits et d'hommes sans instruction. Cependant ils croyaient avoir résolu cette question en disant, que les

(1)11 sera inlércssant de compuix'f, sous ce rapport, la doctrine de KaiU avec celle des Stoïciens.

3u4 DEUXIKME PÉRIODE.

idées de ceux-ci n'étaient que des pensées ordinaires {n/}cX>i<piti}, tandis que celles des premiers étaient des pensées dans le sens strict du mot, résultant d'un développeuienfscientifiqueel supérieur. C'est pourquoi ils cherchaient le critérium de la vérité dans la représentation ou la sensation, dans l'idée ou la pensée. Car l'idée est pour Chrysippe une pensée naturelle du général. C'est an moyen delà mémoire et de la réminiscence que l'homme saisit le général.

12. Mais cette connaissance naturelle doit être soigneusement distinguée du développement artificiel et scientifique de notre pensée , auquel nous parvenons au moyen de la transformation des représentations sensibles, par ressemblance ou analogie, par transposition ou composition, par opposition ou privation. C'est ainsi qu'en partant de la sensation du particulier , les Stoïciens voulaient , au moyen du souvenir et de la liaison des idées, parvenir à l'expérience et à la connaissance du général.

13. S'étant donc rangés du côté d'Aristote contre Platon dans la manière d'envisager le général , les Stoïciens ne voulaient non plus le reconnaître comme quelque chose d'existant par soi-même. Mais ils allaient, sous ce rapport , plus loin qu'Aristote, puisque , selon eux , les idées générales sont sans aucune réalité , parce qu'elles n'expriment point le caractère individuel des choses particulières ; elles n'existent que dans notre entendement. Aristote , au contraire , crut trouver cette réalité dans l'entendement divin et dans la matière formée. La science stoïcienne nous apparaît ainsi dénuée •de vérité. Cependant c'est ce que les Stoïciens ne**semblent pas avoir senti , puisqu'ils ne cessaient de combattre les doctrines ennemies delà science; la science est selon eux le bien le plus précieux de l'àme.

14. Néanmoins la science , telle que la conçoivent les Stoïciens, est sans vérité; c'est ce que nous cofifinne la distinction qu'ils établissaient entre le vrai sensible et le vrai concevable au moyen de l'entendement. Le général et le concevable au moyen de l'entendement est, suivant eux , une chose qui n'existe que dans l'entendement , et qui ne s'y est

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