LOGIQUE DES STOÏCIENS
même formée que par rapport à l'expression de !a parole rT9>,fXTov) ; ce qui existe réellement doit, au contraire, être regardé comme quelque chose d'individuel qui frappe les sens. Cette manière de voir ne leur permettait donc pas d'espérer de pouvoir reconnaître l'essence des choses d'une manière immédiate dans la science.
15. Il paraît que les Stoïciens , comme Socrate, faisaient encore servir ce résultat de leurs recherches à la définition. La définition doit nous faire connaître l'essence des choses , et par conséquent ce qu'il y a de particulier ou d'individuel dans chaque chose : une bonne définition n'est , selon Chrysippe , que l'indication du particulier, sans qu'il y soit question du général.
16. Cependant, faisant attention à la subordination des idées les unes aux autres, les Stoïciens reconnurent la nécessité des idées générales, des espèces et des genres. C'est même à leurs recherches sur celte subordination des idées que se rattachait probablement aussi leur théorie des catégories. Par catégories ils entendaient les idées les plus élevées; du moins nous trouvons que leurs catégories étaient réduites par eux à l'idée suprême; mais ils n'étaient pas d'accord au sujet de cette idée. Cependant la doctrine qui admettait comme telle l'idée de l'être et du non-être semble être la plus ancienne : ce qui prouve encore que la représentation pouvait , selon eux , être conçue comme étant sans rapport à la réalité objective. Les catégories ne désignent donc pour les Stoïciens que les espèces d'êtres.
17. Us en admettaient quatre ; la première se rapporte à l'être ou à la substance , à ce qui seul existe ; la seconde aux qualités : par qualités les Sto'iciens entendaient ce qui lient aux choses d'une manière permanente , ce qui est d'une difficile séparation, et cela par la propre nature des choses et non au moyen d'une force extérieure; la troisième catégorie concerne les propriétés muables et non-essentielles des choses , qui ont leur raison dans un principe extérieur; la quatrième contient, ce qui a une manière d'être déterminée par rapport à autre chose. Par rapport à celte dernière catégorie , les
o'jO deuxième période.
Stuifiens disliiiguaient le relatif (rc -xpa zi) de ce qui t-sl corrélatif à quelque cliose.
En examinant bien leur théorie sur les catégories, on vuit ([u'elie se rapproche en général de celle d'Aristote , particulièrement en ce que toutes deux regardent l'essence et ce qui sert de base comme ce qu'il y a de plus radical , comme ce à «[uoi tout ce qui est susceptible d'être conçu , doit é[re rajj- {>orîé, comme ce qui seul à une existence absolue.
D. Physique des anciens Stoïciens.
SOMMAIRE
1. Rapport de la physique sloïcienue avec celle des écoles aiiti'rieures. 2., Priueipe jjéiiéral : Les corps seuls sont des causes. 3. Définition du corps. 4. Les (lualitéssont des corps; ceux-ci ne sont pas impénétrables. 5. Les corps sont des forces 6. L'élément passif et l'élément actif. Dieu et la matière sont identiques. 7. La matière est l'élément variable , Dieu est l'unité de la force qui embrasse et forme toutes choses. 8. Preuves de l'existence de Dieu. 9. Côté physique de ridée de Dieu. 10. Son côté moral. 11. Formation du monde. 12. Origine du mal. 13. Pluralilédes Dieux. 1-i. Harmonie du monde. 15. Elle s'aperçoit dans la hiérarchie des êtres. 16. P/i»/sâ/«e s/jpc/'a/e. Théorie des éléments. 17. Psychologie. L'âme humaine , émanation de l'âme du monde, est uue réunion de forces: •iiyiii.c-Jixc-j \S. La (ft«v«« 19. Les facultés de rame sont au nombre de huit, dont la principale réside dans le coeur. 20. Une loi fatale régit tout et aussi la liberté humaine.
1. La lo.gique des Stoïciens ne pouvait évidemment servir de hase à leui- [)hysique , attendu qu'elles reposent toutes deux sur ce même pri!ici[ic, qu'il n'y a qu'une réalité éternelle ; elles ont plutôt leur source dans le même point de vue , mais elles n'ont pas U!ie liaison si intime entr'elles , qu'on puisse legarder l'une cuuinie principe et l'autre comme conséquence. Mais le rappojt de la physique des Sto'iciens avec celle d'Ariitule , surtout telle qu'elle a été modifiée par ses disciples , est très-sensible , puisqu'ils admettent qu'il n'existe dans la nature que des êtres cor[iorels. Elle est aussi trèsconforme à la physique antérieure , telle qu'elle avait été développée dans l'école ionienne dynamiste , surtout par Uéraclile ; mais elle diffère par-là même de celle d'Kpicure.
~. La physique, selon \cs Stoïciens, n'a pour objet que des corps ; elle admet comme principe général, que les corps seu!s
niYSYQUE DES .ST.)ÏC1ENS. 3o7
sont des causes. 11 n'existe que (jualrc espèces d'èlres incorporels, qui sont : l'espace vide, le lieu, le temps et le
mot.
3. Le corps est pour eux ce qui a une ctcufluo suivant les trois dimensions de l'espace et qui possède la faculté d'agir et de pîktir. L'Ame est donc aussi un corps. Il en est de même des vertus, des vices, des pensées et des dispositions de l'ànie ainsi qiiè des difFérenls modes d'action de l'àirip et du corps , des parties du temps , telles que l'année , les saisons, le jour cl la nuit. Le temps n'est quelque chose d'incorporel qu'en tant qu'il est corisidéré comme quelque chose de général ; ce qui s'applique aussi aux autres choses incorporelles. En général lout ce qui a une qualité est corps. Les qualités elles-mêmes sent des corps, des espèces d'air.
-4. T(nite abstraction qui sépare la qualité de sa base est ainsi écartée : la qualité est le corps lui-même. Il y a là un développement naturel du mouvement intellectuel imprimé par Platon à la pensée philoso[)hique et communiqué par Arlstote aux Stoïciens. Par là on voit aussi (fué l'idée de corps avait été singulièrement modifi(''e par eux. Car considérant les qualités comme des corps et comme des espèces d'air , ils devaient nécessairement regarder un corps comme composé de plusieurs corps. Ce qui les amena à nier celte proposition , qu'un corps remplit entièrement son espace ; celui-ci pénètre, au contraire, à travers la qualité corporelle, et par conséquent les corps ne sont pas impénétrables.
5. Ils arrivaient donc au point de remplacer l'idée de corps par l'idée d'une force qui, réunie à d'autres forces, remplit le même espace qu'elles. C'est en ce point, que leur doctrine a aussi quelque analogie avec relie des Dynamistes ioniens.
0. De là aussi leur distinction d'un élément actif et d'un élément passif dans les corps, et leur double théorie des corps , l'une examine ce qui agit, l'autre ce qui est passif , ce qui est produit. L'élément passif , considéré comme principe des choses, c'est la matière dépourvue de qualités; l'élément actif: c'est Dieu dans la matière. Mais au fond Dieu et l;i matière sont une seule et même chose envisafTfie de deux côtés.
S58 DEUXIÈME PËKIOUE.
7. La matière est le principe de rélément variable du monde ; elle est divisible , mais non à l'infini. Étant quelque chose de déterminé , le monde ne peut non plus augmenter ni diminuer quant à sa masse; car il est entouré du vide infini ; étant un corps , il n'est point susceptible de séparation dans ses parties. C'est pourquoi les Stoïciens concevaient Dieu comme l'unité de la force qui embrasse l'univers et qui donne à tous les corps particuliers leur forme déterminée.
8. C'est-là la véritable base de la 'doctrine stoïcienne sur Dieu. Les autres preuves de l'existence de Dieu ou des dieux ne sont pas aussi rigoureuses selon eux. Les unes ont pour but de prouver l'existence de la divinité en général, les autres son unité. Les premières sont tirées du consentement du genre humain à ce sujet , de l'ordre qui règne dans l'univers, de la nécessité d'une nature meilleure parmi toutes les natures , les secondes sont basées sur l'idée d'un être vivant appliquée au monde , sur l'enchaînement universel des choses. Ainsi Chrysippe prétendait qu'une goutte de vin, versée dans la mer , se mêlerait avec toute la mer et même que ce mélange pénétre" rait tout l'univers.
9. Sous ce rapport, Dieu est semblable àj'âme humaine, qui pénètre tout le corps et qui s'annonce en toutes choses comme force unissante , mais d'une manière différente dans les différentes choses. C'est-là le côté physique de l'idée divine. Considéré de ce côté, Dieu est la force motrice de l'univers , la destinée ( ''/-ta/i/U'Vij ] , l'âme du monde, le feu artistique qui forme l'univers, l'élher , etc.
10. Envisagé du côté moral , il est le maître du monde, la bienfaisante providence , le principe de la loi naturelle; il est l'être parfait , doué d'une conscience heureuse. Mais au fond il ne fait qu'un avec le monde ; le monde n'est que l'unité de l'âme divine et du corps divin. Les distinctions de ces parties n'indiquent que des manifestations d'une même force. La force dominante (ijyf/tovtxev) dans le monde rationnel est donc une force divine, qui se trouve dans l'éther selon Zenon et Chrysippe, dans le soleil selon Ciéanthe.