MORALE DES STOÏCIENS
sibles ; 3° la force qui nous aide à souffrir et à supporter ce qui est inévitable, sans que la peur puisse jamais ébranler notre résolution ; 4" la justice , qui nous apprend à rendre à chacun le sien dans une juste proportion.
15. Quant à la justice , nous remarquerons que les Stoïciens ne rétendaient qu'à ce qui concerne nos rapports avec les hommes et avec les dieux. Car elle était subdivisée en piété et en d'autres vertus qtii se rapportent à la vie politique; selon les Stoïciens , nous ne pouvons avoir des torts envers nousmêmes ni envers les animaux. Mais la justice envers les autres hommes et la loi dérivent de la nature et non d'institutions humaines ; l'homme est un animal politique ; il doit se sacrifier pour la patrie , pour l'humanité ; il doit obéir aux lois sur les choses divines et humaines. Il faut avouer que ce n'est véritablement là qu'un rapport extérieur de la vertu et que , prise à la rigueur, cette doctrine n'est par conséquent point d'accord avec les principes des Stoïciens.
16. Celui qui possède la vertu est selon eux un sage, et celui qui ne la possède pas est un insensé. Il n'y a pas de milieu entre ces deux positions. Il faut donc faire tous ses efforts pour parvenir à lit vertu. Les arts, les sciences et les pratiques de la vie sont le chemin qui y conduit. Mais les Stoïciens eux-mêmes doutaient, qu'il ait jamais existé un sage tel qu'ils le concevaient. Leur idée du sage n'était qu'un idéal qu'il fallait s'efforcer de réaliser. C'est cette idée qui a été la source de leurs assertions paradoxales et de leurs opinions fausses sur la vie humaine.
17. Dans leurs recherches sur le sage , les Stoïciens avaient égard à deux choses, à ce qu'il est et à ce qu'il doit faire ou omettre. La première partie de cette doctrine se résume dans l'apathie du sage ; c'est un être en dehors de l'humanité. De cette façon d'envisager le sage découlent aussi les déterminations de la manière dont ils se le représentent ensuite dans les différentes positions et les différents rapports de la vie. Par rapport aux actions du sage, les Stoïciens distinguaient le convenable, qui n'est que conforme à la nature et qu'un devoir imparfait (xaSijzevj, du convenable qui est la suite du développement
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supérieur de la raison et conforme au devoir j)arfait Uoi.7cpb(.<iy.v). Comme le premier convenable n'est que quelque chose d'entièrement relatif, comme il peut être considéré et mis en actionde plusieurs manières, les Stoïciens donnaient sons ce rapport à leur sage une foule de préceptes particuliers, qui manquent tout-àfait d'une base scientiQque et offrent beaucoup de bizarreries. Mais en s'uecupant du devoir parfait , ils n'avaient en vue que l'idéal de leur sage • ce qui amena de nouvelles extravagances et de nouveaux paradoxes dans leur doctrine.
18. Au fond, le sage est au-dessus de toute loi , de tout usage; on lui permet les plus grandes abominations , s'il les fait à propos et avec une intention vertueuse. Il est facile de voir ce qu'il y a de dangereux dans la peinture d'un tel idéal, d'un idéal qui n'est au fond qu'une contradiclioil. On se persuade aisément, que ce qui est permis à l'homme le plus parfait, ne saurait être défendu à l'homme imparfait ; et la manière dont les Stoïciens mettaient fin à leur vie semble prouver qu'ils ne s'étaient pas suffisamment prémunis contre cette erreur. Aussi toute leur morale même s'en trouve entachée : car si l'on demande pourquoi les Stoïciens ont tant de règles j)Our la vie du sage, puisque le sage n'a pas besoin de ces règles, il est facile d'apercevoir que c'est à nous, qui ne sommes que des insensés, qu'elles s'adressent. Les Stoïciens pensaient, que les préceptes qui valent pour la vie du sage devaient se^vir aussi de règle à ceux qui ne sont que sur la jj voie de la sagesse. Celte opinion est le fondement de tous les ouvrages que les anciens ont composés sur la morale stoïcienne.
19. Il ne nous est pas resté des renseignements positifs sur la politique des Stoïciens ; il est néanmoins plus que probable qu'ils avaient travaillé cette partie de leur système avec soiq^ comme déjà nous pouvons le conjecturer par la grande renommée , que le livre de Zenon sur cette branche (ie la philosophie morale a eue dans l'anliquité. Il est évident que les Stoïciens devaient s'opposer aux théories , qui regardaient le droit et la loi comme les résultats de conventions arbitraires des hommes entre eux ; ils soûle-'
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naient, au contraire, corusne nous l'avons déjà dit, qu'ils ont leur fondement dans la- nature humaine. Regardant donc tous les hommes comme ayant des droits égaux, Zenon avait pris pour base de sa politique l'idée du cosmopolitisme. Selon lui, les peuples particuliers ne devraient pas être séparés les uns des autres par des législations spéciales et opposées; tous les hommes, au contraire, devraient se considérer comme appartenant à un même peuple, comme des concitoyens; ils ne devraient faire qu'une seule société sous une loi commune. La nature, disait-il, a recommandé les hommes les uns aux autres, et comme hommes, ils devraient vivre sur le pied de l'égalité la plus parfaite. Le monde , disait-il encore , est en quelque sorte l'Etat des hommes, placé sous le gouvernement de Dieu, et chacun de nous n'est qu'une partie du monde. C'est pourquoi il est confi)rme à la nature que chacun préfère le bien commun au sien propre.
20. Quels que soient les efforts faits par les Stoïciens pour donner aux détails de leur doctrine une forme systématique , ils étaient moins le fruit d'un mobile philosophique vivant , que celui du besoin d'une érudition, tendant à embrasser dans leur plénitude toutes les idées développées antérieurement. C'est ce qui fait que leur morale particulière n'est pas très-féconde, et qu'ils ont développé si peu d'idées philosophiques vraiment évidentes dans la physique particulière et dans les théories spéciales de la logique, concernant les formes de la pensée, le langage et les catégories. Mais cependant leur philosophie n'est pas sans vie; il faut la chercher dans la tendance générale de leur doctrine. Si l'on considère le temps oii elle se forma, on ne s'attendra pas à y trouver un développement paisible du mobile scientifique. Car, àcette époque, les éléments de la vie grecque se décomposent , et ce n'est qu'en s'opposant à une tendance destructive que la culture scientifique parvient à se garantir de son influence funeste et toujours croissante. La doctrine stoïcienne est donc en général portée à attaquer ce qu'il y a de plus extérieur; elle s'o[)pose avec raideur et avec un zèle passionné pour le droit et la justice à l'erreur corruptrice. C'est ce qu'on remarque jusque dans ses égarements.
Nous ne pouvons nier que les Stoïciens n'aient trop exclusivement poursuivi de grandes et salutaires vérités, qui les ont
portés à des exagérations telles qu'ils sont tombés en conlra-
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diction avec eux-mêmes. Cependant le succès que leur doctrine, quoiqiieniodifiée çà et là, trouvalongtemps, même parmi des hommes doués de sentiments nobles et amis de la science, prouve qu'ils avaient pris la direction qu'ils devaient prendre, eu égard aux circonstances au milieu desquelles ils vivaient.