RÉSUMÉ. S
du phénomène, du particulier, et de ce qui nous est plus connu. Mais dans la conteniplalion des choses naturelles et humaines, il ne lui arrive que trop souvent de rencontrer des exceptions à la loi rationnelle, des monstruosités dans la nature, des vices et des désordres dans la société humaine; il se voit forcé de reconnaître que tout n'est pas parfaitement ordonné par la raison. Mais il n'a pas, comme Platon , l'espoir que toutes les défectuosités que nous remarquons maintenant seront un jour corrigées. Il ne lui reste qu'à admettre, à côté du principe parfait qui forme et meut tout d'après un but rationnel , «ne nécessité, cause de l'imperfection de ce monde, et un principe de cette nécessité , c'est-à-dire, une matière qui, à la vérité, n'est rien en elle-même , mais qui est déjà de toute éternité dans l'éternel univers comme sa condition. Son principe fondamental est que tout a été et tout sera toujours tel qu'il est maintenant. Toutes les choses de ce monde n'y apparaissent un instant que pour disparaître de nouveau et faire place à d'autres êtres tout aussi passagers et tout aussi éphémères. Et cependant la vertu humaine ne peut se passer de ces choses pour rendre l'homme heureux , autant qu'il peut l'être dans un monde si périssable. Mais , selon Aristote, il serait aussi insensé qu'inutile de se plaindre de tous ces défauts de notre vie cosmique , et particulièrement de notre vie terrestre : il faut prendre la vie telle qu'elle est , et chercher à en jouir dans un commerce aussi raisonnable et aussi actif que possible avec d'autres hommes , ce qui fait la jouissance de l'homme vertueux. Quelle immense différence ici entre Aristote, Platon et Socrale ! Ces deux derniers, au milieu des maux de cette vie, fixaient leurs regards sur un meilleur avenir, et espéraient achever dans un monde meilleur la carrière qu'ils avaient commencée ici-bas.
Mais une doctrine comme celle d'Arislote ne peut se maintenir longtemps; elle est contraire à la nature humaine, qui, si elle n'est pas soutenue par l'espérance, tombe bientôt dans le désespoir. Aussi c'est ce qui arriva après Aristote : d'un côté, on se tourna vers l'espérance, de l'autre on se laissa aller au desespoir. Mais , dans la société grecque , l'espérance ne
put jamais être véritable , complète , rassurante, et à celle époque moins que jamais : telle était alors la corruption des mœurs et la décadence de l'esprit humain ! Aussi Epicure n'espère plus que la jouissance physique. C'est l'égoïsme calculateur d'un esprit abject, qui respire dans la doctrine de ce philosophe. (1 méprise toute tendance à une véritable science, à un véritable bien : l'idée générale n'est rien pour lui; les sens seuls sont pour lui la source de la connaissance. En physique, il rappelle une théorie déjà oubliée depuis longtemps, mais qui convenait parfaitement à ses tendances égoïstes, pour dissiper, en quelque manière par le doute le plus frivole, la peur qui accompagne sa folle espérance. Comparé à une telle bassesse de sentiments et d'idées, le désespoir des sceptiques a même une certaine noblesse ; mais aussi leur position n'est pastenable : la raison ne leur inspire point de conflance , et leur instinct philosophique ne leur permet point de s'abandonner à la sensualité; ne sachant pas concilier ces deux choses, ils finissent par se partager entre la sensualité et la saison. Comme philosophe , le sceptique veut que son âme soit entièrement inébranlable ; il veut renoncer à tout pour arriver à cet état contre nature; comme homme, au contraire, il ne croit pouvoir vivre qu'en suivant l'instinct sensible, et le seul rôle que la raison ait encore à jouer, c'est de modérer les passions.
Mais le désespoir est contraire à la nature humaine et une espérance aussi frivole que celle d'Epicure ne peut satisfaire des esprits sérieux. Aussi les Stoïciens rejetèrent-ils l'un et l'autre. Différant d'Aristote et inférieurs à Platon, ils firent de grands efforts pour maintenir la dignité de la raison et de l'idéal dans la nature , bien qu'ils n'eussent et ne pussent avoir que peu d'espérance pour eux-mêmes. La science telle que la conçoivent les Stoïciens est l'expression de la contradiction où se trouve l'homme quand il est forcé de reconnaître les plus hautes exigencesde laraison, et qu'en même lempsil ne connaît que trop son impuissance et celle des autres hommesà les satisfaire. Ils veulent la science , ils reconnaissent qu'elle consiste dans la connaissance de la loi rationnelle qui gouverne toutes choses; ils croient qu'elle est possible , que l'homme peut l'obtenir