CHAPITRE I
Considérations gé7iérales.
1. La pensée grecque perd son énergie. 2. Ruine de la liberté à Rome. 3. Age d'or de la littérature romaine; vice de cette littérature, le manque d'élan et de génie artistique. 4. Cette imperfection amenée par deux causes : le despotisme impérial et l'imitation presque servile de la littérature grecque. 5. Diffusion du grec dans tout l'empire. 6. Altération de la littérature grecque, provenant dune double influence. 7. Influence romaine : tendance toute pratique imprimée à la littérature : rhéteurs. 8. Influence orientale: l'esprit grec, desséché et flétri par le spectacle des prosaïques réalités qu'il a devant lui, se transporte par l'imagination dans les pays si riches en fables poétiques, en Orient; les traditions, le culte, les superstitions de l'Orient s'imporlentdans l'Occidentdégouté de sa propre vie.— Mysticisme. 9. Apparitiondu Christianisme, sa lutte avec l'antiquité. 10. Six siècles de durée à cette période, agonie de la philosophie grecque, mais agonie lente et opiniâtre. 11. Elle reçoit de l'influence romaine la tendance pratique et Véclectisine; 12. de l'influence orientale , le mysticisme dans les plus hautes questions qui occupent l'esprit humain; une tendance rétrograde vers le passé : nouveaux Pythagoriciens et Platoniciens; la doctrine de l'émanation: caractère de la divinité, le repos et l'inaction; l'esprit sacerdotal: purification, contemplation, etc; lô.dela lutte contre le Cbristianis7ne, un caractère exclusivement païen. 14. Division de cette période en deux époques, philosophie grécoromaine, philosoi)hie gréco-orientale, caractère propredechacune. 15. La If* se distingue surtout par son esprit pratique, son scepticisme, son érudition, ce dernier caractère, point de transition à la philosophie orientale. 16. La 2« se distingue par le mysticisme et l'érudition. 17. Deux centres de la philosophie: Rome et Alexandrie. 18. Nouveréclat des écoles d'Athènes; leur ruine sous Justinien.
1. Nous allons aborder l'étude de la troisième période de notre histoire, ovi la pensée grecque perd peu à peu cette énergie que nous lui avons vu déployer dans la période pré-
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ccdente; elle semble avoir accompli la lâche que la Providence lui avait assignée ; elle rêve donc plulôt sur l'humanilé qu'elle ne vit d'une vie active, claire et sage. Mais ses racines sont si profondes et si vivaces qu'elle ne meurt qu'après une lutte longue et opiniâtre contre les idées nouvelles, et après s'être répandue dans le monde civilisé presque tout entier. Ce fut cette grande diffusion de la pensée grecque qui contribua le plus à lui ôler sa force primitive, en la soumettant à des influences étrangères, qu'elle ne pouvait plus repousser ni vaincre. C'est pourquoi nous la voyons dépendre des circonstances extérieures. Cela se remarque très-clairement , si l'on jette un coup-d'œil sur l'état de Rome, devenue alors le centre du monde civilisé, avec laquelle par conséquent tout le reste a été en contact, et sur laquelle, par cette raison même, nous savons aussi davantage.
2. Rome jeta beaucoup d'éclat, au commencement de cette période, dans l'art, l'industrie et les plaisirs de la vie. L'architecture des anciens, quoique maintenant en ruine , excite encore notre admiration. Leurs ouvrages d'art en bronze et en marbre, qui ont échappé, à travers tant de siècles, à la destruction d'uneinsouciante barbarie, sont pour la plupart de cette époque. Mais le plaisir qu'ils nous procurent , diminue beaucoup, lorsque nous songeons, qu'ils furent bientôt suivis d'une profonde corruption etsouvent arrosés des lannesdes provinces, qui gémissaient sous le joug pesant de la domination romaine^ Rome elle-même était aussi bien loin d'être heureuse, de jouir d'une vie calme et paisible. La liberté avait disparu et avec elle ces vertus héroïques, qui avaient rendu la ville éternelle maîtresse du monde. Un seul dominait, d'abord avec équité, parce que le souvenir du passé ne s'était pas encore éteint dans son âme. Mais il eut pour successeurs des hommes à l'âme basse et hypocrite, qui , pour opprimer plus sûrement le peuple, se jetèrent dans les bras de l'armée. Depuis lors, plus de stabilité, plus de dignité dans le gouvernement; on voit les empereurs disparaître du trône comme des ombres et même le trône mis à l'encan.
3. La littérature romaine dut nécessairement se ressentir de cet état funeste des choses. Elle avait pris un grand essor sous le règne d'Auguste et produit des œuvres dignes d'admiration. Mais cet éclat, orgueil de la langue latine, fut de "courte durée. C'est ceque l'on conçoit assez aisément, en observautque si les Romains ont faitdes choses vraiment grandes pourl'Etat. il leur manque cependant presque complètement l'élan de l'âme et l'intuition calme de la nature, auxquels les Grecs avaient été conduits par leur esprit éminemment artistique. Deux choses en général imprimentàrâœel'essor idéal dont nous parlons : l'art et la religion. Celle-ci n'a cependant jamais agi qu'en sous ordre chez les Grecs et chez les Romains, se rattachant en partie à la politique , en partie à l'art. L'élément religieux est complètement subordonné chez les Romains à l'élément politique , et ne se montre vraiment puissant que dans les affaires de la république. L'art chez eux rencontra d'heureuses dispositions ; mais il se concentra cependant dans l'imitation des Grecs. On ne se trompera peut-être pas , en disant que leur littérature ne fut animée d'aucun souffle nouveau et spontané, si ce n'est dans l'éloquence et dans l'histoire. En effet, les Romains ne s'intéressaient qu'à l'homme , et seulement en tant qu'ils pouvaient le soumettre par la force ou par la persuasion. Aussi les voit-on diriger toutes leurs études vers des fins oratoires. Ils s'appliquent au développement pratique de la vie humaine, particulièrement aux grands résultats de la politique. C'est dans ce sens que leur littérature, toute leur civilisation se développent ; c'est ainsi qu'ils traitent la nature ; ils s'en servent pour satisfaire des besoins réels ou factices. Ilsne'Ia regardentpas avecToeil conlemplatifdel'artiste, comme les Grecs, pour en pénétrer les secrets et épier les mouvements de la force universelle, avides d'y voir une sympathie et une parenté entre la nature et l'homme.
Si nous voulons remonter à la source, nous trouverons que toute littérature se crée et se conserve par le besoin artistique de rendre et de communiquer sa propre conscience et sa propre pensée. Avec ce besoin se formèrent traditionnellement le lalentet Tart d'exposer lapensée. et le goût propre à
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juger les productions d'aulrui et les sienties propres. Si donc le penchant artistique ne fut jamais {^rand chez les Romains, il ne faut pas s'étonner qu'il n'ait pas produit beaucoup ni longtemps, et que la décadence du goût ait été si prompte et si rapide.
4. Deux choses furent d'ailleurs très-défavorables à la littérature romaine; d'abord sa dépendance de la cour; le contrôle que la royauté nouvelle , et par conséquent soupçonneuse, exerça sur la diffusion publique des ouvrages littéraires , ne pouvait que comprimer le libre développement de la pensée et de l'imagination. Seulement, cette époque contribua puissamment à étendre l'usage de la langue latine danslesprovinces de l'Occident et du Sud, si bien que depuis ce moment les Espagnols, les Gaulois et les Africains commencèrent à jouer un rôle dans la littérature romaine ; tandis qu'à Rome et même en Italie, le goût perdait plutôt qu'il ne gagnait (I).
La deuxième circonstance qui contrariait la littérature romaine, c'était sa dépendance de la littérature grecque. On jmitait les Grecs, et on s'attachait en cela moins aux anciens ouvrages des beaux temps de la littérature grecque qu'aux productions faussement subtiles de l'école d'Alexandrie, tant l'empire du présent l'emporte sur celui du passé! Ensuite la langue romaine avait dans la langue grecque une dangereuse rivale. Longtemps la première fut regardée comme trop grossière pour qu'elle pût servir à composer les ouvrages des hommes bien élevés. Sylla et Lucullus écrivirent encore leurs mémoires en grec. Le nombre de ceux qui lisaient des ouvrages grecs fut de beaucoup supérieur à celui de ceux qui lisaient des ouvrages latins.
5. Ou parlait grec dans les grandes maisons ; le gouverneur et le précepteur étaient grecs; les esclaves et les affranchis auxquels on montrait le plus de confiance étaient grecs; on se plaisait particulièrement dans la société des Grecs; dans la
(1) Comparer avec celte éi)0<}ue de la lillérature latine la littérature française sous l'Empire.
conversation, dans les lettres , on aimait à glisser des mots grecs. Les Grecs restèrent presque exclusivement en possession d'un j^rand nombre d'ails ; ils étaient généralement préférés aux Romains, même pour la rhétorique et la grammaire. Il était donc naturel que , bien que la littérature latine l'eût emporté pendant quelque temps sur la littérature grecque, relle-ei ne tardât pas à reprendre son premier rang. Au commencement du second siècle après J.-C, sous Adrien, la victoire de la littérature grecque sur la romaine était décidée. Et tel fut le rapport de l'une à l'autre , jusqu'à ce qu'elles se trouvassent repoussées toutes deux par une nouvelle doctrine, par une nouvelle religion et une nouvelle littérature.
6. Mais la littérature grecque elle-même subit alors des changements notables. Si elle jeta encore quelque éclat à la fin du premier siècle après J.-C. , cet éclat ne ressembla guère à celui qu'elle avait répandu aux beaux jours du passé.
7. La source des grandes inspirations était tarie : la noble vie publique des Grecs avait été anéantie. La littérature n'était plus spontanée et créatrice comme à l'heureuse époque de la liberté grecque ; elle vivait maintenant d'une nourriture étrangère et eni})runtée. Rome lui imprima une direction toute pratique; car elle ne s'occupa presque plus que des intérêts privés . des mœurs et des passions. Rome lui fit en outre prendre un caractère tout oratoire. Il est difficile de porter plus haut qu'on ne le fit alors le luxe des mots ; jamais le vain talent du rhéteur ne fut plus recherché ni mieux payé; l'art ef le nom des Sophistes reprirent alors du crédit et de la considération. Les rhéteurstiraient vanitéde compterdesprinces parmi leurs disciples ; c'étaient eux qui approchaient de plus près des Césars et des grands. Une telle prérogative , si vain que fût l'objet de l'occupation , dut produire une grande émulation. Aussi l'art de bien dire s'empara-t-il de la philosophie et gagna-t-il en peu de temps le reste de la littérature.. Depuis lors , le bon sens devint toujours plus rare parmi les savants. . Enfin cette habileté à jouer avec les mots disparut elle-même presque complètement , et il ne resta qu'un faible souvenir de la plénitude et de l'anrienne force du langage.
8. A ce rartinement de la lillcraUire à Athènes et à lloine, se joignait rinfluence que les idées , les manières de voir et les temiances orientales exercèrent sur les Grecs et sur les Runiains.
L'esprit grec , ayant été vicié par la contagion du dehors , chercha aussi au-dehors des moyens de guérison. Celui qui ne veut pas se contenter du présent , qui ne peut trouver en soi un cœur assez droit pour mettre son espérance dans l'avenir, se réfugie dans le passé , et y cherche quelque chose de plus beau ou de meilleur. On s'est de tout temps passionné pour de pareilles idées , d'ailleurs si conformes aux destinées primitives de l'humanité. Mais il reste encore un pas à faire depuis ce point , jusqu'à celui oii l'on s'abandonneau vif désir de l'idéal rêvé , et où l'on espère en trouver les traces dans l'histoire du passé, ou même dans l'état présent des peuplesétrangers. Cette dernière idée ne vient sérieusement à la pensée que deceux qui sentent, dans le peuple même dont ils font partie, une force de I progression. Nous savons que déjà les disciples de Socrate aimaient à parler d'une vie plus belle dans le passé de peuples étrangers , et s'efforçaient d'y montrer le modèle de la vie grecque. Or, comme les Grecs avaient subjugué une grande i partie de l'Asie , un grand nombre d'entre eux se sentirent portés à croire que dans les contrées plus éloignées, qu'à peine ils avaient vues, les hommes étaient meilleurs , et à les parer des vertus qu'eux-mêmes pouvaient considérer comme le terme de leur désir. Ils se plaisaient également à rechercher une sagesse profonde dans les temps anciens des peuples qu'ils avaient s<mmis. C'est ainsi que s'était accréditée l'opinion d^ la vie sainte et de la philosophie profonde des Indiens. La sagesse desEgypliens, desmages,des prêtres phéniciens, des Chaldéens était célèbre. On espérait découvrir chez ces peuples inconnus des mystères au moyen desquels on pourrait se concilier la faveur des dieux et commander à la nature. Il était naturel que plus on connaissait ces peuples, plus ces opinions exaltées tombassent. Cependant il en resta un germe qui avait une racine plus profonde.
La connaissance plus intime qui s'établit entre les Grecs et les Orientaux ne resta sans effet ni sur les uns , ni sur les
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autres. Les Orientaux apprirent la langue des Grecs et en reçurent la culture scientifique. Les Grecs, tourmentés, 5 cette époque , du besoin de trouver des cultes plus significatifs , en rencontrèrent dans l'Orient , qui semblent précisément avoir été propres à satisfaire ce désir jusqu'à un certain point. Ils adoptèrent en effet peu à peu le culte privé , le culte public et les traditions , mais en même temps aussi les superstitions des Orientaux. Celles-ci n'eurent quelque influence sur la philosophie qu'à l'époque où le Néo-pythagorisme commença à paraître ; ce dont il ne reste que des traces obscures et des traditions très-peu satisfaisantes. Elles n'eurent une plus grande importance publique qu'au temps des Césars , et à la vérité, seulement dans des phénomènes particuliers, auxquels l'esprit romain s'opposa jusqu'à un certain point. Parmi les écrivains les plus remarquables chei lesquels cette direction se révèle visiblement, il faut mettre enpremière ligne Plutarque. Mais elle se fortifia toujours déplus en plus depuis Adrien. Elle s'annonça par le culte rendu auxhommesdouésd'éminentes qualités, que l'on vénérait commelesfondaleurs d'une vie sainte, par le mélange de toutes les formes du culte, par le désir de la participation mystique du divin , qui devait être acquise tant par des privations extérieures que par des pratiques vaines et fantastiques, et à l'égard de laquelle la vie pratique paraissait tantôt plus , tantôt moins dépourvue de sainteté. Tous ces phénomènes avaient évidemment pour base le sentiment d'un besoin religieux profond , sentiment qui conduisit une partie des hommes de cette époque au Christianisme (1) , mais qui dut fournir un aliment à la superstition dans une autre partie , qui ne putêtre conquise par l'humble et divine forme de cette religion. Le point le plus élevé de ce mouvement consiste en ce que , par le triomphe décisif du Christianisme , se répandit parmi ses adversaires l'opinion que , dans la partie centrale et peu accessible de l'Asie, se trouvait encore la sain-
(1) Ajoutons qu'on imitait le Christianisme dans le culte païen , lorsqu'on ne l'embrassait pas.
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leté de la vie et la véritable cité des sages craignant Dieu , à laquelle on devait aspirer de toutes ses forces, pour parvenir au repos et à la vraie béatitude.
9. Cependant ces temps eurent aussi leurs bons côtés ; ils ne furent pas inutiles au développement de la civilisation ; car les arts et les sciences des Grecs se répandirent dans toutes les parties du monde connu alors , au moyen des Romains et des Orientaux. Si l'éclat de la civilisation grecque se ternit ensemélangeant d'éléments hétérogènes , ce mélange eut pour résultat de faire naître une fermentation prématurée dans les différents peuples, très-propre à faire disparaître les caractères distinctifs de ceux dont l'esprit se rencontra et se confondit. Ainsi s'opéra la chute des nations et de la république romaine , pour faire place à un nouvel ordre de choses, à de nouveaux peuples. Pour parler à la rigueur, la tâche de cette époque est la préparation des peuples au Christianisme , la diffusion du Christianisme même , et la formation d'une philosophie nouvelle , que la lutte des idées anciennes contre les idées nouvelles dut faire naître.
La littérature ancienne des Grecs et des Romains , quoiqu'elle renfermât déjà plusieurs éléments hétérogènes venus de l'Orient , ne fit d'abord presque aucune attention à l'esprit et aux idées du Christianisme ; ensuite , fière de son antiquité, de l'éclat dont elle sut se parer, quoiqu'il ne fut dû qu'au clinquant le plus mince de l'antiquité , elle dédaigna sa modeste rivale ; enfin, ne pouvant plus se dissimuler la force de celle-ci, la puissance qu'elle exerçait sur les esprits , elle dédaigna cependant de s'en faire le disciple , cherchant au contraire à se rattacher plus étroitement à la morte antiquité, et finit par désespérer de son siècle , lorsqu'elle vit que l'antiquité ne pouvait la sauver.
10. Si la période qui nous reste à j)arcourir dans l'histoire de la philosophie ancienne est la plus longue , c'est aussi la plus pauvre en résultats vrais et durables. Cette indigence dure pendant six siècles. Cette lente agonie montre , par un des exemples les plus frappants, combien la force vitale du caractère d'un peuple , une fois parvenu à l'indépendance , a de
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ténacité et offre de résistance aux éléments qui ia minent et la désorganisent. On doit observer cependant que plusieurs tir. constances concoururent à prolonger si longtemps la vie de la philosophie grecque en décadence. Elle devait avoir son occupation ; elle devait même y prendre un certain intérêt, bien que cette occupation ne pût avoir que la tradition pour objet ; car aucune tradition ne se conserve sous une forme entièrement morte , elle doit se rattacher à quelque chose de vivant , qui serve h l'alimenter. Or la philosophie grecque trouva cet intérêt dans ses rapports avec l'Orient et avec le monde romain , deux rapports qui conduisirent à une propagation plus étendue de la doctrine philosophique chez presque tous les peuples cultivés d'alors. La Grèce envoya ses maîtres dans l'Asie Mineure, en Syrie, et en Egypte , jusqu'aux extrémités de l'Inde ; de Rome, où la philosophie était devenue indigène , elle se répandit dans tout le midi de l'Europe , et dans l'Afrique romaine. Mais les Orientaux et les Occidentaux ou les Romains n'étaient pas poussés par les mêmes motifs à l'étude de la philosophie ; chez les premiers elle était une suite du changement de presque toute la civilisation nationale; chez les autres , c'était , d'un côté , la marche nécessaire des écoles, d'un autre côté, la recherche d'avantages extérieurs qui portaient les hommes à acquérir une science qui pouvait conduire à des succès dignes d'envie.
H. Mais si l'influence des Romains et des Orientaux sur la philosophie peut, en quelque sorte, être estimée égale, cependant les uns y apportèrent un esprit bien différent de celui des autres, f-es idées spéculatives n'avaient presque pas d'attraits pour les Romains. Ce qui les intéressait surtout , c'était le côté pratique des doctrines. Ce n'est donc que par leur tendance à former une organisation juridique de la vie civile qu'ils pouvaient exercer quelque influence sur les (juestions particulières delà morale. De plus, ils apportèrent dans leurs études philosophiques un esprit éclectique. Le résultat de l'influence romaine sur la philosophie fut donc un mélange des différentes doctrines , et il n'éliiit pas facile d'anéantir l'opinion , que les disputes des écoles , de celles du
moins qui avaient quelque affinité entre elles , ne pouvaient rouler que sur des points de peu d'importance , et qu'elles pouvaient très-bien se terminer par un accommodeineul. Déjà nous avons trouvé des traces de cette opinion dans l'école stoïcienne et dans la nouvelle académie. Il y avait cependant une raison, qui pouvait empêcher ranéantissement complet de tout développement vital dans la philosophie romanojjrecquc- car puisqu'on ne s'y occupait que d'une manière érudite des écrits des anciens philosophes , puisque aussi le sens historique des Romains s'y complaisait, on ne pouvait pas pnsser si légèrement sur les diflFérences des doctrines.
12. Au contraire, dans la direc ion que prit la philosophie parle mélange de l'esprit grec et de l'esprit oriental, un champ beaucoup plus vaste fut ouvert au penchant d'associer l'hétérogène, et de ne tenir aucun compte des plus importantes différences des doctrines. Pour espérer de pouvoir réunir l'élément grec et l'élément oriental, il fallait que la faculté de distinguer fût déjà fort affaiblie. Comment alors aurait-on ])u s'opposer à la tentative de tout voir dans toutes les doctrines? Cela n'aurait pas été très-difficile peut-être dans les choses à la contemplation desquelles on avait passé toute sa vie. Les questions qui préoccupaient alors, c'étaient, comme nous le savons, les parties les plus obscures de la philosophie dont il est impossible de rendre compte , parce que toute intuition nous y est interdite. Elles ne laissent jour qu'à des conjectures • ce qui fait précisément qu'elles enchaînent nos regards et notre pensée, notre désir de connaître dépassant toutes les limites de la connaissance réelle. Si l'on ne trouve sur ces (picslions , dans les anciens philosophes, que des inductions destinées à rendre sensible l'étroite circonscription des connaissances actuelles , cependant ils avaient senti la nécessité d'employer quelquefois des expressions figurées on mythiques pour rendre ces idées, comme d'autres fois ils ont émis là dessus des opinions plus déterminées , qui laissent apercevoir qu'ils ne voidaient pas qu'elles fussent entendues strictement dans le sens propre. Il était presque impossible de n«» pas remarquer, qu'il s'agit là de quelque chose qui ne
peut se rendre purement par des mots, qui par conséquent, quoique non inaccessible à la connaissance, l'est néanmoins à la doctrine. Cependant comme l'on se sentait entraîné dans ce domaine de la recherche, on fut fort embarrassé de trouver une expression qui rendit le mystérieux , de manière à pouvoir le faire reconnaître , apprécier et présenter comme un objet de culte. Les Orientaux, par rapport à la philosophie grecque, et les Grecs par rapport à la sagesse mythique des Orientaux, éprouvaient une égale difficulté pour rendre par la parole le mystère du divin et de son rapport avec nous ; et cependant les uns et les autres étaient pressés par le besoin de l'adorer comme quelque chose d'ineffable. Plus on se voyait forcé de prendre les mots dans un sens figuré et mythique, plus on trouvait aussi, qu'il devait y avoir lieu à une libre interprétation des doctrines des anciens philosophes, et qu'il fallait chercher au sens proi)re des mots une signification plus profonde ; ce qui était très-favorable à l'opinion, qu'au fond tous les philosophes, ou du moins les plus profonds sont d'accord entre eux, et que l'accord a plutôt lieu aux limites les plus reculées de l'investigation, que dans les recherches , qui ont pour objet la diversité des phénomènes cosmiques. La dissidence des opinions sous ce dernier point de vue fut à peu près comptée pour rien par ceux qui ne cherchaient l'essence de la philosophie que dans la révélation du divin, et trouvaient ainsi, en dernière analyse , que toute philosophie, quelle qu'en puisse être la forme, revient à une seule et même chose, à ce que les sages les plus anciens s'étaient efforcés de découvrir, à ce qui avait été également reconnu vrai , mais seulement sous des formes diverses, et à des degrés de pureté divers, par les Grecs et les Juifs , par les prêtres égyptiens , par les Mages et les Gymnosophistes. Ainsi s'opéra la confusion complète de toutes les doctrines, de tous les systèmes, et par là aussi fut consommée la perte de toute précision dans la science.
Un trait caractéristique de cette tendance, c'est le respect su - ])erslitieux pour rélémenlautiquedansiareligion,danslesmœurs les usages et les doctrines. Plus l'on remontait loin dans les
temps, plus ou croyait approcher du divin. De là aussi l'iuclinalion à remonter aux doctrines des anciens philosophes. Comme le besoin religieux prédominait à cette époiiue dans les homm«s, les systèmes philosophiques, qui semblaient favorables à l'élément reh'ofienx de la vie , devaient aussi être regardés comme l'expression la plus fidèle de la sagesse primitive. Les doctrines de Pythagore et de Platon furent donc particulièrement distinguées sous ce rapport; on sut aussi tirer parti de celle d'Aristote, La philosophie stoïcienne, au contraire, quoiqu'on en eût emprunté beaucoup de choses, peutêtre la plus grande partie de ses recherches "particulières , fut cejtendant repoussée en plusieurs points, particulièrement sous le rapport de son opinion matérialiste , de son destin inexorable, de l'orgueil que la vertu inspirait à son sage; on chercha toutefois à lui emprunter son germe de vérité. Ce qui se prêtait le moins ù la fusion de toutes le s autres o[)inions, c'était la partialité inflexible du système atomistique ; il paraît cependant que l'on citait les sentences poétiques de Démdcrite et l'exemple de sa vie pour coufiriner la vérité par son témoignage. Moins on trouvait de fermes appuis dans ses propres pensées, plus on cherchait à les étayer de témoignages qu'on appréciait moins au poids qu'au nombre. On croyait devoir s'en rapporter au sentiment unanime de l'antiquité, même à celui de tous les temps, de tous les peuples, de tous les sages.
Dans la manière d'envisager les choses divines dans leur rapport avec le monde ré^juait la même tendance ; on croyait que la manifestation de la lumière divine qui nous éclaire, nous cl l'univers entier, a paru bien plus clairement au monde dans les temps anciens , mais qu'elle s'est insensiblement obscurcie f)ar la faute de rh;jmme. On fut par là conduit à l'idée que le divin ne nous est connu que par une suite décroissante de révélations ; comme on jugeait cependant nécessaire de tout rattacher au divin, on pensa que c'était même unenccesssifé de sa nature de parcourir cette série de révélalions. De là la doctrine de l'émanation de celte époque, qui était étrangère à l'antiquité grecque. Elle vint de l'Orient et
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porte aussi en tout !e caractère oriental. Les Orientaux aiment le repos et l'inaction. Pour donc s'expliquer comment du repos de l'être parfait a pu provenir le non-repos, le mouvement de l'activité cosmique, ils admirent que, dans l'émanation cosmique du sein de la divinité, Dieu reste immuable dans son essence, et qu'il laisse seulement le monde se produire autant que possible. En conséquence de cette manière de se représenter Dieu et le monde , on croyait que toute occupation relative à la nature extérieure, toute action qui la concerne, pouvait mettre en danger de se souiller par le contact avec le matériel. Ce n'était plus une vie pleine de faits et d'actions, comme au temps des illustres Grecs et Romains , une vie de communauté politique avec les autres hommes, ni même une vie active dans le cercle de l'homme privé , que l'on recommandait ; ces genres de vie , au contraire , semblaient d'un prix très-secondaire aux Orientaux et aux Grecs qui avaient embrassé celte opinion. On jetait même un regard dédaigneux sur les sciences encycliques , on n'y voyait qu'un seul côté louable, c'est qu'elles détournent l'esprit du corporel; elles ne procurent rien, elles nous accoutument seulement à éviter quelque chose. Hais cette fuite est proprement ce qui doit conduire, comme par une voie véritable, à la connaissance supérieure et à l'admission de la véritable révélation divine; c'est la fuite de toute souillure possible par la matière. La plus grande abstention possible des jouissances physiques, la parfaite mortification des inclinations sensibles, la macération de la chair sont regardées comme l'unique moyen de parvenir au salut et à la science. On espérait, que si l'oeil se fermait sur le monde, si tout sens était mort aux objets sensibles, on verrait, on sentirait le spirituel. Les conséquences de celte opinion ne furent pas moins préjudiciables pour le progrès des sciences que pour la vie pratique (1).
(1) Pour avoir une idée juste et complète de l'époque dont nous parlons ici, il faudrait opposer le tableau de la vie chrétienne à celui qne nous venons de tracer de la vie du Paganisme expirant. Mais c'est un sujet qui appartient à une autre partie de notre histoire. D'ailleurs les leçons orales peuvent facilement combler celte lacune.
Mais si les philosophes dont nous parlons se détournaient du sensible, et s'ils ne regardaient les sciences encycliques qoe comme un moyen d'éloigner l'esprit du faux, mais non de l'élever à la haute région de la pensée , quels moyens leur restait-il donc alors de connaître le vrai? Si l'on se rappelle ce que nous avons dit sur la tendance de cette époque vers les pratiques mystérieuses , on le devinera aisément: c'était la purification de son être et de ses perceptions, la contemplation intérieure , l'extase, que les Orientaux avaient recommandées de tant de manières différentes. Il est facile de comprendre qu'aucune véritable science n'était possible par cette méthode.
13. Tandis que la faiblesse des anciens peuples et du principe de leur vie se montrait ainsi dans tout son jour, le nouveau principe de vie pour toute l'humanité se formait dans la religion chrétienne , et faisait éclater partout sa force triomphante. Conformément à la tendance de cette époque , il était naturel de voir une lutte s'engager contre la tendance des sentiments nouveaux et la direction nouvelle de la vie , lutte impuissante que l'on espérait pouvoir livrer avec succès en mêlant la pensée philosophique aux pressentiments religieux de l'antiquité. Par son combat contre le Christianisme , la philosophie ancienne devint donc une philosophie véritablement païenne; mais sous celte forme même , elle fut obligée de rendre hommage à la vérité de la tendancechrétienne , puisqu'elle se convertit dans le fait en une caricature du Christianisme.
14. Nous avons suffisamment faitconiiailre les circonstances parmi lesquelles se développa la vie philosophique de la période que nous avons devant nous. Il nous reste encore à la diviser, ce qui sera bien facile en nous conformant aux faits que nous avons exposés. Elle.se partage naturelleuient en deux grandes époques, dont la pi-eraière comprend l'histoire de la philosophie gréco-romaine et la seconde l'histoire de la philosophie gréco-orientale. Confondre ces deux directions de la philosophie de cette période , ce serait méconnaître la différence de leur caractère et de leur importance. La philosophie gréco-romaine, pour la caractériser d'un seul mot , pourrait être définie : un éclectisme savant avec prédominance de l'inch'nation pour la pratique. La philosophie gréco-orientale affecte à la vérité l'érudition . mais elle est bien éloignée du sens historique qui cherche à saisir les différences. Le point
de vue mystique qui la domine tend à allier tout ce qui n'y est pas décidément contraire dans un môme vague de formes nébuleuses,
lo. La première époque de cette période de notre histoire se divise en une multitude de détails ; car les écoles particulières se propagèrent sans exercer les unes sur les autres une influence vivifiante. Il en fut de cette époque à peu près comme des premiers temps de la philosophie grecque , où les différentes écoles se développèrent parallèlement sans s'entendre ; seulement, les raisons de ce-> phénomènes semblables furent différentes suivant le temps. Car dans l'ancien temps , c'était la fougue juvénile des forces, le défaut de point de vue général sur le domaine entier de la science et celui des moyens propres à en donner une intelligence facile ; mais maintenant c'est le défaut de force d'invention qui tient divisées lesécoles. Toutefois ce défaut se manifeste de la manière la plus décisive dans l'école sceptique , dont le plus grand art consiste à mettre en opposition les différentes opinions des écoles, et à soumettre leurs preuves à une unité de mesure traditionnelle , sans se mettre le moins du monde en peine de la vérité propre à l'une et à l'autre opinion. Le mode de philosopher de cette école est très-visiblement celui de l'érudition; c'est pourquoi nous croyons aussi convenable de terminer la première époque par l'exposition de ses doctrines , pour passer ensuite à la philosophie gréco-orientale. Pas d'opposition plus forte que celle entreles Sceptiques et les précurseurs des Néoplatoniciens. Les premiers cherchaient à opposer les unes aux autres , aussi directementque possible, lesdifférentes opinions des philosophes, puisqu'ils s'attachaient presque exclusivement à des contradiclionsremarquées dans la forme extérieure oudansles mots, et qu'ils cherchaient encore à y subtiliser. Les autres , au contraire , voulaient fondre ensemble les opinions les plus antipathiques , puisqu'ils s'efforçaient de pénétrer jusqu'à leur idée mère , jusqu'à leur sens le plus profond , et émoussaient ainsi souvent les pointes des contradictions. La même opposition se remarque encore dans d'autres points qu'il serait trop long de citer ici.
Nous avons encore une observation à ajouter sur la philosophie gréco-romaine ; c'est que dans le développement de cette philosophie, nous pourrons encore distinguer deux côtés,
siiivant que l'un on l'autre élément qui s'y trouvent mêlés, la tradition savante ou la tendance pratique , a la prépondérance sur l'autre. L'influence de l'esprit romain se manifeste de la manière la pins sensible par la prépondérance du sens pratique ; elle s'exprime particulièrement dans l'inclination pour la doctrine stoïcienne, avec laquelle l'école cynique a de {^rands rapports d'affinité. Par la raison précisément que cet esprit romain pénètre vivement le commencement de notre période, mais qu'il languit ensuite de plus en plus et finit par mourir, nous aurons à considérer d'abord ce côté de la philosophie gréco-romaine. Le caractère romain n'a pas , au contraire, une part aisssi décisive dans la domination de la philosophie traditionnelle savante ou érudite ; c'est pourquoi cette philosophie ne se rencontre pas aussi exclusivement dans les contrées où domine l'élément romain ; les Orientaux y mettent aussi du leur. C'est précisément cette partie que nous pouvons le moinssuivre et reconnaître. L'issue de cette direction doit se chercher dans l'école sceptique , comme on l'a déjà dit.
16. Nous remarquerons encore que tant que la philosophie gréco-orientale marche de front avec la philosophie grécoromaine, elle ne se présente pas dans tout son développement, mais sous un aspect fragmentaire. C'est comme la première lueur de l'inclination des Grecs pour la façon de penser orientale , qui est la transition naturelle à son développement parfait dans l'école néoplatonicienne. Nous trouvons d'abord l'élément oriental et l'élément grec mêlés de manière que le tout qui en résulte prétend, extérieurement ou du moins, être absolument grec. Mais à la fin l'élément oriental triompheetse naontre dans tonte sa physionomie propre.
17. Avant d'entrer dans des détails , nous avons encore quelque chose à dire en généra! sur la propagation de la philosophie à cette époque. Pendant toute la seconde période, Athènes fut le siège principal de la philosophie. Maintenant deux autres cités, célèbres dans les fastes de l'histoire, jouent particulièrement avec elle un rôle important dans l'enseignement et la propagation de la philosophie : ce furent Rome et Alexandrie. Chacune de ces trois cités célèbres a vu sa fortune inconstante et contraire.
400 TROTSIF.ME PÉRIODE.
D'abord Athènes , au commencement de cette période, fut abattue par la conquête qu'en fit Sylla. Ce qui semble avoir beaucoup contribué à faire déserter cette cité par les maîtres les plus célèbres alors en philosophie, qui transférèrent le siéo'e de leurs écoles à Rome, à Alexandrie et à Rhodes , ainsi que nous l'avons dit du stoïcien Posidonius et des académiciens Philon et Antiochus. Mais les libéralités de l'empereur Adrien et de ses successeurs Antonin-le-Pieux et Marc Aurèle relevèrent les écoles d'Athènes de l'état d'abandon où elles se trouvaient. L'ancienne capitale des sciences fut dotée d'un établissement consacré expressément à l'enseignement de la philosophie des quatre principales sectes.
A Rome la philosophie éprouva d'abord beaucoup d'opposition : elle en fut même bannie à plusieurs reprises. Mais déjà du temps de Trajan . et plus particulièrement sous Adrien et les Antonins, son sort dans la ville éternelle s'améliora. Depuis lors , Rome fut pour longtemps un point de réunion pour les maîtres de philosophie , et attira plus tard dans son sein la philosophie néopliitonicienne avec le même empressement qu'elle avait mis auparavant à procurer un asile aux maîtres des anciennes écoles.
D'un autre côté cependant , Alexandrie n'est pas moins importante comme école de philosophie. On sait comment l'érudition y fleurit sous les Plolémée . quoique d'abord avec peu de profit pour la philosophie. Mais plus tard elle devint le siège le plus brillant des écoles philosophiques , particulièrement de l'école néoplatonicienne, qui éclipsa toutes ses rivales, lorsqu'elle eut pris un caractère ferme et assuré , particulièrement entre les mains d'Ammonius Saccas et de Plotin.
Celui-ci la transporta à Rome , et Longin la mit sur un pied plus ferme à Athènes. CependantlesEcolesde la philosophie ancienne tombèrent à Alexandrie, sans doute à cause des progrèsde la religion chrétienne. Vers l'an 391 de notre ère,le Sérapéum,un des principaux sièges de la religion et de la philosophie païennes , fut détruit, et leurs vois furent réduites au silence.
18. Nous avons fait voir précédemment comment Athènes devint , par la libéralité des Antonins . un siège principal de
renseignement philosophique. Tandis que les écoles de la philosophie stoïcienne et delà philosophie d'Epicure se mouraient, l'école néoplatonicienne et l'école péripatétique y fleurirent et jetèrent encore beaucoup d'éclat par l'éloquence et l'érudition brillante de leurs chefs. Il arriva de là qu'Athènes redevint encore une fois le centre des études oratoires et philosophiques, qui se rattachaient à l'ancienne civilisation. Cependant de fâcheuses circonstances extérieures et plus encore le défaut d'une force constitutive et vivifiante au dedans mirent peu à peu fin à l'ancienne philosophie ; elle se mourut insensiblement delangueuret de consomption; même dans l'habitude extérieure des écoles de philosophie , se révéla déjà très-nettement , dès le quatrième siècle de notre ère, leur décadence interne. Elles n'étaient plus fréquentées par des hommes studieux. Le maître cherchait à briller par desapplaudissementsd'ungrandnorabre d'auditeurs ; on cherchait aies obtenir d'une manière indigne, par des séductions de toute nature , par des enrôlements de parti, entre compatriotes et condisciples ; on combattait pour la priorité de rang, non pas avec les armes de l'esprit, mais les partis cherchaient à remporter la victoire par la force des poumons et des bras ; ce combat de partis dégénérait quelquefois en émeutes et e.n rixes. Les écoles de philosophie d'Athènes en étant venues à ce point de décadence interne , il ne manquait plus , pour faire tomber la philosophie ancienne, que de les faire fermer. Justinien s'en chargea vers l'an 529.