‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 73 sur 90 · PHILOSOPHIE GRÉCO ROMAINE. — EPICTÈTE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE GRÉCO ROMAINE. — EPICTÈTE

le bien doit être distinjjiié du mal. De môme qu'on cherche par la géométrie et la musique une mesure pour les grandeurs et les sons, de même on doit s'efforcer de trouver par la philosophie une mesure pour le bien et le mal. Il ne s'agit pour cela que de partir dos idées naturelles du bien et du mal, comme de principes généraux , et d'arriver, par des j)roposiiions moyennes justes , à des raisonnements légitimes sur le bien et le mal en particulier. La réflexion aboutit ainsi à ce résultat , que la volonté seule et ses œuvres sont en notre pouvoir , mais que les choses extérieures , les sentiments de notre vie , ne sont pas en notre pouvoir. Par ce moyen s'affermit cependant en nous ce raisonnement juste , que le bien ne consiste que dans les œuvres de notre volonté ; à l'appui de quoi Epictète invoque encore plusieurs autres considérations. Tel est le but des sentences morales particulières, qui traitent toutes la même thèse soûs des points de vue spéciaux , et qui ont pour objet de faire voir comment notre félicité interne, le bien de notre âme, ne peut cire altérée que par notre propre faute.

19. Epictète admet aussi la consolation ordinaire des Stoïciens : quiconque trouve la vie insupportable , est libre d'en sortir. Il conseille cependant de faire du bien à son ennemi et de ne pas blâmer légèrement les autres; il faut être indulgent envers ceux qui pèchent. Pour ne pas perdre l'égalité d'âme au milieu des plaisirs et des peines de la vie, il nous rappelle les moyens que nous avons de nous posséder , l'abstinence et la faculté d'endurer. Sa doctrine tend même à l'égoïsme sous ce rapport, puisque, pour prouver à ses disciples l'affranchissement de tous les événements extérieurs , Epictète va jusqu'à condamner la société humaine. Cependant cela ne l'empêche pas de recommander toutes les vertus sociales.

20. Lorsqu'il parle de Dieu, sa morale prend un essor plus libre et acquiert un caractère plus élevé et plus religieux. Il conseille d'invoquer l'assistance de Dieu dans les circonstances difficiles. Quand nous venons à penser que Dieu est le pèredes hommes et des dieux, que nous sommes ses enfants, comment alors ne sentirions-nous pas notre âme s'élever ? Celte pensée

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neperniet rien d'ignoble, rien debas. Si nous ne voulons que ce que Dieu veut, nous serons vraiment libres, et tout nous réussira à souhait; nous ne pourrons pas plus être contraints que Jupiter lui-même.

21 . Parcelte élévation religieuse, Epictète trouve donc aussi le moyen de rattacher au reste du monde chaque individu , qu'il semblait vouloir en séparer entièrement, en ne lui imposant d'autre devoir que la moralité de ses idées. Mais l'univers entier est aussi une œuvre divine ; Dieu l'a formé en vue d'une harmonie générale. L'être raisonnable n'y doit pas absolument suivre sa volonté; mais de même que dans tous les arts l'homme intelligent se soumet à la juste mesure, de même aussi l'homme de bien doit se soumettre à l'ordre légitime du monde. Il connaîtra cet ordre , en prenant conseil des dons qu'il a reçus de la nature. C'est ainsi qu'Epictète renvoie aussi sur ce point chacun à lui-même , à sa conscience proj)re et privée. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il n'ait pas pu donner une explication générale et scientifique de la morale.

On a quelquefois comparé la morale d'Epictète à la morale chrétienne. Mais leurs ressemblances ne concernent que des poinîs accessoires et leur base diffère entièrement.

22. Les princij)es d'Epictète ont exercé une influence trèsprononcée sur l'esprit de beaucoup de ses contemporains et de ceux qui sont venus après lui. Presque tout ce qui est sorti de la morale stoïcienne dans les temps suivants émane de lui , est pénétré de son esprit ; ce n'est le plus souvent qu'un retentissement de ses sentiments et de sa doctrine. C'est sous ce point de vue que nous devons envisager la morale de l'empereur Marc-Aurèh-Antonin. Dans les pensées adressées à luimême , qui remplissent ses livres, il parle comme d'une faveur signalée d'avoir connu , par son maître Rusticus , la doctrine d'Epictète ; et dans le fait , ces préceptes ressemblent parfaitement à ce qu'Epictète avait auparavant recommandé ; seulement ils se rapportent particulièrement à lui-même , tandis que ceux d'Epictète étaient destinés à ses disciples. Sans entrer dans des détails sur la morale de 3Iarc- Aurèle, nous ajouterons seulement, que nous trouvons que le développement de

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