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CHAPITRE III

philosophie gréco-orientale.

A. Philosophie grecque chez les Orientaux, — P/iilo/i le Juif.

!. Origine de cette philosophie. 2. Aristobule. 3. l'hilon. 4. Origine et caractère gt'inéral de sa doctrine. 5. Sa tliéolugie. 6. Sa psychologie. — Théorie (le Ja connaissance. — Extase. 7. Philon comparé à Platon. 8. Sa morale- 9. Deux éléments à considérer dans son système.

1 . Les Juifs, pendant la captivité de Babylone, avaient pris connaissance des traditions religieuses des Perses ; une autre colonie avait vécu en Egypte. Là le commerce avec les Grecs s'établit à la suite des travaux qui donnèrent le jour à la traduction des Septante, sous la direction de Démétrius de Phalère. L'influence de ces communications ne tarda pas à se faire sentir , lorsque les Juifs furent revenus dans leur patrie. Pendant qu'à Jérusalem les Pharisiens et les Saducéens se divisaient entre eux, les premiers commentant le texte de la loi, les seconds s'altachant au sens littéral, les Esséniens et les Thérapeutes s'exerçaient en secret à une vie contemplative, à une morale austère, à une sagesse qui leur a mérité les éloges des lùstoriens.

2. Aristobule, le premier, tenta non-seulement d'allier, mais même d'identifier en quelque sorte les traditions des livres sacrés avec la philosophie et la littérature des Grecs. Il alla jusqu'à supposer des vers sous les noms d'Orphée , de Linus, d'Hésiode et d'Homère. Pour donner faveur à son système , il interprétait les livres sacrés par les doctrines grecques ; il expliquait l'origine de ces doctrines et ceile de la mythologie même, par les lois et l'enseignement de Moïse.

&. Biais ce n'est que dans les écrits du Juif Philon qiïbn trouve l'influence de la philosophie grecque si sensible, qu'on peut reconnaître à des caractères certains l'espèce de civilisation qui l'avait produite, Philon vécut à Alexandrie 5 il sortait d'une famille juive considérée, vraisemblablement d'une fa-

mille sacerdotale. Il eut de l'influence politique dans les affaires de sa nation , et il était déjà vieux lorsqu'il fut envoyé auprès de l'empereur C. Caligula pour défendre les intérêts de ses concitoyens.

4. On reconnaît presque à chaque pas , dans ses ouvrages, l'alliance de la philosophie grecque avec la doctrine religieuse des Juifs et les idées orientales sur la vie et la science. Pour représenter sa religion nationale comme une doctrine parfaite et divine, il mit à profit la connaissance qu'il avait acquise de tous les systèmes grecs, et en particulier celle du système de Platon, que nous retrouvons pa rtout comme trait fondamental de ses doctrines. Cependant il mêlait les doctrines philosophiques des Grecs sans les distinguer les unes des autres; il suivait moins en cela un procédé éclectique qu'un procédé alternatif; il croyait pouvoir en user ainsi à son gré , parce qu'il ignorait complètement la différence des points de vue d'où procèdent ces systèmes. 11 en agit de même par rapport aux Orientaux, qu'il trouve aussi en possession de la vérité. L'Hellade devait participer au souverain bien , comme les pays des Barbares ; les Mages et les Gymnosophistes sont mis au nombre des sages, et, de tous les sages, nul n'est placé j)lus haut que les prêtres de Jérusalem, qui président au culte le plus digne. En général, la philosophie des Grecs et même toute leur civilisation lui semblent dérivées de la législation et de la doctrine mosaïques, opinion qui, comme nous l'avons dit, était déjà répandue avant lui dans sa nation . Aussi le point central de ses doctrines, qui nous donne l'intelligence de ses définitions particulières, s'est essentiellement formé de l'esprit oriental. Nous trouvons donc déjà dans Philon l'opinion que nous avons représentée précédemment comme très-généralement répandue, savoir, que la sagesse d'alors n'était que très-peu de chose en comparaison de la sagesse antique. Elle lui semble souillée d'un grand nombre d'arts soj)histiques. Il se trouve donc dans le point de vue oriental des choses ; ce qui fait que malgré son estime pour la science grecque comme moyen de parvenir à une connaissance supérieure ou plus profonde, il manifeste quelquefois un certain mépris pour elle et même pour la science humaine tout entière. Il considère la sagesse humaine comme ayant pour objet la connaissance de l'univers.

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