APULÉE
l'âme primitive. Cette dernière peut bien recevoir le bien ; mais elle est toujours un obstacle au bien. C'est ainsi que Plutarque exalte la raison et la rattache au démoniqiie , dont l'idée selon lui se montre à nous partout où quelque élément constitutif de l'âme , élevée au-dessus de la vie terrestre , acquiert une importance plus générale; mais surtout dans le cas où cette idée est appiiqtiée aux principes de l'existence cosmique , tant que ces principes ne concernent pas le divin. 12. Le penchant de Plularque pour l'orientalisme se manifeste très-clairement dans sa pensée, que Dieu en soi nous est caché; que le contact avec la matière souillerait son éternelle essence, la simplicité de son être. Il reconnaît une union mystique entre nous et le divin, recommande la vie retirée comme un moyen de connaître Dieu ; mais si on le compare à Philon, on remarque bientôt , combien l'élément grec prédomine encore chez Plutarque- comment il est infiniment loin de recommander le repos contemplatif, qui domine dans Philon , comment ses préceptes moraux concernent beaucoup plus la vie politique, et comment son opinion sur le culte divin ne rappelle en aucune manière le zèle silencieux et presque sombre de Philon , mais porte la couleur plus sereine du culte grec. Aussi est-il naturel que les idées orientales n'aient pénétré qu'insensiblement chez les Grecs.
IS. Nous devons dire en passant que ces idées commençaient aussi à s'introduire chez les écrivains latins. Nous en avons la preuve dans les ouvrages de L. Jpulée^ qui enseignait à Madaure en Numidie , sous les Antonins, la philosophie de Platon et d'Aristote. Il est à peu près à Plularque ce que la philosophie latine «stà la philosophie grecque. Ce qu'il expose comme la doctrine de Platon et d'Aristote n'est qu'un extrait aride , sans connaissance des principes ni de leur enchaîne ment essentiel.
1-4. Son opinion sur Dieu et les démons par rapport au monde vaut seule la peine d'èlre mentionnée. Il regarde comme peu convenable, que Dieu lui-même s'occupe du monde; il lui donne par conséquent une troupe de serviteurs pour administrer les affaires du monde. Ces serviteurs étant, suivant lui,
des démons qui doivent, d'après sa manière de voir en général très-empirique , résider dans les airs , sont revêtus de corps d'air , et sont ainsi les vrais habitants et les êtres vivants de Ja région moyenne entre le ciel et la terre. Tous les usages religieux des Grecs et des Barbares, ainsi que les arts magiques, sont rapportés à ces démons. Ils savent tout ce qui se passe dans l'homme, ils doivent prendre la place de notre conscience dans notre esprit. Apulée distingue aussi une trinité defacult-és on puissances divines , immuables et éternelles ; savoir , Dieu même, sa raison qui comprend les idées, et l'âme du monde ; il oppose à cette trinité les choses muablesde ce monde , qui ne sont pas véritablement , mais qui ne peuvent être conçues que comme des images de la véritable existence.
15. Une fois cette direction prise , la philosophie de cette époque y avance insensiblement , mais pas sans avoir égard aux encouragements qu'avait donnes Plutarque. Nous ne trouvons cependant que des renseignements épars sur les hommes et les espèces de doctrines qui répandirent cette direction de la pensée. Parmi ceux qui ont été mis à profit par l'école néoplatonique , se présentent [tarticulièrement les noms de Cro~ tiius et de Numénius. qui sont tous deux mentionnés comme des hommes d'un même esprit ; mais on ne sait autre chose sur l'époque ovi ils vécurent, si ce n'est qu'ils trouvent ici leur véritable place sous le rapport chronologique. Nous ne trouvons rien de remarquable dans le premier , à part un petit nombre de propositions relatives à la doctrine de la métempsycose , sans qu'elle présente du reste rien de propre à leur auteur. Nous sommes moins ignorants sur la doctrine de Numénius. Elle présente quelques points de comparaison que nous ferons connaître.
16. Les Néoplatoniciens attachaient une grande importance aux écrits de Numénius; ce qui prouve qu'il dut y avoir quelque rapport entre leurs doctrines. Numénius , né à Apamée en Syrie, put déjà trouver dans sa patrie l'occasion de tourner son esprit aux idées orientales et aux doctrines religieuses , auxquelles s'attachait ordinairement dans ce pays un respect plus grand et plus général qu'elles n'en obtinrent même des Néo-