NUMÉNIUS
platoniciens subséquents. On sait qu'il n'appelait Platon qu'un Moïse parlant altique ; il accordait aussi , en général , une grande importance aux traditions juives et aux autres traditions orientales des Egyptiens , des Mages et des Brahmanes. Il mit môme a profit, pour ses interprétations allégoriques, l'histoire de notre Sauveur, quoique sans le nommer, il senihle avoir pensé que la sagesse grecque était venue de l'Orient- du moins ses expressions sont telles , qu'on est obligé de croire qu'il veut ramener Platon à Pythagore et Pythagore aux sages de l'Orient. Socrate et Platon lui semblent à la vérité avoir eu des idées et un culte vrais, sans cependant les avoir proclamés d'une manière suffisamment claire. C'est par là qu'il explique les méprises des philosophes subséquents. Il semble du reste avoir été doué d'un esprit peu philosophique, superficiel et vaniteux.
17. Comme chez les philosophes de cette époque, l'idée de l'être se présente aussi chez Numéniusavec une haute importance. Il la déduit de l'idée du corporel, d'oii il part pour faire voir la nécessité d'une cause incorporelle. Le corporel étant muableetdivisible àTinfini, il ne pourrait être tenu en rapport sans quelque chose qui en fasse un tout 5 il faut donc admettre quelque chose d'incorporel, une âme immatérielle, qui garantisse d'une manière certaine le corporel de la décomposition et de la corruption. Ce quelque chose d'incorporel est pour Numénius l'être, substance simple et immuable. Si quelqu'un veut s'élever à la conception de cette substance, il lui recommande, à la manière de Platon , de s'abstenir des plaisirs sensuels , de s'appliquer avant tout aux sciences mathématiques et de rechercher la nature de l'Un. Il l'appelle la raison et le bien, qui sont inconnaissables aux hommes. Aussi Nuniénius prend-il plaisir à nous enseigner ce qu'il y a de plus merveilleux dans le Dieu suprême et premier. Nous ne devons pas être surpris qu'il nous dise que le repos de la première cause est un mouvement inné.
18. Malgré ces déterminations sur l'être premier, Nuraénius trouve difficile d'expliquer , eomment il peut être en rapport avec la matière. II admett que le premier Dieu, étant uuo sub-
stance pure, doit être conçu comme inactif, comme éloigné de toute œuvre ; il ne forme pas le monde ; seulement il est père du Dieu formateur du monde. Cette idée peut donner l'avantage à l'opinion de la doctrine de l'émanation, qui admet que la cause seconde peut découler de la première, sans que celle-ci éprouve aucun changement. De même que celui qui enseigne, ne perd pas sa science en la communiquant à un autre , de même Dieu communique ses dons à la cause seconde sans les perdre; la raison , qui répand sur le monde la science , reste aussi bieu en Dieu qui la donne, qu'elle est en toi et en moi qui la recevons. Nuniénius admet donc un second Dieu à côté du premier. Le second Dieu est l'image du premier; et comme les images de l'essence sont contingentes, ce Dieu est aussi le premier principe delà contingence ; mais sa position est double , d'une part appliqué à son principe , il forme l'idée de soimême, la science , et la reçoit du premier Dieu ; d'autre part, appliqué à la contingence , il forme le monde. Cette double direction du second Dieu porte encore Numénius à faire diviser ce Dieu en un troisième, qui est un Dieu sensible ; ce Dieu n'est autre chose que ce monde.
19. INous retrouvons !a même manière de penser dans ce qui nous reste de la doctrine de Numénius sur l'âme. En conséquence de la nature du monde, tout se divise en deux substances contraires: l'àme se compose de deux âmes ; l'une raisonnable et l'autre non-raisonnable. Ces natures contraires sont en lutte dans notre âme, et, comme le bien et le mal, se font une guerre continuelle; car le mal vient à l'âme par la matière, et toutes les incorporations de l'âme sont aussi regardées comme un mal. On reconnaît également à l'âme des biens qui lui viennent de sa participation à la raison divine. Ces biens consistent principalement, selon Numénius, dans l'activité scientifique de l'âme. En conséquence de sa nature, l'ârae est douée de deux facultés; elle possède une activité intellectuelle indépendante de la représentation sensible, mais que celte représentation accompagne, sans toutefois qu'elle soit considérée comme son œuvre. La première est l'œuvre de fâme raisonnable; la seconde celle de l'âme non-raisonnable.
PHILOSOPHIE NEOPLATONICIENNE. 455
20. On voit commentcette doctrine de Numénius cherche déjà à embrasser sous une forme parfaitement déterminée les idées orientales sur le rapport du monde intelligible avec le monde sensible , et se convertit en un système qui s'arrête presque uniquement à la recherche des idées suprêmes, mettant tous ses efforts à signaler le passage de l'intelligible au sensible , et le retour de celui-ci à celui-là, sans se soucier beaucoup des fondements scientifiques de nos idées du supràsensible même. D'oii il suit naturellement, que celte doctrine laisse plutôt apercevoir une tendance religieuse qu'une culture intellectuelle certaine, et que l'on prétend s'aider de l'imagination pour combler les lacunes de l'investigation,