Celte doctrine exerça une fâcheuse influence sur l'idée
ANAXAGOKE.- OU
de l'esprit : car, en général , il était impossible qu'il n'eàt pas des idées indignes de la force de l'esprit , puisqu'il considérait comment l'esprit, qui est pour lui partout Identique j paraît entravé par les corps dans les phénomènes finis des êtres animés. La chose devait d'autant plus lui apparaître ainsi , qu'il avait étendu plus loin l'aclion de l'esprit , la trouvant non-seulement dans les hommes, mais encore dans les animaux et dans les plantes; car les plantes sont des êtres vivants enracinés dans la terre , doués de désirs, de plaisirs et de peines, et même d'intelligence et de connaissance.
7. Mais quoique cette manière de penser d'Anaxagore fût très-favorable à l'explication de l'organisme et surtout de l'organisme animal, il ne faisait éclore des éléments tout ce qui a vie que d'une manière lente et progressive, en passant par les diflFérents degrés de la formation du monde. Avec ce développement tardif de la vie animale il fait coïncider les révolutions générales du monde. Le pôle du ciel traversa d'abord le centre de la terre ; mais les animaux étant sortis de son sein, elle s'inclina vers le sud ; les étoiles furent placées en rapport avec elle et elle offrit alors une partie habitable et une autre qui ne pouvait être habitée. Ces grands phénomènes de la nature ramènent Anaxagore à des considérations qui relèvent l'action de l'esprit par l'immensité de la sphère qu'il assigne à celte action.
8. Il est nécessaire de dire encore ici quelques mots sur sa doctrine touchant la connaissance de Thomme. Cette doctrine est intimement liée avec la manière dont Anaxagore envisage la nature. Le principe de son mode d'explication mécanique, qu'aucune partie constitutive du monde nepeut naître, doit être considéréecommeun pur résultat d'une sage réflexion, ensorte que, pour lui, les premières partiesconstitutives de touteslescho" ses sensiblement visibles étaientquelque chose qui ne peut être connu par les sens, mais seulement parla raison. On a donc dit avec justesse , qu'Anaxagore reconnaissait la raison pour l'organcide la vérité. Les sens ,au contraire, lui semblent sujets à l'erreur ; car > dit-il , si nous supposons deux liquides de couleurs différentes, l'un noir et l'autre blanc, et que nous
versions oroulte à gouUe l'un dans l'autre, lu vue ne pourra distinguer l'altération insensible des couleurs, quoiqu'elle ait lieu dans la nature. D'ailleurs tout est dans tout, et les sens n'en aperçoivent rien. De-Ià cette sentence d'Anaxagore, que les choses sont pour chacun ce qu'elles lui paraissent être.
9. Si nous réfléchissons donc sur le caractère général de la doctrine d'Anaxagore, nous verrons facilement , que la somme des connaissances qu'il croyait avoir acquises dut lui paraître petite. En effet , tandis que , selon lui, l'esprit voit le mélange inOni des choses, qu'il connaît le passé, le présent et le futur, l'homme ne possède qu'une connaissance très-bornée; il nesait rien de bien déterminé sur les éléments, leurs propriétés, leur composition et leur décomposition , ni sur l'ordre et la succession des mouvements du monde. C'est pourquoi il put bien lui échapper cette plainte: Rien ne peut être connu , rien ne peut être appris, rien ne peut être certain ; le sens est étroit , l'esprit faible, la vie courte.
10. Si enfin nous comparons la méthode d'investigation d'Anaxagore avec celle des philosophes précédents , nous ne pouvons nous empêcher d'y reconnaître un progrès sensible dans l'art dialectique et une grande supériorité sur les faibles essais de ses devanciers.
Archélails le physicien.
1. Vie d'Archélalis, disciple d'Anaxagore. 2. 11 altère la doctrine sur l'esprit. 3. Sa physique , formation des êtres organisés, reproduitepar des savants modernes. 4. Son principe de morale. 5. Influence de l'école ionienne sur les sophistes. 6. Accord de la doctrine des mécanistes avec les phénomènes.
1 . Archélaûs de Milet ou d'Athènes, surnommé le physicien, disciple d'Anaxagore , passe pour avoir enseigné la philosophie d'abord à Lampsaque, ensuite à Athènes, oi!iSocrale, selon la tradition, fréquenta ses leçons. Sa vie et sa doctrine sont très-peu connues. Cette dernière ressemble pour le fond à la doctrine d'Anaxagore ; c'est peut-être la raison pour laquelle ni Platon ni Aristole n'en font aucune mention.