FIN DE LA PHIL. NÉOPL
l'art de raisonner, qui donnaient à la raison sa sécurité. Tout cela ne put garantir la philosophie d'alors de la superstition la plus grossière. Où est donc maintenant la civilisation que l'ancienne philosophie avait promise à l'homme? Il est permis de croire que l'orgueil des philosophes , qui avait été porté si haut, dut être rabaissé par un tel résultat. H est à remarquer, cependant, que la philosophie plus modeste d'un Socrate, d'un Âristole, eut le sort de ses compagnes.
17. Si nous reportons nos regards sur les philosophes du dernier siècle , nous trouverons bien en eux une certaine indigence, une certaine étroilesse de pensée, mais qui leur nuisit moins que la richesse même. Dans l'école néoplatonicienne, la recherche philosophique, ainsi que nous l'avons vu, avait porté presque exclusivement sur la théologie , ou, pour nous servir d'une expression nouvelle, sur les idées les plus élevées de la métaphysique ; à côté de ces idées furent maintenues les idées plus générales, et les formes de la recherche logique, qui devaient servir comme moyen. La physique , au contraire , et l'éthique sont le plus souvent réduites à des accessoires du plus mince intérêt. La raison n'en est pas difficile à apercevoir. N'avons-nous pas dû reconnaître que ces branches de la philosophie avaient été beaucoup moins bien cultivées dans l'ancienne philosophie que la logique? Elles étaient d'autant moins à l'abri de l'influence d'une nouvelle façon de penser. La physique , en particulier , était fondée sur une série d'analogies imparfaites, qui ne se fondaient que sur une expérience trèsincomplète ; ce qui pouvait avoir quelque valeur scientifique avait été recueilli dans les sciences expérimentales que l'on cultivait alors, parallèlement à la philosophie, quoique faiblement. L'éthique, au contraire, tournant à la politique aux plus beaux temps de la philosophie, ne pouvait pas avoir d'importance à une époque où le sentiment politique des anciens peuples était éteint, où l'importance et la force sociale de l'ancienne éducation étaient perdues; il ne lui restait donc que le champ des recommandations pour la vie privée. Mais comme on cherchait à vivre en commun dans une société religieuse , il dut aussi se former une tendance à d'autres formes sociales, ce qui ne devait cependant pas encore aller jusqu'à les exprimer en
une idée scientifiquemenl déterminée. De ce côté, le cercfe des pensées parcouru par les derniers philosophes de l'antiquilé pouvait donc bien paraître borné , mais , seulement , parce qu'il tendait à s'agrandir dans un autre sens. Quoiqu'on puisse dire qu'une semblable limitation ne pouvait être que préjudiciable aux autres parties de la philosophie ; nous ne croyons cependant pas pouvoir aflfirmer que ce fut-là la raison de l'incertitude philosophique qui régna dans les derniers temps de l'ancienne philosophie. Cette incertitude provenait beaucoup plus de la diversité des opinions, dont on avait pris en soi la mobile image, sans saisir son opposition, son accord, son véritable sens. On peut en accuser la faiblesse d'esprit des Néoplatoniciens , s'ils n'ont pas pénétré plus avant ; mais personne ne leur reprochera d'avoir cherché à rendre stable cette diversité d'opinions, et de ne pas s'être abandonnés à un enseignement exclusif. 11 y a même là un progrès scientifique' en ce qu'on y gagne une diversité de pensées, des manières de voir différentes, un coup-d'œil vaste et élevé sur des directions opposées de la science. Seulement , personne ne se flatte qu'il n'y ait rien de plus à faire, personne ne se trouve satisfait. Le repos ne [leut être acquis, ici, qu'autant que l'on peut estimer à leur véritable valeur les différentes directions , que l'on aperçoit leur point de départ, leur point de tendance, et que l'on peut ainsi rendre compte de leur importance rationnelle. C'est ce que n'ont pas fait les philosophes dont nous parlons. 18. Mais de savoir s'ils pouvaient le faire , c'est une autre question , à laquelle la réponse pourrait sans doute être difficile. Il ne s'agit pas ici de savoir si les pensées que les Néoplatoniciens avaient reçues de Platon , d'Aristote , des Stoïciens , des Orientaux , pouvaient être si contradictoires, que, quand niêuie on en aurait pénétré le sens , il fût impossible de les unir en une doctrine, de manière que toutes les parties eussent eu une liaison réciproque et interne. Car nous sommes persuadé que les pensées de la science s'accordent intrinsèquement, et que leur véritable sens n'aboutit pas à lacontradicliou. L'impossibilité où étaient les Néoplatoniciens de concilier entre elles les différentes directions (|ui constituaient le domaine de leurs pensées , ne pouvait avoir sa raison que dans le point de