SUR LA VIE FT LES OUVRAGES D'HENRI KLEE,. XXV
Le pouvoir temporel avait jeté les yeux sur lui pour en faire un instrument de ses desseins, On disait qu'il avait été choisi, dans l'intérêt de la science et de la liberté d'enseignement, par le gouvernement prussien , auquel on faisait un grand mérite de placer en face de la doctrine d'Hermès, alors tout-puissant , un système rival d'enseignement théologique. C'est déjà, cependant, une bien mauvaise condition pour la théologie catholique d'avoir à être maintenue et gouvernée, non point par les évêques, mais par le bienfait de la liberté d’enseignement; c'est une déplorable calamité qu'on en vienne à opposer, par facon d'expérience, dans une Faculté de théologie , un système orthodoxe à un système hétérodoxe, et surtout que cela se fasse sous l'inspection et avec la protection d’un ministre d'État. Le pouvoir qui, dans le domaine de la pensée religieuse, s'arroge le droit de protéger et de dominer les systèmes rivaux , ne peut naturellement que gagner à un tel ordre de choses; mais l’enseignement de l'Église descend par cela même au niveau d'un système ordinaire, et par suite, l'Église devient la servante et l’esclave de l'État. C'était là ce qu'on avait en vue en appelant Klee à l'Université de Bonn ; on voulait qu'en présence du système d'Hermès il enseignât lui aussi son système. Mais au-dessus de ces deux systèmes il y en avait un troisième qui savait s'abriter dans une région inaccessible ; système tout plein , à l'extérieur, d'égards et de déférence, mais froid et sans vie à l’intérieur, comme le fatum du paganisme ; système ombrageux qui éclata, en novembre 1837, par des actes d'une violence inouie (1); gienne, et de la manière erronée dont plusieurs dogmes catholiques y sont exposes.
(1) L'auteur rappelle ici les violences exercées contre Monseigneur Clé-
ment-Auguste de Droste, successeur du comte Ferdinand Spiegel sur le siége de Cologne.On sait qu’à la suite d’une lutte généreuse contre le gouverne-
ΧΧΥ] NOTICE
le système protestant de la souveraineté absolue de l'État, qui accepte, il est vrai, l'enseignement de l'Eglise comme doctrine théologique et philosophique, mais qui ne reconnait point l'Église elle-mème comme une société réelle, comme un établissement divin, ayant sa constitution propre et son gouvernement indépendant.
Tel fut le sens des rapports qui se formerent entre le nouveau professeur et l’autorité temporelle dont il devenait dépendant. On ne pouvait s'empêcher de rendre justice à sa riche intelligence, à son travail constiencieux, à sa parole brillante, à son activité scientifique(x). Il reçut, en effet, des lettres pleines de félicitations et de compliments flatteurs sur sa science et ses travaux. Quant à son caractère de défenseur de l'Église, quant à la tendance de ses écrits, tous consacrés à soutenir la foi de l'Église , on n'en parlait jamais. C'était toujours la science, jamais l'Église qu'on voulait soutenir et honorer en lui, Toujours il vit sa mission et celle des Facultés catholiques systématiquement méconnues. Il s'en affectait vivement, et plus d’une fois on l’entendit se
ment prussien, qui demandait de lui des actes contraires à 58 conscience et à la discipline de l'Église, il fut arraché de vive force de son siégé archiépiscopal le 20 novembre 1837 et jeté dans une prison, dont il fest sorti qu’en 1840, à l’'avénement du roi de Prusse aujourd’hui régnait, Frédérie- Guillaume IV.
(1) Il publia successivement, pendant son séjour à Bonn, les ouvrages suivants :
Système de la dogmatique catholique (Bonn, 1831).
Encyclopédie de la théologie (Mayence, 1832).
Exposition de l’épitre aux Hébreux (Mayence, 1833).
Le Mariage (Mayence , 1833) ; seconde édition (Mayence, 1835).
Et enfin, les deux ouvrages qui sont comme le couronnement de ses autres travaux :
La Dogmatique catholique, 3 vol. (Mayence, 1834-1835); 2° édit. 1840,
Et l'Histoire des Dogmes chrétiens, 2 vol. (Mayence, 1837-1838).
Il faut joindre à ces travaux l’Esquisse de Morale catholique, ouvrage posthume d'Henri Klee, édité par Himioben (Mayence, 1843).
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SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HENRI KLEF. ΧΧΥ]] plaindre amèrement que les autres vissent en lui ce qu'il ne pouvait consentir à y voir lui-même, le savant et non le prêtre catholique.
Ce fut autre chose avec Hermès et avec les Hermésiens. Nous nous abstiendrons de caractériser ici le système hermésien ; l'Église s'est prononcée contre lui : il est jugé pour tout catholique fidèle. Nous nous garderons aussi de réveiller sur la tombe de Klee des attaques haineuses, auxquelles il a toujours dédaigné de répondre pendant sa vie. Mais nous ne pouvons tout passer sous silence, certains détails étant nécessaires pour faire apprécier comme il convient la position où Klee se trouva engagé pendant son séjour à Bonn.
Le point qui séparait essentiellement les deux professeurs, et qui devait produire entre eux une irréconciliable opposition , tenait avant tout à la nature d’esprit de chacun d'eux, et à la direction qui avait formé leusintelligence. ne avait un système qui avait jeté dans son esprit de profondes racines, et dont il ne put jamais se détacher ; Klee , au contraire, humble et fidèle enfant de l'Église, n'eut jamais d'autre système que le système même de l'Église. Hermès avait posé en principe que le caractère essentiel de la méthode scientifique, appliquée à la théologie, consiste à se dépouiller préalablement de toute notion antécédente, soit innée, soit acquise, pour rentrer successivement en possession de toutes les croyances par la démonstration logique ; Klee regardait, au contraire, un tel procédé comme également opposé à la saine raison et à la doctrine de l'Église, qui place l'homme, dès sa naissance, sous la garde et sous l'influence de la grâce divine, pour le conduire graduellement à la connaissance de toute la vérité révélée, et qui ne peut consentir à exposer son œuvre la plus chère aux chances périlleuses d'un pro-