‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 24 sur 55 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SOMMAIRE

1. Notion de l'Église. — 2. Unité de l’Église. — 3. Catholicité de l'Église. — 4, Apostolicité de l'Église. — 5. Sainteté de l'Église. — 6. Notes de l'Église. — 7. Notes de l’Église, selon les protestants. — 8. Indéfectibilité de l'Église. — 9. Infaillibilité de l'Église. — 10. Nécessité de V'Église. — 11. Visibilité de l'Église. — 12. Distinction et rapports entre l'Église et l'État. — 13. Autorité de l'Église. — 14. Rapports muluels de la foi et de la science.

4. On comprit dès l’origine sous le nom d'Église ( Ἐχκλησία), dans un sens plus restreint, la réunion de ceux qui, croyant et faisant profession de croire en Jésus-Christ, sont membres de la société établie par lui et en lui sur la terre, en vue du salut; et, dans un sens plus large, la société des créatures qui ont eu part sur la terre aux effets de la rédemption, ou qui dans le ciel sont restées fidèles à Dieu.

Cette idée de l’Église est entièrement prise de l'Écriture , aussi bien que les différentes dénominations et les figures ou symboles employés le plus souvent pour exprimer sa nature et sa destination; royaume de Dieu (1), cité de Dieu (2), maison de

(1) Aug. Civ. Dei xvr1, 1. (2) Æus. in Ps. xLvir, 2. — Hier. in Jes. ΧΧΙΙ, 9. 10.

L'ÉGLISE. 77 Dieu (1), etc. Entre toutes les expressions consacrées pour la désigner, celle de corps ou de corps du Christ, empruntée à saint Paul, prévalut de bonne heure et mérita de prévaloir à cause de son caractère particulier de justesse et de profondeur (2). On voit au premier coup d'œil combien est défectueuse, au contraire, cette idée moderne de l'Église que Kant a proposée le premier, et qui la réduirait à n'être qu'une simple communauté ou société morale et religieuse. À cause de sa magnifique ordonnance, ou plutôt parce qu’elle est une condition de salut, on la trouve souvent comparée à un vaisseau, et plus particulièrement à l'arche de Νοέ (3). On lui donne aussi le nom de Mère (4), à cause de la nais-

(1) Orig. in Lev. Hom. 1v. n. 8. in Jerem. 1, 23. — Tert. Pud. c. var. — Lact. Div. Inst. 1v, τή. — Æus. Dem. Evang. IV, 16. — Bas. in Ps. xxin1, ἢ. 3. — Cyr. cont. Anthrop. c.

{2) Clem. x Cor. ἢ. ΧΙ Ὶ. — Zenat. Smyrn. ἢ. 1. — Hegesipp. ap. Eus. αν, 22. 111, 32. — Tert. Apol. xxx11. — Orig. in Jer. L, 17 etc. — Joan. de Ragusio. Ecclesia est corpus .myslicum, organicum, spiritu Christi animatum. Or. de Comm. sub utraque.

(3) (Pseudo-) CZem. Epl.ad Jacob. c. x1v. xv. Const. apl. u, 76. — Orig. Gen. Hom. τι. n. 3. — Zert. Idol. c. xxiv. Bapt. van. — Hippolyt. de Christ. et Antichrist. e. Lrx. — Cyp. Unit. Eccl. — Aug. Civ. Dei xv, 26. — Chrys. de Lazar. Hom. v. — Alcuin. Epl. cziv. Elle est ainsi figurée dans plusieurs anciennes peintures. Voy. Münter, Symboles et monuments figurés de l'antiquité chrétienne. On trouve, de même, l'État comparé à un vaisseau dans Sophocl. OEd. Tyr. 20 sq. — Æschyi. Sept. cor. Theb. 2 sq. — Aristoph. Vesp. 29.— Hor. Οὐ. 1, 14.

(4) Clem.u Cor.n.n.—Eccl. Vienn.et Lugd. de Mart. Vienn.

sancé ét de l’éducation spirituelle dont élle est le principè pour l’homme. Elle est figurée par le Paradis (1), par la cité sainte de Jérusalem (2}; et Babylone est le symbole de la cité ennemie qui lui est opposée (3). Les Pères de l’école d'Alexandrie se plaïsent à présenter le parallèle de l'Église de la terre avec l'Église du ciel (4); Origène va même trop loin dans cette voie : puis nous trouvons chez les Novatiens, les Donatistés et les Pélagiens (5), les deux Églises confondues en tüne Seule; comme les Montanistes confondent l’Église avec l’Esprit:Saint, qui est son principe (6). Saint Irénée (adv. Hær. τ. 10. ἢ. 3) oppose l'Église catholique aux fausses églises comme ayant seule l’éxistence et la vraie réalité (ἡ οὖσα Ἐχ-

ἢ, Χαὶ. — ren. Ὧι, δῆ. ἢ. 1. — Clem. Alex. Pæd. 1, 6.— Tert. de Or. c. 1. Martyr. 1. — Cyp. Unit. Eccl. — Cyr. Cat. xvu. $. 28.— Aug. Sÿmb. ad Cätech. 1v, ro. Gest. coll. carth. diei 1. n. 230, — Pacian. ad Sympr. Epl. 11. n. vi.

(τ) Tert. adv. Marc. τὰ, 4. — ren. v, 20. ἢ. 2. — Aug. Ci. Dei x11, 21.— Sever. (Gab.) Hom. x11. ed. Aucher. Venet. 182%.

(2) Eus. Dem. Evang. iv, 17. — Aug. Civ. Déi xvu, 3. ñ. 3. 16. n. 2. 3

(3) Eus. Dem. Evang. 1v, 17. — Aug. Civ. Dei xvur, 3. H 0:10: απ ὩΣ

(4) Clem. Strom. iv, 8. — Orig. de Or. c. xxx1.

(5) Aug. Gest. Pelag. 12.

(6) Tert. Nam et Ecclesia propre et principäliter ipse est Spiritus sanctus, in quo est trinitas unius divinitatis. Atque ita exindé etiam numerus omnis, qui in hanc fidem conspiraverit, Ecclesia ab auctore et consecratore censetur. Et idéo Ecclesia quidem delicta condonabit, sed Ecclesia spiritus per Spiritalem hominem, non Ecclesia numerus episcoporum; do-

mini enim, non famuli, est jus et arbitrium; Dei ipsius, non

sacerdotis. Pudicit. c. xxr.

L'ÉGLISE. 79 ἀλησία). Plusieurs modernes ont émis la distinction d’une église idéale et d’une église réelle, distinction qu’ils ont poussée jusqu'à une opposition formelle entré les deux points de vue et jusqu’à la complète destruction de l’un par l’autre.

Les Apologistes, en établissant l’idée du christianismé contre les juifs et contre les païens, exposent én imêmé temps indirectement l’idée de l'Église. Mais cette idée se trouve bientôt déterminée et formulée diréctement à l’occasion des diverses tendances hérétiques et schismatiques, contre lesquelles l'Église a besoin d'expliquer et de maintenir, pratiquement et théoriquement, sa nature et sa destination. Les Pères qui ont travaillé le plus efficacement à développer l'idée théorique de l'Église sont particulièrement saint Irénée, Tertullien, et les Alexandrins, dans la lutte qu'ils ont engagée contre les Gnostiques; saint Cyprien, dans celle qu’il a soutenue contre les Novatiens; saint Optat et saint Augustin, dans leur controverse avec les Donatistes. On peut dire de saint Augustin, entre autres, qu'il a pénétré et exposé l’idée de l'Église, de sa destination et de ses caractères, avec tant de clarté et de profondeur, que cette idée a pu être considérée comme fixée pour toujours; aussi, bien que, dans les siècles suivants, il n’ait pas cessé d'y avoir de ce côté quelque progrès, c’est surtout au développement extérieur, et à la culture du champ de l'Église, que l’activité religieuse s’est dès lors employée. Mais, dans les temps modernes, les attaques continuelles du protestantisme et du philosophisme contre l'Église ont appelé de nouveau sur ce point les efforts de la science, et amené le dévelop-

pement de l’idée de l'Église aux dernières limites de la profondeur et de la précision.

2. L'unité, considérée comme caractère de l’Église, n’est point une conception postérieure à son établissement, mais un fait contemporain de la naissance de l'Église, et un élément de l’idée originelle qui la constitue. On la voit, dans les Évangiles et dans les écrits apostoliques, apparaître trop clairement avec l’Église et au sein de l’Église, pour qu’on puisse s’étonner de la trouver de bonne heure formulée comme point de croyance dans les symboles, et développée explicitement dans les Pères les plus anciens. Or, cette unité implique tout à la fois une Église wrque (1), c’est-à-dire excluant toute autre Église que celle de Jésus-Christ (2) (unité extérieure), et une Église une, c'est-à-dire dans laquelle aucune partie n’est séparée de l’ensemble (3) (unité intérieure), double point de vue suffisamment exprimé déjà dans les figures dont on se servait pour désigner l'Église appelée communément maison ou cité de Dieu, royaume de Dieu, corps de Jésus-Christ, etc.

Les hérétiques reconnaissaient eux-mêmes dans l'unité un caractère essentiel de l'Église; mais ils prétendaient constituer à eux seuls cette Église uni-

(1) Clem. Pæd. 1, 6. Strom. var, 17. — Tert. Præscript. xx. — Cyp. Epl. κυ.

(2) Justin. Tryph. x. — Zren. 1, 10. n.2. — Orig. in Jerem, 1, 17. — Cyp. Epl. 1, 11. — Alex. (Alex.) Epl. encyel. — Eus. in Ps. xxx1x, 13.

(3) Aug. Sicut enim universa terra, ex multis terris, et universa Ecclesia ex multis constat ecclesiis, sic etc. Civ. Dei XII, 12.

L'ÉGLISE. 81 que de Jésus-Christ; tels furent les Montanistes, les Novatiens, les Donatistes, ete. Cette unité de l'Eglise n’est point entendue seulement, dans les temps anciens, de l'unité d'esprit et de vie intérieure (1), mais aussi de l'unité de gouvernement et d'enseignement doctrinal (2); de là le zèle des Pères contre le schisme (3), et aussi, et plus encore, contre l’hérésie (4).

Le fondement de cette unité de l'Église, c’est l’unité même du Christ (5) et du christianisme (6), c'est la communauté de Ja foi (7) et l'identité des sacrements (8); le signe et le moyen de cette unité, c'est la hiérarchie. On trouve aussi dans les premiers siècles cette unité signifiée et maintenue, par l’usage

(x) Clem. x Cor. n. xLvI. — Ignrat. ad Smyrn. ἢ. vrr. — Aug. Civ. Dei xvir, 16. n.2.

(2) Zgrat. Epl. ad Philad. n. 111. — Justin. Tryph. zxrrr. CxvI. — ren. 1, 10. ἢ. 2. 3. v, 20. ἢ. 1.— Hil. in Ps. cxxr. n.5. — Aug. Civ. Dei xvint, br. — Constantin. (ap. Theod. Hist. Eccl. τ, 10.).

(3) Zren. 1v, 33. n. 7. — Orig. in Lev. Hom. τν. in Rom. 1. zx. n. ἡ. — Cyp. Epl. τα. Unit. Eccl. p. 403. (Bal.) — Bus. in Ps. xxvur. n. 1. — Opt. τ, 20. — Const, apl. vi, 1 etc. Voy. ma Dogmatique, part. 1, p. 125 sq.

(4) Aug. Diabolus hæreticos movit, qui sub vocabulo christiano doctrinæ resisterent christianæ, quasi possent indifferenter sine ulla correptione haberi in civitate Dei, sicut civitas confusionis indifferenter habuit philosophos inter se diversa et adversa sentientes. Civ. Dei xvuux, δ1.

(5) Oros. Lib. arbit. xxx. Ἷ

(6) Tert. Apol. xxxir. |

(7) Epiph. Fid. cath. expos. n. 6. — Theod. in Ps. xcvr, 8 etc.

(8) Hier. in Gall. zx, 28. — Leo Serm. xxx. ἢ. 2.

des lettres de communion (1), par celui des diptyques (2), des eulogies-(3); par l'établissement des agapes (4), avec lesquelles on peut comparer les ἄνδρια des Spartiates, des Crétois et des Carthaginois (Aristote, Républ. 11, 9-11), et les charista des Romains. Plus tard on a eu la prétention, chez les protestants particulièrement, de réduire l'unité de l’Église à l'unité de la parole et des sacrements (b}, et on en est venu de nos jours à ne plus même exXIσον l’unité de l’enseignement, et à déclarer qu'il n'y a de nécessaire et de possible que l'unité d'esprit fondée sur une union réciproque et sur une charité mutuelle, théorie dont les Arminiens, les Mennonites et les Herrnhuters avaient déjà donné l'exemple.

3. La catholicité de l'Église est, comme son unité, quelque chose d’originel, qui a été voulu et fondé avec l’Église, qui n’a point été ajouté plus tard à son idée constitutive, et rien n’est plus contraire à la vérité que l'opinion qui fait sortir la catholicité de la conception toute personnelle d’un apôtre, de saint Paul, par exemple, ce qui détruit, dans l’idée même qui les constitue, et le Christ et l'Église et l’apostolat, etc. La catholicité est un caractère essentiel et originel de l'Église, que nous trouvons de très-bonne

(1) Cfr. ma Dogmatique ;, parts 17) Ρ. 72.

(2) Suic. Thes. Eccl. voc. dirruy.

(3) Zren. Epl. ad Victor. ap. Eus. v, 24. — Aug. Epl. xxxt. n. 9.

(4) Tert. Apol. xxxix. ad Martyr. 11. τ- Cyp. Test. 11, 3. Les agapes avaient encore un autre but, celui de nourrir les pauvres. — Tert. Apol. xxxIx. — Aug: Faust. xx, 20.

(5) Luther. Catech. maj. legg.— Conf. Aug. vi. Apol. 151.

L'ÉGLISE. 83 heure décorée solennellement du titre de catholique dans l’histoire et les professions de foi des martys (1), dans la liturgie (2), dans les symboles (3), dans les actes et les décisions des conciles (4), dans les écrits des Pères (5).

Ge titre lui est donné tout à la fois, parce qu'on trouve en elle la totalité de la doctrine, des commandements et des sacrements (6), point de vue partiel auquel les Donatistes, et spécialement les Rogatiens, prétendaient réduire la catholicité de l'Église (7) ; parce qu'elle présente, dans le temps et dans l’espace,

(1) Eccles, smyrn. De Martyr. 8. Polyc. ἢ. 1. x1x. — 4ct. 5. Fructuos. n. 11. — Pass. δ. Pion. n. 1x. — Act. S. Saturn. Ecclesia sancta una et vera catholica, ex qua martyres profecti sunt, et ἃ quibus divina Testament servata sunt. ἢ, 20, (In Baluz. Miscell. 1. τι. p. 76.)

(2) On lit dans l’ancien canon de la messe : Ὑπὲρ τῆς ἁγίας χαθολιχῆς χαὶ ἀποστολικῆς ᾿Εχχλησίας δεηθῶμεν. Const. apl. νιτι. et ap. 7heod. In Ps. x1vnr, 4.

(3) Voy. Symb. Nic. — Cyr. (Cat. xvur.) — Alex. Alex. (Ap. Theod. 1, 4.) — Epiph. — Rufin. Et même le symbole d’Arius (ap. Theod, Hist. Ecel. x » 11). Le mot catholica ne se trouve pas dans la forme la plus ancienne du Symbole des Apôtres. — Voy. Æing Hist. Symb. apl. c. vr. — Voss. De tribus Symb. diss. r. xxxrx.

(4) C. Antioch. Epl. Syn. (ap. Eus. Hist. Ecel. vr, 30.) — C. Eliberit. c. xvx. xxr. — C. -4rel. Epl. ad Sylvest. — €, Nic. 6. vi, — C. Sard. c. χντι. — C. CP. C. VII.

(5) Zgnat. Ὅπου ἂν à Χριστὸς Ἰησοῦς, ἐκεῖ à χαθολιχὴ ᾿Ἔχχλησία. — Clem. Str, vu, 17. — Lib. Epl. ad Eus. Vercell. — Eus. In Is. xxxir, 18. — Cfr, les docteurs plus récents passim.

(6) Cyr. Cat. xvur, 23. — Opt. 1, 12: — Pacian. ad Sympr. Epl. 1. n. 4.

(7) Aug. Epl. xeux. ad Vincent. Rogat. n. 23.

une unité sans division, tandis que les hérétiques (1) n'apparaissent qu'à l’état de sociétés divisées et 1s0lées les unes des autres ; parce qu’elle est établie pour le genre humain tout entier, la distinction des juifs et des gentils (2) étant abolie en elle et avec elle; parce qu’enfin elle est réellement répandue par toute la terre (3), au moins relativement. Saint Paul parle déjà de cette diffusion universelle (4), que font aussi ressortir les plus anciens docteurs de l'Église (5). On la trouvait d’ailleurs annoncée dans les prophètes de l’Ancien Testament (6); et on en voyait un symbole dans le partage des vêtements du Christ; dans l'unité de sa tunique sans couture (7), dans l'inscription de la croix rédigée dans les principales langues de l’époque (8); dans le miracle des langues accompli au jour de la Pentecôte (9), et dans la nappe mystérieuse que saint Pierre vit (Act. x) pendant son

(1) Clem. Strom. γι, 15. 17.

(2) Cyr. Cat. xvus, 23. — Cfr. ÆEus. Dem. Fee F0 δ. 7.

(3) Eccl. Smyrn. Epl. de Martyr. S. Polyc. n. x1x. ne in Is. xxx, 18. — Aug. Epl. ir. n. 1.

(4) Rom. 1, 8. x, 18. — Col. 1,6. 23. — Cfr. 1 Cor. τ, 23. IX , 20 56.

(8) Clem. 1 Cor. ἢ, v.— Herm. Past. 1. 111. sim. 1x. n. XVII. — Îren. 1, 10. n. 1. 1V, 19. n. 1. — Justin. Tryph. exvr. cxvir. — Tert. Jud. vir. Apol. xxxvir. ad Nation. 1, 1. -— Orig. Cels. 1, 67. 1v, 22. — Rom. vai. n. 1. — Cyp. Epl. zur. — Aug. Civ. Dei xx, 11 etc. — Cfr. Bardesan. de Fato ἢ. x.

(6) Eus. Dem. Evang. 1, 5. 6. mn, 1 sq. — Opt. τι, 1. — Cyr. In Zacc. ἢ. xzrr.

(7) Aug. In Joan. Tract. exvrn. ἢ. 4.

(8) Aug. In Joan. Tract. exvu. n. 45.

(9) Zren. 111, 17. ἢ. 2. — Aug. Civ. Dei xvur, 49.

L'ÉGLISE. 85 extase (1). On lui trouvait une analogie dans l'unité du monde qui comprend tout en lui (2); et on en faisait reposer le fondement sur l'unité même de Dieu (3).

C'était sur cette catholicité, prise dans le sens d’une diffusion relativement générale par toute la terre, qu'on s’appuyait pour condamner les églises séparées (4) et les assemblées particulières des Novatiens (5), des Donatistes (6), des Lucifériens (7);comme on la fit valoir contre les nouveaux Manichéens au moyen âge (8).

On entendait aussi la catholicité, en ce sens, qu’on regardait comme membres de l'Église les justes de l'Ancien Testament et de l’époque patriarcale (9), les âmes des chrétiens morts .dans la grâce de Dieu (10), et les anges restés fidèles (1 1).

(x) Aug. In Ps, xxx. Enarr. ir. ἢ. 5. In Ps. 6111. Serm. 111. ΕΟ

(2) Maxim. Mystag. c. 1.

(3) Clem. Strom. va, 17. — Cf. Rom. 111, 29.

(4) Aug. Adversus eos (lex imperat), qui christianos re dici volunt et Ecclesiæ catholicæ non communicant, sed in suis separatim conventiculis congregantur. C. Epl. Parmen. 1, 7. — ÆEpiph. Hær. 1x1. n. 2.

(5) Pacian. Sympr. Epl. 111. n. 4. 25. 27.

(6) Opt. 11, 1. — Aug. Epl. xuix. ἢ. 3. zu, ἢ, 1. In Ps. XLIX. N. 3. LXXXV. ἢ. 14. — Carth. coll. Gesta dies 1. ἢ. xviut.

(7) Hier. adv. Lucif.

(8) Bernard. In Cantic. Serm. 1xv. ἢ. 8.

(9) Eus. ad Steph. q. vu. n. 4. (Mai. τ.) —- Aug. in Ps. xenr. Civ. Dei xvur, 47. 51. ἢ. 2. — Epiph. Hær. 1. n. 5. Alcuin. Conf. fid. P. 111. c. xxvI.

(10) Aug. Civ. Dei xx, 9. n. 2.

(11) Aug. Ench. τινι. Civ. Dei x, 7. — Alcuin. Conf. fid. P.

Ces deux idées d'Église et de catholicité sont, du reste, dans la pensée de l'antiquité, tellement insé: parables, et si essentiellement dépendantes l’une de l’autre, que tous les hérétiques prétendent à la possession du titre de catholiques, en même temps qu'ils s’arrogent le nom et la dignité de l'Église (1). Les réformateurs voulurent aussi, comme on sait, garder ce titre dans les premiers temps (2), et cela, on le concoit, pour d'excellentes raisons.

4. L’apostolicité est aussi un caractère attribué à l'Église dès l’origine (3), et on l'entend non-seulement de la succession extérieure qui rattache l'Église aux apôtre$ (4) par l'épiscopat, dont ils sont la source féconde, mais aussi de la vraie doctrine apostolique, qui n’est conservée pure et entière que dans V'Église (5); tandis que c’est précisément le contraire qui a lieu chez les hérétiques (6), dont l'existence et at, 6. Χχνι. — Cfr. Æph. 1, 10. — Col. 1, τὸ. — Heb. x, 22 56.

(1) Lactant. Div. Inst, 1v, 30. — Aug. Util. croi c. 11.

n. 19. — Cette prétention se retrouve chez les Pauliciens. Phot. c. Manich. 1, 19.

(2) Conf. Helvet. 1. c. xvur. Scot, c. xvr. Belgic. c. xxvu. Bohem. art. vrrr.

(3) Symb. Nic. — CP. — Alex. (Alex.) Epl. ad Alex. CP. — Lucif. (Cal.) pro Athan, 1, b1.— C. Mic. c. vu. — ΟΡ. c. vu. — C. Sard. Epl. Syn.

(4) Zren.1v, 83. n. 8. — Aug. c. adv. leg. et SE I. n. 30.

(5) Zren. 1v, 26. ἢ. 2. 5. — Tert. Cor. mil. 11. Marc. 1v, 5. — Liber. Fides, quæ ab Apostolis tradita est Ecclesiæ catholicæ, Epl. ν. ad Eus. Vercell. — ZLucif. (Cal.) Hanc defendit Ecclesia fidem, quam sibi traditam cognoscit per beatos A postolos. L. Moriend. esse pro Dei filio ἢ, yu,

(ὦ Zren, v, go. ἢν 1, — Clem. (Alex.) Strom, vu, 19%,

L'ÉGLISE. 87 la doctrine, étant de date récente (1), portent déjà en elles-mêmes leur condamnation (2). Nous trouvons néanmoins l’apostolicité revendiquée par quelques hérétiques, par les Gnostiques (3), les Pauliciens (4), les Apostoliques (5), les Cathares, par exemple. Les protestants ont soutenu aussi que l’apostolicité est un caractère nécessaire de l'Église (6). Les Épiscopaux ont même étendu jusqu’à la succession des personnes cette doctrine, restreinte par les autres à la transmission de la doctrine (7).

5, Un autre caractère de l'Église, c'est la sainteté; il a passé de la théocratie judaïque à l'Église chrétienne, où il est devenu seulement plus spirituel, et où l’idée qu'il contient a été plus complétement réalisée. La sainteté ἃ toujours été reconnue comme un caractère de l'Église (8), absolu et parfait,

Tert. ady. Hermog. c. 1. Prax. c. 11. — Aug. c. Julian. Op. imperf. 111, 61.

(x) Tert. Quo pleræque adversus universas hæreses jam hine præjudicatum sit, id esse verum, quodcunque primum, id esse adulterum, quodcunque posterius.

(2) Tert. Præscr. xxx11. De carn. Christi.c. 11. — Clem. Strom. VII, 17.

(3) Qui prétendaient s’autoriser de l’apôtre saint Paul. Phot. adv. Manich. — Pet. Sie. Hist. Manich. — Jo}. Ozn. adv. Paulic.

(4) Bernard. In Cantic, Serm. 1xvi. ἢ. 8. — Trithem. ann.

(5) Trithem. Chron. Hirs. ann. 1299.

(6) Les protestants reconnaissent l'apostolicité de l'Église, puisqu'ils admettent le symbole de Nicée,

(7) Cfr. Pfaff Origg. jur. Eccl. c. ui. art, ur. Diss, de succ. episcopali.

(8) Herm, Past. |, τ, vis. 1, ἢ, 1, 3, — Theoph. Autolye,

si on l’applique à son origine, à sa fin, et aux moyens établis pour atteindre cette fin; mais simplement relatif et plus ou moins étendu, si on le considère au point de vue de ses effets et de son développement dans chacun des membres de l'Église.

On a toujours reconnu, en même temps, que beaucoup de membres de l'Église ne sont pas saints (1), et cela sans que la sainteté et la vérité essentielles de l'Église en souffrent aucune atteinte. C’est à ce point de vue que nous trouvons souvent l'Église comparée à l’arche de Noé (2), au filet qui renferme de bons et de mauvais poissons (3), au champ dans lequel eroissent ensemble l’ivraie et le froment (4). Saint Augustin est celui de tous les Pères qui a traité ce point de doctrine avec le plus d'étendue et de profondeur. Il remarque, entre autres, que si l’Église tolère les pécheurs, elle n’approuve pas pour cela le péché (5); qu’en soutenant que les pécheurs sont dans l'Église, on ne demande pas pour eux l'impunité de leurs

11,14. — Orig. Lev. Hom. 1v. ἢ. 2. 1x, 5. — Cfr, ma Dogmatique, 1. 1. p. 91.

(1) Orig. in Jerem. 1, 25. Lev. Hom. var. n. 1. Gen. Hom. 11. n. 3. — Pacian. ad Sympr. Epl. u1. ἢ. 21. — Theod. in Ps. xxxix, 13. — Hier. in Ecclesiast. 11, 7. adv. Lucif. — Aug, Civ. Dei 1,35. In Ps. vu, 13. xxx. En. m1. n. 6 etc.

(2) Orig. in Ge Hom. τι. n. 3. — Pacian. ad Sympr. Ἐθὰ 11. ἢ. 81 etc. — Hier. in Eccl. xx, 7.

(3) Orig. in Jerem. 4, 25.

(4) Aug. in Ps. 1xx. Serm. 11. ἢ. 12. In Ps. xxv. En. n4,?.

(5) Adv. Crescon. 1v, 26. n. 33. — Mor. Eccl. cath. 1, 34. n, 76.

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L'ÉGLISE. 89 fautes (1); que les retrancher et les bannir de l'Église, est une chose bien sérieuse et de dangereuse conséquence (Serm. 73. 4); qu'au reste, le nombre et la gravité des péchés dans l'Eglise est grossi à dessein par ses ennemis (Enarr. in. Ps. x. p. 1); que, dans tous les cas, le nombre des pécheurs ne saurait être une raison de ne pas entrer dans l'Église (in Ps. xxv. p. 14) ni de s’en séparer (2). |

Quant à la peccabilité de ceux qui ont l'autorité dans l'Église, saint Optat fait observer qu’elle ne saurait détruire la grâce qui y est répandue (111, 4); que l’action divine n’est ni annulée ni entravée par la faiblesse ou l’indignité des ministres et des instruments qu’elle emploie ; que les chrétiens ne bâtissent sur le fondement d'aucune personnalité humaine (v. 6. — Cfr. Aug. Serm. 111. in Ps. 36. p. 20).

L'idée de la sainteté de l'Église fut prise à un point de vue faux et étroit par les Montanistes (3),

(1) Dicimus enim nos, non negligendam quidem ecclesiasticam disciplinam, et ubicunque fuerint proditi mali, coercendos eos esse, ut corrigantur, non solum sermone correctionis, verum etiam excommunicationibus et degradationibus, ut humilem locum salutis in Ecclesia quærant, ad medicinam ipsorum fieri, non odio, sed studio salutis fraternæ. Gesta coll. Carthag. diei ur. n. 281. (Labbæi Conc. T. τι. col. 1335. sq.)

(2) Epl. exvur. Unit. Ecel. c. x1v. ἡ. 35. Fid. et Opp. c. v. n. 7. Gest. coll. Carth. diei 111. ἢ. 230. In hanc (Ecclesiam) oculos aperuimus, hanc in divinis eloquiis et testimoniis, sicut ipsum Deum, Christum et redemptorem nostrum comperimus : ab illo Deo Patre, ab hac Ecclesia matre, nullius me hominis crimina, nullius calumniæ separabunt.

(3) Tert. Juxta drachmæ quoque exemplum etiam, intra domum Dei Ecclesiam, licet esse aliqua delicta pro ipsius

les Novatiens (1) et les Donatistes (2), qui la faisaient dépendre de la perfection de chacun de ses membres, et qui voyaient, dans l’indulgence maternelle dont elle use envers les pécheurs, sa propre destruction par elle-même, prétendant qu'il pouvait bien y avoir dans l’Église des fautes légères, mais non des fautes graves. Il faut y joindre les Audiens, qui introduisirent un culte séparé, et crurent devoir abandonner les églises catholiques, parce que les usuriers et autres pécheurs y étaient admis (7e0d., Hist. Eccl. 1v. 10). Les réformateurs ont accepté l’ancienne doctrine, d’après laquelle les pécheurs qui se trouvent dans l'Église ne l’empêchent pas d’être sainte (3).

6. Les caractères que nous avons développés jusqu'ici, l'unité, la catholicité, lapostolicité et la sainteté, ont été regardés, dans les temps anciens, comme ceux qui constituent la véritable Église, comme

drachmæ modulo ac pondere mediocria, quæ ibidem delitescentia, mox ibidem et reperta statim ibidem cum gaudio emendationis transigantur. Mœchiæ vero et fornicationis non drachma , sed talentum, quibus exquirendis non lucernæ spiculo lumine, sed totius solis lancea opus est, Pudic, ὁ. vtr.

(1) Grp. Epl. rxxur. — Aug. Hær. xxx vu.

(2) Aug. Hær. Lxix.

(3) Conf. Aug. Part. x.'art. virr, — Cfr. Apol. art. 1v. Minime tamen inficiamur, quin fidelibus hypocritæ et reprobi multi sunt permixti, sed quorum malitia Ecclesiæ nomen delere non potest, — Conf. Heivet.;x.‘ic. xvu. Rursum non omnes qui numerantur in Ecclesia, sancta et viva atque vera sunt Ecclesiæ membra. Propterea Ecclesia Dei recte compara= tur sagenæ quæ omnis generis pisces attrahit, et agro in quo iuveniuntur zizania et triticum.

les notes auxquelles on peut la reconnaître; aussi considérait-on l'absence de ces caractères et de ces notes dans toutes les sociétés séparées de la véritable Église, comme une marque évidente de leur illégitimité, et comme une preuve définitive qu’elles ne possédaient point la. vérité.

Outre ces caractères généraux, qui sont en même temps les notes de la véritable Église, nous trouvons allégués dans l'antiquité, comme la distinguant particulièrement, les miracles (1) qui continuent de s'y produire et le nombre de ses martyrs (2), à quoi Lactance ajoute la pratique constante de la confession et de la pénitence (Div. Inst. ιν. 30).

7. Les protestants sont les premiers qui aient abandonné l’ancienne tradition relativement à la valeur, comme rotes de l'Église, des quatre caractères que nous venons de signaler ; ils ont prétendu que les marques de la véritable Église sont la prédication de la pure et vraie doctrine et la légitime administration des sacrements (3), donnant ainsi l’intérieur pour signe de l'extérieur, et ce qui a besoin de preuve et de garantie pour garantie et pour preuve. Cette nouvelle doctrine avait sa source dans le fait évident, que les nouvelles églises ne pouvaient revendiquer ni la catholicité ni les autres notes mentionnées plus haut ; c’est pour cela qu’on transportait la

(1) Zren. u,31. n.2.32.n.4.

(2) Zren. 1v, 33. n. 9. — Pass. 8. Montan., Lucii et aliorum Africanorum n. x1v.

(3) Conf. Aug. Part, 1, art, vi, — Apol, art, ιν, — Conf. Gaël, art, xxv11, — Conf, Angl. art, xix,

controverse sur un terrain où 1l devenait impossible de la décider. |

8. Avec la vérité de l'Église, avec son unité et sa catholicité, on admettait encore comme nécessaire son #ndéfectibilité, c’est-à-dire, sa permanence jusqu’à la fin des temps (1). Le fondement de cette indéfectibilité, c'était l'unité de foi dans l'Église (2), et son origine qui est Dieu même (3).

Cette indéfectibilité de l'Église, comme celle du christianisme, fut niée par plusieurs fanatiques du moyen âge et des siècles suivants; mais on la trouve maintenue dans les confessions de foi des protestants (4), et c’est pour appuyer ce privilége, que fut dressé par Flacius le Catalogus testium veritatis. D'un autre côté, cependant, les protestants détruisent ce caractère d'indéfectibilité, parce qu'ils ne reconnaissent dans l’Église d'autre perpétuité que l’admission isolée des points de doctrine qui leur plaisent, par tel ou tel individu des temps anciens et du moyen âge; et qu'ils admettent que l'Église peut être réduite à un petit nombre de croyants isolés, et

(1) Zgnat. Eph. n. xvur. — Clem. Str. 1v, 26. — Orig. Gen. Hom. x1v. ἢ. 2. An Ps. xxu1, 1. XXIX, 8. — Ath. in Ps. LXXXVI, 28. — Æus. in Ps. XLVII, 9. LXXIV, 5. χα, 9. in Is. xxx111, 20. Luc. xx1, 32. Præp. Εν. 1, 3. 4. — Chrys. In illud: Vidi Domin. Hom. 1v. n. 2. Hom. de captiv. Eutrop. n. 6. In inscr. act. Hom. τι, 1. —- Aug. in Ps. 1x. n. 12. de Bapt. mt, a.'n. 366

(2) Ambros. in Luc. 1. var. n. 91.

(3) Aug. Epl. xeur. n. 31.

(4) Conf. Aug. art. vrr, — Conf. Belg. c. ΧΧΥΤΊΙ. — Calvin. Just. 11, 15. n. 3.

L'ÉGLISE. 93 perdre ainsi sa catholicité, théorie par laquelle ils se rattachent aux Montanistes, aux Novatiens, aux Douatistes et aux Lucifériens.

9. À l'indéfectibilité de l'Église se rattache par un lien nécessaire son #nfaillibilité (1). Les chefs de la Réforme sont les premiers qui se soient déclarés ex professo contre ce privilége de l'Église (2).

10. L'idée de l'Eglise implique d’ailleurs qu’elle est nécessaire(3), et qu'elle est seule la source du salut (4); c’est en ce sens qu’elle est comparée à l’arche de Noë (5) et à la maison de Rahab (6), hors desquelles on ne pouvait se sauver, au temple unique et à l'autel unique où l’on immole et où l’on mange une victime sainte (7). Les réformateurs ont reconnu ce principe d’une Église source unique de salut (8).

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