Les anciens Pères admettent, d’après les in
(1) Orig. in Matth. comm. ser. ἢ. 47. — Cypr. Epl. τιν. — Athan, adv. Arian. αν, 35. — ÆEus. in Ps. zx1v, 5. — Epiph. Hær. Lxxv, 14. Ancor. Lxxx111. — Chrys. in Ps. 1x. ἢ. 6. in 15. Hom. τι. ἢ. 2. — Cyr. c. Nest. 111, 1. — Zsid. 1. 1. Epl. cexxx vint. — Pet. Chrys. Serm. zxr.
(2) Calvin. Inst. 1v, 8. n. 13 sq. — Conf. Helv. τ. c. xvu.
(3) ὦ». de Unit. — Aug. in Ps. xxxvr. Serm. 1. ἢ. 4.
(4) Orig. in Num. Hom. xix. n. 3. — Aug. Unit. Eccl. c. 11. — Bas. in Ps. xxvur. n. 1. — Theodor. in 165. Naveinterr. τὰ etc. — νου. ma Dogmatique, part. 1. p. 118 sq.
(5) Orig. in Gen. Hom. 11. n. 3. — Tert. Idol. c. χχιν. — Cyp. de Unit.— Hier. Epl. x1v. ad Damas. — Chrys. de Lazar. Hom. v.
(6) Clem. x Cor. n. xur. — Justin. Tryph. cx1. — Orig. in Jes. Nave Hom. xx. n. 5.
(7) Orig. in Lev. Hom. 1v. n. 8. — Zact. Div. Inst. 1v, 14. — Hier. in Joel. 111, 1. — Cyr. c. Anthropomorph. c. xxx.
(8) Conf. Helo. τ. c. Χντι. — Conf. Belg. c. xxvur.
dications de l’Écriture, que l'Église est essentiellement visible ; elle est en effet la lumière (1), la ville placée sur la montagne (2), le milieu visible par lequel nous parvenons au Christ, invisible pour nous (3), par lequel nous conservons en nous sa vie, dont nous n'avons plus les exemples sous les yeux (4); c’est à la lumière du soleil qu’ils comparent la prédication de la vérité, à cause de sa clarté et de son universalité (5).
Les Luthériens reconnaissent franchement la visibilité de l'Eglise : les Réformés sont, comme Calvin lui-même, chancelants sur ce point, se déclarant tantôt pour (6) tantôt contre la visibilité (7).
La question de savoir si l'Église est visible, dépend étroitement de cette autre question : qu'est-ce qui est dans l'Église? Or, on trouve déjà chez les anciens; comme réponse à cette question, que les justes et les saints sont dans l'Église (8), ou que ceux-là sont dans l'Église, qui y demeurent jusqu’à la fin (9), paroles qui
(1) Zren. v, 20. ἢ. 1. — Cyp. De Unit. \
(2) Chrys. in Jes. Hom. τι. n. 3. — Cyr. in Jes.1. 1, Or. 114 in Mich. ἢ. xxxvir. — Aug. Unit. c. xvr. n, 4o. Cont, lit. Petil. 11, 104. n. 239. s
(3) Aug. Serm. cexxxvirx. n. 3.
(4) Aug. de fide rer. quæ non videntur, €. 1v. ἢ, 7.
(5) Zren. Οὕτω (comme le soleil) χαὶ τὸ κήρυγμα τῆς ἀληθείας πανταχῇ φαίνει, καὶ φωτίζει πάντας ἀνθρώπους τοὺς βουλομένους εἰς ἐπίγνωσιν τῆς ἀληθείας ἐλθεῖν. 1, 10. n. 2. et AUSSI 111. . 1.
(6) Calvin. Inst. 1v, 1. n. 7. — Conf. Hele. τι. c. Χιν. — Tetrapol. c.xv.— Declar. Thorun. art. VII. C. 1. 11.
(7) Calvin. Inst. τν, τ. ἢ. 7. 8. — Conf. Helo. τ. 6. XVII. — Scot. art, xvI.— Belg. art. χχντι.
(8) Orig. in Gen. Hom. 1: — Chrys, in τὰ Tim. Hom. vi.
D. 1. — Aug. de Bapt. vu, 51.
(9) Zert. Nemo sapiens est, nisi fidelis; nemo major , nisi
caractérisent la vraie et parfaite manière d’être dans l'Église, mais qui ne veulent dire en aucune facon que les pécheurs n'y sont pas, ni sans doute que ceux qui viennent à l’abandonner, n’y ont jamais été. Les Calvinistes, prenant dans un sens trop étroit, contre son intention et sa pensée, cette parole de saint Augustin, que l'Église est la société des prédestinés (1), en ont dû conclure, puisque les prédestinés sont connus de Dieu seul, que l'Église est invisible.
12. On trouve déjà dans les idées de l'antiquité sur la distinction de l’Église et de l’État, et sur leur mutuelle indépendance dans les limites de leur sphère respective, une grande clarté et une parfaite précision(2). L'Église se gouverne avec une entière liberté, dans le domaine du dogme, de la liturgie, de la diseipline intérieure. Quelle que soit l’action de l'État dans la convocation et la tenue des conciles, aussi bien que dans le maintien et l'exécution de leurs décrets disciplinaires ou doctrinaux, les pouvoirs temporels entendent clairement , comme l'Église elle-même, que ces décrets ne sauraient émaner que de la puissance ecclésiastique. Du reste, l’idée exacte des vrais rapports de l'Église avec l'État se trouve nettement exprimée dans la conduite de Constantin au concile de
christianus; nemo autem christianus, nisi qui ad finem usque perseveraverit. Præscr. 111.
(1) Calvin. Inst, 1v, 1. n. 2. 7. — Cat. eccl. Genev. M. Quid est Ecelesia? P. Corpus ac societas fidelium, quos Dens ad vitam æternam prædestinavit.
(2) Cfr. Riffel. Exposition des rapports de l'Église et de l'État, Part, 1. p. 173 54.
Nicée (1), et dans le titre d’éricxoros τῶν ἔχτος. auquel il borne ses prétentions (Æuseb. Vit. Const. ιν. 24). Quant à Constance, qui prétend s’immiscer violemment dans les affaires intérieures de l'Église, nous voyons Osius (2) et saint Hilaire (lib. ad Const.) s'élever contre lui avec un indomptable courage. Nous retrouvons la même pensée et la même conduite dans saint Athanase, dans saint Basile, dans saint Ambroise et dans plusieurs autres évêques. Quand les Donatistes, dans leur lutte contre les Catholiques, en appellent à l'État (3), les Catholiques ne manquent pas de remarquer que la question de fait, relative au crime de Cécilien, peut être décidée par les archives de l’État, mais que la question doctrinale relative à la vraie Église ne saurait être résolue que par l'Écriture sainte (Gesta Coll. Carthag. dies 1. 111).
Les siècles suivants reconnurent et suivirent tout à fait la même doctrine, comme on peut le voir, par exemple, dans Grégoire IT (4), dans Ratramne (5),
(1) Οὐ πρότερον À τοὺς ἐπισχόπους ἐπινεῦσαι ἐχάθιζε, Eus. v. c. 111, 10. --- Theod. Hist. Eccl. 1, 7.
(2) Μὴ τίθει σεαυτὸν εἰς τὰ éxxAnotacrixà, μηδὲ σὺ περὶ τούτῶν ἡμῖν παραχελεύου, ἀλλὰ μᾶλλον παρ᾽ ἡμῶν σὺ μάνθανε ταῦτα" σοὶ βασιλείαν 6 Θεὸς ἐνεχείρισεν, ἥμῖν τὰ τῆς ᾿κχλησίας ἐπίστευσε. ἘΡΙ. ad Const. ap, «“4{. Hist. Arian. ad Monach, D. 4h.
(3) Gesta Conc. Carthag, dies 1. n. XVIII. LV.
(4) Ὥςπερ γὰρ οὐχ ἔχει ἐξουσίαν ὃ ἀρχιερεὺς ἐγχύψαι εἰς τὸ παλάτιον χαὶ προδαλέσθαι ἀξίας βασιλιχὰς, οὕτως οὔτε 6 βασιλεὺς ἐγχύψαι εἰς τὰς ἐχχλησίας, χαὶ ψήφους ποιήσασθαι εἰς τὸν χλῆρον x. τ. À. Epl. ad Leon. Isaur.
(5) Ratramn. De sacris dogmatibus, de ecclesiastico ritu non imperatorum, sed episcoporum fuerat disputare. Discendum
L'ÉGLISE. 97 Humbert (1) et saint Bernard (2). Nous trouvons particulièrenient dans un théologien de Paris, Jacques Almain, la distinction de l'Église et de l'État bien établie et nettement exposée dans un long parallèle (3).
illis, non docendum in Ecclesia ministerium commissum est, Nam, quamvis imperiali dignitate præcellant, res illis publica commissa est, non episcopale ministerium. Imperatores de sæculi legibus tractare debent, episcopi vero de divinis dogmatibus disputare. Suum modum studeant tenere, non officium episcopale præripere, ne illis proveniat quod Oziæ regi pontificale ministerium præsumenti contigit. Contr. græc. opposita 1, 2.
(1) Incunctanter enim sacerdotis uxor ab aliüis violatur, quandocumque Ecclesia a laïcis, quibus non pertinet, administratur vel ordinatur. Adv. Simon. 111, 11. Adeo ut, præ ignavia atque insipientia eorum (Rom. PP.), atque pro arrogantia neophytorum principum, omue ecclesiasticum officium et jus paulatim surriperetur et extorqueretur eorum manibus vix inane pristinæ dignitatis nomen, non autem ipsam 518] dignitatem retinere laborantibus. Sic debilitato atque abjecto capite clericalis ordinis , omne mox corpus 5101 pro libito suo substruendum impune usurpavit potestas sæcularis, quæ primo quidem non præripuit cuncta ecclesiastica simul et statim, sed, ceterarum nequitiarum more, separatim et pedetentim. Ibid. Laici sua tantum, id est sæcularia, clerici autem sua tantum , id est ecclesiastica negotia disponant et provideant. Ibid. 11, 9.
(2) Habent hæc infima et terrena judices suos, reges et principes terræ. Quid fines illorum invaditis? quid falcem vestram in alienam messem extenditis? Non quia indigni vos, sed quia indignum vobis talibus insistere, quippe potioribus occupatis. Consid. 1, 6. Et quidem perstrepunt in palatio (du pape) leges, sed Justiniani, non domini. Justene etiam istud ἢ Tu videris, 1bid. 1, 4.
(3; Ecclesiastica (potestas) est immediate à Christo instituta, sed laica quamvis ἃ Deo sit ex ordinatione quantum ad
Mais, tout en reconnaissant la distinction de V'Éelise et de l'État, l’antiquité et le moyen âge sont bien loin de considérer les deux puissances comme ennemies; ils maintiennent au contraire que leur accord ne saurait manquer d’être souverainement utile et salutaire soit à elles-mêmes, soit à l'humanité, et, en même temps, qu'il est tout à fait conforme à la volonté (1) de celui qui a établi l’ordre temporel et l’ordre spirituel. Les modernes sont d'accord en ce point avec les âges précédents (2).
La distinction de l’Église et de l’État, et l’indépendance de l'Église dans la sphère qui lui est propre, ont été méconnues par Marsilius de Padoue, Jean de Janduno et Occam, qui voulaient que l'empereur fût le chef souverain de l’Église. Parmi ceux qui ont soutenu à une époque plus récente ce prétendu droit des Césars au pontificat, il faut mentionner en première ligne Thomas Hobbes, et plus tard Thomasius,
debitum, nunquam tamen est a Deo regulariter et immediate instituta.... Secunda differentia : potestas spiritualis fundatur in dono spirituali, alia vere non : igitur ex parte fundamenti differunt.... Tertia differentia sumitur ex fine immediato et propinquo ordinationis potestatis ecclesiasticæ, ut ducantur homines mediante ipsa ad felicitatem æternam ; sed finis alterius est, ut ordinentur homines ad pacificam cohabitationem , et sic multipliciter differunt illæ duæ potestates, scilicet ex parte instituentis, fundamenti et finis. Expos. circa decis. M. Occam. cap. 1. (In Gerson. Opp. ed. Dupin. ες αἴ. P. 10142)
(1) Leo Epl. ad Pulcheriam, 1x. (Ball.) — Bernard. Epl. GCXLIV.
(>) Thomassin. Benef. P. 1. |, 1. 6. v. n. 1 sq. — Marca Concord. Sacerd. et Imper.
L'ÉGLISE. 99 avec son territorialisme, et sa maxime fondamentale : cus est regio, ejus est religio; enfin, dans un temps plus rapproché de nous, Stéphani. La philosophie a aussi de nos jours, dans ses leçons et dans ses théories, établi et reduit en système cette fâcheuse confusion de l’État et de l'Église.
13. Un autre point de la plus haute importance, c'est l'autorité de l'Église.
C’est un fait incontestable que l'Église s'est arrogé de tout temps, à l'exemple des apôtres (1), une véritable autorité (2) relativement à l’enseignement de la doctrine (3), et qu'aucun de ses membres n’a jamais élevé de réclamations contre l’exercice de cette autorité. C'est d'elle, aucun doute ne s'élève à cet égard, que tous doivent recevoir le Canon (4) et le sens de l'Écriture (5), ainsi que l’enseignement de la foi (6). On lui doit obéissance en tout ce qui tient à la foi (7) ; il faut suivre les règles qu’elle prescrit (8) ; c’est par elle que la doctrine doit être éprouvée (9), c’est par son témoignage que les hérétiques sont confondus(10),
(1) x Cor. av, 1. ait, 5. 9. v, 3. 4. — 11 Cor. τι, 10. v, 18. XIII, 8.— Act. V, 1 36:
(2) C. Diospol. (415) Catholica auctoritas.
(3) Zren. v, 20. ἢ. 1.— Orig. In Gen. Hom. 1. ἢ. 6.
(4) Gyr. Cat. 1v, 33. 35. — Aug. Faust. xt, ἢ.
(5) Tert. Præscr. xx. — Aug. Util. cred. e. xvur. ἢ. 36. Mor. Eccl. cath. 1, 10, n. 16.
(6) Cyr. Cat. v. n. 12. — Aug. Faust. xv, 3.
(7) Aug. Util. cred. c. xvzr. n. 35. — Pac. Sympr. 1. n. 3.
(8) Clem. Strom. vir, 15. 16.
(9) Zren. Tara τὰ δόγματα. .... οὐχ ἐστὶν ὑγιοῦς γνώμης" ταῦτα τὰ δόγματα ἀσύμφωνά ἐστι τὴ ᾿χχλησίᾳ. Epl. ad Florin. (Ap. Eus. v, 20.)
(10) Hilar. Trin, 1, 26.
100 PREMIÈRE PARTIE. —— CHAPITRE Il.
et celui qui se soumet à elle est par cela mème, chrétien et catholique (1). Son autorité dérive du privilége qu’elle a d’avoir Jésus-Christ (2) pour fondateur, de posséder le trésor de la vérité et de la grâce (3), d’être assistée par le Saint-Esprit qui vit et opère en elle (4), d’être en possession de la succession apostolique, qui est son moyen de perpétuité (5).
Les Pères démontrent, d’ailleurs, que la voie de l’enseignement par l’autorité est la plus simple (6), et la seule suffisamment sûre (7) pour arriver à la connaissance de la vérité. L’autorité de l’Église a été reconnue par les Pélagiens (8), et même à l’origine par les protestants (0). Les Anglicans ont continué de la reconnaître. (Conf. Angl. art. xx.)
Le fondement et le but de l'autorité dans la foi impliquent, par voie de conséquence nécessaire, son infallibilité; aussi tous l’acceptent, tous sont convaincus que le choix d'hommes faillibles. appelés à devenir les instruments de l’enseignement doctrinal, ne saurait faire naître la crainte d’un enseignement erroné (10). Comme on croit fermement que c’est Dieu
(1) Pacian, Epl. ad Sympron. 1. ἢ. 3.
(2) Zren. v, 20. n. 1. — Orig. Select. in Gen. Hom. 1. n. 6.
(3) Zren.1u, 24. n. 1. — Orig. In Gen. Hom. 1. n. 6.
(4) Zren. 1x, 24. Ὡς 1. — Orig. In Lev. Hom. v. n. 5.
(5) Iren. xt, 3. n. 1.
(6) Aug. Quant. anim. vir. n. 12.
(7) Aug. Util. cred. 1x. n. 24. Quant. anim. var. n. 12. — Cassian. Ancarn. 1, 6.
(8) Pelag. In Conc. Diospol.
(9) Voy. Art. protest. (super artic. ἃ Cæs. præpos.) ann. 1541. art. 1. n. 2 sq. — Conf. Theol. Wittenb. (1552) Art. de Fccles. n. 1. 6 sq.
(10) Serapion. (Antioch. 200.) Ἡμεῖς γὰρ, ἀδελφοὶ, καὶ Πέτρον
L'ÉGLISE. 101 seul, que c’est l'Esprit Saint qui enseigne sur la terre, par les organes qu’il se choisit, les vérités éternelles, on n'a garde de penser que la vraie liberté se trouve le moins du monde opprimée par l'autorité de l'E-
glise (1).
L'idée claire de cette autorité, qui ne saurait comme telle s'adresser qu'à l'esprit, implique aussi, comme conséquence nécessaire, qu’elle s'adresse aux hommes par la voie de la persuasion et non par l’emploi de la force; et comme on déclare insensée la contrainte religieuse exercée par les païens (2), on ne veut admettre aucune contrainte dans le christianisme (3), c'est la pensée de l'antiquité ; c’est aussi celle des théologiens du moyen âge (4).
χαὶ τοὺς ἄλλους ἀποστόλους ἀποδεχόμεθα ὡς Χριστόν. Lib. de Evang. Petri fragm. ap. Æus. νι, 12. — Chrys. Πᾶσα τῶν παρ᾽ ἡμῖν δογμάτων À ἀρχὴ τὴν ῥίζαν ἄνωθεν ἔλαδεν Ex τοῦ τῶν οὐρανῶν δεσπότου, κἂν ἄνθρωποι ὦσιν πρὸς τὰ λεγόμενα διακονού-μενοι. [π Is. 1. ἢ. 1.
(1) Liber. Θεῖον φῶς τῆς χαθολιχῆς ἐλευθερίας. Epl. ad Epp. Orient. (Ap. Soc. 1V, 12.)
(2) Tert. Tamen humani juris et naturalis potestatis est unicuique, quod putaverit colere , nec alii obest aut prodest alterius religio. Nec religionis est cogerce religionem , quæ sponte suscipi debeat, non vi; cum et hostiæ ab animo libenti expostulentur. Scap. 11.
(3) Athan. Θεοσεδείας μὲν γὰρ ἴδιον, μὴ ἀναγχάζειν, ἀλλὰ πείθειν. Hist. Arian. ad Mon. n. 67. — Sever. (Gabal.) Acuere linguas (debemus) non ad internecionem infidelium, sed ad conversionem correctionemque incredulitatis. Hom. ur. ed. Aucher. Venet. 1827. — Chrys. In Matth. xLvr. n. 1. — Aug. Cont. Epl. Man. n. 2.
(4) Beda. Didicerat (rex Ethelberthus) ἃ doctoribus et
auctoribus suæ salutis servitium Christi voluntarium, non
L'infailibilité a pour objet la morale aussi bien que le dogme (res fidei ét morum). Les questions de fait étroitement liées à la substance même du dogme et de la morale, positivement ou négativement (facta dogmalica), appartiennent-elles également au domaine du jugement infaillible? Aucun doute sur ce point dans l'Église des temps anciens ; on comprend que, s’il en était autrement, le dogme et la morale n’auraient plus eux-mêmes la garantie certaine qu'ils doivent avoir. Il était réservé aux Jansénistes de réduire indirectement l'autorité de l'Église à une pure illusion par leur distinction de la question de droit (quæstio juris) et de la question de fait (quæstio facti), et par le refus d'étendre cette autorité au delà de la question de droit. Soutenir cette prétention, c'était accuser l’Église d’avoir été jusqu'alors souverainement absurde et souverainement injuste, puisqu'elle avait prononcé plus d’une fois sur des faits en condamnant la personne et les écrits des hérétiques.
C'est dans le protestantisme que l'opposition contre le principe de l'autorité de l'Eglise s’est formellement et directement constituée. Bien que les auteurs et les premiers adhérents de la confession d’Augsbourg
coactitium, esse debere. Hist, angl. τ, 26.— Alcuin. Fides quoque, sicut sanctus ait Augustinus, res est voluntaria, non necessaria. Attrahi poterit homo in fidem, non cogi. Copgi poteris ad baplismum, sed non proficit fidei. Epl. xxxvir. ad Megenfriedum (sur la conversion des Saxons). — Bernard. Serm. Lx1v, n. 8. — Paul. (Cracor.) Conclus. cont. Ord. Teuton. c. rx. ἢ, 30. — Cfr, Grat, Decret. xx1v. dist. cap. 1. quod autem.
affirment positivement que les différences qui les séparent de l'Église catholique ne touchent point à la foi (1); bien qu'ils déclarent formellement reconnaitre l'autorité de l'Église (2), et qu'ils l'acceptent d’ailleurs pratiquement, puisqu'ils en appellent au pape mieux informé, et qu'ils attendent d’un concile général la solution de la controverse soulevée par la Réforme ; toutefois le progrès du temps développe chaque jour plus nettement le motif plus profond qui les fait agir, et le principe de la direction toute négative dans laquelle 115. se sont engagés. Après qu'on a rejeté l’ancienne Église et son autorité dans les choses de la foi, partout se produisent
(1) Conf. Aug. Cum Ecclesiæ apud nos de nullo articulo fidei dissentiant ab Ecclesia catholica, tantum paucos quosdam abusus omittant. P. 11. art. 1. — Cfr. Metanchthon, lorsque, parlant de la conférence d’Augsbourg, il assure qu’on y fut sur le point de s'entendre : Cæsar proposuerat moderatissimam sententiam.. sed una particula inserta corrupit totam rem; quia Cæsar satis confutasset nostram confessionem. Hæc particula postremo impedivit concordiam ; ἀλλ᾽ of Bouχρανίζοντες ἐχεῖνοι μονονουχὶ μόνοι ἐκώλυσαν ποιεῖν εἰρήνην, ἐπειδὴ où ἀντίδιχοι προέθεσαν συνθήχας ἐπιεικεῖς. Ἀλλὰ περὶ τούτων, cum una erimus. Epl. ad Joachim. Camerar. (1530) }. ἀν. Epl. cvanr.
(2) Artic. Protest. {super artic. a cæs. prop.) ann. 1541. Agnoscimus autem hanc triplicem auctoritatem competere veræ Ecclesiæ : primam testandi de scripturis apostolicis seu discernendi Apostolorum scripta ἃ supposititiis.... Art. 1, n. 2. Secundo, tribuenda est auctoritas veræ Ecclesiæ, quod penes eam est verus intellectus seu interpretatio divinæ Scripturæ.... ἘΠῚ πὶ 4... Tertio, tribuenda est Ecclesiæ auctoritas constituendi judicia de doctrina.... Ibid. ἢ. 9. — Cfr. Conf. Theol. Wittenberg. (C. Trid. exhibit. 1552) art. de Eccles. ἢ. 1. 6-8.
des efforts pour la remplacer, et pour donner aux nouveaux fidèles une nouvelle règle de foi et de doctrine; les nouvelles églises se mettent à l’œuvre pour enfanter des symboles, et l’on se hâte de les imposer aux consciences avec une inflexible rigueur. Tout cela peut sembler nécessaire pour conjurer les dangers que la liberté absolue de penser et d’enseigner va faire courir à l’unité et à la pureté de la foi et des mœurs; mais tout céla ne saurait manquer d'être bientôt, pour les esprits plus pénétrants et moins prévenus, ce que cela est en effet, une suite d'inconséquences et de contradictions; de sorte que le faux principe de liberté absolue vient aboutir, par voie de conséquence, à la libre et franche expression et à la formelle consécration d’un faux mysticisme ou d’un faux rationalisme. On sait assez quelles solennelles protestations se sont élevées en vertu de ce principe contre tous les écrits symboliques et contre tout essai de nouveaux symboles (1); nous pouvons nous contenter de renvoyer ici aux énergiques expressions de Borger’s (De mysticismo, p. 43).
14. A l'exposition historique de la doctrine relative à l'autorité de l’Église se rattache naturellement celle des idées que l’on s’est faites de la foi et de la science, en elles-mêmes et dans lenrs rapports entre elles. Clément d'Alexandrie dit de la foi comparée à la science, que c'est elle qui précède(Str. vir. 10), qu’elle n’a point la démonstration pour base (1. 2); mais qu’elle est à elle-même sa plus solide démonstration (vi. 8); qu’elle est au-dessus de la science et
(1) Voy. seulement Stœudlin, Histoire du rationalisme.
L'ÉGLISE. 105 de son criterium; que, sans elle, ni apprendre ni savoir ne sont possibles (Str. 11. 4). Origène fait aussi dériver la science de la foi (in Matth. T. xvr. n. 9); il trouve la ferme adhésion des chrétiens à la parole de Dieu et de Jésus-Christ, bien plus raisonnable que le respect pour la parole de l’homme, tel qu'il se manifeste dans les écoles de philosophie (Cels. 1. 11); il n'admet pas qu'il puisse y avoir d'intelligence de l’Éecriture sans la foi (in Joan. Tr. χαπι. n. 1. 6). Tertullien répète sans cesse que celui qui ne croit pas, ne saurait arriver à l'intelligence (Adv. Marc. 1v, 20. 25. 27. Bapt. x). Saint Hilaire dit aussi qu'il faut avant tout avoir la foi (Trin. τ. 8), l'intelligence sans la foi étant absolument impossible (1.7. 22). D’après saint Augustin, la foi est le fondement et le commencement de la connaissance (Serm. cxxvi. n. 1; in Joan. tr. n. 8); la connaissance, le fruit et la récompense de la foi (Serm. cxxvr. n. 1; in Joan. tr. xL. n. 9). Saint Chrysostome appelle la foi le premier maître, sans lequel nous ne pouvons rien apprendre (in Ps. exv, n. 2), le maitre qui opère en nous la connaissance (in Heb. Hom. x1r. ἢ. 1). Saint Cyrille ne reconnaît non plus d'autre fondement, d'autre origine et d’autre principe de développement pour l'intelligence, que la foi (Adv. Jul. 1. vu), sans laquelle nulle connaissance n'est possible (Ador. spir. et verit. 1. vi; in Is. 1. αν. or. 1). Partout la foi est présentée comme le caractère propre du chrétien et du catholique (1), ce
(1) Aug. Unde illud exoritur,.. mihil in Ecclesia catholica salubrius fieri, quam ut rationem præcedat auctoritas. Mor. Eccl. cath. 1, 25. n. 47. — Chrys. Πιστεύειν ἔμαθον,
qui est, aux yeux des païiens (1) et des hérétiques (2), à ceux des Manichéens (3) particulièrement, ün scañdale et une folie.
ἀδελφοὶ, πιστεύειν, où πολυπραγμονεῖν. ᾿Ανάγνωθί σου τὴν ὁμολογίαν, αἵρετιχὲ, τὴν ἐν τῷ χρυπτῷ χαὶ φοδερῷ μυστηρίῳ συμφωνηθεῖσαν. Ὅτε προςῆλθες βαπτισθῆναι, τι εἶπες; ζητῶν, πολυπραγμονείαν ἐρευνῶν, ἢ πιστεύων; Ἄλλως ἦλθες... ΕΤ γε κατηξιῶσαι τοιαῦτα φρονῶν, χαὶ παρεσπονδήσας τὰς συνθήχας, χαὶ ἐπὶ μὲν τῶν φοβερῶν χαὶ φριχτῶν μυστηρίων τὴν πίστιν προςήγαγες, ἔξω δὲ τῶν μυστηρίων γενόμενος περιγράφεις τὴν πίστιν, χαὶ προςφέρεις ζήτησιν. ᾿Αλλὰ ὅρα τί φησιν ὃ ἐχθρὸς τῆς ἀληθείας" Μὴ ;yap ἀργῶς ἡμῖν ὃ Θεὸς δέδωκεν λογισμούς; μὴ γὰρ ἀπλῶς εἰλήφαμεν τοῦ νοῦ τὸ χριτήριον!; Δεῖ χαὶ λογισμοῖς ἐρευνᾶν τὴν πίστιν, χαὶ μὴ ἀνεξέταστον εἶναι τὴν εὐσέδειαν. Καλῶς. ᾿Αλλὰ τῆς ἐξετάσεως ὅρον εἶναι δεῖ τὰ θεῖα λόγια καὶ τοὺς παρ᾽ αὐτοῦ ἡμῖν δοθέντας τῆς εὐσεδείας χανόνας. Σὺ δὲ τοὺς χανόνας ὑπερθαίνων οὐ στοιχεῖς ταῖς θεοπνεύστοις Γραφαῖς, ἀλλὰ πολυπραγμονεῖς τὰ θεῖα καὶ βιάζει τὴν ἀλήθειαν x. +. À. In Matth. χχι, 23. T. νι. p. 492. — Cfr. Cor. Mon. ἘΠ Gr. 12. p. 130.
(1) Orig. Cels. 1, 10. 1v, 54. — Æus. Præp. Evang. 1, 1. — Cfr. Galen. De different. Puls. 11, 4.
(2) Chrys. Λέγουσιν οὖν τινὲς τῶν ἀντιπιπτόντων τῇ πίστει, ὅτι τὸ ἀλόγιστον αὐτῆς βλαύερόν" χἂν μὴ ἐξητασμένος λογισμὸς συνγὰρ, φησὶν, ἐξετάσαι βούλει τῆς πίστεως τὴν φύσιν ; Θέλεις ἄνωθεν ἐξ αὐτῆς, φησὶ, τῆς δημιουργίας ; Ζήτησον ὃν λέγετε πρωτόπλασ-τον. Ébpioxw ἀπὸ πίστεως πεσόντα. Βλέπε τοῦ πονηροῦ δαίμονος τὰ ῥήματα τοῦ πάντα τολμῶντος ῥᾳδίως ἐπιχειρεῖν, οἷα τολμᾶ, οἷα φθέγγεται, οἷα προτείνει... ᾿Επίστευσε τῷ ὄφει, πιστεύσας ἀπώλετο. ᾿Αρχὴ οὖν τῶν χαχῶν πίστις. Ibid. Ρ. 499. — Aug. Catholicam maxime criminantur (hæretici) quod illis, qui ad eam veniunt, præcipitur ut credant, se autem non jugum credendi imponere, sed docendi fontem aperire gloriantur, Util. cred. C: IX, ἢν 21.
(3) C'est contre eux que saint Augustin écrivit son livre De utilitate credendi.
On établit contre les païens que la foi est la condition, non pas seulement de l'idée religieuse, mais encore de la vie tout entière, dont elle pénètre tous les éléments (1); on soutient contre eux qu'avec toutes leurs prétentions à la liberté et à l’indépendance de la pensée, ils n’ont en réalité aucune pensée indépendante, mais qu'ils obéissent superstitieusement à des autorités et à des opinions tout humaines (2).
Quant aux hérétiques, on leur oppose lexemple de Jésus-Christ, qui exhorte-les hommes à la foi (3), l'usage ancien et universel de l’Église, qui demande la foi à ceux qu’elle reçoit dans son sein (4), la nécessité pour arriver à la science d’être d’abord purifié et guéri par la foi (5), l'impossibilité absolue d'arriver à la science religieuse et chrétienne par une autre voie que celle de la foi (6). On ne manque pas d’ailleurs d'établir la distinction de la foi et de la crédulité (7), et d'observer que le vrai croyant n’est pas celui qui croit à toute autorité, mais celui qui croit en Dieu (8).
Les anciens Pères s'élèvent avec force contre la prétention de mettre la démonstration humaine audessus de la foi, en lui attribuant plus de valeur et
(1) Clem. Str. 11, ἡ. — Orig. Cels. 1, 9. — Arnob. 11, 8 sq. — Eus. Præp. Evang. 1. — Theod. Græc. affect. cur. τ.
(2) Orig. adv. Cels. 1, ro.
(3) Aug. Clamabat 1116 ut crederetur, vos reclamatis ; laudabat credentes ille, vos objurgatis. Ὁ], ered. c. x1v. ἢ. 32.
(4) Chrys. in Matth. xxr, 23.
(9) Aug. Solil. 1, 6. ἢ. 12.
(6) Aug. Mor. Eccl. cath. 1, 25. ἢ. 47. Util. cred. χα. ἢ. 28.
(7) Aug. Util. cred. c. 1x. ἢ. 22. χα. ἢ. 25.
(8) Chrys. in Matth, xxr, 23.
d'autorité (1); ils réprouvent également l'idée de chercher la conviction et la science religieuse par la méthode du donte (2); et Origène dit que, si rejeter le christianisme c’est condamner Jésus-Christ, douter du christianisme ce n’est rien moins que s’asseoir ar- ‘rogamment sur un tribunal pour juger Jésus-Christ
(In. Jer. Hom. x1v. n. 8).
Cette dignité de la foi, les auteurs plus récents, Julius Pomerius (Vit. contempl. 1. 19), Alcuin (3), saint Anselme (Proslog. c. 1. de Fid. Trin. Præf.), Hugues de Saint-Victor (Sum. Tr. τ. c. 11), la reconnaissent et la proclament après saint Augustin, dont ils suivent religieusement les traces; il en est de même des Grecs Photius (ad Amphiloch. Qu. 48 n. 5) et Théophylacte (in Luc. x1). Anselme de Havelberg (4) s'exprime avec beaucoup de force contre
(1) Clem. Str. 11, ἡ. — Greg. Nyrss. adv. Ar. et Sabell.
(2) Bas. in Princ. Prov. ἢ. 7. — Aug. Util.‘cred. xur. — Zeno (Veron.) Quæ (gratia) nos diligere Deum ac soli illi servire in. sacramento semel creditæ unicæ Trinitatis non argumento, non necessitate, sed voluntate compellit... Simplex omnibus Dei verbis simpliciter credit; astutus autem, nimia sapientia infatuatus, inquisitionibus vanis semetipsum confundit. |, 1, tract. τ. de fide n. 1. — Zacchœus (420) Quæ übi prodita de cœlestibus vel infernis lege ipsius non sunt, noli penitus audire vel credere, quoniam quos decipere carnis vitiis diabolus non potest, tali studio et vanitate supplantat, occultæque sapientiæ arbitros statuens lapidem sub lapide cogit inquirere, ut inveniant serpentem. Consult. 11, 19.
(3) Melior est fides quam ratio, quia ad perfectionem plenam non pervenitur, nisi per fidem, sicut scriptum est : Nisi credideritis, non intelligetis. Conf. fid. p. 1v. c. v. Per fidem veniendum est ad æternitatem. Conf. fid. p. 117. ©. xx.
(4) Inventa quippe veritate, qui amplius quærit, quid
L ÉGLISE. 109 le doute; et Grégoire XI (1), contre ceux qui veulent fonder la foi religieuse sur la philosophie humaine.
Comme la foi est le principe et le fondement, ainsi la science est reconnue par tous comme la suite, la continuation et le développement de la foi; nulle part on ne trouve établie ou acceptée l’opposition de la vraie foi et de la vraie science. Saint Irénée, si connu pour son ferme attachement au principe de la tradition et de Lautorité, n'en cherche pas moins à pénétrer à l’aide de la pensée spéculative dans les profondeurs du dogme, et nous trouvons dans ses écrits de magnifiques et sublimes expositions de Pinarnation, de la rédemption et du dogme de la résurrection, comme nous aurons occasion de nous en convaincre dans la suite de notre travail, On sait assez quel prix les Alexandrins attachent à la vraie science (γνῶσις); la science est le but spécial qu'ils se proposent, et nous trouvons à cet égard les déclarations les plus précises dans Clément (>) et dans Origène (3); aussi personne n’a-t-il songé à en dou-
aliud meretur invenire, nisi mendacium? Potest equidem quis humiliter interrogando investigare, ut sibi de fide aliquid in notitiam veniat, quod ante aliquatenus ignorabat, tantum ne revocet illud in ambiguum contentiose, quod a sanctis Patribus certo fidei termino est definitum. Adv. græc. diall. 11, 11.
(1) Epl. ad profess. theol. univ. Paris. (1, 11. Epl. xx.)
(2) Πιστὴ τοίνυν ἣ γνῶσις, γνωστὴ δὲ à πίστις. Str. 11, ἡ. Πίστις γνωστιχή. vi, 8 etc.
(3) Orig. Δεήσει μὲν τὸν φιλοσοφοῦντα τὰ τοῦ λόγου χατασχευάζειν μετὰ παντοδαπῶν ἀποδειξέων τῶν τε ἀπὸ τῶν θείων
110 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Eli.
ter; et même plusieurs, comme nous l'avons dit plus haut, ont faussement prétendu qu'ils n’ont point suffisamment reconnu la supériorité de la foi. Tertullien, qui se déclare avec tant de rigueur contre la fausse science, se montre partout le défenseur de la science vraie, et on peut voir combien 1] s’appuie sur la spéculation et sur la dialectique dans ses écrits contre Marcion, contre les Valentiniens, contre Hermogène et contre Praxéas. Une déclaration remarquable, du reste, et qu'il répète souvent, c’est qu'il veut procéder par raisonnements et par preuves, propler non intelligentes (1). Lactance exhorte à unir dans la religion la science à la foi (Div. Inst. 1v. 4). Saint Augustin nous dit de lui-même que ce qu'il possède dans son intelligence sous la forme de la foi, il ne peut s’empêcher de vouloir le posséder aussi sous la forme de la science (Cont. Acad. 111. 20. n. 43). Saint Chrysostome est si éloigné de penser que la science nuise à la foi, qu'il regarde au contraire comme indubitable que la foi s’accroit en nous par Ja science (in Heb. Hom. xi1. n. 2).
Outre la présence de la vérité en nous par la foi ou sous la forme de la foi, telle que nous lavons exposée précédemment, les Pères mettent au nombre des moyens par lesquels la science obtient son dé-
πολὺν καὶ ἁπλούστερον χαὶ μὴ δυναμένον παραχολουθεῖν τοῖς ποι-χιλωτάτοις τῆς σοφίας τοῦ Θεοῦ θεωρήμασιν, ἐμιπιστεύσαντα ἑαυτὸν Θεῷ καὶ τῷ Σωτῆρι τοῦ γένους ἡμῶν, τούτου μᾶλλον ἀρχεσθῆναι τῷ Αὐτὸς ἔφα, à ἄλλου οὕτινοςοῦν. Cels. 117, 16. 1v, 9. In Joan. T, κι MPNXSE ἄν 7.
(1) Δάν. Prax, c. 1, Hermog,. c. 111.
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L'ÉGLISE. 111 veloppement une vie pieuse (1) et l'habitude d’une méditation sérieuse et attentive (2) Mais notre science des choses divines n’est jamais, ne saurait jamais être une compréhension pleine et absolue; Lactance (De ira Dei, c. 1) et d’autres Pères, particulièrement ceux qui écrivent contre les Eunomiens, le disent expressément.
Les écrivains plus récents, saint Res (Proslog. c. 1), Hildebert , Abaïlard, etc., nous exhortent, comme les anciens, à développer la foi par la science ; la Scholastique, dans son ensemble , n’est qu'une grande application de cette idée. Elle ne regarde point la science comme opposée à la foi; la vérité, en effet, ne saurait être opposée à la vérité (3); l'homme, d’ailleurs, ne peut penser aux choses divines sans se sentir entraîné à les scruter et à les approfondir (4); et il n’y a rien dans la foi qui soit irrationnel. Le principe, que la foi est au-dessus de la raison, mais non contre la raison (5), condamne également ces deux excès : la réprobation de la science , et l'audace téméraire dans la science. Le moyen âge prescrit, à l'exemple de l'antiquité, comme moyen d'avancer dans la science, la piété et la pureté de la vie (6).
(5) Athan. Or. c. Arianos 1v. 6. xxx1v. — Mar. Victor. in Eph. 1, 19. — Bas. in Princ. Prov. n. 4. — AHilar. in Ps. xGvzt. lit, 11. n. 10.
(2) Aug. Faust. xx, 35. Mor. Eccl. cath. 1. ἢ. 1.
(3) 4bæl. Veritas autem veritati non est adversa, Dialect, p. 1v. analytic. posterior.
(4) Anselm. Proslog. c. 1.
(5) Hildeb. Fides non est contra rationem , sed supra ra-
tionem. Tract, theol. vrrr.
(6) Bernard, in Cantic. Serm. vus. n. 9.
112 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Il:
Avec la nécessité de la science, on reconnaît aussi* celle de la dialectique (1); 1] est ficheux seulement que çà et là on voie cet art poussé à l'excès, et loué outre mesure comme s'il était tout et pouvait tenir lieu de tout, ainsi que le proclament Abaïlard, Gilbert, et Simon de Tournay qui s'imaginait sérieusement avoir rendu par ses démonstrations un merveilleux service aux mystères chrétiens, et qui, après une exposition de la doctrine chrétienne, se laissait aller, dans sa folle admiration pour lui-même, à cette exclamation blasphématoire que l’histoire nous a conservée (2). C’est le cas de nommer ici les Lullistes, qui regardaient leur doctrine comme meilleure que celle de tous les Pères de l’Église, prétendant posséder exclusivement la vérité et la science; enseignant aussi que toute doctrine et toute science, sauf la leur, devait périr, et qu'il leur était réservé de rendre à l’Église la vraie foi; et cela, par. le moyen de la démonstration (3).
(1) Abæl, Quæ (dialectica) fidei quoque catholicæ ita necessaria monstratur, ut schismaticorum sophisticis rationibus nullus possit, nisi qui ea præmuniatur, resistere. Nequé enim Ambrosiüm Mediolanensium antistitem virum catholicum Augustinus gentilis adhuc philosophus et christiani nominis inimicus ex unitate deitatis, quam veraciter in tribus personis religiosus ille episcopus confitebatur, angustiasset , si et ipsum dialectica præmunisset, Dialect. p. 1v. analytic. poster. 1. prolog.
(2) O Jesule, Jesule, quantum in hac quæstione confrmavi legem tuam et exaltavi; profecto si malignando et adversando vellem , fortioribus rationibus et argumentis scirem illan infirmare et deprimendo improbare. Matth. Paris. ad ann, 1201,
(3) Cfr. Parmi les erreurs des Lullistes, n. 96 : Quod
De
Il y ἃ dans Melchior Cano, entre autres, un développement fort exact de l’idée qu'on doit se faire de l'emploi de la raison dans la théologie (1). Les droits de la foi et de la science y sont pleinement reconnus et convenablement déterminés. Mais on sait assez combien l'Église catholique ἃ toujours estimé la pensée scientifique, pour qu'il soit inutile d'en parler plus au long. L'évidence du fait a tiré de Hegel cet aveu
omnes articuli fidei et Ecclesiæ sacramenta ac potestas papæ possunt probari et probantur per rationes necessarias , demonstrativas et evidentes. 97 : Quod fides est necessaria hominibus insciis, rusticis, ministrantibus et non habentibus intellectum elevatum, qui nesciunt cognoscere per rationem... Sed homo subtilis facilius trahitur per rationem quam per fidem. ἢ. 98 : Quod ille, qui cognoscit per fidem ea quæ sunt fidei, potest decipi ; sed ille, qui cognoscit per rationem , non potest fall. — Voy. la bulle de Grégoire XI contre eux (1290) ap. d'Argent. coll. jud. de nov. error. 1. p. 253.
(1) Qui theologiam sic instituit, ut nihil habeat cum naturæ ratione conjunctum , omniaque egregiæ disciplinæ dogmata sola Scripturarum fide metitur, hic, si in ea opinione persistat , et nou interdum naturæ bonitate vincatur, nec theologiam colere tuerique possit, nec fidem nec humanitatem. Non humanitatem, sæpe euim dicerdum est, quia sine ratione humanitas ipsa exstirpatur; qui autem rationales disciplinas theologo auferant, hi suam illi rationem eripiunt; quoniam si veritatem, quæ in disciplinis cernitur et hominis intelligentia, a ratione tollas, jacchit profecto, vel nulla erit potius. Nec fides rursum se ipsa sine doctrina et ratione tutari potest. Nam philosophia et omni ratione disputandi sublata, eum fide sancta rusticitas manet, quæ ut Hieronymus ad Paulinum seribit, quantum prodest vitæ merito, tantum simplicitate nocet, si adversariis non resistat, Loc, comm. IX, 4.
remarquable : « Jamais les catholiques n’ont été des barbares qui se soient imaginé que la vérité éternelle ne puisse être saisie par la pensée philosophique (Hést. de la Philosophie, τ. 1, p. 160). » On n’en saurait dire autant des Réformateurs et de leurs adhérents les plus fidèles; la vraie raison de cette différence se trouve dans le caractère même de la doctrine protestante, comme Hegel l’a encore remarqué. « Il y à; dit-il, dans l'Église catholique, à cause de la fixité de ses dogmes, plus d'éléments philosophiques, plus de matière pour les hautes spéculations, que dans le système protestant » (/brd., p. 260).
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