‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 26 sur 55 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SOMMAIRE

1. Notion et réalité de la Hiérarchie. — 2. Suprématie de saint Pierre. — 3. Résidence et martyre de saint Pierre à Rome. — 4. Suprématie de l'Église et des évêques de Rome. — 5. But de la suprématie. — 6. Autorité de la suprématie. — 7. Adversaires de la suprématie. — 8. Opposition dans le sein de l’Église contre la suprématie. — 9. Saint Pierre, source unique de la suprématie.

1. C’est un fait reconnu partout dans l'Église, dès les premiers temps, et certain comme son existence, que Jésus-Christ a établi, dans la personne des Apotres (1), un pouvoir (2) investi d’une autorité sainte et légitime (3), et que cette autorité, conférée aux

(1) Zren. Dominus omnium dedit Apostolis suis potestatem evangelii, per quos et veritatem, hoc est Dei filii doctrinam cognovimus. 1. 1117, præf. — Tert. Qui [Christus] mauistros Apostolos fecit. Marc. 1v, 2.

(2) Orig. in Matth. t. χιν. — Æus. in Is. 1x, 5. x1, 6. 7. — Greg. Naz. Ἄρχομεν χαὶ αὐτοί: προςθήσω δ᾽ ὅτι χαὶ τὴν μεί-ζονα χαὶ τελεωτέραν ἀρχήν" à δεῖ τὸ πνεῦμα ὑποχωρῆσαι τῇ σαρχὶ, καὶ τοῖς γηΐνοις τὰ ἐπουράνια. Or. xvir. T. 1. p. 323.

(3) Προεδρία (Orig. Matth. τ. xv. ἢ. 26.), πρωτοχαθεδρία (Orig. Matth. t. xvr. ἢ. 22.), ἐπισχοπὴ (Eus. Hist. Eccl. 11, 4.), λειτουργία (Clem. 1 Cor. xziv.), ἡγούμενοι (Orig. in Matth. t. xvI. ἢ. 8. — ÆEus. in Is. x1, 6. 7.), præsides ecclesiarum (Herm. Past, |. 1x1. Sim. 1x. n. 27.), duces Ecclesiæ (Hier, in

apôtres pour gouverner l'Église, a passé aux évêques institués par eux (1), et s’est conservée dans toute la suite de leurs successeurs. Les monuments les plus anciens attestent tous, pratiquement ou théoriquement, que rien ne peut se faire dans l’Église sans les évêques (2); qu'il n’y ἃ sans eux ni baptême (3), ni eucharistie (4), ni absolution (5); qu'ils sont les représentants de Dieu (6), et qu’à ce titre on leur doit obéissance dans les choses divines (7); que c’est par la tradition, dont ils sont les anneaux vivants, que le canon des Écritures doit être connu (8); comme c’est leur décision qui doit terminer les questions relatives

à la doctrine de la foi (9); que c’est par eux qu'on

est dans l'Église (10), et que l'Eglise elle-même sub-

15. x111, 2.), πρόεδροι (Eus. in Is. 1, 27. xIX, 18.), præpositi (Cyp. Epl. Lxix. — Aug. Civ. Dei, xx, 4. ἢ. 2.), εἰς τύπον χαὶ τόπον Θεοῦ προχαθημένη ἱεροσύνη (Cyr, Scythop. Vit. 8. Sabæ. c. αν 11.)

(1) Clem. 1 Cor. n. xzL11. XLIV. — Jren. 111, Ὁ. ΤΣ 1. — Tert, Præscr. ΧΧΧΙΙ. — Cyp. Epl. xxv. xxvir. — ἔμ. Hist. Eccl, 11, ἡ. In Ps. Lxxxvur, 35. Is. 1, 29. IX, 14. — Lucif. (Calar.) pro Athan. 1, 23, — Hier. Epl. xxvu.

(2) Zgnat. Smyrn. n. 8. Trall, ἢ. 2. Magn. ἢ, 4.

) 4) Ignat. Smyru. n. 8.— C. Carth, 11, 6. 1X. IV. €. x. ΧΙ. 5) Pacian. ad Sympr. τ. n. 6. — C. Carth. xv. c. va, var.

6) Ignat. Trall. πὶ 2. 3. Smyrn. n. 9. Eph. n. 6.

(7) Zgnat. Trall. n. 13. Magn. n. 2. 3. — (Pseudo-) Clem. Hom. 1. n. 70.-— Chrys. in 1 Tim. Hom. xv. n. 3.

(8) Tert. Marc. 1v, 5. — Aug. Faust. XXXII, 19. XXXIIT, 6,9. Cont. advers. leg. et proph. 1, 39.

(9) Lucif, (Calar.) 1. moriend. esse pro Dei filio n, 22. — Didym. (Alex.) in Jud. 9.

(10) Zgrat. Trall. n. 3: — Cp. Epl. zxix.

LA IIÉRARCHIF. 117

siste (1), et peut être reconnue comme telle avec certitude (2).

Quant au but et aux effets de la hiérarchie, partout et toujours, ceux que nous trouvons allégués sont, d’une part, l'établissement et le maintien de l'unité (3); de l’autre, le salut de la communauté chrétienne (4).

Les schismes et les hérésies offrirent, dès les temps les plus anciens, de tristes occasions d'appliquer dans la pratique et de formuler théoriquement la nature intime et l'importance de la hiérarchie en général, et particulièrement de l’épiscopat; c’est pour cela que, dans les nombreux passages de saint Ignace, de saint Cyprien et de saint Optat, qui se rapportent à cet objet, la doctrine reçue et reconnue dès l’origine dans l'Église, est seulement exprimée en termes plus précis; ces saints docteurs cherchent à l’imprimer plus avant dans les esprits, mais ils ne se proposent nullement de la fonder et de la constituer.

2. Ce que l’on admet relativement à la hiérarchie en général, on l’admet en particulier au sujet de la suprématie. L'Église a toujours été fermement convaincue que Jésus-Christ a conféré à saint Pierre une véritable suprématie (5), et aussi que ce privilége

(1) Zren. 1v, 33. ἡ. 8. — Opt. (Mil.) Schism. Donat. τι, 2.

(2) Tertull. Præscr. xxx11.

(3) Zgnat, Eph. n. 2. 5. 20. Smyrn. ἢ. 8. Magn. n. Trall, n. 3.

(4) Episcopi autem propter christianos popuios ordinamur; quod ergo christianis populis ad christianam pacem prodest, hoc de nostro episcopatu faciamus. Gest. coll. Carth.

(368) dies 1. n. xvr.

(3) Orig. Joan. T. xxx. ἢ, 5. Luc, Hom, xvrr. Exod.

je

wa point disparu avec la personne de Pierre, mais qu'il a passé à ses successeurs, c'est-à-dire aux évêques de Rome (1), Pierre ayant en dernier lieu établi son siége dans cette ville (2), et y ayant consommé son martyre (3). C’est pour cela que de tout temps on

Hom, τ. ἢ. 4. Rom. |. v. n. 10. — Hippolyt. in 8. Theophan. n. 9. — Tert, Præscr. xx11. Pud. xx1. Monog. viur. — Cyp. Epl. zxx1. — Pet. Alex. Can. 1x. — Eus. Hist. Eccl. 11, 14. Dem. Evang. 111, ὃ. — Cyr. Cat. τι, 10. vi, 15. x1, 3. ΧΙ, 47. — Hil. Matth. c. xvi. ἢ. 7.— Tit. Bost.in Ramos palmar. n. ἡ etc. ον. ma Dogmatique. Part, 1. p. 168 sq.

(1) Zren. 111, 1, — (Pseudo-) Clem. Epl. ad Jac. c. 11. — Eus. Hist. Eccl. 111, 2. 4. — Opt. 11, 3.

(2) Tert. Præscer. ΧΧΧΙΙ, — Eus. Hist. Eccl. τι, 14. τ, — Lact, Div. Inst. 1v,3. — Hier. Cat. v. Petrus. Nous avons un monument irréfragable de l'établissement de la chaire de saint Pierre à Rome, dans la fête bien connue que l'Église ἃ instituée dès les premiers temps pour en consacrer le souvenir. Institutio solemnitatis hodiernæ ἃ senioribus nostris cathedræ nomen accepit, ideo quod primus Apostolorum Petrus hodie episcopatus cathedram suscepisse referatur: Recte ergo Ecclesiæ natalem sedis illius colunt, quam Apostolus pro ecclesiarum salute suscepit. Aug. Serm. cxc. in Append. inter supposit. — Cfr. Bolland. ad 18. Jan. p. 184. T. τι, Jan.

(3) Tert. Præscr. xxxvr. Marc. 1v, 5. Scorp. xv. — Dion. (Cor.) et (α). (ἀρ. Eus. Hist. Eccl. 11, 25.) — Eus. Hist. Eccl, 1, 1. Dem. Evang. 117, 7 etc. — Pearson. Cum tanto consensu ab initio fere traditum sit, S. Petrum Romæ evangelium prædicasse, et ibidem passum esse, cumque nemo unquam dixerit, vel Petrum vel Paulumalibi martyrio coronatum esse, cum denique Christus ipse satis aperto significet Petrum crucifigendum fore, tuto satis huic historiæ fidem adhiberi posse existimo, Quid enim credet tantum Apostolum tam obscure mori potuisse, ut nemo unquan lociillius, quo mortuus est, meminerit, De success. primor. Rom. Epp. diss. #. ce. vit. — Cfr. Frid, Windischmann. Vindic. Petrin, p. 53 sq.

LA HIÉRARCHIE. 119 appelle Rome le siége ou la chaire de Pierre (1); évêque de Rome, le successeur de Pierre(2); la suprématie elle-même, la suprématie de Pierre (3); la communion avec l’évêque de Rome, la communion avec Pierre (4).

3. Le fait de la résidence de saint Pierre à Rome, qu’on a démontre jusqu’à la dernière évidence, et qui est comme la racine et la seule explication possible de cette suite de faits dont se compose l’histoire de l'Église romaine, et celle de l'Église catholique en général, ἃ pourtant été contesté par les Vaudois, par Marsilius de Padoue, Michel de Césène, et quelques autres ennemis des papes au moyen âge, et aussi plus tard par quelques protestants ; mais cette erreur a trouvé sa réfutation dans les rangs mêmes de ceux qui l’ont avancée. Ainsi Saumaise (Apparat. ad lib. de prim. pap.) a été redressé sur ce point par Pearson (Diss. de succ. Rom. pr., cap. vi et sq), par Spanheim (Diss. de Ποία profectione Petri apost. in urbem rom. in Opp., t. 11, p. 331 sq.) et par Cave (Antiqq. apost. append. ad vit. Petri). Aussi Gieseler ( Hest. de l'Église, p. 89, : * partie) appelle-t-il nettement l'opinion qui prétend que saint Pierre n’est jamais allé à Rome «une polémique inspirée par lesprit

de parti (5). »

(1) Cyp. Epl. zv. zix. — Ορί. vis, 5. — Hier. Epl. xrv. ad Dam. — Aug. c. Lit. Petil. 11, 51. n. 118.

(2) Xyst. Epl. ad Joan. Antioch. (Mansi ac. v. 379.) —Hier. ad Dam, Epl. xrv.

(3) Leo Serm. 1. ἢ. 3. 1v. ἢ. ἡ. — C. Chald, Act. τι.

(4) Æyst. Epl. ad Cyr. Alex. — Hormisd. Epl. ad Anast. imp. ΧΙΧ. — Hier. ad Dam. Epl. χιν,

(5) On trouve un grand nombre de témoignages protestants

4. Quant à la dignité de l'Église et des évêques de Rome, nous avons aussi à cet égard les témoignages les plus frappants de la foi de tous les siècles. Saint Zgnace attribue à l'Église de Rome, entre autres prérogatives, celle de la suprématie (Æpist. ad Rom. dans la suscription). Un témoignage remarquable entre tous les autres, c’est celui que saint /rénée, représentant de la tradition primitive de l'Asie Mineure, et depuis évêque de Lyon dans les Gaules, rend à la haute dignité et à l’autorité supérieure de l'Église romaine, qui offre, dit-il, à tous les chrétiens le moyen le plus court et le plus sûr pour reconnaître la vraie tradition apostolique, et aussi pour la maintenir et la défendre contre les hérétiques (1). Ce qui est particulièrement important, c’est ce qu'il ajoute immédiatement : «Qu'il faut (2) que toute l'Église, «c'est-à-dire tous les fidèles qui sont sur la terre (3), «soient d'accord (4) avec l'Église de Rome à cause de

en faveur du fait de la venue de saint Pierre à Rome dans Foggini de Rom. Petri itinere et episcopat. exerc. 1. p. 9 sq.

(1) Quoniam valde longum est in hoc tali volumine omnium ecclesiarum enumerare successiones; maximæ et autiquissimæ et omnibus cognitæ, a gloriosissimis duobus apostolis Petro et Paulo Romæ fundatæ ecclesiæ, eam, quam habet ab apostolis traditionem, et annuntiatam hominibus fidem, per successiones episcoporum pervenientem usque ad nos indicantes, confundimus omnes eos, qui quoquo modo, vel per sibi placentia , vel vanam gloriam, vel per cæcitatem et malam sententiam, præterquam oportet, colligunt. ται, 3. n. 2.

(2) Necesse est: δεῖ; selon Gieseler (Hist. de l'Église) ᾽ ἀνάγχη.

(3) Qui sunt undique. Münscher, et d’autres, qui sont en tous lieux.

(4) Convenire , συμδαίνειν. Saumaise avoue que cela ne peut

LA HIÉRARCHIE. 121 « sa primauté (1), tous les chrétiens l'ayant toujours « considérée comme dépositaire de la tradition apos-

s'entendre que de l'accord dans la doctrine. Prim. pap. σον. — Cfr, Convenire cum romana Ecclesia. Ambr. de excessu Satyri. 1. ἢν 47. ἢ] est évident que cette expression ne signifie pas « venir en personne à Rome ».

(1) Propter potiorem principalitatem , ἱχανώτερον πρωτεῖον, Où χύρος, OÙ διὰ τὴν ἱκανωτέραν ἀρχήν. Quant au mot potior, on le retrouve un peu plus loin dans 5. Irénée à l’occasion de la lettre écrite aux Corinthiens par l'Église de Rome, laquelle est qualifiée Ztteræ potentissimæ. (Iren. 111, 3. n. 3), et dans l'original conservé par Æusébe v. 6. ἱχανωτάτη γραφή. Le même Père appelle aussi la lettre de 5, Polycarpe aux Philippiens epistola perfectissima, Iren. 111, 3. n. 4; c’est à-dire encore, d’après Æusébe (Hist. Ecci. 1v, 14). ἱκανωτάτη. — 4mmian. Marcell. parle aussi de l'autorité qua potiores æternæ urbis episcopi, hb. xv, 7.

Il faut aussi comparer entre eux, pour fixer le sens du mot Principalitas , divers passages de S. Irénée, Il dit de Jésus- Christ qu'il s’est fait chair et sang securdum plasmationem Principalem. (v. 14.n. 1.), et aussi qu'il a pris et revêtu la Principalis plasmatio (v. 14. n. 2.), que le saint docteur appelle encore au même endroit prima plasmatio {v. 14. n. 2.). C'est dans le même sens qu’il appelle ailleurs le premier homme 2omo principalis (v.21.n. 1.).— On retrouve la même façon de parler dans Tertullien, qui appelle Adam, stirpis humanæ et offensæ in Deum princeps (Pœnit. xtr.), et qui donne pour caractère à la vérité, la préncipalitus (la priorité), comme il distingue l'erreur par la postériorité, posterioritas (Præscer, χχχι.).

Il est d’ailleurs évidenit que la préncipalitas attribuée à 1 glise romaine n’est pas seulement une priorité d’origine, puisque, outre que, dans ce cas, le mot potior n'aurait aucun sens, l’Église romaine n'est pas la plus ancienne Église ; et que, d’ailleurs, cette circonstance n’eût point suffi pour établir la nécessité d'être d'accord avec elle. L'expression alléguée désigne donc tout à la fois l’antériorité d’origine et

« tolique (1).» Saint Cyprien désigne Rome comme étant le siége de saint Pierre, et l'Église mère d’où est sortie l'unité du sacerdoce (Epist. τὰν ad Corn.)

C’est dans les mêmes termes que les autres Pères exaltent la dignité et l'autorité supérieure de l'Église romaine, ce qui explique pourquoi les hérétiques des premiers siècles s'efforcent de paraître unis de communion avec Rome comme on le rapporte par exemple de Marcion (Æpiph. Hæres. xLu), de Praxeas (7'ert. Prax.1), des Montanistes(7ert. Prax.1). des Novatiens ( Cyp. Epist. Lv), des Donatistes (Opt. 11. 4).

Le sentiment du droit supérieur qui leur appartient se trouve d’ailleurs exprimé de la mawière la plus expresse dans une suite décisive d’actes ou de paroles des évêques de Rome. C’est cette conviction qui fait agir le pape 7ctor dans la question de la Pâque (Eus. v, 24. 25. Soc. v. 22); saint Étienne; dans celle de saint Cyprien et des Rebaptisants(£us., Hist. Ecel. vit, 5); saint Corneille, dans celle de Novat (Dion, Cor. epist. ad Soter. ap. Æus. 1v. 23); saint Denys, dans celle de Paul de Samosate (Dion. Epist. ad Sot. ap. Eus. νι, 5). C’est le même sentiment qui détermine la conduite des évêques de Rome dans l'affaire de l’Arianisme, comme aussi dans celles de l’Apollinarisme, du Nestorianisme et de l’'Eutychianisme. Les évêques de Rome s’attribuent expressément le droit et

la prééminence du pouvoir, comme la P'ARREUR principalis dans le premier homme.

(1) In qua (Ecclesia) semper ab his, qui sunt undique, conservata est ea quæ est ab Apostolis traditio. Grabe et Neander (Hist. de l’Église) lisent observata est,

le devoir de prendre soin de toute l'Église (1); c'est pour cela qu'ils demandent qu'on leur donne avis de tout (2), qu'on sollicite leur décision avant tout (3), et qu'on reçoive avec une entière déférence le jugement qu'ils ont rendu (4). On ne doit tenir aucun concile sans eux (5), rien traiter sans eux dans le concile qu'ils ont autorisé (6); c’est à eux de confirmer les décisions qu'on aura prises (7); on ne doit absoudre personne de l’excommunication sans leur consentement (8), Et toute l'Eglise reconnait ce que les évêques de Rome s'attribuent comme leur droit : que c’est à eux de prendre soin de toute l'Église (9), qu’on doit leur donner avis des affaires de toute l’Église, qu'on doit obéir à leurs jugements (10), que c’est à eux de con-

(1) Theophil. Epl. ad Hieron. — Xyst. Epl. ad Cyr. — Cœlestin. Epl. ad Syn. Ephes. — Leo. Serm. 1v. c. 11. Serm. 11. C.1V. Epl. v. c.rr. (Bal.) — Gelas. Epl. xxr.

(2) Jul. Epl. ad Euseb, n. xxr. — Siric. ad Himer. ἢ. xx. — Leo. Epl. ad Anatol, CP. c. 111.

(3) Dam. Epl. 1. n. 1. — Felix, Epl. xurr.

(4) Zosim. Epl. ad Conc. Carth. Epl. ad Hesych.Salon. ἢ. 1.

(5) Pelag. τι. Synodorum congregandorum auctoritas apostolicæ sedi privata commissa est potestate , nec ullam synodum generalem ratam esse legimus, quæ ejus non fuerit auctoritate congregata vel fulta. Hæc auctoritas testatur ca nonica , hæc historia ecclesiastica roborat, hæc sancti Patres confirmant. Epl. fragm. Baluz, Miscell. 1. v, p. 467.

(6) Gelas. Tom. de anathem. vinculo.

(7) Felix. Epl. xiu. ad Flavi. CP. — Gelas. Epl. xv. ad Epp. Orient.

(8) Bas. Epl. ad Ath. zxix. ἢ. 1. — ὅ02. Hist. Ecel. ται, 8.

(9) Æmbr, Epl. ad Theophil. zvi, ἢ. 17. — Cyr. Epl, 1x. ad Cœlestin.

(10) Pet. Chrys. Epl. ad. Eutych.

firmer les décisions des conciles (1), qu’on doit appeler à leur tribunal (2), mais non de leurs décisions (3).

5. Le but de la suprématie, c'est, ainsi que tous le reconnaissent, le maintien de l’Église (4) dans son unité (5) et sa catholicité (6). Ce fut la considération attentive de la nécessité de ce moyen pour obtenir ce but qui fit rentrer dans le sein de l'Église beaucoup de partisans de Novat; ce fut le sentiment de cette nécessité qui fit accueillir par le peuple avec une amère ironie l’aveuglement de l’empereur Constance, quand il proposa que Liberius et Félix gouvernassent ensemble l'Église de Rome (7).

6. En même temps qu'on reconnaît la suprématie et sa destination, on lui attribue lautorité la plus élevée relativement au #2agistertum(8), ministerium,

(1) C. Carth. (k16) Epl. Syn. — C. Chalced. Epl. ad Leon. c. iv,

(2) €. Sard, c. 111. 1V.—Cfr. Gelas. Epl.1v. ad Faust. Leg. (3) Cfr. Gelas. Epl. 1v. ad Faust. Leg.

(4) Aug. Epl. zurr, n. 2. — Leo. Epl. x. ad Epp. per provinc. Vienn. Ὁ. 1.

(5) ᾧ». Epl. zxx. zxxum. Unit. Eccl. — Pacian. Epl. mr. ad Sympr. n. 11. — Opt. Schism. Don. 11, 2. — Hier, adv. Jovin, 1, 14.— Leo. Epl. xt. c. xt.

(6) Cyp. de Unit. — Opt. Schism. Don. 11, 3.

(7) ᾿Ἐξεθόησε τὸ πλῆθος, δικαίαν εἶναι λέγον τοῦ βασιλέως τὴν ψῆφον" διχὴ γὰρ διηρεῖσθαι τοὺς θεατὰς, ἀπὸ τῶν χροιῶν τὰς ἐπωνυμίας ἔχοντας: χαὶ χρῆναι τὸν μὲν τούτων, τὸν δὲ ἐχείνων ἡγεῖσθαι... εἷς Θεὸς, εἷς Χριστὸς, εἷς ἐπίσχοπος. Theod. Hist. Eccl. 11, 14. (Alias, 17.)

(8) Nec enim ignoramus, unum Deum esse, unum Christum, quem confessi sumus, unum Spiritum sanctum , unum episcopum in Ecclesia catholica esse debere. Cornel, Epl. ad Cyprian.

LA HIÉRARCHIE. 125 et regimen (1). L'histoire de l'Église en offre une foule de preuves.

C'est pour cela que saint Denys de Corinthe recourt à saint Xyste dans la question des Rebaptisants ( δια. Hist. Eccl. vis. 2. 5); et saint Basile à saint Damase, pour obtenir de lui lexcommunication de Marcel ( Bas. Epist. Lxrx). Les évêques d'Orient demandent au même pontife la déposition et l’excommunication de Timothée, disciple d’Apollinaire (Dam. Epist. ad orient.), et l’extirpation de PAriavisme ( Bas. Epist. Lxx ad Dam.) On ἃ recours à saint Célestin dans l'affaire du Nestorianisme; à saint Léon, dans celle de lPEutychianisme. Saint Denis d'Alexandrie est accusé d’hétérodoxie auprès de saint Denis, évêque de Rome; et c’est saint Denis de Rome qui l’absout après qu'il s’est justifié (444. Sent. Dionys. n. 14). Théodoret, accusé d’hérésie, en appelle à saint Léon (Ep. ad Leon. ext epl.; ad Renat. presb. rom. cxvi), et en obtient aussi sa justification (Zeo. Epist. Lxxxvr1). C’est auprès de Jules que Marcel d’Ancyre veut attendre ses accusateurs ariens, pour se justifier et les convaincre eux-mêmes d'hérésie (Marcel. Ancyr. Epist. ad Jul.). C’est auprès de l’évêque de Rome que Donat et Cécilien cherchent aussi à se justifier du soupçon d'hérésie ({ug. Agon. Christ. n. 31). Il en est de même de Pélage (4ug. Gr. Chr. xxx. 32 sq. θοῦ. orig. xviIr, ἢ. 19), de Célestin (Mar. Mercat. comm. c. 1, ἢ. 2), de Priscillien (Sup. Sever., Hist. sac. 11. 48), de Vitalis l’Apollinariste (Greg. Naz.Or. zn)et de Nestorius (Cyr. Epist. xr. x1v).

(1) Zren. ur, 3.n. 2. — Hier. Epl. xi1v. ad Dam. — Aug,

cont. Jul, 1, 2.

Cette puissance souveraine des évêques de Rome, les princes et les empereurs eux-mêmes l’ont plus d’une fois reconnue. Nous pouvons citer en ce sens des actes et des paroles d’Aurélien (1), de Constance (2), de Valentinien III (3), de Marcien (4), de Justinien.

Si, d’une part, les évêques de Rome se considèrent comme les dépositaires et les témoins de la pure doctrine et de la tradition apostolique (5), s'ils exigent un respect inviolable pour leurs décisions en matière

(1) Une contestation s'étant élevée entre Paul, évêque déposé de Samosate, et Domnus , élu pour le remplacer, il ordonna que la demeure épiscopale fût attribuée à celui des deux en faveur duquel Pévéqué: de Rome se serait pronogkés : Τούτοις νεῖμαι προστάττων τὸν οἶκον, οἷς ἂν οἱ χατὰ τὴν Ἰταλίαν χαὶ τὴν Ῥωμαίων πόλιν ἐπίσχοποι τοῦ δόγματος ἐπιστέλλοιεν. Eus. vu, 30.

(2) Hunc (Athanasium) per subscriptionem abjicere sede sacerdotali, paria sentiens cæteris jubente principe (Constantio) Liberius monitus perseveranter renitebatur, nec visum hominem, nec auditum damnare nefas ultimum sæpe exclamans, aperte scilicet recalcitrans imperatoris arbitrio. Id enim ille Athanasio semper infensus, licet sciret impletum, tamen auctoritate, qua potiores æternæ urbis episcopi, firmari desiderio nitebatur ardenti. 4mm. Marcell. 1. xv, 6.

(3) Cum igitur sedis apostolicæ primatum sancti Petri meritum, qui princeps est episcopalis coronæ et romanæ dignitas civitatis, sacræ etiam synodi firmarit auctoritas , ne quid præter auctoritatem sedis istius illicitum præsumptio attentare nitatur. Tunc enim demum ecclesiarum pax ubique servabitur, si rectorem suum agnoscat universitas. Const. de Epp. ordin. (Epl. xr. int. Leon. ed, Bal.)

(4) Epl. ad Leon. (int. Epl. Leon. ex. ed. Z4l.)

(5) Æyst. Epl. ad Cyr. — Leo Serm. 11. €. 11. 1V. €. 1v. xcvin, 6. 111. — Gelas. 1. Epl. ad Anast, virr. — Agatho, Epl. 1. ad Heracl.

de foi où de morale, s'ils les présentent comme des jugements émanés de l’apôtre saint Pierre dont ils sont les successeurs, de Jésus-Christ dont ils sont les représentants, et du Saint-Esprit dont ils sont les organes les plus directs (1); d'autre part, les autres églises, avec leurs évêques et leurs docteurs, regardent la doctrine de Rome comme la pure doctrine apostolique, la foi de Rome comme la foi canonique (2), les jugements émanés de Rome comme la parole même de Pierre (3), ayant autorité pour terminer les disputes et résoudre les doutes (4).

La doctrine de la suprématie des évêques de Rome se retrouve dans les théologiens des temps plus récents. Elle est professée par Isidore de Séville (5),

(1) Zos. Epl. ad Conc. Carthag. — Xyst. Epl. ad Cyr, post pacem factam inter ipsum Cyr. et Joan. Antiochen. — Cæœlestin. Epl. ad Syn. Eph. Epl. ad Joan. Antioch. — Zeo Serm. 11. C. 1V, 1V. 6. 11. — Felix in Syn. Rom. cont. Pet. Full.

(2) Zren. 11, 3. ἢ. 2. — Cyp. Epl. 1v.— Bas. Epl. cexiu. n. 3. — Hier. ad Dam. Epl. xiv. adv. Rufin. 1. 111. ad Theophil. Epl. cvnr. — Aug. Pecc. orig. c. var. n. 9. — Theod. Epl. ad Renat. cxvr. — Bacchiar. fid. n. 11. — Joan, Nicop. Reg. fid. — ον. aussi Valentin. Epl. ad Theodos. (int. Leon. Epl. τὸν. ed. Bal.) — Justinian. adv. Monophys. in Mai. vur. c. 1. p- 304.

(3) 6. Chalced. Act. 11. — Hier. Epl. x1v. ad Damas.

(4) Hier. Epl. xiv. ad Damas. Epl. 1xr. ad Theophil. — Aug, cont. Jul. 1, 5. — Ferrand, Carth. Epl. ad Sever. ad Pelag.

(5) Cujus (Petri) dignitas potestatis, etsi ad omnes catholicos episcopos est transfusa, specialius tamen romano antistiti singulari quodam privilegio velut capiti cæteris membris celsiori permanet in æternum. Qui igitur debitam οἱ non exhibet reverenter obedientiam a capite sejunctus ace-

par Alcuin (Epist. Lxx), par saint Bernard (1), par Pothon de Prüm (2); elle est reconnue par les princes temporels : Récarède (3), Luitprand (Leg. Longob. 1. 1v, c. 1v), Charlemagne (4), Othon III (5), Frédéric II (6), et même par les empereurs d'Orient, comme le prouve manifestement ce qui est rapporté de l’empereur et du patriarche de Constantinople, qui se jetèrent aux pieds du légat Frédéric, pour le conjurer de ne pas exécuter la menace qu'il faisait de quitter la ville (7). Ainsi encore, avons-nous au moyen âge,

phalorum schismati se reddit obnoxium. Epl. ad S. Eugen. Tolet. Æ. f

(1). Consid, 11, 8. n. 15. 16. Epl. cexxxix.

(2) In tota hac domo solus beatus Petrus cum suis successoribus plenitudinem potestatis accepit, De statu domus Domini |. 1. init.

(3) Qui præ cæteros pollet antistites. Epl. ad Greg. M. in Baluz, Misc. v, 472.

(4) Antequam discutiendorum testimoniorum, quæ absurde Orientales in sua synodo taxaverunt, sylvam ingrediamur, dignum duximus, ut qualiter sancta Romana Ecclesia cæteris ecclesiis a Domino prælata et a fidelibus consulenda sit, prosequamur, præserlim cum non ab aliüis scriptunis, nisi ab his, quas illa inter canonicas recipit, testimonia sint sumenda, nec aliorum doctorum nisi eorum, qui a Gelasio vel cæteris illius sanctæ sedis pontificibus suscepti sunt, dogmata sint amplectenda, nec aliter atque aliter pro cujuslibet arbitrio, sed sane sobrieque, quæ ab illis dicta sunt, sint intelligenda. Lib. Carol. 1, 6.

(5) Romam caput mundi profitemur, romanäm Ecclesiam matrem omnium ecclesiarum esse testamur. Coustit. ann. 998. in Goldast.

(6) Quæ (Rom. Ecel.) caput est omnium ecclesiarum, In Goldast. τν. p. 77.

(7) Imperator et patriarcha cum clero et populo sacco et

en ce qui touche l'autorité doctrinale de l'évêque de Rome, les témoignages les plus formels dans Alcuin (1), Hincmar (2), Rathaire de Vérone(3), Abbon (4), saint Bernard (5), et bien d’autres.

7. La hiérarchie, et particulièrement la puissance des évêques et des souverains pontifes, sont considérées dans l'Église catholique comme la condition

cinere obvoluti... apostolicam auctoritatem in eo proni in terram adorabant. Zamb, Schaffnab. ann. 1053.

(1) Ne schismaticus inveniatur aut non catholicus, sequatur probabilissimam romanæ Ecclesiæ auctoritatem... ne claviger regni cœlestis abjiciat, quos a suis deviasse cognoverit doctrinis. Epl. Lxx.

(2) Sequimur autem, quæ catholica et apostolica nos docet sancta Romana Ecclesia, quæ nos in fide genuit, catholico lacte aluit, uberibus cœlo plenis ad solidum cibum nutrivit, disciplina orthodoxa ad perfectum virum perduxit... Quis enim nesciat aut non advertat, id quod ἃ principe apostolorum Petro Romauæ Ecclesiæ traditum est, ac nunc usque custoditur, ab omnibus debere servari, nec superduci aut introduci aliquid, quod aut auctoritatem non habeat aut aliunde accipere videatur exemplum. De Prædest. c. 1v. Veniat sanctus Gregorius, et percutiat eos, non clava herculea, sed auctoritate ecclesiastica, beato Petro Apostolorum primo ἃ vivorum et mortuorum judice tradita, Ibid. c. xvr. T. 1. p. 83.

(3) Quid enim de ecclesiasticis dogmatibus alicubi scitur quod Romæ ignoretur? Illic summi illi totius orbis doctores, illic præstantiores enituerunt universalis Ecclesiæ principes. Illic decretalia pontificum, universorum congregatio, examiuatio canonum, approbatio recipiendorum, reprobatio spernendorum. Postremo nusquam ratum, quod illic irritum, nusquam irritum quod illic ratum fuerit visum. Itiner.

(4) Doctor universalis Ecclesiæ. Epl. ad Greg. v.

(5) Prol. Epl. cxc. ad Inn. 11. cont. err. Abæl. consid, 11,

même de son existence. Il en est autrement dans les sectes gnostiqnes qui n’admettent pas cette condition ou qui la rejettent même comme impossible. Aussi ne rencontrous-nous dans aucune de ces sectes une hiérarchie formellement constituée; les Marcionites seuls font exception ; mais chez eux le gnosticisme est moins un système admis pour lui-même , qu'une doctrine auxiliaire et complémentaire de la morale; et ils maintinrent , du reste, avec si peu de rigueur l’ordre hiérarchique, qu'ils ne firent aucune difficulté de conférer les fonctions sacerdotales à des laïques ( Zert. Præscr. xLi), et même à des femmes (1). Les Montanistes présentent, au contraire,une organisation hiérarchique, comprenant un patriarche, des χοινωνεῖς et des évêques (Hier. Ep. xxvir ad Marcell.); il en est de même des Manichéens, qui ont un chef suprême, douze maîtres (à l’imitation de Jésus-Christ et des apôtres), soixante-douze évêques; puis des prêtres et des diacres (Aug. Hær. xLY1).

Aérius porta une grave atteinte à la hiérarchie, en mettant tout à fait au même rang les prêtres et les évêques (Æpiph. Hæres: Lxxv. n. 1. {ug. Hæres. Lin). Mais il resta isolé dans son erreur.

Dans les âges suivants, il se produit une opposition plus durable et plus étendue contre la hiérarchie, et l’on voit une lutte systématique s'engager contre le principe même qui la constitue. C'est à cette période qu’appartiennent le fanatique Tanque-

(1) Eznich. Golpens. confut. hær. 1, τν. adv. Marcion. C. XVI.

LA HIÉRARCHIE. 131 lin (1), les Cathares (2), les Vaudois (3), les Fratricelles (4), et Arnauld de Villeneuve (5), auxquels se rattachent les Réformateurs (6), à l’exception de Bucer (7), de Bullinger (8), et des Anglicans. On voit aussi la mérarchie niée indirectement par Edmond Richer (9), qui prétendit, comme plus tard Quesnel (10), faire dériver son autorité de la communauté chrétienne ; par Jean Huss (11), qui la subordonnait au pouvoir temporel, et par Hobbes, qui la considère comme un attribut essentiel de la souveraineté civile (Leviath. c. xLn).

Déjà Tertullien avait essayé d’amoindrir et de mutiler la suprématie, en prétendant que les paroles qui confèrent à Pierre le pouvoir des clefs, et qui Ini assurent que l'Église doit être bâtie sur lui, signifient seulement qu'elle sera bâtie par ἐμ, signification, dit-il, que les événements ont accomplie,

(1) D’Argentré Coll. judic, de nov. error. 1. p. 11.

(2) Trithem. Chronic. Hirsaug. ann. 1165.

(3) Guido de Hæret. (Cfr. Rayn. ann. 1204. n. 63.) — Reiner. adv. Wald. c. v. — Pillichdorf. ©. xxx11. — Ebrard. c. xxr. — Moneta. adv. Cäth. et Wald. v, à.

(4) Raynald. aun. 1317. ἢ. 56. — Trithem. Chron. Hirs. ann. 1299.

(5) Raynald. ann. 1317. ἢ. 62.

(6) Calvin. Inst. 111, 3. ἢ, 8. — Luther. de Inst. minist. Eccl. ad Boem.

(7) De regno Christi τ, 7, et souvent ailleurs. (8) De Epp. instit. et funct. 11, 6.

(9) Lib. de ecclesiastica et politica potestate.

(10) Voy. les propositions extraites de ses écrits (xe-xerv).

(11) Auss. Tract. contr. occult. adversar. in Opp. Huss. τι ἃ.

puisque Pierre, par sa prédication, a détermine un si grand nombre de juifs à se convertir et à demander le baptême; puisque c’est lui, d'ailleurs, qui ἃ reçu dans l'Église les prémices de la gentilité, et proclamé l'abolition des prescriptions mosaïques (Pudic. xx1).

C’est chez les Albigeois (1) et chez les autres sectaires du moyen âge, qu'on rencontre particulièrement la haine et l'horreur de la suprématie,

Elle se trouve indirectement attaquée chez les Grecs par lesprit de cette théologie de palais, qui s'efforce d’en rapporter l’origine à un accident purement local, au bon plaisir des empereurs, ou au choix arbitraire des Pères (2). Ce fut aussi l’idée de Frédéric 1°”, qui voulut établir la suprématie à Trèves, la seconde Rome, en vertu de son plein pouvoir impérial (3).

Cette théorie, qui fait dépendre les distinctions hiérarchiques de la puissance souveraine des princes, et qui attribue aux empereurs le droit de supprimer les prérogatives de la suprématie, et d’en dépouiller le pape à leur gré, fut adoptée aussi par Marsilius de Padoue et Jean de Janduno (4) ,"qu’entraînait un enthousiasme tout païen pour l’autocratie impériale.

(1) Guilh. (Nang.) Chron. ann, 1207.

(2) Galla Placidia. Epl. ad Pulcher. Epl. ad Theodos. — Justinian. Nov. xxx. (Cfr. ]. v. Basil. tit. 111.) — Balsam. Zon. in Chalced, c. xxvrrr. — Cfr. contre ces prétentions Leo Epl. ad Marcian. c. 111. — Pius 11. Orat. in Conc. Mantuan. 1459 (in d’Achery Spicil. 1117, 808. ed. de la Barre.)

(3) Edict. Frideric. ann. 1157. in Goldast. 1, 264.

(4) Guilhelm. (Nang.) Chron.contin. ann, 1318.— Cfr. Ray-

nald. anu. 1336. n. 32 sq.

Okkam, de son côté, crut ne pouvoir mieux faire, d’après la fausse idée qu'il avait conçue de l'autorité ecclésiastique, que de s'approprier ces étranges principes, et d'établir que l'empereur peut instituer et déposer le pape (1), ce que pensait et voulait précisément l’empereur Louis de Bavière (2). Si Jean Huss, après Wicleff(3), conserve la suprématie (Prop. 1x. a Conc. Const. damn.), on le voit d’ailleurs, peu d’accord avec lui-même en ce point comme en plusieurs autres, déclarer, à la suite des sectaires du moyen âge (4), que le pape est l’Antechrist (5); on sait assez comment les Réformateurs l’ont suivi dans cette voie (6). 8. Un phénomène bien étrange, quoique le désordre des derniers temps le rende pourtant explicable, c’est l’opposition qui s’est organisée dans le sein même de l'Église contre la suprématie, et qui, bien qu’elle prétende reconnaître l'autorité des souverains pontifes dans ce qu'elle ἃ d’essentiel, ἃ eu cependant pour effet de la gêner et de la restreindre

(1) Raynald. ann. 1349. ἢ. 16. — Boulay Hist. univers. Paris. t. 1v. p. 317. — Argentré 1, 360.

(2) D’Argentré Coll. jud. de Nov. err. 1, p. 360.

(3) Wicleff. Prop. a C. Const. damn. χα.

(4) Tels que les Vaudois (Ricchini de Waldens. diss. τ. c.1v.), Jok. Olivus Comm. in Apoc. ( Bal. Misc. 1. p. 213.), les disciples de l'Évangile éternel, les Hommes d’intelligence , etc. — Cfr. Cæsar. | Heiïsterb.) Mirac. v, 51; Flathe Histoire des précurseurs de la réforme.

(5) De regno, populo, vita Antichr., De mysterio iniquitat. Antichr., De revelat, Christi et Antichr., Anatomia membror. Antichristi.

(6) Luther. Capt. Babyl. — Art. Smalc. 1v. — Calvin. Instit. ιν, 8. n. 10.

en toute facon dans son exercice et dans son action efficace.

Cette opposition, qui avait son foyer dans les universités, dans celle de Paris en particulier, se produisit avec audace aux conciles de Pise, de Constance et de Bâle. On la vit, dans une foule d’écrits particuliers, combattre la doctrine communément reçue jusqu'alors, de l’infaillibilité du pape (x), et proclamer avec la supériorité des conciles généraux sur le chef de l’Église (2), le droit d’en appeler des décisions du pape, même en matière de pure doctrine (3), à l’Église assemblée, le droit même de déposer le souverain pontife (4), et de transférer à une autre Église les prérogatives de son siége (5). Les papes durent s'opposer avec la plus ferme résolution à cette fausse direction des conciles, qui aurait amené infaillible ment la ruine de l'Église par l'introduction datis son sein d’un principe oligarchique que le temps n'aurait pas manqué de faire dégénérer en pure démocratie. Aussi Martin V, Pie IL (6) et les papes leurs succes-

(1) Petr. (Alliac.) de Eccl. Conc. gen. et Pontific. auct. ΕΠ ΠῚ Ὁ à

(2) Gerson. Tract. de modis uniendi et reform. Eccles. in C. Univ. — Almain. de Auctor. Eceles. adv. Thom. de Vio. — Major. de Auct. Conc. supr. papam.— Conc. Const. sess. ιν. v.— C. Bas. 5655. 11, — Albert. IT. et Carol. VII. sanct. Pragm. c. 11. ΠῚ.

(3) Gerson. Tract. an liceat in caus. fid. ἃ papa appellare.

(4) Gerson. Tract. de auferibilitate Papæ.

(5) Pet. (Alliac) Recommend. S. Script. et Tract. utrum Petri Ecclesia lege regatur. ᾽

(6) Pie IT dans une bulle de 1459. Exsecrabilis et pristinis

LA HIÉRARCHIF. 135 seurs (1) se déclarèrent -ils énergiquement contre le droit d'appeler du pape au concile général.

Plus tard nous voyons les évèques de France euxmêmes reconnaitre sans aucune restriction la suprématie romaine et son infaillible autorité dans les matières doctrinales (2); mais cela n'empêche pas la tendance gallicane de se relever au point d’en venir à se constituer formellement dans les articles bien connus de 1682 ; et, malgré les déclarations en sens contraire des#souverains pontifes (3) et de plusieurs églises

temporibus inauditus tempestate nostra inolevit abusus, ut ἃ romano pontifice 1, Chr. vicario, cui dictum est in persona beati Petri : Pasce oves meas, et quodcunque ligaveris super terram erit ligatum et in cælo, nonnulli, spiritu rebellionis imbuti, non sanioris cupiditate judicii, commissi evasione peccati ad futurum concilium provocare præsumant. Quod quantum sacris canonibus adversetur, quantumque reipublicæ christianæ noxium sit, quivis non ignarus jurium intelligere potest. Namque , ut alia prætereamus, quæ huic corruptelæ manifestissime refragantur, quis non illud ridiculum Judicaverit, quod ad illud appellatur, quod nusquam est, neque scitur quando futurum sit. Pauperes ἃ potentioribus multipliciter opprimuntur, remanent impunita scelera, nutritur adversus primam sedem rebellio, libertas delinquendi FR et omnis ecclesiastica disciplina et hierarchicus ordo confunditur.

(x) Julius IL. const. Suscepti; Greg. XIII. Bull. cœn. Domini etc. Voy. aussi Bened. XIV. const. 4/tissimo t, 1. p. 324. ejus Bullar. ed. Ven. 1754.

(2) Voyez les documents réunis dans Petitdidier Diss, de infall. 5. Pontific. c. x1v. TER.

(3) Zanoc. xx. Brev. 11. April. 1682. — Innoc. xur. — Alex. VIII, 4. Aug. 1690. — Pius vi. Bull. μοῦ, fider.

particulières (1), malgré les expositions approfondies des théologiens (2), on l’a vue se maintenir, puis, après s'être ravivée par son alliance étroite avee le Jansénisme, se reproduire en Allemagne à la fin du xvine siècle, sous la forme plus grossière du Fébronianisme (3). Elle a été vivement attaquée dans les derniers temps par de Maistre, et aussi par La Mennais (4), que l’on a vu depuis devenir bien infidèle à ses principes.

9. Il faut encore mentionner ici une question singulière sur laquelle il s’est engagé une très-vive con-

(1) Les évèques de Hongrie, 24 octobre 1682 ; les évêques d'Espagne, 10 juillet 1683.

(2) Emman. Schelstraten, Aguirre, Jo. Thom. de Roccaberti, Cœlest. Sfrondati, Henr. Noris, Fénélon de summi pontific. auctoritate, Fleury Opuscules.

(3) «Justinus Febronius (Jean Nicolas de Hontheim, évêque «coadjuteur de Trèves) publia, en 1763, un ouvrage (de «statu Ecel. et legitima potestate rom. pont. liber singularis) « dans lequel il cherchait à justifier, par des recherches histo- «riques, le système des libertés gallicanes, et méconnaissait «complétement les droits essentiels du saint-siége. Selon cet «auteur, le ‘pape n’est, par rapport aux évêques, que le « président d’un parlement; la vraie constitution de l'Église «n’est pas monarchique; ce n’est pas le Christ, c’est l'É- « glise qui ἃ transféré à l'évêque de Rome la primauté dont « il jouit. Le pape, il est vrai, a de l'autorité sur toutes les «églises, mais il n’a aucune juridiction... Clément XIII con- « damna le livre de Febronius en 1764.» — Cfr. Al:og. Hist. univ. de l’Église. $ 369.

(4) De Maistre Réflexions sur l'Église gallicane. Du Pape. — La Mennais de la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre politique et civil. c. ναι. Tradition de l’Église sur l’institution des évêques. T. τ. introduction.

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échos

troverse : la suprématie a-t-elle sa source dans saint Pierre seulement, ou bien dans saint Pierre et dans saint Paul tout à la fois? Arnaud, dans son livre de la Fréquente communion, a soutenu ce second sentiment, et, cette opinion ayant fait quelque bruit, il ἃ cherché à la défendre dans un traité spécial (1645), contre lequel Habert et d’autres théologiens ont maintenu la doctrine qui attribue la suprématie à saint Pierre exclusivement (De singulari primatu

Petri) (1).

(1) Cfr. Zæig. Diss. de orig. controvers. circa æqualem Petri et Pauli primatum, dans l’appendice à sa Diss. de Hæresiarch. sæc, Apostol.

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