‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 28 sur 55 · L'ÉCRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

L'ÉCRITURE SAINTE

tante (1) aussi bien que la restauration des livres saints par Esdras (>) n’ont été accomplies, que par voie d'inspiration divine.

On donne comme preuve de l’inspiration de l'Écriture, tantôt la sublime élévation des choses qu’elle renferme (3), tantôt l’accomplissement des prophéties qui y sont contenues (4), tantôt la vertu qu’elle à pour sanctifier les âmes, pour les convertir (5), et pour y exciter des sentiments de piété (6); mais on s'appuie plus particulièrement sur le témoignage et sur la tradition de l'Église. Aussi a-t-on droit de s’étonner que Junilius (7), dans son Exposition des preuves

(1) Justin. Coh. ad Græc. χαιι. — Zren. 111, 21. ἢ. 2.3. — Clem. Strom. 1, 22. — Tert. Apol. xvirr. — Eus. Hist. Eccl. v, 8. var, 31. Præp. Evang. v, 1. ΧΠΙ, 7. — Cyr. Cat. 1v. n, 34. — Aug. Civ. Dei τι, 15. Doct. Christ. 11, 15. n. 22.

(2) Zren. un, 21. — Clem. Strom. 1, 22. — Orig. Select. in Jes, Naye vi, 20. — Tert. Cult. fœm. 111. — Optat. Schism,

Donat. vu. — Aug. Mirabb. sacr. Script. 1. 11. — CArys, in Heb. Hom. vu.

(3) (Pseudo-) Justin, Coh. xxx. — Tert, Anim. XX VI,

(4) Lert. Apol. xx. adv. Jud. c. x.

(5) Clem. Coh. vi. — Orig. Prince. 1v, 7.

(6) Orig. Princ. 1v, 7.

(7) D. Unde probamus libros religionis nostræ divina esse inspiratione conscriptos ? M. Ex multis : quorum primum est, ipsins scripturæ veritas; deinde,ordo rerum, consonantia præceptorum, modus locutionis sine ambitu puritasque verborum. Additur conscribentium et prædicantium qualitas : quod divina homines , excelsa viles, infacundi subtilia , nonnisi divino repleti spiritu tradidissent, Tum prædicationis virtus, quam dum prædicaretur {licet a paucis despectis).obtinuit, Accedunt his testificatio contrariorum, ut sibyllarum vel phi-

qui établissent l’inspiration de l’Écriture, ait omis de signaler cette dernière raison de l’admettre ; comme il est étonnant d’autre part que, chez les protestants, qui n’ont d’abord appuyé leur foi à cette inspiration que sur la forme ou sur le contenu de l'Éecriture, ou bien encore sur la vertu qu’elle a d’exciter la piété et de faire naître des sentiments religieux dans l'âme de ceux qui la lisent, on en soit venu plus tard à reconnaitre la haute importance de la preuve historique (1).

Les deux Testaments sont l’œuvre du même esprit (2); on en trouve la preuve dans l'accord de l’un et de l’autre, et dans l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament rapporté dans le Nouveau (3). On signale, d’ailleurs, comme ayant rejeté l’Ancien Testament, les Valentiniens (4), les Marcionites (5),

losophorum; expulsio adversariorum, utilitas consequentium, exitus eorum,quæ per acceptationes et figuras et prædictiones prædicta sunt, ad postremum miracula jugiter facta, donec scriptura ipsa susciperetur a gentibus : de qua hoc nunc ad proximum miraculum sufficit, quod ab omnibus suscepta cognoscitur. De partibus div. lêgis 1. 11. 6. xx1x.

(1) Cfr. Augusti Essai d’une Introduction à lhist. du dogme, ch. 111. 25. p. τότ.

(2) Zren. ἀν, ἃ. n. 3. 9. n. 1 sq. 10.n. 1. 2.— Theoph. Autol.

1, 12. — (ἴδηι. Pæd. 111, 12. — Orig. Princ. ‘proœm. ἵν, 6.

, — Tert, Marc. 1, 19 sq. — MNovat. Trin. xx1IX. — Aug. Civ. Dei x1, 3. — Sever. (Gabal.) Hom. 1v. ed. Auch.

(3) Zren. 111, 10. 1v, 9. 10 sq.

(4) Iren. 111, 2.

(5) Zren. 1,27. ἢ. 1 sq. — Tert. Marc. 1, 10. — Theod.

Hæret. Fab. v. 16. — Epiph. Hæres. xLu1.

Ἰ Η ns

L'ÉCRITURE SAINTE. 141 Apelles (1) les Manichéens (2) et, plus tard, les Albigeois (3) et les Cathares (4), leurs représentants au moyen àge. Quant au caractère propre de l’état d'inspiration, il est envisagé d’une manière fort différente, les uns le considérant comme un état purement passif (5), dont ils n’excluent cependant ni l’activité propre ni la conscience de soi-même (les Montanistes seuls (6) sont tombés dans cet excès); les autres, laissant au sujet qui reçoit l'inspiration une large part d’action personnelle (7), sans aller pourtant aussi loin que Théodore

(1) Tert. Præscr. zr. — Orig. Cels. v, 54. — Eus. Hist. Eccl. v, 13.

(2) Aug. Faust. xx11, 2. XXVI, 2. — Archel. Act. x. χι. x. — Cyr. Cat. vi, 27. — Tit. Bost. adv. Man. 11, 1 sq.

(3). Conc. Lumb. (1165).

(4) Bonacurs. Vit. Hæret. prolog.

(8) Justin. Coh. ν ται, — Theoph. Autol, 11, 9. — Athenag. leg. vrr.— Hippolyt. Christ. et Antichr. ἢ. 2.cont. Noet. c. xt. — Eus. In Ps. Lx1v, 3. — Chrys. in Gen. Hom. 111. n. 2.

(6) Tert. In spiritu constitutus homo necesse est, ut excidat sensu… de quo inter nos et psychicos quæstio est. Marc. 1V, 22. Prophetes, id est, non de suis sensibus. Marc. 1, 21.— Miltiad. "Anodexyvor περὶ τοῦ μὴ δεῖν προφήτην ἐν ἐχστάσει λαλεῖν. (ap. Eus. Hist. Eccl. v, 17.) Un anonyme. Ἀλλ᾽ ὅγε ψευδοπροφήτης ἐν παρεχστάσει' ᾧ ἕπεται ἄδεια καὶ ἀφοδία. cont. Cataphryg. 1. ur. frag. (ap. Ἐπ. ibid.) — Cfr. ce qui est rapporté des oracles du paganisme; voy. surtout ce que ärgile dit de la sibylle , et Platon de l'inspiration, dans Ion.

(7) Orig. Cels. νι, ἡ. — Chrys. est du même avis. — Hier. Nec mirum si apostolus , ut homo et adhuc vasculo clausus caruis, semel hoc fuerit locutus. In Gal. v, 12. — Aug. Audeo dicere, forsitan neque Joannes dixit, ut est, sed ut potuit, quia de Deo homo dixit, et quidem inspiratus a Deo, sed tamen ut homo. In Joan. Tract. 1, n. 1.

de Mopsueste, qui abaisse l’Écriture sainte au niveau d’une œuvre purement humaine (1).

Si dans l'antiquité quelques Pères semblent étendre l'inspiration jusqu'aux mots (2), d’autres sont d’un sentiment contraire (3), et c’est cette dernière opinion qui paraît prévaloir au moyen âge. L'Église catholique laisse généralement la plus grande liberté sur ce point, comme on en trouve plus tard une preuve frappante dans les thèses des théologiens de Louvain de 1586 (d’Arcentré T. πὶ. P. ur. p. 125)et dans la Reoula fidei de Holden; au contraire, les Luthériens (4) et les Calvinistes (5), ceux de la Suisse particulièrement, considèrent l'inspiration verbale comme une question vitale ; et ils ont raison à leur poiat de vue: puisque autrement il leur faudrait saerifier cette théorie de la perfection absolue et exclusive de l'Écriture, laquelle est le seul moyen d'échapper à la nécessité de la tradition et de l’enseignement oral.

2. Dès l’origine du christianisme, l’Écriture, et en particulier les Évangiles (6), sont. considérés comme la source principale de la foi et comme le

(1) 6. CP. 553. sess. 1v. Cosm. Indicopl. suit à peu près le sentiment de Theod. de Mopsueste.—Cfr. Semler. Sel. capit. 1, 425. |

(2) ren. 111, 16. — Clem. Coh. 1x. — Eus. In Ps. ΧΧΧΙΙ͂Σ, 1. —Chrys. in Gen. Hom. ur. n. 1. 2. Εν

(3) Hier. in Gal. v, 12. — Aug. in Joan. Tract. τ. ἢ. 1.

(4) Voy. Gerhard, Calov, Hollaz, Quenstedt, Buddeus.

(5) La dispute sur les points-voyelles se rattache à cette question.

(6) Zren. Στῦλος δὲ καὶ στήριγμα ᾿Εχχλησίας τὸ Εὐαγγέλιον, καὶ πνεῦμα ζωῆς. III, 11. n. 8.

L'ÉCRITURE SAINTE. 143 criterium de Ja vérité (1); e’*est pour cela que dans les conciles on place sur un trône le livre des Évangiles, comme pour l’établir président de lassemblée (2); mais l'antiquité ne désigne nulle part l'Écriture comme étant l’unique fondement de la foi (3), et personne, dans ces premiers Lemps, ne songe à lui attribuer une autorité exclusive.

On convient généralement qu’elle n’est pas suffisamment claire par elle-même (4) ; cet aveu, les Juifs

(x) Zren. a, Ὁ. n. 1.21. ἢ, 3. — Justin. Tryph. rxxxv. — Tert. Jejun. x. Prax. v. — Clem. Strom. γι) 11. vir, 16. —Orig. Lev. Hom. vus. ἢ. 6.— Hippolyrt. ce. Noet. n.1x. Christ. et Antichr. c. 1. — Cyr. Cat. αν, 12. — 711. Bost. cont. Manich. 1, 2. — Bas. Epl. cezxu. n, 4. — Hill. Syn, n. 19. — Chrys. in τι Cor. vi. Hom. x10. How. in illud hoc scitot. n. 3. — Aug. Doct. chr. 1, 38. ἢ. 41. Civ. Dei 1, 37. ΧΙ, 3.

(>) €. Eph. Act. 1.—C. Chalc. Act. 1v.—C. CP. Act. vir. — Cfr. Martene Ant. Eccl. Rit. 111, 1. On le fait aussi dans les discussions particulières. — Aug. Epl. xziv.

(3) Zren. Quid autem, si neque Apostoli quidem Scripturas reliquissent nobis, nonne oportebat ordinem sequi Traditionis, quam tradiderunt iis, quibus committebant ecclesias? au, 4. n. 1. Cui ordinationi assentiunt multæ gentes barbarorum eorum, qui in Christum credunt, sine charta et atramento scriptam habentes per Spiritum in cordibus suis salutem, et veterem traditionem diligenter custodientes. ἢ. 2. Hanc fidem qui sine literis crediderunt, quantum ad sermonem nostrum barbari sunt , quantum autem ad sententiam et consuetudinem et conversationem, propter fidem sapientissimi sunt. Ibid.

n. 3. — Clem. Sirom. vi, 15. — Orig. Princ. 1v. n. 10. in Exod. Hom. xu, 4. in Num. Hom. xxvi1, 1. in Ps.1,1.n. 1, ἡ. Epl. ad Greg. n. 3. Strom. x (ap. Hier. ad Gal. ται, 5). — Hü. In Ps. n. 5. 6. ; ῖ

l'avaient fait avant les Chrétiens (1). On admet également que l'Écriture doit être interprétée, non point d’après le sens privé, mais d’après la règle de la foi, c’est-à-dire d’après la Tradition (2). Lors donc que les Pères excitent les fidèles à lire lÉcriture , ils ne manquent pas de faire observer que cette lecture doit être faite sous la direction de lautorité ecclésiastique (3), à cause du danger qu’elle présenterait sans cela à ceux qui ont peu d'instruction (4); c’est en effet la fausse interprétation de l’Écriture qu’ils considèrent comme la source principale des hérésies (5).

Les Réformateurs sont les premiers qui aient prétendu que l'Écriture suffit pour la connaissance de la doctrine (6), qu’elle est claire par elle-même (7), et qu'elle est la seule règle de la foi (8). Schwenkfeld, en opposition avec les autres , qui la considèrent comme

(1) Orirur Ps. Ἐπ Be

(2) Clem. Strom. vi, 1.

(3) Zren. Omnis sermo ei constabit , si et Scripturas diligenter legerit apud eos, qui in Ecclesia sunt presbyteri, apud quos est apostolica doctrina, quemadmodum demonstravimus. adv. Hær. 1v, 32. n. 1. Cf 1v, 26. n. 2. 5.

(4) Orig. adv. Cels. 1, 48. Strom. x. cit, (ap. Hier. in Gal. 111, 5). :

(5) /ren. v, 13. n. 2. 21. ἢ, 2. — Aug. Fid, et opp. c. 1v. D,

(6). Conf. Helo. ae mer rt.

(7) €. Helv. τ. c. 1. — Luther. de serv. arbitr, n. 192. — Zwingli De la clarté de la parole de Dieu,

(8) Artic. Smalcald. P. 11. Art. 11. — Form. concord, P, τ. ἢ. 1. vi. Var, — Conf. Hele. τ. c. 11. — Zwingli OEuvres allemandes. Part. 1, p. 149.

L'ÉCRITURE SAINTE. 145 étant elle-même la parole de Dieu (1), prétend que la parole de Dieu y est, il est vrai, contenue (2), mais qu'elle doit en être dégagée par l’exégèse. Quant à l'autorité qui doit interpréter l'Écriture, c’est, pour les Réformateurs, tantôt l’Écriture elle-même (3), tantôt le sentiment intérieur (4) et la foi subjective (5).

L'autorité de l'Écriture a été niée par les Anabaptistes, qui mettaient au-dessus d’elle leurs propres inspirations (6), et par les Zibertins, ou libres penseurs, qui en vinrent jusqu'à n'y voir qu'un tissu de fables et de chimères (7). On doit encore signaler comme ayant nié l'autorité de l’Écriture Spinoza, qui rejette inspiration (8), Thomas Hobbes, qui fait dépendre l'interprétation et la détermination de l'Écriture (9) de la volonté du prince; enfin Socin (10), qui n’accorde d’autorité qu’à la substance seule de l'Écriture:

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