CHAPITRE VI
SOMMAIRE
1. Autorité de la tradition. — 2, Sources de la tradition. — 3. Adversaires de la tradition. — 4. Autorité des conciles.
1. A côté de l'autorité de l'Écriture, se trouve établie dès l’origine dans l'Église l'autorité de la tradition (1). Tous les Pères s'accordent à en reconnaitre le principe. Saint Irénée fait, contre les Gnostiques, celte remarque pleine de justesse : « Eh quoi! « si les apôtres ne nous eussent rien laissé par écrit, «ne faudrait-il pas suivre la tradition telle qu'ils « l'ont communiquée à ceux à qui ils ont confié les « églises ? C’est la voie que suivent beaucoup de « peuples barbares qui croient en Jésus-Christ sans le «secours de l'Écriture, parce que les préceptes du sa- « lut ont été écrits dans leur cœur par l'Esprit Saint,
(1) Polyc. πίστις δοθεῖσα ad Phil. n. 111. 1V. — λόγος παραδοθεὶς ibid. vrr. — Traditio Apostolorum. Zren. 111, 3. n. 1.— Vetus traditio 1v, 1. 1.--παράδοσις τοῦ Κυρίου Clem. Strom. vrr, 17.— ἁγίαι παραδόσεις ibid. 18. — Christianæ traditiones Zert. Pudic. 1. — Divina traditio Ζαρέ. Div. Inst. viz, 8. — Ecclesiastica traditio, prædicatio Orig. Princ. præf., — Traditiones christianæ Tert. Præscr, x1x. La tradition embrasse l’histoire, le dogme, la liturgie et la discipline. Les traditions perverses (perversæ traditiones) sont opposées à la tradition chrétienne par Zert. Pœn. vir. — Catholica disciplina Mar. Pict. in Phil. τε, 8.
«et qu'ils conservent soigneusement l’ancienne tradi- «tion. Ces peuples qui ont ainsi reçu la foi sans « l'Écriture sont appelés barbares, il est vrai, si nous «comparons leur langue à la nôtre; mais ils sont par « la foi pleins de sagesse en tout ce qui touche aux sen- «timents, aux pensées et à la conduite. » (Adv. Hær. I. 4. p.11. 2.) On pourrait ajouter à ce passage une foule d’autres témoignages du même Père, si cela était nécessaire, et que la pensée du saint docteur sur l’autorité de la tradition ne fût pas assez connue. Saint Irénée, du reste, est bien loin d’être le seul Père qui professe en faveur de la tradition cette haute et sainte estime. Sa croyance à cet égard est celle de tous les plus anciens docteurs, quelles que soient leur tendance et l’école à laquelle ils se rattachent. Africains, Égyptiens, Asiatiques, tous professent les mêmes principes (1). La tradition appartient comme l'Écriture à l’ensemble de la vérité chrétienne (2); elle est la voie royale (βασιλικὴ ὁδὸς) (Greg. Naz. or. xiu), la clef du royaume céleste (Clem. Sir. vit. 16). C'est elle qui conserve le canon des Écritures (3) et qui en fixe l'interprétation (4); c'est par elle que doivent être décidées les questions
(1) Clem. Strom. vir, 17. 18. — Orig. Princ. præf. n. Γ ὦ Tert. Cor. mil. 111. — (Pseudo-) Clem. Recogn. vur, 37. — Bas. Sp. S. xx1x. n. 1.
(2) 7 γέ. Veritas Scripturarum et expositionum et omnium traditionum christianarum. Præser. x1x.
(3) Orig. ap. Eus. vi, 25. — Tert. Præscr. xxxv1. Marc, 1v, 15. — Pudic. x. — Aug. Civ. Dei xv, 23. n. 4.
(4) Orig. Prince. 1v, 9. in Ps. xxxvr. Hom, 1v, 1, — (Pseudo) Clem. Recogr. x, 42.
LA TRADITION. 153 qui s'élèvent sur le dogme (1), sur la liturgie, et sur la discipline (2); c’est elle qui confond les hérétiques (3), et qui établit solidement la foi en un seul Dieu (4) en trois personnes (5), et en Jésus-Christ fils unique de Dieu (6). S'attacher à la tradition, c'est le caractère du chrétien (7). Saint Ignace exhorte les chrétiens d'Asie à garder la tradition (8); Hégésippe entreprend des voyages pour s’en enquérir (9); Papias (10), Pantène (11), Clément d'Alexandrie (Str. 1. 1), travaillent à la déterminer exactement et à la fixer par écrit. C’est par la tradition que saint Polycarpe convertit à Rome, sous le pontificat d’Anicet, un grand nom-
(1) Zren. ant, 4. n. 1. 2. — Bas. Sp.S. c. xxvui. n. 66.
(2) Tert. Cor. mil. sr. — Cyp. Epl. rxur. — Bas, 50. 5. c. xxVI1. — Polyer. (Eph.) Οὗτοι πάντες ἐτήρησαν τὴν ἡμέραν τῆς τεσσαρεςχαιδεχάτης τοῦ Πάσχα χατὰ τὸ εὐαγγέλιον" μηδὲν παρεχδαίνοντες, ἀλλὰ χατὰ τὸν χανόνα τῆς πίστεως ἀκολουθοῦντες. Epl. ad Victor. (ap. £us. v, 24.)
(3) Tert. Præscr. c. xxxvuI.
(4) Bas. Spir.S. c. x. n. 26.
(5) Bas. Sp. S. c. xxvir. n. 67. — Mar. Vict. in Phil. 11, 8.
(6) Bas. adv. Eun. 1. 1. n. 4. 5.
(7) Tert. Si apostolicus, cum Apostolis senti; si tantum christianus es, crede quod traditum est. Si nihil istorum es, merito dixerim, morere, Carn, Christi €. 11.
(8) Eus. Hist. Eccl. 111, 30.
(9) δι. Hist. Eccl. 1v, 22.
(10) Eus. Hist. Eccl. 111, 39. Papias dit de lui-même : Οὐδὲ τοῖς τὰς ἀλλοτρίας ἐντολὰς μνημονεύουσιν (ἔχαιρον), ἀλλὰ τοῖς τὰς παρὰ τοῦ Κυρίου τῇ πίστει δεδομένας, χαὶ ἀπ᾽ αὐτῆς παραγινομένας τῆς ἀληθείας. Orat, dominic. expos. proœm. (ap. Εἰ. Hist, Eccl. 111, 39.),
(11) Eus, Hist. Eccl. v, 11.
bre de Valentiniens, de Marcionites et d’autres hérétiques (ren. 111. 3. ἢ. 4). Cest par elle que saint Irénée et Tertullien combattent les Gnostiques. C’est à elle que Tertullien en appelle pour démontrer la nature vraiment divine du Créateur du monde (τὰ saint Cyprien, pour établir l’unité et la catholicité de l'Église (2); le pape saint Étienne, pour prouver la validité du baptême conféré par les hérétiques (3). C'est par elle que, dans son livre du Zabyrinthe , Caïus établit la divinité de Jésus-Christ contre les Théodotiens (4). C’est elle qui fournit à saint Athanase des armes’ victorieuses contre les Ariens (5). Dans les temps qui suivent, le principe de la tradition continue sans interruption d’être reconnu et appliqué, et même il l’est dans une plus large mesure. La distinction entre les traditions vraiment apostoliques et celles qui ne viennent pas des apôtres, entre les traditions purement locales et celles de l'Église universelle, apparaît rigoureusement définie dans les controverses relatives à la célébration de la Pâque et à la réitération du baptême; de même que la distinction entre les traditions purement humaines et fausses et la tradition divine et vraie, avait été déjà établie dans la polémique contre les païens, auxquels les Apologistes reprochaient (6) comme une
) ) 3) Crp. Epl. xxiv. — Cfr. Eus. Hist. Eccl, vir,, 3, 4) Æus, Hist, Eccl. V, 28. (cfr. PAct. cod. XLVIII.) (5) Adv. Ar. or. τι. n. 4o. ad. Serap. Epl. τν. c. xxxvrrr. (6) Tert. Apol. vr. xrx. — Arnob, 11, 66. — Lact. Div. Inst, 11, 7. V, 19. — Eus. Præp, Evang. 1, τ.