‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 41 sur 55 · PES SU SE · texte numérisé non relu

PES SU SE

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tième général selon les Grecs, se déclara solennellement contre cette doctrine (art. vr).

Lors du rapprochement qui eut lieu au concile de Lyon, en 1274, les Grecs se reconcilièrent avec les Latins sur ce point comme sur tous les autres, et ils chantèrent deux fois le symbole avec la formule « qui procède du Père et du Fils.» Néanmoins, il s’éleva de nouveau de vives discussions à cet égard au concile de Florence, quand eut lieu la seconde tentative de rapprochement entre les deux églises; mais les théologiens latins pouvaient alléguer un trop grand nombre de passages des Pères, pour que les Grecs ne fussent pas forcés de se soumettre, surtout lorsque après avoir prétendu que les exemplaires des écrits qu’on leur opposait avaient été falsifiés, ils virent leurs allégations confondues par la confrontation des éditions occidentales avec celles que l’empereur lui-même avait eu la précaution de faire apporter de Constantinople. L’obstiné Marc d'Éphèse déclara enfin qu’il acceptait la doctrine, mais qu'il ne voulait pas qu’on l’ajoutât au symbole; à quoi les Latins répondirent qu'ils étaient prêts, si on pouvait démontrer que l’addition Ær/ioque fût une impiété, à la retrancher nonseulement du symbole, mais encore de tous les écrits des Pères (Ducas. Hist. Byz. c. xxx1).

On sait assez comment, à leur retour du concile, les Grecs, à l'exception d’un petit nombre, cédèrent aux clameurs fanatiques des moines et du peuple, et rompirent l’union qu'ils venaient de jurer; dès lors, non-seulement usage du pain azyme, mais aussi la doctrine de la procession du Saint-Esprit redevint l’objet et l’occasion de leurs amères invectives contre les

308 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE Ii.

Latins, qui, de leur côté, continuèrent avec les Grecs restés fidèles à l’union, comme Bessarion et quelques autres , de soutenir que le Saint-Esprit « procède du Père et du Fils.» Dans un livre dédié à Léon X, Jérôme Donati (de process. Sp. 8. 1. 111, c. 9) démontre que la particule διά que les Grecs voulaient bien accepter, n’a de signification raisonnable que dans le sens de ἐχ. 22. Le Saint-Esprit est, d’après la doctrine des Pères, le principe vivifiant (1), et le créateur du monde (2). C’est lui qui a formé (3), sanctifié (4), divinisé (5), l’homme; c’est lui qui a sanctifié les an-

(1) Ζωοποιὸς Symb. CP. — Chrys. in Princ. Act. Hom. 1v. n. 9. Serm. post red. ab exil. n. 5. — Πνεῦμα ζωοποιὸν Chrys. in Act. Hom. xxx111.

(2) Zacchæus. Nec creatus aliquando, sed creans semper. Consult, 11, 9. — Greg. ας. ‘To Πνεῦμα συνδημιουργεῖ μὲν Yo, καὶ τὴν χτίσιν, χαὶ τὴν ἀνάστασιν. Καὶ πειθέτω σὲ τό" τῷ λόγῳ Κυρίου οἵ οὐρανοὶ ἐστερεώθησαν, χαὶ τῷ Πνεύματι τοῦ στόμᾶτος αὐτοῦ πᾶσα ἣ δύναμις αὐτῶν. Πνεῦμά τε θεῖον τὸ ποιῆσαν

LEA LA € € / 2 \ ! 5 με: πνοὴ δὲ παντοχράτορος À διδάσχουτά με. Καὶ πάλιν, ἐξαποστελεῖς τὸ Πνεῦμά σου, χαὶ χτισθήσονται, χαὶ ἀναχαινιεῖς τὸ πρόςωπον τῆς γῆς. Or. χει, 14. T. τ. p. 741. - Bas. adv. Eun. ]. ν. In Ps. xxxu1, 6. — Joan. Dam. Orth. fid: x, το,

(3) Sever. Gab. Οὐκ ἂν ἐχτίσθημεν, εἰ μὴ ὑπὸ τοῦ Ἁγίου Πνεύματος ἐμορφώθημεν. Mundi creat. Or. v. n. 2. (apud Ckrysost. T. vi. p. 482.)

as. Sp. S. 1 ἢ . VIII, D. 2. CV. — Cyr. . Jul.

4) Bas. Sp. δι 1x, 23. Epl. vuir. n. 2. cv Cyr. adv. Jul Ἰ. 1. — Aug. Mor. Eccl. cath. 1, 23. — Sever. Gabal. Hom. III. P. 39 sq.

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(5) Bas. Τὸ τῆς χτίσεως αἴτιον, τὸ τῆς χτίσεως ἁγιαστιχὸν χαὶ θεοποιὸν, τὸ Κυρίου χαὶ Θεοῦ δοξαζόμενον ὀνόματι, τὸ τῶν θείων ἐνεργειῶν πληρωτιχόν. Adv. Eun. |. v. T. 1. p. 305. Sp. S. 1x. n. 23. — Greg. Naz. Or. xxx1.

LA ΤΕΙΝΙΤΙΣ, — LE SAINT-ESPRIT. 309 ges (1), et les a faits enfants de Dieu (2); c'était lui qui conduisait les enfants d'Israël (3); c’est lui qui réunit les hommes dans le sein de l'Église (4), et qui est en eux le principe de lunité (5); c’est lui qui vit et agit dans les fidèles, dans lesquels il est le principe de la foi (6). Les Pères, à l'exemple de l'Écriture, regardent unanimement le rapport du Saint- Esprit avec l’humanité de Jésus-Christ comme un rapport d’intime communication avec elle, et de continuelle action en elle et par elle. Mais Nestorius attribuait les miracles de Jésus-Christ à l'Esprit Saint, en un tel sens, qu'il refusait à Jésus-Christ, même la puissance de faire des miracles. Saint Cyrille soutint contre lui qu'il y a en Jésus-Christ le pouvoir absolu de faire des miracles ; et 1l fit observer que le Saint-Esprit n’est pas seulement l'esprit du Père, mais aussi l'esprit de Jésus-Christ lui-même.

On trouve cà et là, du reste, des idées fort singu-

(1) Bas. Sp. 5. c. xvi. n. 38. Hom. xv. de fid. n. 3. Epl.

euix. n. 2. — Greg. Naz. Or. xuiv. — Cyr. de ador. in Sp.S. et verit. |. 1x. — 4mb. Sp. S. 1, 7. n. 83. — Aug. Civ. Dei xur, ὃν n. 2.

(2) Athan. c. Ari. Or. 1. ἢ. 56.

(3) Ath. ad Serap. Epl. 1. n. 12.— (Cfr. in Zs. zxnr, 11. 14.)

(4) Zren. adv. Hær. 111, 17. n. 2.

(5) Bas. Sp. S. c. xxv1. n. 61. 62.

(6) Orig. Prince. 1, 3. ἢ. 5. — (Cfr. 444. ad Serap. 1v. n. 10.) — Theognost. (ap. Ath. ad Serap. αν. ἢ. 11). — Hier. in Gal. ui, 2. Cfr. in Eph. 1v, 6. Super omnes est enim Deus Pater, qui auctor est omoium. Per omnes Filius, quia cuncta transcurrit, vaditque per omuia. In omnibus Spiritus Sanctus, quia nihil absque eo est.

lières sur le Saint-Esprit considéré dans ses rapports avec les créatures et avec l’histoire de l’homme. Ainsi le fanatique Hiéraf s'imaginait que le Saint-Esprit s'était révélé, autrefois, dans la personne de Melchisédech (Epiph. Hær. rxvn). Montan et les prophétesses Maximilla et Priscille (x) se regardaient comme les organes particuliers du Saint-Esprit, qui, ne s'étant point encore révélé, se manifestait en eux pour la première fois. Manès (2) se disait aussi l’organe du Paraclet, et même le Paraclet incarné; c’est pour cela que ses adhérents attachaiïent tant de prix à ses écrits (3). Les Æuchètes, aussi, se vantaient d’être favorisés d’une facon toute spéciale de la présence et des révélations de l'Esprit Saint (4); les illuminés du moyen âge et des temps plus récents ont élevé les mêmes prétentions.

Les Montanistes considéraient le temps depuis lequel ils avaient commencé d’enseigner leur doctrine, comme une période distincte dans l’histoire de l’humanité; c'était la période de l'âge mür, par opposition aux temps de l'Ancien Testament, qu'ils regar-

(1) L'esprit dont Maximilla se disait inspirée se nommait δῆμνα χαὶ πνεῦμα χαὶ δύναμις. Anonym. 1. adv. Montan. 1. τι. (ap. Eus. v, 16).

(2) Aug. c. Epl. Man. c. var. vu. De fid. c. χχιν. — Tit. Bostr. Præf. in lib. 111. adv. Manich. — Archel. Act. e. τὺ. — Rufin. Expos. Symb. — ÆEusébe (wir, 31), Théodoret (Hist. Eccl. τ, 26), δι Epiphane (Hær. 1xvr), disent, au contraire, qu'il ne se donnait point pour le Paraclet.

(3) Aug. adv. Faust, x1x, 5. xx, 3, χατι 6.

(4) Theod. Hist. Eccl. ἀν, 11. — Cfr. Timoth. de recept. Hæretic, e. 11.

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daient comme la période de l'enfance, et à ceux qui s'étaient écoulés depuis l’origine du christianisme, lesquels étaient pour eux la période de la jeunesse. Parvenue à ce dernier degré de son développement, sous le règne du Paraclet, l'humanité devait réaliser pleinement l’idée de la justice et de la vertu; dès lors, toute l’indulgence pour la faiblesse de l'homme, à laquelle Jésus-Christ avait encore fait tant de concessions, devait entièrement cesser (1).

Cette. idée d'une période nouvelle et d’un règne du Saint-Esprit , qui devait élever l'humanité à une perfection bien plus grande que le christianisme, se retrouve au moyen âge, plus développée et poussée à de plus fâcheuses conséquences, dans Dulcin (2), par exemple, et chez les sectaires connus sous le nom d’Aomines intellisentiæ (3).

23. Les Cathares, au moyen âge, firent revivre les anciennes objections (4) qu’on avait opposées avant eux à la divinité du Saint-Esprit; les Bogomiles, plus hardis, en vinrent jusqu’à nier la réalité substantielle du Saint-Esprit, aussi bien que celle du Fils, et à ne voir dans tous les deux que de simples attributs du Père, et encore des attributs qui ne s'étaient manifestés que dans le temps (5).

Les Sociniens aussi ont nié la personnalité du Saint-Esprit, et n’ont vu en lui que la grâce divine

(1) Tert. vel. virg. 6. 1. Monog. 6. 1. 11. 111.

(2) Guilhelm. Nang. Chron. ann. 1306.

(3) Error. hom. intellig. ἢ. 18. — In Baluz. Misc. T. x. p. 283.

(4) Moneta adv. Cathar. et Wald. 117, 6. $ 1 sq.

(5) Euthym. Panopl. Tit. xxx. 8. 4. 5.

et l'espérance en Dieu, agissant dans les fidèles (1). Beaucoup de théologiens protestants ne voient, à leur exemple, dans le Saint-Esprit, que l'esprit d’union entre les membres de l'Eglise; idée dont on ne trouve aucune indication dans les symboles, et avec laquelle, d’ailleurs, la forme du baptême ne saurait s'accorder.

D’après la philosophie des derniers temps, le Saint- Esprit n’est autre chose que la conscience de notre identité essentielle avec Dieu, et le dernier développement de la philosophie elle-même, telle qu’elle s'est spécialement manifestée dans tel ou tel chef d'école. |

(1) Catechisrm. Racov. qu. 367.

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