CHAPITRE III
ΓΒ 1°, — La Création en général.
SOMMAIRE
1. Notion de la création. — 2. Doctrine de la création. — 3. Adversaires du dogme de la création; opinion d’une création éternelle. — 4. La création attribuée à Dieu et à son Verbe. — 5. But de la création.
— 6. Liberté de Dieu dans l’œuvre de la création. — 7. Bonté du : monde créé. —- 8. Toutes les créatures produites au même moment. — 9. Principe de vie propre et liberté dans la créature. — 10. Le mal dans
la création.
1. On a toujours entendu par création (1) l’action de tirer l’être du néant. Quant à la distinction entre la creatio prima, création de la matière, ou plutot de la substance n’ayant encore aucune forme déterminée, et la creatio secunda, ou l'action de donner une forme à la substance qui n’en avait point encore, elle fut admise dès l’origine, bien que la définition rigoureuse du mot et de la chose ne se produise que plus tard. (Cfr. 4bæl. dialect. p. 111. Topic.)
9, La doctrine de la création du monde est un point capital dans la profession de foi des chrétiens. On la trouve exprimée dans les symboles les plus
(1) Abælard. Est itaque creare, substantiam ipsam facere. Dialect. P. xx. Topica.
314 SECONDE PARTIE. —— CHAPITRE Ill.
anciens, à la suite de l’unité de Dieu (1). Les Pères des premiers siècles, s’attachant strictement à l’Écriture, maintiennent avec l'éternité de Dieu (2), la nonéternité de la matière (3), et démontrent qu’on ne saurait attribuer à la matière, ni de n'avoir point commencé, n1 de n'être point contingente (4). Ils
(1) Herm. ἸΠρῶτον πάντων πίστευσον, ὅτι εἷς ἐστι 6 Θεὸς, 6 τὰ πάντα χτίσας, χαὶ καταρτίσας, χαὶ ποιήσας x τοῦ μὴ ὄντος εἷς τὸ εἶναι τὰ πάντα. Past. 1. 11. mand. 1.— 7ren. Cum teneamus autem nos regulam veritatis, id est, quia sit unus Deus omnipotens, qui omnia condidit per verbum suum, et aptavit, et fecit ex eo quod non erat, ad hoc ut sint omnia. 1, 22. n. r. — Tert. Præscr. xur. — Orig. Princ. prol. ἢ. 4. — Eus. Dem. Evang. 111, 6.
(2) Zren. ax, 8. ἢ, 3. — Tert. Marc. v, 1. Hermog. 1v. — Aug. Conf, x1, 7. n. 9. x, 8. — Epiph. Hær. LxIV. ἢ. xx.
(3) Tert. Hermog. v. — Bas. Hexaem. τι, 2. — Chrys. in Gen. Hom. τι. n. 3. |
(4) Justin. Tryph. v.— Tat. Græc. v. — ren. Fragm. p. 348. in ed. Massuet. — Athen. Leg. 1v.— Dion. (Alex.) Οὐδ᾽ ἐχεῖνοι μὲν γὰρ ὅσιοι, οἵ τὴν ὕλην ὡς ἀγέννητον ὑποχείριον εἰς διαχόσμησιν διδόντες τῷ Θεῷ. Παθητὴν γὰρ αὐτὴν χαὶ τρεπτὴν ὕπάρχουσαν, εἴχειν ταῖς θεοποιήτοις ἀλλοιώσεσι. Καὶ πόθεν γὰρ ὑπάρχει χαὶ τῷ Θεῷ καὶ τῇ ὕλη, τό τε ὅμοιον καὶ τὸ ἀνόμοιον, διασαφήτω-σαν. “Exurépou γὰρ δεῖ τινα ἐπινοῆσαι χρείττονα, 6 μηδὲ θεμιτὸν ἐννοῆσαι περὶ τοῦ Θεοῦ. To τε γὰρ ἀγέννητον ὅμοιον. ἐν ἀμφοτέροις λεγόμενον, χαὶ ἕτερον νοούμενον παρ᾽ ἕχάτερον, πόθεν ἐν αὐτοῖς ἐγένετο; εἰ μὲν γὰρ αὐτὸ ἀγέννητόν ἐστιν ὃ Θεὸς, καὶ οὐσία ἐστιν αὐτοῦ, ὡς ἂν εἴποι τις, À ἀγεννησία, οὐχ ἂν ἀγέννητον εἴη ἢ ὕλη" où γὰρ ταῦτόν ἐστιν ἣ ὕλη καὶ 6 Θεός. Εἰ δὲ ἑκάτερον μέν ἐστιν, ὅπερ ἐστιν ἣ ὕλη χαὶ ὃ Θεὸς, πρόςεστι δὲ ἀμφοτέροις τὸ ἀγέννητον, δῆλον ὡς ἕτερίν ἐστιν ἑχατέρου χαὶ ἀμφοτέρων πρεςθύτερόν τε καὶ ἀνωτέρω. Ἀνατρεπτικὴ δὲ παντελῶς χαὶ τοῦ ταῦτα συνυπάρχειν, μᾶλλον δὲ τοῦτο ἕτερον αὐτῶν τὴν ὕλην ἐφ᾽ ἑαυτῆς ὑπάρχειν, χαὶ ἣ τῆς ἐναντίας ἕξεως διαφορά" εἰπάτωσαν γὰρ τὴν αἰτίαν, δι
font observer que si Dieu n’est pas le seul être éternel (1), en sorte que tout le reste ait été fait par lui (2), il n'est plus Dieu (3); et que si la matière est éternelle, et par conséquent égale à Dieu en durée, elle lui est dès lors égale en tout; ce qui implique une double nature divine (4), une double existence éternelle (5); mais deux principes constitués ainsi en antagonisme (6) sont inadmissibles pour la raison. Si
ἣν ἀμφοτέρων ὄντων ἀγεννήτων, 6 μὲν Θεὸς ἀπαθὴς, ἄτρεπτος ; τος, μεταποιουμένη. Καὶ πῶς ἥρμοσαν xxl συνέδραμον ; πότερον χατὰ τὴν τῆς ὕλης φύσιν ἐξοιχειώσας ἑαυτὸν ἐτεχνίτευσεν αὐτὴν ὃ Θεός: ἀλλὰ τοῦτό γε ἄτοπον, ὁμοίως ἀνθρώποις χρυσοχοεῖν χαὶ λιθουργεῖν, χαὶ κατὰ τὰς ἄλλας τέχνας, ὅσας αἵ ὕλαι μορφοῦσθαι χαὶ τυποῦσθαι δύνανται, χειροχμητεῖν τὸν Θεόν. Εἰ δὲ οἵαν αὐτὸς ἐδούλετο χατὰ τὴν ἑαυτοῦ σοφίαν ἐποίησε τὴν ὕλην, τὸ πολυμόρ-gov χαὶ παμποίχιλον τῆς δημιουργίας ἑαυτοῦ σχῆμα χαὶ τύπον ἐνσφραγιζόμενος αὐτῇ , χαὶ εὔφημος χαὶ ἀληθὴς οὗτος ὃ λόγος, χαὶ προςέτι καὶ τὴν ὑπόστασιν τῶν ὅλων τὸν Θεὸν ἀγέννητον εἶναι χρατύνει. To γὰρ εἶναι ἀγέννητον, ἅμα καὶ τὸ πῶς εἶναι προςῆψε. Πόλυς μὲν οὖν χαὶ πρὸς τούτους ὃ λόγος, ἀλλ᾽ où νῦν ἡμῖν προχεῖ-ται" συγχρίσει δὲ τῇ πρὸς τοὺς ἀθεωτάτους πολυθέους, εὐφημότεροι οὗτοι. Ex lib. adv. Sabell. fragm. 111. (Gall, 111. p. 494. ap. Eus. Præp. Evang. vix, 19.)
(1) Tert. Herm. 1v.
(2) Zact. Inst. div. 11, 9.
(3) Tert. Hermog. 1v-vrr. Marc. 1, 15. — Bas, Hexaem. IL, 2.
(4) Tert. Hermog, 1v.
(5) Tert. Hermog. v. — Method. ap. Phot. cod. cexxxvr. — Lact. Inst. div. 11, 9. — Dionys. Alex. cit.
(6) Lact. Nam si est aliquid ante illum, et si factum est quidquam non ab ipso, jam et potestatem Dei, et nomen amittet. ΑἹ enim materia nunquam facta est, sicut Deus, qui ex materia fecit hune mundum. Duo ergo constituuntur
la matière était éternelle, par cela même elle serait τὰ immuable, et ne deviendrait jamais le monde (1): 1} . » . Ἂς . A y aurait d’ailleurs inconvenance à ce que Dieu dût façonner une matière qui serait indépendante de lui (2). C’est pour cela que les Pères admettent une création de rien, ἐχ, τοῦ ph ὄντος, ἐκ μὴ ὄντων (3), comme s'exprime l’ancienne formule solennelle, une véritable, ποίησις (4), à l'exclusion d’une simple dnμιούργησις, entendue, comme cela se rencontre le plus
æterna , et quidem inter se contraria ; quod fieri sine discordia et pernicie non potest. Inst. div. 11, 9.
(x) Tert, Hermog. c. xx. — Lact, Inst. div. 11, 9.
(2) Tert. De alieno ergo usus, aut precario usus est, qua egens ejus; aut et injuria, qua prævalens ejus. His enim tribus modis aliena sumuntur, jure, beneficio, impetu; id est dominio, precario, vi. Hermog. 1x. — Æznich. Confut. hær. 1. 1v. adv. Marcion. c. 1 sq.
(3) Ex τοῦ μὴ ὄντος. — Herm. Past. 1. 11. mand. r. (cité par Iren. 1v, 20. ἢ. 2. et Orig. Joan. T. xxxu. n. 9.) — Ἔξ οὐκ ὄντων. Theoph. Autol. 11, 10. — Orig. Joan. T. 1. n. 18. — Cyr. cont. Jul. c. x. — Chrys. in Gen. Hom. 11. ἢ. 2. ἐχ uñ ὄντων dans la préface de la messe, Const. apl. vaux, 12. — De mhilo. Tert. Præscr. x1t1. adv. Hermog. viir. — Cette formule , ἐξ ox ὄντων, est prise de 11 Macc. vir, 28. — Eus. rejette l’x μὴ ὄντων, mais en ce sens que le néant ne saurait ètre le principe de l'être. Dem. Evang. 1v, 1.
(4) Justin. ᾿Ἀναγκαῖον δὲ οἶμαι χαὶ τούτῳ προξέχειν τὸν νοῦν, ὅτι οὐδὲ ποιητὴν αὐτὸν (Θεὸν) 6 Πλάτων, ἀλλὰ δημιουργὸν ὀνομά-ζει θεῶν, χαί το! πολλῆς διαφορᾶς ἐν τούτοις οὔσης χατὰ τὴν αὐτοῦ Πλάτωνος δόξαν. Ὃ μὲν γὰρ ποιητὴς, οὐδενὸς ἑτέρου προςδεόμενος. Ex τῆς ἑαυτοῦ δυνάμεως χαὶ ἐξουσίας ποιεῖ τὸ ποιούμενον " 6 δὲ δημιουργὸς, τὴν τῆς δημιουργίας δύναμιν x τῆς ὕλης εἰληφὼς, χατασχευάζει τὸ γινόμενον. Coh. xx1r. --- Cfr. Ποιητὴς τοῦ οὐρανοῦ etc. dans le Symb. Nic. CP. — Bas. Hexaem. 1, 7.
LA CRÉATION. " 317 souvent, dans le sens de simple élaboration; et si Tatien emploie les expressions γέννησις (1) et προθολὴ; il s'éloigne en cela de la tradition; mais il ne s’en écarte que dans le langage et non dans la doctrine.
Les Pères remarquent qu'en créant le monde de rien, Dieu se manifeste dans sa puissance et dans sa liberté (2); qu'il apparaît comme infini par opposition avec l’ouvrier fini, qui donne la forme, mais ne produit pas la substance (3); ils ajoutent qu'il convient à Dieu de n'être lié à la matière par aucune nécessité (4), de ne prendre pour ses ouvrages, rien qui existe indépendamment de lui (5).
Du reste, l’Écriture exprime suffisamment que le monde a été créé de rien; car elle ne dit pas que Dieu l'ait fait de quelque chose (7ert. Herm. xxir); d’ailleurs, les paroles de la Genèse (1, 1), ne peuvent s'entendre d’un travail qui s'applique à une matière antérieure; mais elles supposent une création proprement dite, puisque aussitôt après l’auteur sacré fait observer que la terre était vide et informe (6); puis
(τ) ΓῪεννᾷν. Græc. v. προδάλλειν. Græc. x1r.
(2) Theoph. Autol. 11, τή. — Aug. Nat. Bon. 1.
(3) Justin. Coh. xxr1. — Jren. Quoniam homines quidem de nihilo non possunt aliquid facere, sed de materia subjacenti; Deus autem, quam homines hoc primo melior, eo quod materiam fabricationis suæ, cum antea non esset, ipse adinvenit. 11, 10. ἢ. 4. — Method. (ap. Phot. cod. ccxxxvi.) — Lact. Inst, div. 11, 9. — Aug. Civ. Dei x11, 25. — Chrys. in Gen. Hom. 111. ἢ. 2.
(4) Tert. Hermog. vi. — Athan. Inc, Verbi ἢ. 2. 3. — Lact. Inst. div. 11, 9.
(5) Tert. adv. Hermog. x.
(6) Tert. adv. Hermog. ΧΧΠΙ-ΧΧΥ.
le texte dit « au commencement », d’une manière absolue (1). On trouve aussi la preuve d’un commencement de toutes choses et la négation d’une matière préexistante dans l’expréssion χαταθολή (2). Saint Irénée doit être distingué pour la manière supérieure avec laquelle il a traité ce point de doctrine; il fait, entre autres, cette remarque, que Dieu, qui n'a eu besoin d'aucune matière empruntée du dehors pour faire le monde (3), n’a eu besoin non plus de chercher nulle part hors de lui le modèle d'après lequel il a formé (ἡ.
3. La création, prise dans le sens strict du mot, a rencontré de nombreux adversaires ; les paiens (5), en premier lieu, qui pensaient que Dieu ne pouvant être
(1) Chrys. in Gen. Hom. τι. n. 4. — Aug. Civ. Dei xt, 6.
(2) Hier. Volens itaque Paulus ostendere, quod Deus universa sit machinatus ex nihilo, non conditionem , non creaturam atque facturam, sed καταδολὴν, id est énitium Jundamenti ad eum retulit; ut non juxta Manichæos, et cæteras Hæreses, quæ factorem et materiam ponunt, aliquid, unde creaturæ factæ sint, antecesserit creaturas. In Epb. 1, 4.
(3) Ipse ἃ semetipso fecit libere, et ex sua potestate, et disposuit, et perfecit omnia, et est substantia omnium voluntas ejus. 11, 30. n. 9.
(4) Ipse ἃ semetipso exemplum et figurationem eorum, quæ facta sunt, accipiens, 11, 16. n. 3.
(5) Plusieurs prétendent que les païens ont admis une création de l’homme et du monde. Voy. Eus. Dem. Evang. T1, 3. — Huet. Qu. Alnet. 11, 5. 7. — Grot. verit. Rel. christ. 1,16. — Hyde. Rel. VV. Persar. c. 117. — Burnet. Arch. Philos. 11. etc. — Mais ils n'ont point accepté le dogme de la
création ex nihilo, sans matière préexistante. Voy. Mosheim. Diss. de creat., mundi ex nihilo.
LA CRÉATION. 319 conçu inactif, ne pouvait par cela même être concu sans le monde (Æug. Civ. Dei, xit, 17); puis les Carpocratiens (1), les Valentiniens (2), les Marcionites (3) et autres Gnostiques ; les Sabelliens (4), les Manichéens (5), les Audiens (6), et surtout Hermogène, qui prétendait que le monde ne vient ni de Dieu, ni du néant, mais qu'il a été fait de la matière (7.6). Herm. 11); que Dieu ἃ été de tout temps maître et souverain; qu'il a donc fallu que la matière, terme et objet de la souveraineté de Dieu, existt de tout temps (£bëd. in); à quoi Tertullien répondait : que Dieu n'est devenu souverain (dominus) que dans le temps; le mot souverain exprimant en Dieu, non pas un attribut absolu et intérieur, mais une simple relation, extérieure à sa nature ({béd. mn).
La toute-puissance et la souveraineté de Dieu semblent aussi à Origène exiger nécessairement l’existence du monde (7); saint Méthode lui répond avec
(1) Zren. τ, 25. τι. 1. — ÆEpiph. Hær. xxvix. S 2.
(2) (Pseudo-) Orig. rect. in Deum fid. sect. 1v. — Chrys. in Gen. Hom. 11. n. 3. Serm. 1. ἢ. 3.
(3) Tert. adv. Marc. Il. — CArys. in Gen. Hom. 11. ἢ. 3. Serm. 1. ἢ. 3. — Eznich. Confut. hær,. 1. 1v. adv. Marcion. ἘΣ:
(4) Dion. adv. Sabell. 1. 1. (ap. £us. Præp. Evang. vir, 19).
(5) Chrys. Gen. Hom. 11. n. 3. Serm. 1. n. 2. — Hier, in Eph:3, 1.
(6) Theod. Hist. Eccl. τν, 9.
(7) Πῶς δὲ οὐκ ἄτοπον τὸ, μὴ ἔχοντά τι τῶν πρεπόντων αὐτῷ τὸν Θεὸν, sis τὸ ἔχειν ἐληλυθέναι; ᾿Επει δὲ οὐκ ἐστιν ὅτε παντο-χράτωρ οὐχ ἦν, ἀεὶ εἶναι δεῖ ταῦτα, δι’ ἃ παντοχράτωρ ἐστι" χαϑ ἀεὶ nv ὕπ᾽ αὐτοῦ χρατούμενα, ἄρχοντι αὐτῷ χρώμενα. Princ. 1, 2. n. 10.— Il paraît aussi que Clément d'Alexandrie enseignait
raison (1), que Dieu, s’il en est ainsi, est parfait et vraiment Dieu, non pas par lui-même, mais par quelque chose qui n’est pas lui. Néanmoins saint Augustin est encore obligé de revenir sérieusement et longuement sur ces deux sophismes : « Dieu a toujours été souverain, donc le monde a toujours existé », et «il n’y ἃ pas eu de temps où le temps ne fût pas; le temps et le monde ont donc toujours été. » (Civ. Dei, xu, 15.)
A la question : « Que faisait Dieu avant la création » ? saint Irénée répond que Dieu seul le sait et peut le dire (n. 28. n. 3). Un autre Père répond à cette question : que Dieu en ce temps-là faisait l’enfer pour ceux qui s’abandonnent aux saillies d’un esprit intempérant; et saint Augustin, « qu'il n’y avait alors aucun alors », et que la question « que faisait Dieu alors » est une question absurde (Confess. xt, 13, n. 19). D’autres disent qu'avant la création du monde, il n’y avait que Dieu, lequel était à lui-même son propre monde (2). C'est dans le même sens que saint Augustin répond à la question : « Où était Dieu avant la création? » — « Il était, dit:l, en lui-même (3). »
Certains raisonneurs voulant conclure l'éternité du
dans ses Hypotyposes l’éternité du monde. — Voy. Phot. Cod.
(1) Περὶ γεννητῶν ap. Phot. Cod. cexxxv.
(2) Minuc. Felix. Qui ante mundum ipse sibi fuerat pro mundo. Octav. c. xvitr. — Cfr. Athen. ‘O δὲ χόσμος, οὖχ ὡς δεομένου τοῦ Θεοῦ γέγονεν. Πάντα γὰρ 6 Θεός ἐστιν αὐτὸς αὐτῷ, Φῶς ἀπρόσιτον, χόσμος τέλειος, etc. Leg. xvr.
(3) Aug. In se habitabat Deus, apud se habitabat. In Ps. cxxrt. ἢ. 4. Civ. Dei xx1r, ἃ.
LA CRÉATION. 921 monde, de ce que la volonté de créer et le plan de la création sont éternels en Dieu (Æug. Civ. Dei χι, 4, n. 2), saint Augustin leur fait remarquer que d’après cela notre âme aussi devrait être éternelle, ce qui est cependant inadmissible ( Civ. Dei x1, 4, n. 2). Quant à cette question : pourquoi Dieu a-t-il créé le monde précisément à tel moment? le saint docteur la regarde comme aussi peu raisonnable que celle-ci; pourquoi l’a-t-il créé précisément en tel lieu (7044. xx, 5). Il n'y a en effet de moment actuel qu’à la condition de l'existence du temps et du monde (ibid. χι, 5. 6). Aussi saint Augustin a-t-il modifié très-heureusement l'expression {2 tempore, en lui substituant la formule eur tempore, qui ne peut donner lieu à aucune subtilité sophistique (1).
Plusieurs scholastiques enseignent, à la suite de Boëce, la possibilité d’une création éternelle; Wolff pense aussi qu'elle doit être admise. Il reste toujours entre l'éternité de Dieu et celle du monde cette différence, que celle-ci n’est point nécessaire, mais purement contingente et relative. Malebranche pense que Dieu, en vertu de sa toute-puissance, pouvait créer le monde de toute éternité; mais qu'il a voulu, dans sa sagesse, le créer dans le temps seulement, afin de rendre plus sensibles par là son absolue liberté et la dépendance du monde. Saint Augustin dit aussi
(1) Procul dubio non est mundus factus in tempore , sed cum tempore. Quod enim fit in tempore, et post aliquod fit, et ante aliquod tempus; post id quod præteritum est, ante id quod futurum est : nullum autem posset esse præteritum ; quia nulla erit creatura, cujus mutabilibus motibus ageretur. .Cum tempore autem factus est mundus.. Civ. Dei xr. 6.
que les anges et le monde auraient pu être de tout temps, sans qu'on püt, ajoute-t-il, leur attribuer pour cela l'éternité, parce qu’ils restent essentiellement soumis au changement (Civ. Dei xu, 15). D'après saint Thomas, le monde peut commencer d’être, puisqu'il est l’œuvre de la volonté libre de Dieu. Mais le saint docteur soutient qu’il est impossible de démontrer qu'il ait réellement commencé, en premier lieu, parce que c’est un article de foi (1), et en second lieu, parce qu'il n’y ἃ rien ni dans l'être des choses créées, ni dans la volonté de Dieu, qui établisse nécessairement que le monde ait dû commencer; puisqu'un homme, une pierre, etc., que l’on supposerait éternels, n’en seraient pas moins ce qu'ils sont, un homme et une pierre. Il n’y ἃ dans ce raisonnement qu’un point d’oublié; c’est que la pierre est en elle-même quelque chose de fini, quelque chose par conséquent qui n'est infini à aucun égard, quelque chose par cela même qui ne saurait être éternel.
Le docteur Eckard soutenait dogmatiquement la coexistence de la créature avec Dieu (2), ce qui peut sembler fort étonnant quand on rapproche cette idée de cette autre du même auteur, que la eréature n’est absolument rien (3). Weigel et Bæhme ne reconnais-
(x) Fidei articuli demonstrative probari non possunt, quia fides est de non apparentibus , ut dicitur ad Hebr. 11. Sed Deum esse creatorem mundi, sic quod mundus inceperit esse, est articulus fidei : dicimus enim, credo in unum Deum, etc. (Part. 1, qu. χανε. act. 2.)
(2) Eckard. Art, r-117. ap. Raynald. 1321. n: 71.—D’Argentré Coll, judic. T. 1.
(9) Omnes creaturæ sunt unum purum nihil; non dico qued
LA CRÉATION. 323 sent point que le monde ait été créé de rien. On sait assez d'ailleurs que le dogme de la création est pour la philosophie moderne un scandale et une folie.
C'est aussi la doctrine de l'Église, doctrine ancienne et appuyée sur l'Écriture (Col. 1, 16. 17. Joun. 1), que le monde des substances spirituelles a été tiré du néant (1). L'opinion émise par Marius Victorinus (in Eph. 1, 3; 11, 3), que les anges et les âmes sont éternels, est une opinion singulière, contraire à la croyance commune. Admettre que les esprits sont une émanation de Dieu, c’est ôter à Dieu son immutabilité et sa nature divine; saint Augustin, entre autres, ἃ fort bien développe cette idée (Gen. lit. vn, 2, nm, 3). Saint Cyrille a de même très-bien réfuté Julien (adv. Julian. L. n), qui prétendait que Moïse, ne parlant nulle part de la création des anges, avait voulu faire voir par là qu’ils étaient meréés. Au reste, beaucoup de sectaires admirent l'opinion de la non-création des anges, et Justinien se crut obligé d’ordondonner le bannissement de tous ceux qui soutiendraient opiniâtrément cette doctrine.
4. Partout on tient pour certain que c’est Dieu (2), et plus spécialement le Verbe de Dieu (3), qui a créé
sint quid modicum vel aliquid , sed quod sint unum purum nihil, Art. xxvri.
» (x) Tat, Græc. vit. — Athen. Leg. xx1v. — Orig. Princ. 1, 3. n. 3; 7. n. 1. — Theod.in Gen.qu.u1. — Aug. Gen. lit. vx, RC Dracc.r. ©. v. — C. Τὰ av. C.1.
(2} Justin. Apol. τι, 4. — Athen. Leg. xvr. — Iren. τι, 2, Ὡς 5. — Orig. in Lev. Hom. x. n. 3. — Aug. Quod autem Deus mundum fecerit, nulli tutius credimns , quam ipsi Deo. Civ. Dei xr, 4.n t.
(3) Justin. Coh. Gr. ἢ. xv. — Tat, Græc. v. xx. — Îren.
le monde; et Tertullien présente avec raison comme un des caractères de l'Évangile, que le Verbe y est plus expressément désigné comme étant la puissance par laquelle s’est faite l’œuvre de la création (1). La formule la plus complète énonce que le Père a créé … le monde par le Fils dans le Saint-Esprit (2); mais il ne faut point entendre ces expressions, comme les Pères ont soin de le faire observer, dans le sens d’un instrument ou d’un aide employé par une puissance supérieure (3).
La raison fondamentale pour laquelle c’est surtout au Verbe que revient l’œuvre de la création du monde, c’est, selon saint Augustin, qu'il en avait en Jui le plan et l’économie tout entière (in Psal. xriv. Enarr. ἢ. 6).
La création, qui est expressément attribuée à Dieu et à son Verbe, est en même temps explicitement re-
1V, 20. ἢ. 1. — Orig. Joan. Τὶ 1. ἢ. 22. — Greg. Thaumat. Orat. paneg. in Orig. n. 4. — Eus. Hist. Eccl. τ, 12. Or. panegyr. in Hist. Eccl. x, 4. — Greg. Nyss.fadv. Eun. Or. τι. T. τι. p. 461. ed. Mor. — Chrys. Hom. in illud Filius ex se facit nihil. n. 3. — Cyr. Fest. pasch. Hoim. xvir. — Ruric. 1. τι. Epl. x. Voy. ma Dogmatique. P. 11. p. 203.
(1) Adoro Scripturæ plenitudinem, qua mihi et factorem manifestat et facta. In Evangelio vero amplius et ministrum atque arbitrum rectoris invenio sermonem. Adv. Herm. XXII,
(2) Athan. ad Serap. Epl. 1x. ἢ. 4. De comm. essent. P. F. et Sp. S. n. 48. — Greg. Nyss. Sp. 8. (Mai vus. τι. p. 15.) — ÆEphr. in Gen. 1, 1.— Cyr. ce. Jul. 1. ται. — Epiph. Kid. cath. expos. ἢ. x1v.— Aug. ver. Rel. c. για. n. 13.
(3) Zren. v,18.n. 2. — Bas. Sp. 8. var. ἢ. 19. — Cfr. Hier. in Eph. 1, 1.
fusée aux anges (1); et saint Augustin remarque que non-seulement elle peut être considérée comme un apanage de la grandeur et de la puissance de Dieu, mais encore qu'on ne saurait attribuer à aucune créature la création du moindre des êtres (2). Saint Jean Damascène pose, de même, en principe qu'un être créé ne saurait être créateur de quoi que ce soit (Orth. fid. τι, 3). Néanmoins plusieurs théologiens du moyen-âge, marchant sur les traces d’Avicenne, ont prétendu qu'une créature pouvait créer sinon par l'effet d’une puissance qui lui soit propre (auctoritative), du moins comme instrument de la puissance souveraine (#2strumentaliter ), comme 115. disent. C’est l'opinion de Pierre Lombard (Sent. 1v, dist. v), et de Durand de Saint-Pourçain (in u Sent. dist. 1, qu. 1v). Saint Thomas (3) soutient au contraire que
(1) ren. 11, 2.n. 5. — Ambr. Hexaem. 1, 7.— Aug. Gen. lit. 1x, 19. n. 28.— Joan. Dam. Orth. fid, 11, 3.
(2) Ambr. Hexaem. vi, 7. — Aug. Neque enim fas est, ullus naturæ quamlibet minimæ mortalisque creatorem nisi Deum credere ac dicere... Angeli autem, etiamsi adhibent vel jussi vel permissi operationem suam rebus quæ gignuntur in mundo, tamen tam non eos dicimus creatores animalium, quam nec agricolas frugum atque arborum. Civ, Dei XII, 24.
(3) Aliqui opinati sunt quod, licet creatio sit propria actio universalis causæ, tamen aliqua inferiorum causarum, ἴῃ quantum agit in virtute primæ causæ, potest creare, Et sic posuit Avicenna quod prima substantia separata creata ἃ Deo creat aliam post se, et substantiam orbis , et animam ejus, et quod substantia orbis creat materiam inferiorum corporum. Et secundum hunc etiam modum magister dicit in 5 dist. quarti Sententiarum, quod Deus potest creaturæ com-
ce qu'il y a de plus général dans les choses, l'être par. exemple, dans lequel est contenu tout le reste, comme « vivre, connaître, etc., est précisément ce qui exige l’action de la causalité la plus élevée, de Dieu par conséquent (1); d’ailleurs, la cause instrumentale ne saurait rien opérer à quoi elle ne soit proportion-
nelle (2).
municare potentiam creandi, ut creat per ministerium, non propria auctoritate. Sed hoc esse non potest, etc. (Summ. P. τ: XLV. Art. v.)
(1) Summ. Pr. q.xiv,art. v.— Et ailleurs: Considerandum est quod quanto aliqua causa est superior, tanto ad plura se extendit in causando. Semper autem id quod substérnitur in rebus, invenitur communius quam id quod informat et restringit ipsum : sicut esse quam vivere,et vivere quam intelligere, et materia quam forma. Quanto ergo aliquid est magis substratum, tanto ἃ superiori causa directe procedit, Id ergo quod est primo substratum in omnibus, proprie pertinet ad causalitatem supremæ causæ. Nulla igitur secunda causa potest aliquiä producere , non præsupposito in re producta aliquo quod causatur ἃ superiori causa... Summ. P, 1. q. Lxv. art. 111,
(2) Quia causa instrumentalis non participat actionem causæ superioris, nisi in quantum per aliquid sibi proprium dispositive operatur ad affectum principalis operationis. Si igitur nihil ibi ageret ‘secundum illud quod sibi est proprium, frustra adhiberetur ad agendum, nec oporteret esse determinata instrumenta determinatarum actionum., Sic enim videmus, quod securis scindendo lignum, quod habet ex proprietate suæ formæ, producit scamni formam, quæ est effectus proprius principalis agentis. Illud autem, quod est proprius effectus Dei creantis, est illud, quod præsupponitur omnibus aliis, scilicet esse absolute; unde non potest aliquid operari dispositive et instrumentaliter ad hunc effectum, cum creatio non sit ex aliquo præsupposito, quod possit disponi
5. Le but de la création, c’est, comme dit l'Écriz ture (1), la gloire de Dieu, la révélation de ses at: tributs, la manifestation de sa grandeur. Tel est le langage des Pères, de saint Clément pape (2), d’Athénagoré (3), de Théophile d'Antioche (4), de Tertullien (5), de Victorin de Pettau (6), de saint Athanase (7), de saint Augustin (8), de saint Jérôme (9);
per actionem instrumentalis agentis. Summ. P. 1: qu. xzv. Art. v.
(1) Rom. τ, 20. — Act, x1V, 16. — Ποῦ. 11, — Apoc. τν. ΞΕ ἘΦ Xrk, ἃ. VAIT. CIV, CXIX. ΟΧΥ, 16.— 15. XLV, 18.
(2) Καὶ αὐτὸς οὖν ὃ Κύριος ἔ ἔργοις ἑαυτὸν κοσμήσας, ἐχάρη. I Cor. n. xxx1I1.
(3) Εὔδηλον ὅτι κατὰ μὲν τὸν ἄνω χαὶ χοινότερον λόγον, δι᾽ ἑαυτὸν, καὶ τὴν ἐπὶ ἥκφῆς τῆς δημιουργίας NE μένην ἀγοθήτητα χαὶ σοφίαν ἐποίησεν ὃ Θεὸς τὸν ἘΠ χατὰ δὲ τὸν TE ἡ ὅτις ρον τοῖς γενομένοις λόγον, διὰ τὴν αὐτῶν τῶν γενομένων ζωὴν, οὐχ ἐπὶ μικρὸν ἐξαπτομένην, εἶτα παντελῶς céevvuuévnv. Res. Mort. οἱ στὰ:
(4) Τὰ πάντα ὃ Θεὸς ἐποίησεν ἐξ οὐκ ὄντων εἰς τὸ εἶναι, ἵνα διὰ τῶν ἔργων γινώσχηται καὶ νοηθῇ τὸ μέγεθος αὐτοῦ. Autolyc. 1, 4.
(5) De nihilo (mundum) expressit in ornamentum majestatis suæ. Apol, c. xvxr.
(6) Totam molem istam Deus sex diebus in ornamentum suæ majestatis expressit. De fabric. mundi fragm. in Routh. Reliq. saer, 111, 235.
(7) Ἢ αὐτὴ μέντοι Σοφία τοῦ Θεοῦ ἐστιν, ἥτις πρότερον μὲν διὰ τῆς ἐν τοῖς χτίσμασιν εἴκονος ἑαυτῆς; δι᾿ ἣν χαὶ λέγεται χτίζεσθαι, ἐφανεροῦ ἑαυτὴν, χαὶ δι’ ἑχυτὴς τὸν ἑαυτῆς Πατέρα. c. Ari. Or. τι. n. 81.
(8) Naturas igitur omnes Deus fecit, non solum in virtute atque justitia permansuras, sed etiam peccaturas; non ut peccarent, sed ut essent ornaturæ universum sive peccare , sive non peccare voluissent. Lib. arbit. 111, 11, ἢ. 32.
(9) Hier, Non quod Deus laude alicujus indigeat, sed quod
ce qui se concilie facilement avec ce que les mêmes Pères disent d’un autre côté, que le monde matériel est fait pour l’homme (1). Ce dernier point de vue se rencontre surtout dans les Apologistes, qui, ayant à combattre le paganisme, dont l'erreur capitale consiste à diviniser la nature, soutiennent que ce n’est pas nous qui sommes faits pour les étoiles et pour les éléments, mais que c’est au contraire le monde qui est fait pour nous.
C’est dans les temps modernes que nous voyons se produire la théorie qui prétend placer le but final de la création du monde dans le plus grand développement possible du bien-être de l’homme ; théorie qui a principalement sa racine dans l’égoisme théorique et pratique , réduit en système par Emmanuel Kant : ce qui ne veut pas dire, du reste, qu’elle appartienne exclusivement aux théologiens imbus des doctrines kantiennes; car Stattler, par exemple, l’a soutenue avec beaucoup d’ardeur, et l’a prise pour base de sa morale.
0. L'Église, fidèle aux enseignements de l’Écriture (2), a conservé dans toute son intégrité l’idée de la parfaite indépendance de Dieu dans l’œuvre de la création (3), et repoussé de la manière la plus expli-
laus Dei laudatoribus prosit, et dum per singula opera majestatem ipsius magnitudinemque cognoseunt, ad laudandum cum miraculo stuporis erumpant. In Eph. 1, 14.
(1) Justin. Apol. 1. n. 10.11. ἢ. 4. — Tat. Græc. n. 1v. — Orig. Cels. 1v, 74. — Tert. Marc. 1, 13. — Hier. adv. Jovin. 1 11. p. 199. T. 1v. P.11. (Mart.) '
(2) Ps. αχιν, 3. cxxxv, 6. —"Apoc. τν, 11. — Eph. 1, 11.
(3) Zren. Neque ab aliquo motus, sed sua sententia et li-
eite toute idée de contrainte extérieure ou de nécessité intérieure (1), soit relativement à la création en général, soit relativement au mode selon lequel elle a eu heu. Saint Basile remarque (Hexaem. 1, n. 7) que l'Écriture dit ἐποίησε, et non pas évépyncé ou ὑπέστῆσε, ce qui exclut toute idée d'opération nécessaire.
La convenance de la création s'accorde très-bien du reste avec une entière liberté dans le créateur (2).
La philosophie païenne ἃ enseigné que le monde actuel est le plus parfait des mondes, et même le seul monde possible (3); on ne rencontre dans les Pères
bere fecit omnia, quum sit solus Deus, et solus Dominus, et solus conditor. 11, 1. n. 1. Quoniam autem ipse omnia fecit libere, et quemadmodum voluit, ait iterum David : Deus autem noster in cœlis, etc. 111, 8. n. 3.— Theoph. χάθως βούλεται. Autol. τι, 13. — Hippolyt. ἐποίησεν ὡς ἐθέλησεν, Θεὸς γὰρ ἦν. adv. Noet. n.x. χι. — Aug. liberrima voluntate fecit. Civ. Dei x1, 24. — Theod. in Gen. qu. 111. — Joan. Dam. Orth. fid. 11, 2.
(1) Aug. In eo vero quod dicitur, vidit Deus quia bonum est; satis significatur , Deum nulla necessitate, nulla suæ cujusquam utilitatis indigentia, sed sola bonitate fecisse quod factum est, id est, quia bonum. Civ. Dei xr, 24.
(2) Greg. Naz. "Ernest οὐκ ἤρχει τῇ ἀγαθότητι τοῦτο, τὸ χινεῖ-σθαι μόνον τῇ ἑαυτῆς θεωρία, ἄλλ᾽ ἔδει χεθῆναι τὸ ἀγαθὸν καὶ ὀδεῦ-σαι, ὡς πλείονα εἶναι τὰ εὐεργετούμενα, τοῦτο γὰρ τῆς ἄχρας ἦν ἀγαθότητος, πρῶτον μὲν ἐννοεῖ τὰς ἀγγελιχὰς δυνάμεις χαὶ οὐρανίους" χαὶ τὸ ἐννόημα ἔργον ἦν. Orat. xxxviur, 9. T. τ. p. 665.
(3) Senec. Deus (selon Platon) mundum fecit, quam optime potuit. Epl. zxv. Le monde est, selon Platon, le meilleur des mondes possibles , et il ἃ une nature divine. — Tim. 29-31. 34. — Orig. Cels. v, 7. — D’après Zénonr , le monde
aucune trace d’un pareil optimisme, C'est au moyenâge, dans Abailard et dans Richard de Saint-Victor (de Erud. Interior. hom. τι, 18), qu'on retrouve cette doctrine, empruntée à l’antiquité païenne, mais adoucie pourtant dans ses conséquencés, qui ne vont pas jusqu'à la divinisation du monde; on sait d’ailleurs comment Leibnitz et Malebranche ont soutenu cette même doctrine et l'ont réduite en système; on sait aussi comment Jordano Bruno en a formellement tiré le panthéisme et une sorte de paganisme.
7. D'un autre côté, nous trouvons partout dans l'antiquité chrétienne la croyance, ouvertement professée, à la bonté du monde, et l’idée qu'il porte l'empreinte de Dieu et de la Trinité (1). Le moyen âge reconnaît aussi cette empreinte de Dieu dans le monde (2). Saint Thomas voit, d’après saint Augus-
est un être intelligent (Cic. nat. deor. x11, 9.) et un Dieu. (Plut. placit. Philos. 1, 7. — Orig. Cels. v, 7.).
(τ) Aug, Quod ideo, postquam factum est, dicitur (et vidit Deus, quia bonum est), ut res quæ facta est, congruere bonñitati, propter quam facta est, indicetur. Quæ bonitas si Spiritus Sanctus recte intelligitur, universa nobis Trinitas in suis operibus intimatur, Civ. Dei x1, 24.
(2) Rupert. (Tuit.) Plane non ideas, id est formas, quas philosophi sæculares effinxerunt, sed seipsum Pater Deus, seipsum, inquam, attendit Deus unus Pater et Filius cum eo, quo pariter uterque naturaliter ornatus est, Spiritu Sancto... cœlum recte secundum personam Patris, terram autem creatam esse intelligimus secundum personam Fil, utriusque autem , scilicet cæli et terræ ornatum eorum secundum propriam personam Spiritus Sancti esse factam ex eo maxime liquet, quia priusquam mundi creaturam ornati cæptum esset, Spiritus Dei, inquit, ferebatur super aquas, et exinde sépti=
tin, la marque du Père dans la substance du monde, celle du Fils dans la forme, celle du Saint-Esprit dans la relation de chaque chose à une fin (1).
8. C’est une opinion presque générale parmi les plus anciens docteurs de l'Église, suivis en cela par ceux des âges postérieurs, que toutes les substances dont l’ensemble compose l'univers ont été créées en même temps (2); quelques Pères, cependant, croient que les anges ont été créés avant le monde matériel ( Thom. Summ. P. 1, qu. Lx art. 3). Mais, tout en pensant que les substances ont été créées d’un seul coup et dans un moment unique, on admet cependant qu’elles ont reçu leurs formes dans le temps par l'effet d’une action particulière, que l’on a désignée plus tard sous le nom de seconde création.