‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 43 sur 55 · Les anciens Pères admettent dans la créature · texte numérisé non relu

Les anciens Pères admettent dans la créature

Le formi ornatu expleto requievit, ait, Deus ab omni opere suo.

De Trin. et Opp. ejus in Gen. 1. 1.c.r.

(1) In creaturis omnibus invenitur repræsentatio Trinitatis per modum vestigii, in quantum in qualibet creatura inveniuntur aliqua quæ necesse est reducere in divinas personas , sicut in causam, Quælibet enim creatura subsistit in suo esse, et habet formam per quam determinatur ad speciem, et habet ordinem ad aliquid aliud... Et ideo dicit Aug. in 6. lib. de Trinit, (cap. ult.) quod vestigium Trinitatis invenitur in unaquaque créatura secundum quod unum aliquid est, et secundum quod aliqua specie formatur, et secundum quod quemdam ordinem tenet, (Summ. P. 1. 4. xzv. Art. 7.)

(2) Clem. Strom. vi, 16. — Hippol. in Gen. 1,6. — Epiph. Hær. zxv. n. ἡ. 5. — Chrys, in Gen. Serm. 1. n. 3.— Theod. in Gen. qu. 111. — Aug. Civ. Dei 1, 6. adv. Faust. xxI1, 10. Gen. lit. τι, 8. — Greg. M. Mor. xxx11, 12. ἃ. 16.— Zsidor. de Ord. creat, c. vis. — Per. Lomb. Sent. 1. Diss. 11. — Thom, Summ, P, 1. qu, LxL, art, 111,

une force ou principe de vie qui lui vient du Créateur (r); opinion qni se lie intimement à la leçon célèbre (2), adoptée par Lachmann, d’après de nombreuses autorités, dans le texte du premier chapitre de saint Jean : ὁ γέγονεν, ἐν αὐτῷ ζωὴ ἦν. Mais Origène est le seul qui, en exagérant ce point de vue, ait voulu attribuer, avec les Platoniciens et les Stoïciens, un principe de vie au monde et à tous les corps, et leur donner formellement une âme et une intelligence (3); il est à remarquer, du reste, qu'Origène ne présente nulle part cette idée comme la doctrine de l’Eglise.

Relativement à la liberté qui a été donnée aux créatures intelligentes, saint Augustin (4), et après lui les théologiens du moyen äge (5), saint Anselme

(1) Eus. Dem. Evang. 1v, 5. — Bas. Hexaem. Hom, pu. ἢ. 1.— Aug. Gen. lit. v, 14. 31. Trin. ται, n. 16.

(2) Cette leçon, adoptée par les Alexandrins, l’est aussi par Eus, Dem. Evang. 1v, ὃ. Victor. in Phil. 11, 8. Aug. passim. — L'autre leçon est suivie par les Pères de l’école d’Antioche, Theod. Mops. Chrys.

(3) Orig. in Joan. T. τ. ἢ. 17. 40. Or. n. 31. — Cf, Rom. VIIT, 22.

(4) Et hoc putas ad naturam liberi arbitrii pertinere, ut possit utrumque, et peccare scilicet, et non peccare ; et in hoc existimas hominem factum ad imaginem Dei, eum Deus ipse non possit utrumque. Neqne enim vel demens quisquam dixerit Deum posse peccare;'aut tu dicere audes, Deum liberum arbitrium non habere. Dei ergo, nor mihili, munus est liberum arbitrium; sed in ipso Deo summum est liberum arbitrium, qui peccare nullo modo potest. c. Jul. Op. imp. v, 38. Deus ipse numquid, quoniam peccare non potest, ideo liberum arbitrium habere negandus est? Civ. Dei xx1r, 30. n. 3.

(5) Anselm. Tract. quod potest. peccand. non pertinet ad

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particulièrement, soutiennent et développent avec beaucoup de profondeur, en s'appuyant principalement sur la ressemblance de l’homme avec Dieu, que le pouvoir de pécher n’est point de l’essence de cette faculté, mais qu'il n’en est que l'imperfection ; point de vue, du reste, qu'admettent d’un commun accord, dans l'antiquité, les Stoiciens(x) et lesPlatoniciens (2), et dans les temps modernes, Spinoza (Tract. polit. 11. 7. 20. 22), Hegel (Droit naturel), Fichte (Droit naturel), et Baader, en beaucoup d’endroits de ses écrits. Saint Augustin, qui soutient, contre les Pélagiens, que le pouvoir de pécher n’est pas de l'essence de la liberté, repousse formellement l’idée que la liberté doive se mesurer sur le nombre des tentations et sur la violence des épreuves auxquelles elle est assujettie(3), idée qui irait, comme il le remarque, à nier en Jésus-Christ

libert. essent. — Bernard. de grat. et lib. arbit. c. var. n. 22. (x) Μόνον τε (σόφον) ἐλεύθερον, τοὺς δὲ φαύλους δούλους. Diog. Laert, ντῖ, 1. n. 64. — Cfr. Wetst. Lampe in Joan. vurr, 34. (2) Xenoph. Ὅςτις ἄρχεται ὑπὸ τῶν διὰ τοῦ σώματος ἡδονῶν. χαὶ διὰ ταύτας μὴ δύναται πράττειν τὰ βέλτιστα, νομίζεις τοῦτον ἐλεύθερον εἶναι ; Ἥχιστα, ἔφη. Memor. 1v, ὅ. — Cfr. Philo quod sol. prob. liber.

(3) Ita fit, ut te illa horribilis, sicut jam superius ostendi, sequatur absurditas, tanto esse quemque voluntate castiorem, quanto majorem naturæ suæ libidinem vicerit, nec in aliquos excessus luxuriæ, quamlibet illa magna sit, exire permiserit; qui autem minorem flagitiorum libidinem cohibet, minus esse castum; quoniam quem non libet, quod non licet, secundum tuam sapientiam, vel potius amentiam , omnino nec castus est, Ecce quod Christo importare conaris insane, ut natura fuerit omnium libidinosissimus, quia ita posset voluntatis virtute omnium esse castissimus. c, Jul, op. imp. 1v, 52.

994 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE Il.

la perfection et la sainteté. Le saint docteur distingue, du reste, fort exactement dans la liberté un degré inférieur où 11 y a pouvoir de ne pas pécher, posse non peccare, et un degré supérieur où il n’y ἃ pas pouvoir de pécher, non posse Peccare (1); ce dernier degré est le fruit de la grâce, la récompense du bon emploi de la liberté, et le résultat de l'union avec Dieu (2). Saint Bernard distingue trois degrés dans la liberté; le premier im plique l'impossibilité de pécher, non posse peccare ; le second, la possibilité de ne pas pécher, posse non peccare ; le troisième, l'impossibilité de ne pas pécher, on posse non peccare (3). Les théologiens

(1) Civ. Dei xxxx, 30. n. 3.

(2) Deus natura peccare non potest ; particeps vero Dei ab illo accipit, ut peccare non possit. Servandi autem gradus erant divini muneris, ut primum daretur liberum arbitrium , quo non peccare posset homo ; novissimum, quo peccare non posset : atque illud ad comparandum meritum, hoc ad recipiendum præmium pertineret... Sicutenim prima immortalitas fuit, quam peccando Adam perdidit, posse non mori : ita primum liberum arbitrium posse non peccare, novissimum non posse peccare. Civ. Dei xxx, 50. n, 3, Quid autem erit liberius libero arbitrio, quando non poterit servire peccato, quæ futura erat et homini, sicut et facta est angelis sanctis merces meriti? Corr. et grat. xx, πὶ 32. |

(3) Superior libertas consili est, non posse peccare : inferior, posse non peccare. Item superior libertascomplaciti, non posse turbari : inferior, posse non turbari. Itaque inferiorem utriusque libertatis gradum simul cum plena libertate arbitrii homo in sui conditione accepit, et de utroque corruit cum peccavit. Corruit autem de posse non peccare in non posse non peccare, amissa ex toto consilii libertate. Itemque de posse non turbari in non posse non turbari, amissa ex toto

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plus récents distinguent une 4berté de contradic-

tion : c’est le pouvoir d'agir ou de ne pas agir; et une liberté de contrariété : c’est le pouvoir de faire une chose ou son contraire, le bien ou le mal, par exemple; et enfin, une liberté qui est une exemption de contrainte, et une liberté qui est une exemption de nécessité; distinction devenue fort importante dans la controverse soutenue contre les Jansénistes, qui prétendaient que l'exemption de contrainte suffit pour posséder, dans la vie présente, le mérite et le démérite, sans qu'il y ait exemption de nécessité. L'idée de Malebranche, qui fait consister la hberté de la créature dans l'ignorance où elle est du bien, lui est tout à fait particulière (1).

10. Origène et saint Augustin enseignent, après Platon, et tous les théologiens répètent d’une seule voix après Origène et saint Augustin, que le mal est une pure négation, un (κὴ ὄν (2). Comme cette doc-

complaciti libertate. Sola remansit ad pœnam libertas arbitr, per quam utique cæteras amisit ; 1psam tamen amittere non potuit. De grat. et lib. arbit. c. var. ἢ. 21.

(1) La liberté consiste en ce que l'esprit n'étant pas pleinement convaincu que £el bien particulier renferme tout le bien qu'il est capable d’aimer, peut suspendre son jugement et son amour. Recherche de la vérité τ, 1.

(2) Orig. in Joan. T. τι. n.7.— Greg. Nyss. in Ps. 6. vrrr. An. et resurr. T. xxx. p. 223. ed Mor. — Aug. Civ. Dei xxx, 7. e. Epl. Manich. 6. xxvrr. — Dion. div. Nom. c. 1v. $ 19. 20. Maxim. qu. in Script. T. 1. p. 7. ed. Combef. — Joar. Dam. Orth. fid, τι, 4. 1V, 12. — Alcuin. Conf. fid. ce. varx. in Genes. interrog. xG1v. — Scot. Erig. Præd. — Anselm. de casu diaboli ο. xxvu.— οποία adv. Cathar. v, 11. 6. — ἢν, Petar. Dogm. 1. vi. c. 1v,

trine repose sur le principe ontologique, admis avec faveur dans l’école : Omne ens est bonum, elle a toujours semblé fort importante pour la théodicée, à cause de l’explication qu’elle donne de l'existence du mal dans le monde (1). Les théologiens du moyen âge, à quelque tendance qu’ils appartiennent, qu'ils soient mystiques ou scholastiques, l'ont maintenue, plutôt à cause de l’usage avantageux qu'on en peut faire, que d’après l’autorité de ceux qui l'ont introduite les premiers dans l'Église (2). Ils en concluent directement, comme saint Augustin, que le mal n’étant rien, il est inutile de demander quel en est le principe. Alcuin dit que, le mal étant une pure négation, il s'ensuit que Dieu ne peut faire aucun mal, sans qu'il y ait pour cela quelque chose qu'il ne puisse pas faire (Conf. fid. c. vur). Duns Scot (11, dist. 37, n. 1) est le seul, avec son école, qui se soit déclaré contre cette opinion, par cette raison que ne pas faire le bien ou ne rien faire serait alors la même chose que faire le mal; qu'il n'y aurait ainsi entre le bien et le mal qu’une différence de degré, bien qu'il soit vrai qu'ils diffèrent l’un de l’autre én qualité; qu'il

(1) Aug. Nemo quærat efficientem causam malæ voluntatis : non enim est efficiens, sed deficiens ; quia nec illa effectio est, sed defectio. Deficere namque ab illo quod summe est, ad id quod minus est, hoc est-incipere habere inalam voluntatem. Causas porro defectionum istarum, cum efficientes non sint, sed, ut dixi, deficientes, velle invenire, tale est ac si velit quisquam videre tenebras vel audire silentium. Ci. Dei xxx 7. |

(2) Tatian. Græc. χε. — Iren. adv. Hær. IV, 29. D. 1 Sq. — Tert. Marc. 11, 6.

ΤᾺ CRÉATION. 337 serait impossible enfin, dans l'hypothèse, qui regarde le mal comme une pure négation, d'admettre une différence spécifique entre les péchés mortels, et de parler d'un plus ou moins grand nombre de péchés dans une même personne. Quant aux Manichéens, ils soutinrent, aussi bien que les Cathares, et plus tard Flacius Ilyricus, que le mal est une substance.

Relativement à l'origine du mal, toute l'antiquité s'accorde à enseigner que le mal n’a point Dieu pour auteur (1), mais qu'il vient de la volonté de la créature (2); que Dieu ne fait autre chose que le permettre (3), et quil le tourne à une bonne fin (4). Lactance seul a soutenu que le mal est nécessaire comme complément du bien, par lequel il doit être vaincu (Inst. div. 11, 18); il maintient, du reste, que ce n'est pas Dieu, mais le démon, qui est l’auteur du mal (2bëd.). Manès enseigne, au contraire, que le mal est éternel et absolument nécessaire. Au moyen âge les sectaires appelés Homines intelligentiæ (5), dont le chef était Guillaume de Hildernissen, soutinrent que Dieu veut le mal ; cette étrange doctrine fut renouvelée par Jean de Méricour (6). Le docteur Eccard ne voit

(1) Tatian. Græc. x1. — Jren. adv. Hær. 1, 29. n. 1 sq. — Tert. Marc. 11, 6.

(2) Orig. adv. Cels. 1v, 66.

(3) Clem. Str. τν, 12. — Orig. Princ. 1x, 2. 37.

(4) Clem. Str.x, τῇ.

(5) Error. hom. intelligentiæ n. 16. in Bal. Miscell, 11. p.

(6) Error. hom. n. 7. Quod quemlibet peccantem Deus vult peccare voluntate beneplaciti, et facit eum peccare, et vult quod ille peccet. — n. 8. Quod Deus facit malum esse, et pec-

338 SECONDE PARTIE. τος CHAPITRE 1Π|.

non plus dans le péché que l’accomplissement de la volonté divine (1), et un sujet de gloire éclatante pour Dieu (2). Dieu est aussi l’auteur du péché, d’après Calvin (3), Zwingle (Provid. v, vi) et même Luther (4).

Quant au mal physique, Athénagore l’attribue à la négligence des anges chargés des diverses parties du monde (Leg. xx11); saint Justin, à la puissance du diable (Apol. 1, n. 5; 11, n. 1); saint Cyprien, à l’an-

catum esse. — n. 9. Quod peccatum magis est bonum, quam malum. — n. 30. Quod Deus est causa peccati ut peccatum est, et mali, in quantum malum est. In d'Argentré Coll. jud. de nov. err.1, 344.

(1) Eccard. err. Art. xv. Si homo commisisset mille peccata mortalia, si talis homo esset recte dispositus, non deberet velle se ea commisisse. Art. x1v. Bonus homo debet sic conformare voluntatem suam voluntati divinæ, quod ipse velit quidquid Deus vult. Quia Deus vult aliquo modo me peccasse, nollem ego, quod ego peccata non commisissem; et hæc est vera pœnitentia. Cfr. Rainaldi ad ann. 1329, et Fleury hv. xeux, 59.

(2) Eccard. error. Art. v-1x.

(3) Quod autem nihil efficiunt homines, nisi arcano Dei nutu, nec quicquam deliberando agitent, nisi quod 1pse jam apud se decreverit, et arcana sua directione constituat, innumeris et claris testimoniis probatur.... Absalon, incesto coitu patris thorum polluens, detestabile scelus perpetrat; Deus tamen hoc opus suum esse pronuntiat, Inst. 1,18. n. 1. Cf. de ætern. prædest. adv. Pigh. T. vux. p. 626. 627. ed. Amstelod.

(4) Hic est fidei summus gradus, credere illum esse clementem, qui tam paucos salvat , tam multos damnat, credere justum, qui sua voluntate nos necessario damnabiles facit Si igitur possem ulla ratione comprehendere ; quomodo is Deus sit misericors et justus, qui tantam iram et iniquitatem ostendit, non esset opus fide, De servo arbitrio ad Erasm. fol. 176.T. 11, ed. Jen.

LA CRÉATION. — LES ANGES. 399) ciennelé et à la caducité du monde (Epl. ad Demetrian.). Les autres Pères le considèrent simplement comme une suite et une punition du péché (1), et comme un moyen de le guérir (2).

$ 2. — Les Créatures.

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