SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
D'HENRI KLEE.
Aucun ouvrage de Klee n'ayant été traduit en francais, l'auteur de l'Histoire des Dogmes chrétiens est à peu près inconnu parmi nous, C’est à peine si son nom se rencontre dans quelques ouvrages très-récents, où du reste il est cité avec honneur, à côté des plus illustres (1). Nous avons donc pensé qu’une notice sur ce prêtre savant et pieux serait bien accueillie des lecteurs auxquels nous adressons l'un de ses meilleurs ouvrages.
Celle que nous publions est traduite de l'allemand ; nous l'empruntons à la seconde édition de la Dogmatique catholique, dont la mort de Klee vint tristement interrompre la publication en 1840. Elle est due à la plume de M. François Sausen, rédacteur du Catholique de Spire, et se trouve au commencement du troisième
(1) Alzog, dans son Histoire universelle de l’Église, dont MM. Goschler et Audley ont publié récemment une traduction française, parle de Klee ep termes fort honorables : « Henri Klee, dit-il, professeur à Bonn et à « Munich, qu'une mort prématurée a enlevé à la science, a résumé la « théologie dans un Compendium plein de vie et d'intérêt. » Puis, un peu plus loin : « Klee est mort, comme Mæhler, avant le temps, par un de ces « décrets de la Providence que le chrétien adore, alors même qu'il ne peut «les comprendre, » Pour celui qui en est l'objet, ce rapprochement vaut mieux que de longs éloges.
ΧΥ] NOTICE
volume, à la suite de l'avertissement de la première édition. Nous ne nous sommes point astreint, du reste, à reproduire dans son intégrité cette notice fort étendue , tout n’ayant pas un égal intérêt pour des lecteurs étrangers, dans ces pages inspirées par l'amitié, en face de la mort.
Hewri KLEe naquit le 20 avril 1800 à Munstermaifeld, petite ville près de Coblentz, que ses parents, simples et honnêtes artisans, quittèrent dans la suite pour venir se fixer d'abord à Andernach, puis à Mayence. Il recut dans sa famille une éducation chrétienne à laquelle son séjour au petit séminaire de Mayence , où il entra en 1809, donna bientôt les plus heureux développements. Ceux qui ont eu le bonheur de passer comme lui leurs jeunes années dans ces pieuses maisons, fondées et dirigées par l'esprit de l'Église, comprendront aisément quelle profonde impression devait laisser dans l'âme des élèves du séminaire de Mayence l'image fidèle de la vie catholique incessamment reproduite aux regards de l'enfance et de la jeunesse, par la discipline et la règle des études, par le dévouement et la conduite exemplaire des maîtres, par la charité et la paternelle affection qui donnaient un si touchant caractère aux visites du saint évêque Colmar. C’est là que, tout jeune encore , Klee put se former de bonne heure à la piété et à la science ; c’est là que se développèrent en lui, sous l'inspiration de la religion , les dons de la nature et de la grâce.
Cependant un orage soudain vint fondre sur cette heureuse maison. À Mayence comme ailleurs, Napoléon voulut restreindre, au profit de son Université , la liberté de l’enseignement ecclésiastique ; et Henri Klee se vit obligé de suivre pendant plusieurs années les cours
PNR τ το ET ὝἝἝᾷἑἑτ
SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HENRI KLEE. XVI] du lycée impérial. Mais ces temps d'épreuve firent place à des jours meilleurs ; et Klee se retrouva bientôt à l'abri des murs paisibles qui avaient protégé ses premières études. Comme il était fort jeune encore, il refit au petit séminaire son cours de rhétorique et celui de philosophie; après quoi il entra au grand séminaire, en 1817, pour commencer l'étude de la théologie.
Le grand séminaire avait alors pour supérieur le vénérable M. Liebermann, qui le dirigea jusqu'en 1824. Autour de lui se trouvaient réunis des théologiens, héritiers fidèles des plus saines traditions ; parmi eux se distinguait M. le chanoine Herzog, dont le nom et le précieux souvenir vivent encore à Mayence dans toutes les mémoires. Ces maîtres habiles donnèrent dès lors à Klee cette direction solide et positive dont il devait plus tard devenir le plus ferme représentant. Doué par la nature d’un caractère énergique, qui ne faisait jamais les choses à demi, il se jeta avec ardeur dans l’étude de la théologie. Mais il ne devait pas longtemps goûter en paix ces tranquilles loisirs de l'étude. Les deux maisons ecclésiastiques de Mayence étaient liées l’une à l’autre par d'intimes rapports; et l’on confiait les classes inférieures du petit séminaire aux élèves les plus distingues du séminaire épiscopal, après toutefois qu'ils avaient achevé leur cours de théologie. Cette condition, qui avait force de règle, ne fut point observée à l'égard d'Henri Klee; son éminente capacité autorisait déjà les exceptions ; on en fit une en sa faveur, et bien qu'il eût à peine dix-neuf ans, il devint, en 1819, professeur au petit séminaire.
C'est à lui principalement, ainsi qu'aux soins actifs et éclairés de M. Schmitz, curé de Saint-Pierre de Mayence, que cet établissement dut les importantes ré-
ΧΧ NOTICE
beaucoup plus près du but de ses études. M. Liebermann venait d’être nommé vicaire général à Strasbourg (x). M. Ross (2) ayant été, après son départ, chargé de l’enseignement du dogme, Klee fut nommé en même temps (3) (1825) par M. Humann, alors grand vicaire et depuis évêque de Mayence, professeur d’exégèse et d'histoire ecclésiastique, double enseignement auquel fut encore adjoint l’année suivante le cours de philosophie.
On ne peut s'empêcher ici d’éprouver une véritable admiration pour cette puissante et féconde intelligence. C'est précisément à cette époque où l’enseignement dont il est chargé lui laisse moins de loisir et lui impose plus de travail, où le cercle des études qu'il lui faut embrasser devient chaque jour plus étendu et plus pénible, que Klee commence à se produire au dehors, et à publier cette suite de remarquables travaux qui se succéderont sans interruption jusqu'à sa mort. Déjà, au mois d'octobre 1825, il avait chtenu le titre de docteur en théologie, à la suite d’une épreuve soutenue avec éclat devant l'Université de Wurtzbourg (4). Il s'était
(1) M. Liebermann est mort il y a quatre ans, après avoir honoré pendant vingt ans le diocèse de Strasbourg par sa science et par ses vertus.
(2) Aujourd’hui Monseigneur Ræss, évêque de Strasbourg.
(3) Ces dates ont besoin d’être rectifiées, M, Liebermann ne quitta Mayence qu’au mois de février 1824. A cette époque, Monseigneur Ræss était déjà professeur de dogme depuis plus d’un an. Klee lui avait succédé en rhétorique au mois d'octobre 1822; et ce fut l’année suivante qu'il fut nommé professeur d’exégèse et d'histoire ecclésiastique.
(Note communiquée par Monseigneur l’évêque de Strasbourg.) ,
(4) Nous devons à la bienveillante communication de Monseigneur l’évêèque de Strasbourg les détails suivants sur la manière dont Henri Klee subit à Wurtzbourg cette épreuve glorieuse du doctorat. « Eu 1825, nous «écrit Monseigneur Ræss, je l’encourageai à subir devant la Faculté de « Wurtzbourg les examens pour le doctorat; je voulus l'accompagner et « être témoin de son succès, ΤΊ surprit, il méccntenta même les professeurs
Last. té. à LR. ἢ