PÉNITENCES
Le Berceau d amour»
Celui à qui cette pénitence est ordonnée choisit une dame : tons deux se placent ensemble au niilieu du salon , en se tenant les deux mains et les élevant en forme de berceau. Dans celte attitu(îe, la dame désigne un cavalier, et le cavalier une dame, qui viennent ensemble demander passage sous le berceau ; mais au moment où ils se trouvent tous deux sous la voûte, les bras dont elle est formée s'abaissent , et les retiennent prisonniers. Chacun d'eux paie un baiser pour sa rançon. Ce nouveau cou[)le se place à côté du premier, et dans une sem-
M.ililr posiliuii. In IrolbltMiio couple est ;i|)|>L*Ié , cl J On conçoit (|ur celui ci a nn (riluif à ncqnilter avant «l'avoir traverse le htrccaii ainsi aj^rantli. Tonti'S les personnes de la société \ iennent ainsi se ranj^er à la siil e les mies des autres. Si les dames et les cavaliers ne sont pas eu nombre égal, ceux qui restent passent nn à un, et paient leur tribut à (pli de droit.
Le Koyage à Cylhère.
Le voyageur choisit une dame pour comp.igne <lc route. Ils parlent ensenil)le, et vont dans une pièce voisine. Là les deiix voyageurs s'embrassent ; ])uis le rav.dier tt)uclie une partie ilu vêtement ou <lu corps de sa d.iinc :
vsupposons que ce soit le bout du petit iloigt de la main gauche. Revenant ensuite avec elle, il demande alteriiaiivcmiMit à chaque personne de la
( ^8 ) société ce qu'elle pense qu'il a louché. L'une jdit : C'csl la joue gauche ; une autre: C'est le front. Celui-ci indique le pouce de la main gauche; celui-là, le petit doigt de la main droite. A chaque fausse indication, le voyageur baise la dame à la place mal à propos désignée; et, si personne ne devine, il termine en haisant la partie qu'il a réellement touchée. Celui qui nommerait par hazard celte partie la baiserait, et la pénitence finirait là,
Z 'Aumône.
Un cavalier, s'agenouillant devant une dame, se tient dans luie attitude de suppliant , cl lui frappe légèrement sur les genoux avec ses deux mains. La dame Tinterroge aussi longuement qu'il lui plaît sur ce qu'il désire ; elle lui demande , par exenq)le : Voulezvous du vin? voulez-vous du pain.
fl-c.? CcpiMithinl Ir cavalier ronlimic «le fr.ij>prr jii.s<ju'à re qu'on lui <lisc : \ oulc/.-v(jus un baiser? Alors il se lève et l'en 1 brasse.
Les Aunes fT amour.
On prend les mains d'une dame et on les réunit \ puis on les écarlc , comme si 1 on \ouiait mesurer la longueur de ses bras, cl, dans cette position, on ICmbrasse : c'est la une aune d'amour.
On peut ordonner de prendre deux , trois, (juatre aunes de ce genre, et même davantage; mais on ne peut excéder le nombre que prescrit la pénitence.
Le Baiser à la iaj)ucinc.
Le pénitent cboiï.it une dame. L'uti et l'autre se mettent à genoux dos à dos. La dame tourne la tète à droite; et son ca\alier, pencbant la sienne
sur l'épaule gauche , plie son corps du mieux qu'il peut ponr porfer ses lèvres sur la joue de la jeiiiie personne.
Pendant ce mouvement, le cavalier doit avoir l'adresse de dégager son bras gauche pour le passer autour de la taille de la demoiselle.
Le Baiser à la religieuse.
Celui à qui celte pénitence est imposée choisit une dame, qu'il embrasse à travers les barreaux du dossier d'une chaise.
Le Baiser au hazaui.
On prend les rois et les dames d'nii jeu de cartes. Si la pénitence est imposée à un cavalier, on mêle les quatre dames, et on les distribue au hazard à quatre jeunes personnes ; on fait eilsuitc tirer an cavalier un des qualfd rois; et s'il tire, par exenq>le, le roî
(le lii'llo, il iMnhr.jssc la [)ers()rinc à (jul la «lame ilc trcllt* csl l'cliuc. Oa procÎMJr dans le sens cuntrairc, si c'est à une (lame qu'on inflige la pénilciicc.
Baiser les quatre coins de la chambre.
On j)lacr quatre dames anx qnairo coins de la chainlu'c, puis on les embrasse, (^eltepénilencp, et tontes les autres à doid>lesens, prêtent toujours à rire «lUX dépens de celui qui les exécute au pied de la lettre ; ce qu'il est cependant difficile de ne point faire lorsqu'on n'en connaît pas la finesse.
J.c Baiser trompeur.
Une <lauir accourt vers un cavnlier comme po»jr lui nlYrir un haiser. Celui-ci s'avance pour le recevoir; mais elle le repousse, et ^c laisse embrasser par son voisin.
Embrasser, sans que cela paraisse^ la personne que Von aime mieux.
C'est embrasser tontes les personnes du sexe différent du sien.
Aller bouder.
Le boudeur ( ou la boudeuse ) déclare tout bas au dépositaire des gages le nom d'une personne. Il se retire dans un toin, et tourne le dos à toutes celles qui se présentent, jusqu'à ce que celle désignée vienne s'offrir pour être embrassée.
Le Tracas Je Polichinelle.
Celte pénitence ne s'ordonne qu'à une dame. Celle à (jui elle est ordonnée cboisit une bonne amie ; ensuite elle court à un liomme, l'embrasse , et vient rendre le baiser à sa
( ^-53 ) bomir amli!, (\\n , Iranqnillciiirnt nssisf, rt'Cj'uit siitccsbivenicnl .lutanl de l).'iis(Ts que la (lame en pcnitcncc en a dunnc aux ra\alicrs tle la sociOlc.
Embrasser son ombre.
C ost se placer entre la lumière et la personne qnc l'on veut embrasser.
Le Peler/nage.
Le cavalier conduit une dame par la main , et la présente alternative" ment à tontes les personnes de la société, en disant à chaque cavalier : Un petit morceau de pain pour moi, lui baiser pour ma suMir; et à chaque dame : l'n petit morceau de pain pour ma sci'ur, et un baiser pour nu)i.
Soupirer,
La personne qui s()U[)ire se place dans un coin 3 on lui demande: Pour
qui sonpîrez-voiis ? Elle nomme une personne d'un sexe différent du sien , qui vient l'embrasser. Celle ci se place devant le soupirant , et soupire à son tour pour une autre persoime; et ainsi jusqu'à ce que toute la société soit rangée sur une ligne. Alors la première personne qui a soupiré relourne à sa place, en embrassant toutes les dames, si c'est un cavalier ; en se laissant embrasser par tous les cavaliers, si c'est une dame; et les autres en font autant jusqu'à la dernière.
Les Confidences.
On confie à l'oreille de quoiqu'un un secret quelconque. Ou j)eul encore ordonner la Confidence qui passe; elle s'cxécnle aulreuient. La société étant en cercle, la personne condaninée à celte pénitence fait une confidence à celle qui se trouve placée à la droite ;
cclli'cl la rend a imc autre, qui \\X(\pM(* à niir autre encon» jus<]u'a rc qiu» la confidiMic»', ayaiif fait ii' to'ir du cercle, rcvifuiu' a la prrniiôro personne, (pii déclare si la ronfidenco (pi ou lui lait est bien la nièine <pie celle (pi elle a faite.
Le Bouquet.
Si c'est une dame qni exécute cette pénitence, elle choisit trois fleurs ; et deux personnes se iTtirent pour roncerter ensemble quels cavaliers repré' seuteront les fleurs choisies.
Le choix étant déterniiné, elles demandent successiveinent a la dame ce qu'elle veut faire des fleurs de son bouquet , et elbs lui nomment ensuite les cavaliers dont ces fleurs sont les ernbl('mes.
Ouaud ( '(v^f un moTisieur qui exécute cette pénitence, il fait choix (h*
( 256 ) trois fleurs dont il définit l'emblème ; il choisit un ruban pour lier le bouquet, un vase pour le placer et la devise qu'il veut y graver; ensuite il nomme la personne à laquelle il l'envoie.
Faire un compliment.
Suivant qu'il est ordonné , le pénitent adresse un compliment à toute la société, ou à une personne particulièrement.
Pour augmenter la difficulté , on ordonne souvent des complimcns à rexchision de Tune des voyelles ; ou bien Ton détermine les lettres par lesquels ils doivent commencer et finir.
Comparaison.
Une comparaison doit être faite de manière à offrir imc ressemblance avec la persoime comparée , et en mr;mc temps une différence. Par exem-
pic, on peut «lire a une jeune personne :\ ous rcsscn)l)Ii'Z à la rose; mais vous rons^Tvez voire Iraîrfienr, tandis que la sienne n'est point de durée; à \\\\ cavalier : Vniis avez de la ressemblance avec le tourtereau, mais voua êtes loin d'être aussi fidèle, etc.
Le Tcsiamcnl.
On ligue à chaque personne de la société quelque qualité morale ou physique , qu'on est censé posséder.
Par exemple, à l'une on donne ses yeux, à l'autre sa discrétion, à une dame son amour, sa tendresse, etc.
Cette pénitence exige infiniment d'adresse et de circonspection; car on peut faire lui legs qui soit regardé comme une épigramme.
La Pensée.
Celle pénitence exige, comme la
précédente, beaucoup de niënagemens et de délicatesse. Elle consiste à dire à l'oreille de chaque personne de la société ce qu'on pense d'elle, soit en bien , soit en mal.
Le Mariage.
Le pénitent se retire avec une autre personne, et ils font choix de deux époux; puis ils demandent, le cavalier à chaque dame: Quelle «st la qualité qu'elle a remarquée dans le marié ; et la dame à chaque cavalier: Comment il trouve la mariée? Quand tout le monde a été interrogé , les deux persoimes qui ont choisi les époux déclarent leurs noms.
J,a Chanâdh de No'éL
Ou bande les yeux h. celui qui doit exécuter celte péuileuce ; on lui remet un petit bout de bougie de trois ou
qn;»lrr lignes de loiij^nnir ; il se met à griionx, et l'on place par lerrc, devant lui, une rli.uulelle. 11 doit y al-? luiner à làtons le petit niorcean de LongM' ipi il tirnl, sans s'aider de la main gauche.
Le Cheval d'Arisioie.
Le pénitent se met à quatre pattes snr le parqnet. Une <lame s'assied sur son dos, et il va la présenter dans celte position à tons les cavaliers, qui rcmbrassent chacun à son tour.
Le Chevalier de la triste figure.
Celui à qui cette pénitence est ordonnée fait asseoir une dame sur ses genoux. Celle ci appelle un autre cavalier qui \irnt l'embrasser.
/>tf Pont d'amour.
Un cavalier, (jui est a (piairo patles
an milieu du cercle , reçoit sur son dos un cavalier et mie dame qui sy embrassent.
Le Voyage à Corinthe.
Le cavalier pénitent, tenant une bougie allumée , donne un mouchoir blanc à celui qu'il choisit pour l'accompagner dans son voyage; puis il le prend par la main, et le conduit à toutes les dames de la société. Le compagnon de voyage les embrasse successivement, et, à chaque fois, passe le mouchoir sur les lèvres de son conducteur.
LElectricité.
Celui qui est condamné à cette pénitence doit monter sur une chaise:
deux cavaliers lui donnent la main de chaque côté. La société se forme en cercle, en entremêlant les dames et les messieurs qui se tiennent tous par la
( »Gi:)
mirm. Alors les deux arolylrs <lii [).!tuMil iin[)riiiient à ses bras nii moiivcintut iIl* rotation; miiouvciiKînt cominuiii({U(' au rcnlo rctiiicrlle olcc- Iricjiu*. Le premier acolvfc à droite embrasse sa voisine, celle ci embr;»sse le voisin qui suit, et ainsi à la ronde. Le patient seul n'embrasse personne.
Elrc à la discret ion.
C'est être obligt* d'obéir ponctuellement aux ordres d'une personne, ou à ceux de la société entière, selon qu'où i'a déterminé.
LExil
On ordonne à une personne de s'aller placer dans un coin du salon et d'y rester pendant qu'on tirera un , deux ou trois gages. On peut même être exilé pour toute la dur«'e des gages qui restent à tirer.
Le Portier du comment.
Celui qui fait la pénitence le place à la porte d'une pièce voisine , afin d'y remplir Toffice de portier. Une dame s'enferme dans celte pièce , elle frappe peu après, le portier ouvre ; elle lui dit à voix hasse le frère qu'elle demande.
Le portier appelle tout haut le cavalier désigné ; le frère entre aussitôt avec elle , et le portier referme sa porte. On frappe de nouveau ; la sœur quitte le couvent , et l'on se doute bien que ce n'est pas sans avoir reçu un baiser. Le frère à son tour fait appeler une sœur, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute la société , excepté le portier , ait passé dans le couvent.
On peut appeler tout le couvent pour faire finir plus tôt la pénitence du j)ortier ; on le demande lui-même au parloir.
( if*7> )
Jean soujjlc la diandcUe.
Celle péiiiteTice consiste à ;on*:idrc une rliandeU^ alluinec , \\ la passer raplilement devant le visajjc du pénitent , qui doit avoir nncî serviette sous le menton , et à faire ce manège jnsjpfà ce qu'il soit parvenu à l'éteindre.
L'Officieux.
liC cavalier à qui on impose cette pénitence choisit un autre cavalier , ou accepte celui qui se présente ; ils vont l'un et l'autre à l'extrémité du salon. Là le premier , armé d'une corne rn forme d'épée, la place à l'épaule, et reçoit l'ordre de son compagnon d'aller trouver telle dame qu'il lui désigne, de l;< saluer de son arme, et de la lui amener en lescorlant. Dés qu'ils sont arrivés , on ordonne à l'ofijcieux de tdire volte-face , et son compagnon
embrasse la dame derrière lui. La dame lui ordonne ensuite de reconduire à sa place le cavalier qu'elle vient d'embrasser , et de lui en amener un autre qu'elle désigne. Celui-ci, après avoir reçu un baiser comme le premier , fait reconduire la dame à sa place , s'en fait amener une autre avec le même cérémonial ; et les allées et venues de l'officieux continuent jusqu'à ce que tous les cavaliers et toutes les dames de la société aient été conduites €t reconduites alternativement.
Le Soldat prussien.
Cette pénitence a quelque ressemblance avec la précédente. Le cavalier qui la reçoit se choisit un officier:
celui ci conduit son soldat à l'écart , lui donne une canne ou un bâton en {^uise de fusil ; et, après lui avoir fait faire quelques ten)ps d'exercice, il le ramène , en le précédant , au milieu
de la société. L;», roiulnisont siiccrssîvcment son suld.il devant chacpie dame, il lui liif présenter les armes à Tnnc , porh'r les armes à l'antre , amorcer , coneher eu joue , faire feu nu ^enou en terre, etc., et à ch.K|ne commandement que le soltlal exécnte , lOftieicr end)rasse la dame. La ronde terminée, rotfu ier fait \v commandement de se reposer sur hs armes , et renvoie le soldat à sa place.
Les trois B.
Le pénitent doit devenir en apparence borgne , boiteux et hosiu. A cet effet , il ferme un ;eil , courbe le dos, et, s'.ippiivant sur uu bâton, il se tient sur im seul piiti. I);ms celte attitude, il va à cl()( lit pied se pctsenter alternativement acb (pie d imedelasocié(é, en (ll>.int : L^n pelii l.n^'r, n^adamp, j,ar pilie , a ce pauvre homme iuanpié
aux trois B. Libre aux dames de lui faire ou de ne lui pas faire Taumone ; celles qui refusent lui répondent ; Dieu vous assiste , et il doit passer outre sans user de contrainte, sous peine de ne point retirer son gage.
Les Marionnettes,
Celui à qui celte pénitence est ordonnée s'assied sur les genoux d'un aulre cavalier , de manière que ses liras soient placés derrière son dos.
Dans cette posilioUjil déclame des vers ou conte inie histoire. Celui sur lequel il est assis est chargé de faire les gestes; pour cela, il fait passer ses hras le long du corps de l'historien , et gesticule comme si lui-même était le narrateur.
Rîen de y>lus plaisant que d'entendre de beaux vers déclamés avec emphase jiar Fun , et de voir l'autre ex<'cuter les gfr^iles qui doivent accompagner cette déclamation.