CHAPITRE II
De l'extérieur de rhoimne du bon ton. Des qualités qui prévieuaent en lui dès le premier aspect.
Les jeunes gens qui entrent dans le monde doivent s'attendre à y trouver des juges sévères. Quelque indulgence que Ton ait pour leur inexpérience, on exige que leur début soit satisfaisant et promette à la société un homme aimable , et de leurs premiers pas dépendent souvent leurs succès ou leurs désastres futurs. La première impression est longue à s'effacer: si elle est défavorable , il leur faut quelquefois bien des années et bien des soins pour
(^7 ) opi-r«*r l<nr rcliahllilation. Lrur é<lncatitMi soci.ilr roinnirn^Ntiil en ( c nionuMit , ils nr saurait'iit irj:;l( r a\rc trop (!•' i»t)iii k'iir roiuliiilc d'après leur âge, Icui profession c[ \v ran^; qu'ils ticiiniMil dans lo mon 1«'. Qii ils s'allachrnt donc a acquérir ces «pialilés cxlérieiircs qui phtisent au prcniior coup d'œil; car, coiiinic ]c viius di- \c dire, c'est trop souvent la première impression qui décide : làclions qu'elle soit à notre avantage.
Les vetemcns doivent être conformes au goût du plus grand uombn;. Sans se rendre esclave des modes du jour et sans les rejeter avec dédain, on doit les suivre de loin et se mettre s**l(m son état , sans recherche et sans aflcctation.
Ce que je recomniande, par dessus toutes choses, est la plus grande propreté ; la négligence dans sa personne ou dans ses vètemens ajinonce un de-
( 28) faut d'ordre et d'activité, supposé une indolence impardonnable, décèle un homme qui ne sent pas la dignité de «on être, ou qui, par mie bizarre affectation, veut passer dans le monde pour singulier ou indifférent.
Une assurance modeste est la qualité la plus précieuse que Ton puisse acquérir. Il faut mettre de l'aisance dans son air et dans sa démarche , et les dégager totalement des mauvaises habitudes que Ton pourrait avoir^conservées de l'enfance ; il faut se présenter avec des manières naturelles, gracieuses et nobles, qui disposent avantageusement.
Il se rencontre dansle monde des jeunes gens qu'un rien déconcerte : toujours embarrassés, ils entrent d'un air incertain ; on voit dès leur abord qu'ils sont mal à l'aise; interdits et préoccupés par la crainte, ils perdent conlenance. Qu'ils domptent cette timi-
dite qui p.ir.ilysc Itnirs inoyeiu; f|ii ils <)[)[)cllriit lin |H M d'aïuonr-propre à l(Mir .'nil(* ; (]u ils exainiiKMit d iiii cou[> cr(vil le temps, le lieu, les personnes, la (hoic dont il est question; et souvent le tribunal dont ils craignent Ici ju;;emens ne leur paraîtra point aussi redoutable, et sa suptM'iorilé ne leur semblera pas aussi prouvée.
Ltcs manières gaies, vives et même im peu résolues, vont bien aux jeunes gens , et sont l'apanage de leur agc ; qu'ils en jouissent donc sans scrupule.
INlais (ju ils n'afiertent point un air fanfaron ou cilroiilé; qu'ils évitent au contraire tous les tons et toutes les manières incompatibles avec les usages adoptes.
Le meilleur moyen que les jeunes gens peuvent avoir tle se former pronq)tement est de prendre pour modèle un bommc poli. lU le verront cou-
server dans sa déniarche , son gcsîe, son maintitn, dans lont son extérienr enfin, comme dans toutes ses actions, cette mesure, celte proportion, cette grâce qui lui attire les premiers regards. C est à cet instant, peut être unique dans la vie, où les jeunes gens, délivrés du pcdanlisme de leurs maîtr(S, sont disposés à se laisser éclairer par une lumière [)Ius douce, qu'ils doivent s'accoutumer à cette grandeur, cette noblesse, cette dignité dans les manières, sans lesquelles on ne saurait parvenir à se faire considérer dans la société.
Que lesjeunos gens prêtent attention aux actions et à la conduite dos personnes qui coimaissent le monde , ils ne tarderont pas à s'en rendre les règles familières et la pratique aisée. Bientôt leur air emprunté et gauche, ou l'air compassé qui décèle les efiorts et le
f rav.'iil , sora reinpl.icé par relie nisanrf qui donne nu maintien et aux actions la prace et la liberté qui leur sont ï\6cessAÎres.
L'air agréaMc et insinuant, l'ahord {gracieux, sont des dispositions favorables qui sont toujoius sures de nous attirer la bienveillance des antres, de s'insinuer dans l< nr nmtà, d'y faire naître un certain préjugé en notre faveur, et souvent de s'en rendre maîtres, tandis qu'un air renfrogné, la rudesse, la grossièreté, inspirent d'abord de l'éloignement , et font souvent naître à leur suite la défiance, le mépris et la haine.
Chacun a le droit d'exiger qu'on le reçoive et qu'on l'accuoille avec civilité, et [)prsonne n*a absolument la liberté d'agir en tout et partout coninîe il lui plaît. II y a des règles qui obligent à garder un certain décorum , qui
est précisément ce qu'on appelle le savoirgvivre. On ne doit point vouloir jouir de tous les avantages de la société , sans fournir Son contingent. Or la vie sociale n'est que le sacrifice continuel de nos volontés, de nos caprices et de nos intérêts personnels: il faut donc, quand la circonstance l'exige, remj)orter sur soi-même de pénibles victoires. Sans doute il ne faut se présenter dans le monde que quand on est dans des dispositions heureuses ; mais quand notre devoir nous y conduit quelquefois malgré nous, il ne faut point y traîner l'ennui qui nous accompagne ; il faut dompter notre mélancolie, et, si nous le pouvons, conserver tous nos avantages.
L'humeur nous rend quelquefois grondeurs et bourrus; l'orgueil, dédaigneux et méprisans; la vanité, satiriques et railleurs... Si nous entrons
dans If runnile avor cvs (îrfanls, nous vn soiiiiiH's la |)«'slc rt rt'tliol : nous ne siuirions trop toi nous en dclairr , certains (pu* nous serons <li' réussir toujours quand nous serons guidés par le désir dr plaire.
Nous voyons que, pour posséder ce qu'on appelle lair du monde, il faut joindre, aux a^rcniens du maintien et du geste, d'heureuses dispositions du eor[)s , une expression gracieuse du visage, une éloquence du regard , et , dans toutes les actions, une grâce et une aisance qui fassent de nous un ensemble accompli dans chacune de ses parties.
Il n'est rien eu nous dont une politesse bien entendue ne puisse tirer un parti avantageux pour notre amourpropre, comme aussi il n'est aucune qualité dont on doive nous savoir gré, si nou5 n'y joignons celle qui donne
du prix à tentes les autres , et qui est encore la politesse. Sanselle, n'espérons ancun succès ; elle seule sait habilement profiler de mille occasions pour dire un mot flatteur, rendre des petits soins que l'usage du monde fait apercevoir.
Dans ces circonstanCv.s, le vrai talent d'un homme du monde est de cacher son adresse , et de faire en sorte que tout en lui semble naturel : sur sa physionomie se peignent la bienveillance et la modestie , dans ses manières se décèle l'heureuse habitude des attentions et des prévenances.
Un jeune homme doit, dans le discours, mettre un ton de douceur qui y répande ce charme insinuant qui touche plus encore le cœur qu'il ne séduit les oreilles. Toutes ses paroles doivent être des expressions destime avec ses égaux , de considération et de
rc5pcrt nvrr srs snprriiMirs, et do liimvrill.-mrravrrsrsinftTirnrs. Un hornnie Mm rlrvc, c|tm'I <\\\c soil son r.' n^ , n';«rr;il)lr pas de sa siiprriorilr cr\\\ rpii rrinirdiniru! ; «1*1111 acrrs ainiaMc it farilo, il in« f à 1 aiso mi^ qu'il reçoit , iriir «Idiiir fois 1rs cn^oiirafrPiiK us C|iic la liniiditr hiirr iid luccsairos; et rln 7 l»^s .'Uirrs, nirme d'un r.ngtrèsinfcritiiraii sien , il porte le respecl que Ton doit an niaitre de la maison.
Depuis qneUjiK s ani)res on a harni avec raison, <ln moiiùe l)ien élevé, ce cérémonial faslidienx et long, ces façons inutiles «t insupportables qui entraient autrefois dans le code de la bonne compagnie. Les usages de nos jours, fondes sur \r bon sens, ont pris quelque chose de plus aisé, cl la politesse, pour être moins cérémonieuse, n'en est pas moins respectueuse. 11 faut s'accoutumer à porter avec grâce les
entraves légères dont elle nous charge, mais il ne faut pas se forger mal à propos de nouveaux fers, se créer de vains scrupules , se rendre esclave du cérémonial jusqu'à s'en troubler l'esprit, et devenir incommode à force d'exactitude.
Un antre défaut à éviter est de pousser la politesse jusqu'à l'exagération , et de fatiguer les gens à force d« prévenances, par la crainte de n'en point assez faire. Fuyons tous ces excès : la civilité doit être libre , naturelle , et jamais façonnière et scrupuleuse.