‹ Manuel de l'homme de bon tonChapitre 4 sur 18 · CHAPITRE 11 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11 I

Des Fi-mnies. Avantages qu'un jeune homme retire de leur sociéttî. Ues égards qui leur •ont dus.

Les femmes ont , sur notre sexe , Ta vantage d'être beaucoup plus promptemcnt au courant des usages de la société. Leur esprit plus rapide, plus observateur, leur tact plus délicat et plus fin, les leur fait deviner plutôt que les apprendre. Aussi voit-on dans des cercles de très jeunes personnes répondre avec une assurance pleine de grâce et de modestie à toutes les questions (jui leur lonl adressées , tandis que iks jeunes gens, qui leur sont supérieurs par l'âge cl l'instruction , sont souvent

fort embarrassés de leur personne. Il faut convenir aussi que les femmes , beaucoup plus tôt formées que nous , sont présentées clans le monde , et y jouent déjà le rôle d'observatrices , à un âge où nous balayons encore la poussièie des bancs du collège. Leur caractère d'ailleurs les rond beaucoup plus tôt sociables que nous. Créées pour aimer et plaire, elles acquièrent promptenient, et même apportent avec elles, en entrant dans la vie, les qualités qui nous les rendent chères, et qni font rechercher leur fréquentation avec un empressement et un plaisir dont nous voudrions vainement nous demander la cause.

Kien n*esl plus utile , pour former un jeune homme aux belles manières, que la fréquent fition des femmes qui joignent à 1 instruction les qualités du cœur et la pureté des mœurs. Heureux

celui qu'elles prolè[;enl î il fera dans le rnutide un cheiiiin brillant «t rapide.

Leur société accoulunie un jeune iioiunu* a inclire de réiégance et du goût daus le choix <le ses expressions. Plus indulgentes que notre sexe, les fenuues lui partlonneronl ses fautes, Je mettront à niêinc de n'en plus commettre; et cela avec des ménagemens bl ilélicats, que la leçon lui devienilra profi'ahle sans jamais être ofTensante , et quelquefois sans être aperçue.

Le désir de plaire , que nous avons considéré comme la base des relations sociales, devient auprès des femmes plus impérieux et plus exalté; il nous porte à des actions beaucoup plus grandes et à di's victoires beaucoup plus brillantes que ne le ferait tout autre sentiment. Près (\es fenunes, nous sentons notre ame s'agrandir, le cercle de nos idées s'étendre ; nou5

acquérons les vertus qui nous manquent , et nos mœurs s'embellissent d'une aménité que la société des hommes ne leur eût jamais donnée.

Livrées de bonne heure à leurs propres réflexions , les femmes ont dû , avec ime organisation beaucoup plus délicate que la nôtre, être plus portées à la tendresse. Aussi chacune de leurs expressions a quelque chose d'affectueux et de bienveillant; chacune de leurs pensées est un sentiment. Il résulte de là que leur conversation est toujours remplie de charmes, que leurs observations sont toujours fines, ingénieuses et justes surtout. Dans une discussion qui aura pour objet le sentiment ou le goût, choisissez-les pour juges : elles ne se tromperont jamais; elles sauront trouver des rapports si déliés , si délicats et si fins, que nous ne les aurions jamais soupçonnés. La

iintiiiT .^rml)lr avoir \)\^rv dnns lewr esprit ton! ce qu'il faut pour rnulrr la $<)rirl<* lirlirirusr , surtout f|uau(l rllps sr ioutcntcut «l'ctrc ellcs-nirnies, sans préfoiitions et sans celai emprunté.

Les femmes flont la sorictr rcmvient aux jruncs pcns ne sont pa« toujours les plus belles , ear il est rare que la naturr ait orné le même sujet de tous SCS dons à la fois. Des femmes orgueiU leuscs d'une heaulé que l'âge att.'ique tous les jours , qu'une maladie peut leur enlever tout-à-conp, certaines de plaire au premier coup d'oril, négligent trop quelquefois les (pialités estimables qui leur sont plus nécessaires encore ; leur conversation alors est insignifiante et futile. La mode du jour, le roman ou la pièce de llu-àlro en vogue, voilà le texte sur lequel s'exerce leur parlage, hélas? et soirvent sans esprit et sans goût. Suffisamment flattées

dVn imposer par un séduisant extérieur , d'émouvoir les sens , et d'allumer des désirs par une toilette savamment raisonnée, elles n'imaginent pai d'antres triomphes. De telles femmes , loin d'être utiles pour former des jeunes gens aux belles manières , ne sont propres qu'à les mettre dans une mau* vaise route, en leur persuadant que les frivoles occupations qui font leurs délices sont celles de la bonne société , et que le ton futile avec lequel elles ont coutume de traiter les choses les plus sérieuses est celui du beau monde. 11 faut donc les voir comme de jolies poupées , mais ne leur demander ni leçons ni conseils.

Le désir de plaire aux femmes a donné naissance à la galanlerie , qui n'est près de certaines d'entre elles qu'un babillage importun et fatigant,

r! auprès <lrs antrrs qu'une polifessf plus atl(Mitivr el plii5 tlclicato.

<^)u im jrunc hoiniiie, qu'un Français, pour suuirnir la n'ptitalion de sou pays, soit palaul auprès «K's fommes; qu'il passr à quoiqurs unrs d'entre elli's leur ligèrelc et leur éluurderie , qui smit souvent ini charrue de plus en elles; qu'il ferme les yeux sur leurs faulaisies et sur leurs fuiblessi's : une exi^enr(* immodérée qui serait couronnée de succès , en leur enlevant quelques imperfections, leur enlèverait peut-être quelques agrérnens. Il ne faut souvent qu'un défaut à une femme aimaMe pour l'être encore davantage.

Un jeune homme, pour se former aux helics manières et s'arqu»rir une r«-pijlation de politesse, doit faire tous ses efforts pour se leiidre aj^réahle aux femmes. Ou'il prenne avec elles un ton de douceur et de respect, qui ne

manque jamais de plaire; qu'il ne se montre jamais familier en public 3 car les femmes , quelles que soient les privautés qu'elles accordent dans le têteà-tete , veulent être respectées devant le monde ; qu'il redouble de petits soins , d'égards , de complaisances , mais qu'il ne pousse pas ses attentions au-delà des bornes; qu'il soit le serviteur des femmes, mais qu'il ne soit pas l'esclave de leurs caprices. Portées trop souvent à reculer les bornes de leur empire , elles traitent avec hauteur ceux qui s'humilient trop devant elles.

Il est de mauvais ton d'assommer de douceurs fades et eimuyeuses toutes les femmes que l'on rencontre, sans faire distinction de l'âge , et du rang , et du mérite. Ces fadeurs, qui amusent quelques femmes légères , ennuient à la jaiort une femme sensée. N'allez paj»

( /ir^ )

fairr par.KÎr d'une iTiidilion fotitr frntcli«"iinMit acjjuiso au «oUigr ; «vitcz, (i'avitlrcuuuyrusrmciit raison, (Mqirou- ▼ant tout (M* qu(' vous dites, c<)n)nie on prouv»! un ihcoiènic cil gronirtrie; n'ayrz. pas I.» nialadrrsso <lr louer avec cxa^t'ratiun la beauté et les talens d'une femme absente, en présence de celles qui ont la prétention aux mêmes suffrages, (^ue votre conversation soit avec elles vive, piquante et variée, et, s'il le faut, un peu folâtre. Traitez. légèrement tous les sujets, et ne prenee de chacun d'eux que ce qu'il peut avoir d'amusant. Souvenez-vous que les femmes ont l'imagination très active et l'esprit d'une étonnante mohilitc*. (}ardez-vous de continuer trop long temp« la conversation sur le même sujet et de l'épuiser : vous leur procureriez uq ennui qu'elles ne vous pardonneraient jamais yue les sujets de votre couver-

satîon aient toujours avec elles quelque rapport prochain ou éloigné. Dites de« riens, des bagatelles; mais que tout cela soit dit avec esprit et avec aisance. Les femmes aiment à plaire : et leur témoigner qu'elles sont parvenues à ce but est le meilleur moyen de leur faire sa cour. Leur amour-propre est singulièrement flatté du bien qu'on dit soit d'elles , soit de leurs ajustemens qui sont la pins chère partie d'ellesmêmes. Dire à une fennnequesa robe est mal faite, que la couleur ou la forme de ses garnitures n'est pas du meilleur goût, que sa coiffure ne lui sied pas, ou seulement ne donner à toutesces important es bagatelles qu'une admiration froide et tranquille , est le moyen de s*en faire délester. Soyez donc toujours prêts à direquelque chose de fl.itteur et d'agréable sur tout ce qui les intéresse et leur plaît -, elles ne se-

roiit pas exii^oaiitcs sur la valiMir cl la sinrcTilr «II* vos loiian^rs; rlh's vous proiiilroitt \il(» an iiuil , cl seront aiscnuMil dupes tluii tour d'esprit qui , ne leur laissant a()crccvoir qnc la superficie des chos<s , rakcssc Irurs goûts favoris.

Partout où il y a des feiumcs, il leur a()par(ient <le choisir le sujet de la conversation; I art d un honinie de Ixm ton consiste principaleiniMit à la varier, et à l'amener adroitement sur un texte propre à faire briller leur esprit et leurs connaissances, sans jamais la laisser s'arrêter long temps sur un objet qui ne leur présente ni intérêt ni curiosité.

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