CHAPITRE IV
Des Visites.
Les visites ont pour but de rapprocher les hommes les uns des autres, et d'établir entre eux des rapports plus intimes que ceux que les affaires ou l'intérêt peuvent momentanément faire naître. Elles sont de deux sortes : les unes, qu'on a nommées çisiies de cérémonie ^ sont imposées par l'étiquette.
Méthodiques et régulières, elles sont un devoir que l'on remplit , ne supposent ni n'amènent le plus souvent aucune liaison intime. Les autres sont des rapprochemens familiers et amicaux dans lesquels des personnes , dont les goûls et les mceurs ont entre eux
iincMloin ivsyrnpalliir , rhrrrlirnl, (L^iu cltvs riiln tiriîs où rè«;iH! raniilic, iinn «iislr.u linii .ni\ Irav.inx il nu adoucisseinnit ,m\ |)fin«'s <!«• I.i sio.
Il est l)()ii d,' s Cutcmlro sur \r mot ainitii', tri (pion le jtrtMui ( oiinininc'lUi'Mt dans le inoinic l/ainili('> nVst point, dans la sorirlé, ce senti meut oxclusif, confianl (]ui < onfond diMix c(rurs v\\ on scnl , qui f.nl que dcox anics pensent , soutirent et se consolent enseinhlr; ce n'est point ce sentiment délicieux qu'un cœur tendre cherche quelquefois toule la vie. On ap})elle coninuHiiiment amis, dans le monde, fous ceux avec lesquels on a des rap[)roche-i mens plus intimes et des relations plus directes, et dont on fait hahitucllc-:
ment sa société.
Dans Ics visites de cérémonie , ou est forcément obligé de {garder im certain décorum, de s'assujettir aux règles
id'une étiquette souvent gênante , dont on se dispense, sans imoolitesse, dans les visites familières, parce qu'elles entraveraient cette aimable et franche liberté q\ii fait le charme de la société, et qui en est le lien le plus ort.
Je vais indiquer quelques préceptes généraux qu'il est du devoir de mettre en pratique , non-seulement dans les visites, mais aussi dans toutes les occasions qui rex>gei]t.
Quand on a une visite à rendre , il faut choisir avec attenlion le moment favorable aux personnes que l'on doit visiter. Se présenter à l'heure où leurs afiaires exigent rem|)loi de leur temps, arriver au moment du repas, serait courir le risque d'être importun, commettre une impolitesse et sembler venir quêter une invitation. Il faut , pour arriver à propos, consulter les usagis .et les habitudes locales.
Si von^ montC7. (\vn <lr;;rt*5 fi qno vous arroinpni^nii'z drs personnes à qnî vous «levez, resperl , la hienst'anrc exi^çc que vous les laissiez passer devant vous, ou (|ue (1(1 uioius vous leur rédie/. le Coté le plus commode de l'escalier, qui PSi celui de I.t inuradle. Si re sont des dauu^s, vous devez oiTrir la main à la plusàf^r-e, à qui cet honneur appartient. Dans le cas où une dame descendrait pendant que vous montez, la l'olitcsse commande que vous vousarrètirz, mettiez le chapeau has, en lui cédant le coté le plus commode , et ne continuiez à monter cpie cpiaud elle sera passé*.
Ou ne doit jamais entrer, sans en avoir reçu l invitation et sans avoir été annoncé. S'il n'y a [lersonne pour vous introduire, il faut frapper légèrement à la porte de ra[)partcment , et laisser écouler quelques iust ans a vaut d'ouvrir, à moins que du dedans on uc vous fasse
rinvitation d'entrer. Il peut arriver que le maître de la maison soit retenu pour quelque affaire qui ne lui permette pas de vous recevoir déduite 3 il faut alors attendre avec politesse, et en demandant pardon d'avoir mal choisi votre instanl. Pendant que vous attendez, il est du devoir du maître de la maison de vous envoyer quelqu'un pour l'excuser, et vous entretenir jusqu'à ce qu'il puisse vous admettre.
Ce n'est plus que dans les conic'dies, et pour en faire sentir le ridicule, que l'on voit cet assaut de politesse gothique pour savoir qui entrera le premier. Un homme poli doit d'ahord céder le pas aux dames, il leur appartient partout; ensuite au rang, à l'âge. C'est s'annoncer conmie un provincial snns usage et sans politesse , que de se retirer en arrière lorsque, en se rendant d'un appartement dans un autre,
on vous prie de passer Ir pmnitT, N»' VOU6 tklciuU'/. pas (II' I lioimrur qu'on vous lait ; p<issc'7. m saluant cl m djs^iiit (pu* vous 110 le failcs ([im (lar obrissancf.
Après les salulalions il 1rs cc/inplinicns irnsa^^Cf le maître Je la iiiaisou fait offrir des siéj^es, et coiuiiiit à la place la plus liDUoraltle et la plus coinuioile la personne cpii lui rend visite , ou la dame la plus âgée , s'il reçoit plusieurs personnes en même ti rnps.
On doit offrir des fauteuils à tonte la société; les dames les acceptent toujours : les Iiommes doivent remercier et ne prendre que des chaises , si ler maître de la mais»)n n'a qu'une chaise pour lui-même.
Conservez sur votre siège un maintien honnête et décent, sans vous renverser en arrière, sans hadiner avec vos gants, les breloques de votre montre.
( 54) Evitez de frotter vos mains, de faire craquer vos doigts. Ne conservez aucune des mauvaises habitudes que prend un sot pour suppléer à l'absence des idées.
Sachez engager la conversation avec esprit, et amener adroitement un sujet propre à distraire et à faire trouver court le temps que vous avez à donner à votre visite. Ne débutez pns, comme un sot , par une dissertation ennuyeuse sur la pluie et le beau temps; ne demandez point si on sait la nouvelle du jour, si on a lu la gazette ; en un mot, parlez d'une manière agréable et non pas pour dire des riens.
Quand on reçoit une visite à contretemps, il est du devoir de ne point laisser ses amis s'apercevoir que leur présence est gênante; on ne doit montrer ni impatience ni ennui. Il faut au contraire faire les honneurs de sa mai-
son avoc ijr.icc, ri sontrnir la convcr s.'ihDii tl uiir inaiiièrc ai.sc»'. Qiiamî nn vent Irnninrr l.i \i>lt(', le in;iilrc de il maison laii>Mî intcrruniprc la conversai ion sans la reprendre : il est du devoir des étrangers de se rclircr alors. S ils ne coniprennenl pas , le maître se lève, et ce sij^nal est , pour les visiteurs , celui de la retraite.
Si vous êtes présenté dans le nio-»
ment où la personne à qui vous rcndcr visite se dispose a sortir, à se mettre à table , ou est en la con)pagnie de personnes étrangères, ne restez qu'un temps très court. Dans le cas où, vous admis, on introduirait \me nouvelle personne, comme il se pourrait qu'elle ait à parler' d'afTaircs qui ne doivent point être disculées devant témoin, la civilité exige qu'après queUpies mots de politesse vous vous reliriez, en invitant le maître de la maison de ne point
se déranger pour vons reconduire.
Si cependant on vons dit que vons pouvez rester , qu'on n'a point à s'entretenir de choses secrètes , s'il vous convient de rester encore, voiîs pouvez le faire.
Que votre air et votre langage soient toujours en harmonie avec les circonstances où se trouvent les personnes que vous allez voir. Si vous rendez une visite de condoléance, \otre air doit être sérieux; vous devez donner à votre expression un ton d'affection et de sincérité qiii marque conihien vous prenez part aux revers (It)ut vos amis sont frappés. Leurs plaintes, quelque longues qu'elles puissent être , ne doivent jamais paraître vous ennuyer. N'oubliez pas que la douleur est prolixe et dilVusc, qu'on allège ses peines en les racontant, et n'enviez pas à un être souffrant un nionieut de consolation.
5>i vntrr visiti' .« pour hiit de fiTiriter iiii ;nni sur un mai i;ige , sur ta naissance d'uii cnr.uil , a\(*7, in» i.lr de sntistaction it ilf plaisir; qu'un lise sur votre visage (juc vous parlagrz un bunlieur dont \otre ami est lavorisc.
Les visites doivent être mesurées^ Celles «le rérénioiiie sont ordinairement trrs courtes; les autres ont une longueur proportionnée à rinliiuilé qui règne entre les personnes : mais, dans tous les cas , il faut les calculer tellement que Tami à qui vous les rendez les trouve encore trop courtes.
Celui cpji reçoit une visite doit reconduire la personne qui la lui f.ùt jusqu'à la porte d'entrée de son appartement , tenir la porte ouverte , et suivre la personne des yeux jusqu'à ce que celle-ci se soit retournée pour faire le salut d'adieu. Si l'appartement n'est pas au rcz-de chaussée, et qu'on ait
( 53) reçu une dame , la politesse ordonne qu'on lui donne la main pour descendre les degrés ; si elle a une voiture , on doit l'aider à y monter , et rester sur la porte extérieure , jusqu'à ce qu'elle soit partie.
Il pourrait arriver que vous eussiez à la fois plusieurs personnes chez vous en visite. Si Tune d'elles s'en allait, et que les autres demeurassent , il serait à propos de voir ce que sont , à votre égard , les personnes qui restent et celle qui s'en va , afin de conduire ou de faire compagnie, suivant ce que vous devez de considération et de respect aux unes ou à l'autre.
Je donnerai pour maxime de politique , plus encore que de politesse, cette recommandation-ci. Quand vous ^tes admis chez un grand dont vous voulez ménager la faveur, n'oubliez pas de lui rendre visite de temps en
temps, pour vous rntrctcnir dnns ses bonnes gr«iccs , Siirloiit si vous shvqz que volrc presonce lui est ;»pré;«l)le.
J^ursquc vous avez éCii invile à un repas , a un liai , a un concrrt , a nue soirtr , et que \ous vous vAqs rendu à rinvilation , vous devez une visite aux persoinies (|ui vous ont admis. L'usage est de la faire dans la huitaine.
Si uii .uni NOUS i\\\t «lire cpi'il est arrivé d un voyage, de la campagne, et en même temps qu'il ira vous rendre ses devoirs aussitôt qu'il saura l'heure et le jour où vous pourrez le recevoir, ne prenez pas à la lettre celte lionnèteté; il est très bien d'y répondre en prévenant vous-même sa visite.
Si vous ne le pouvez pas sur-le-champ, faites- le féliciter sur son retour , et priez le d'agréer vos excuses , si vous n'allez pas Nous-nîérae lui jjorter vos complinieus. Ce cérémonial , il est
bien entendu , ne peut s'employer qu'entre personnes d'nn rang égal; car il serait ridicule qu'un i nférieur fit prévenir une personne d'un rang plus élevé que le sien , ou une dame , pour en recevoir une première visite. C'est à lui , dans ce cas, d'aller les voir, et de leur apprendre son retour.
Comme les visites ont pour but d'entretenir l'amitié entre les personnes dont le rang, les inclinations et les miieurs ont des ressemblances nombreuses, ce serait non seulement blesser la civilité, mais encore manquer à l'amitié , que de ne pas visiter ses amis dans toutes les circonstances où l'on doit prendre part à leur joie ou à leur tristesse. Ce serait encore manquer à l'usage et au devoir , de ne pas se présenter au renouvellement de Tannée cbez ses parens d'abord , ensuite chez ses protecteurs , chez ses amis ,
( C" ) rs ( Iic7, Ions ri \ix <]iii nous ont marqué <le la huMJVcill.'uirr.
D.nis rrltr circonstance , cVst la porsonnr «In rang infcrinir «jui doit faire la pniuièrc visite ; les autres ont le mois pour la rcn<lre.
Si vous formez dans le monde de nouvelles connaissances, ne nc«;lij^cz pas j)(>iir cri.j 1rs .iiicicnnes; ce serait pavci- par de 1 ingralitude les plaisirs que leursociélé vous along-temps procurés» et l'on ne vous pardonnerait pas cette condamnable insouciance. Voyezles aussi souvent que vous le pourrez ; et si vous avez moins de temps qu'autrefois à leur accorder , faites en sorte <]u\*llcs irattrihuent pas à un refroidissement la l)riéveté de vos visites.
On s'acquitte des visites de civilité en déposant chez le concierge , on entre les mains d'un domeslique , une carte sur laquelle ou cciit son nom.
C'est ainsi qu on fait une visite de cérémonie, lorsqu'on ne trouve pas chez elles les personnes à qui on la rend.
Depuis quelques années on a trouvé à Paris un moyen très commode de s'acquitter de ses devoirs, sans embarras et sans déplacement. Une administration se charge de remettre à domicile les cartes de visite, moyennant une légère rétrihution.
C'est un devoir essentiel de rendre les visites qu'on a reçues; y manquer serait une marque impardonnable de dédain. Cependant il est blâmable , entre personnes liées d'une manière un peu intime, dii tenir un compte courant des visites dont on est débiteur ou créancier , et de cesser de voir une personne , en attendant qu'elle vous rende une visite que souvent elle ne sait pas vous devoir.
Si vous ne vous souciez pas de faire
pliH iiiliiiic ronii;n.ssanrc «vrc niic personne de (}iil vous avez le^ii une preniière visite, vous n'èlcs point pour cola dispensé de la lui rt^ndrc! ; niait alors vous vous en tenez là , et vous n'en faites pas de seconde. 11 est d'usage que la personne qui a reçu et rendu la première visite en lasse elleiiiènie une seconde, quand elle a lintention d admettre à sa familiarité celle qui a fait la première démarche.