‹ Manuel de l'homme de bon tonChapitre 6 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des cercles , et de la conversation.

Quand on a le dcsir d'être admis dans une société et d'en faire partie, il est nécessaire de s'informer d'avance et très particulièrement du caractère, de l'âge , des mœurs et du rang des personnes qui la composent ; il serait bien aussi de connaître les principales circonstances de leur vie, pour éviter, dans la conversation , de blesser leur amour-propre , ou de leur rappeler quelque souvenir désagréable , ou enfin de laisser , [>ar ignorance, échapper des discoiu's qui semblent faireallusion à quelque événenienl qu'elles vou-

flraiciir r.»iro oiil)li< r. Ancc rtllc yré'» caution , «ju.nul ou posbiilc l)i(fi Tart {\o sr pnsrnUr, «jur l'on a a((|nis un air (I .lis.mro ^ < t (|u On tj>l «ui ( oniant (le ce <|nc I on <loil lairo v\ dr ce cjue l'on (MMit (lii(> , on pcnl faire son ciltrtM» dans le niond**.

Une fois snr cv p;rand tlnàtrc, un jeune homme doll a|)()orter une attention soutenue à tout ce (jui s*y passe, afin de ne paraître étranger à rien , et de s'approprier tout ce fpii pourrait lui manquer encore. Il est Lien de prêter l'oreille aux compliniens de félicltation et de condoléance , pour connaître quelles formes les personnes de homie société donnent à leurs discours, comluent elles v.;rient leur conduite et leurs expressions, suivant le ranj;, le sexe et l àf^e. La flatterie est, dit-on, aussi vieille (pje le monde, et c'est un appât au(juel ioub les jours on est pris.

Flattons un peu , mais avec discernement et mesure; ne nous rendons pas de méprisables adulateurs : car la flatterie est im mets qui a quelquefois besoin d'être bien accommodé.

Il est des fautes de savoir-vivre qui , déplacées partout, seraient dans un cercle d'une grossièreté révoltante. Par exemple , se curer les dents avec une plume, fredonner un air , bâiller tout haut ou siffler, se planter devant la cheminée le dos tourné a-.i foyer et intercepter la chaleur à la compagnie , s'étendre dans un fauteuil ou sur un canapé , battre du tambour avec se»

doigts sur quelque meuble , soupirer tout haut, affecter des frissonnemens, chuchoter à l'oreille de quelqu'un , tirer des papiers de sa poche et les lire, regarder à sa montre l'heure qu'il peut être, sont autant de mauvaises habitudes q\ie l'on pardonne quelqucluis

(Inns une sorirtr privrc , mais «Ion! on doit M' <lt l.ilrr qu.md on frjMjin-iite le grand monde.

l\irc avec de» <^el.'ifs inimodérôs est 1.1 ni.'\r(jue la pins inlinu» d'nne mauvaise étlnraliiii. Ce rire exiravapant , (joi n'appartieni cpTa la dernière classe de la sucieté , est un assortiment de grimaces, de sons inarlicnlés , \me convulsion générale et ridicule qui réprouve le bon goVit. Un homme bien né sourit plus qn il ne rit ; et qua:.d l'empire du rire le domine, il s y soumet avec modération, et dans les circonstances où la gaieté de la conversation ou d'uu bon mot le furce et l'entraîne.

Il arrive quelquefois que l'on est chargé d'une conmussion désagréable.

11 faut savoir s'en acquitter <le telle sorte qu'on ne puisse en savoir mauvai» gré ; il faut que les ménagcniens

et le choix des expressions fassent passer tout ce qne l'on a de pénible à dire, comme aussi il est du devoir de donner, par la grâce que Ton y apporte, quelque importance , la plus petite ba^^a telle. Relever un gant est une chose bien insignifiante -, cependant le faire et l'offrir à une dame peut être accompagné de manières tellement aimables, qu'on daigne attacher quelque prix à cette action.

A force de chercher des manières gracieuses et des mots spirituels, il faut prendre garde de ne pas devenir maniéré et de ne pas tomber dans l'afféterie. Clouer de l'esprit à chaque phrase est le moyen d'ennuyer à la longue, et ensuite on n'est pas certain d'être toujours heureux. Dans un vaudeville qui fit courir tout Paris il y a une vinglaine d'années, un des perîJuniKiges présentant une rose à une

]v[U)c pcrsoniu' , iui (Jis.iil grariciistî" nuiil ; •• Jt» vous iiiuls a ndus-iuciih». m Il lui «lls.iil uiir iiiaÎM'rîc , «lautant plus j^raiultî qu'rllf a lair de \()nl(jir ^tre spirlliu'Ilc. Voila ou la inanir d»! vouloir mcllrc «le ri\sprit p.uhuit a coiuinit (irs auteurs lirs disliii^urs , et peut «•oiitluir»' uu lio t uic «lu moiulc. Si <picl(]u'uii «iv la roinpa{;!ii«' mon tre un hijoji ou une larelé de pii\ ou do curiosité , ne soyez point empressé à vous eu saisir ; allendc /, que Ton le passe jusqu'à vous, et ne cherchez pas des raisons pour diminuer l'importance que sou possesseur y alt.chc : vous seriez impcdi ci seml)Ieriez jaloux. Ne vous épuisez pas non plus en louanges exagérées : vous par.. liriez n'avoir jamais rien vu. Monlii-z sous équitahle, et ri( n de plus. Ka plupart des jeunes ^ens , quand les vieillards discutent , décident avec une haixliessâ

( 70 ) et un sang-froid imperturbables ; maïs il arrive que leurs arrêts suprêmes sont souvent cassés , et que messieurs les juges imberbes sont reuvoyés à l'école.

Ne les imitez pas ; et si on vous consulte sur une chose que vous ne connaissiez pas , avouez votre ignorance , plutôt que de porter un jugement qui la décèlerait bien davantage , et qui vous exposerait à des railleries.

Dans le choix des amusemens , consultez moins votre goût que celui des autres, et rangez-vous à l'avis de la majorité. Celte condescendance est un devoir. Pûen n'est insupportable comme ces esprits de contradiction qui ne veulent rien de ce que veulent les autres, et repoussent tous les amusemens, même ceux qu'ils auraient proposés , uniquement parce qu'ils ont été choisis par une autre persQfine.

Gardez -vous de paraître sombre et

mysliirinix .m nillimi ^lnn rorrle on vo\is croira boiH)çi)iiiu'ux (f lonrho. Soyox réservé, ayez iiiéinr un .tir de pravitr, si vous li'rlrs plus d.tiis l'.'igc (le l.i j«Muu'ssc. CuiiSi!rvez de la dignité dans le geste, «1. mis le niainlien, et jusque dans le sou de la voix ; uiais garde/* vous d»' |)rrn<lr»» pour de la dignile un air fur et hautain ; l.i fierté ne sietl à personne, elle est l'apanage des gens médiocres, amis des pelites ressources et d'une vaine représentalion. Celui de nos rois qui trouvait du plaisir à découtenancer, par un air de fierlé, ceux (pii l'approchaient pour la première fois, n'eut p^ss ohleini 1^' litre de grand, s'il n'eut eu que de seinhlahles petitesses dans l'esprit.

orardez-vous d'apporter une figure chagrine dans une soeiélc Joyeuse, et delïaroucher , i\ès votre ahonl , les jeux et les ris. I\c pr.n.z pas non plus

( 7=) nn ton folâtre , et un air joyenx et léger, dans une société compostée de personnes graves, occupées de choses sérieuses; ne parlez pas de jeux, de diverlissemens devant des gens que ia douleur afflige. Soyez attentif quand on vous parle. Avoir l'air distrait quand on vous adresse la parole, porteries yeux au plafond , regarder nonchalamnieiit une gravure , badiner avec un chien, sont autant d'incivilités; c'est dire indirectement à l'interlocuteur que l'on ne juge pas sa conversation digne d'attention. En général , toute absence d'esprit est une insulte faito à la société.

Quand la conversation est générale , c'est une incivilité d'adresser la parole toujours à la même personne, de lui marquer beaucoup de déférence, et de iiéglig<'r les autres. Il est du devoir et de la bienséance de partager ses égards

cntrt' loiilis 1rs jxTsonnrs (11* In soririr, de fournir a iroitrinnit à chacune d'ontro ri les l'occasion «le di-vrloppcr SCS connaiss«incrs v\ ses talcns. Si <lrnx personnes ont mis en discussion une question quelronqut* , rt si le reste «le la conq>a«^nic lornic* une espèce d'auditoire, que chaque interlocuteur «'coûte l'autre avec politesse, et lui laisse, sans l'interrompre, défendre son opinion jusqu'au bout. Quand il a fini, que l'on reponde ave(* modération, sans chaleur et sans emportement, et que Ton montre, avec des njënagemens pleins de délicatesse, dans quel point de son raisonnement il s'est trompé.

N'attribuez jamais une erreur à un défaiit d'instruction, mais à une faute dr mémoire qui ne rend pas, pour le moment, présente à l'esprit telle chose qu'on s^nt aussi him (jue vous.

Si vouschercliezà faire comprendre Îl quelqu'un une chose un peu abslraile

. ( 74 ) c[u*il ne saisisse pas sar-le-champ et qu'il vous prie de répéter , n'accusez pas son intelligence , mais bien vous-même qui vous êtes mal exprimé, et recommencez complaisamment en vous servant d'expressions plus claires encore que les premières.

Ne faites pas parade d'une vaine érvulilion de collège, et ne briguez pas la réputation de savant, en employant des mots ou des locutions empruntées à des langues étrangères, des termes ce science inconnus aux gens du monde; vous n'êtes pas compris si cette manie-là vous domine , et vous passez pour un pédant. Quel que soit le sujet de la conversation , proposez votre avis avec modestie; si on le combat, défendez-le avec sang-froid et d'un ton doux et affectueux; si vous avez tort, cédez le terrain de bonne grâce, et ne soutenez pas un combat où la défaite

6iTa il'aiil.inl iiuinilianlr que la dcfrnsc aura cto plus Ionique. Si iiu^ino la cliusc cil question t'sl i\i* pru (riuiportaiicc, r(MK/. enrurr , hirti qun \ousayi(>z raisou, surtout si votioadvtTsairc est une fcniuip (Ui nii \ il illard.

Ucuilcz votre aiulifoirc alUulifpar le choix du sujet et la grâce de Télocutiou. î\e prenez point votre autliteur par le bouton, par la in.iin; ue lui mettez pas le doi^t dans Testoniac ; ne réveillez [).i> son attention à coups de coude : toules ces puérilités sont de mauvais ton. Si vous parlez bien, il ne vous sera pas nécessaire de prendre un homiue au collet pour le forcer à vous entendre; si vous parlez mal, taisez vous, et ne mettez pas les oreilles du prochain à la question.

Il est des ^ens travaillés du besoin de babiller cpii , n'écoutant personne, coupent iuipito^ableuienl la parole à

(76) tous ceux qui commencent un discours. Si vous racontez une histoire , ils la savent mieux que vous; ils rectifient votre narration ; ils trouvent et vous dictent le mot propre qui hésite à venir sur vos lèvres. Rien de plus ridicule que cette manie.

11 est défendu par la politesse de jamais interrompre personne: si l'on vous fait le récit d'une histoire ou d'une anecdote que vous connaissez déjà , laissez flllcr le conteur jusqu'au hout, et ne détournez d'aucune manière l'attention de ceux qui l'écoutent. Si on vous demande votre avis, donnez-le de bonne foi, et ne paraissez pas mieux instiiiit de la chose en question que le narrateur lui-même. ISle privez pas un homme, qui a l'intention de vous amuser ou de vous instruire , de la satisfaction de croire qu'il y est parvenu.

Jouit stir les mots et se servir d'équi- V0(]iies est l.i ressource d'un iioimiie sans esprit. Si les érjuivoques sont do nattire à présenter un sftis cpii puisse alarmer \.\ j>U(lriir, elles deviennent une insulte jxuir les personnes en présence desquelles on les prononce. Contrefaire les autres, et les livrer iu<lirectenient ainsi, aux sarcasmes d'une société, est d'un méchant. Il est du plus mauvais ton de se faire le houtloii d'une compagnie, et de chercher à l'amuser par l'imitation grossière des manières ou du langage de la populace. On donne à croire, si l'illusion est heureuse, que l'on est moins éloigné de ces manières et de ce langage, que le rang cpie l'on ticTit dans le monde ne semble l'indiquer.

La raillerie, que Ton regarde comme un sel rpii assaisomie et réveille la conversation, doit être fuie, ingénieuse et

(78) mesurée. Les railleurs, gens ordinairement de peu de sens et de jugement , sont des fléaux dans une société : on les redoute, on les fuit et on les méprise. Ce travers ne suppose pas de l'esprit, comme on le croit communémient : rien de plus facile à un railleur, sot et effronté, que de déconcerter un homme de mérite, modeste et peu exercé à des combats indécens ; mais quel est le prix de sa victoire? nous l'avons déjà dit, le mépris et la haine»

Ceux qui semblent applaudir aux traits méchans qu'on lance contre les autres , les méprisent souvent au fond du cœur; mais la crainte de devenir eux mêmes viclimes des sarcasmes d'un railleur les force à donner une approbation apparente à des choses qui leur sont odieuses.

On pardonne une grossièreté que Ton attribuera à inic ignorance dvi

USnf^^s : rn.ns im fr.nl inr( h;<nf , ],\Tïré :i\r( I iiircnhon lucn prcnoiK « i* (jn'i! porte «()\i(), ne se partloimc j.'nn.iis. Il f.tiit (loiir que la railioric soit pit-irie de nirsurc et d'éiç.irds; qu'elle effleure «lue |)i(|n(' j.^n.^i^ ; (|»rell(* provoque le rire, mais jamais n'outragé: il faut recevoir la riposie do bonne grâce , et y applaudir le prcnucr, si elle est ingénieuse et bien trouvée. En général , c'est un amusement très dangereux que la raillerie, mémo entre amis intimes. Il est rare qu'on sache s'arrêter à propos, que la vanité ne se mette pas de la partie, et ne nous lance pas pins loin qtie nous n'avions d'aljord intention d'aller: il est beaucoup mieux do s'en abstenir.

Si l'on a à soutenir les railleries de quelcpi'nn , il (\*;t très mal <le les repousser d une in.iuicrc brutale ri avec des paroles olTensantes; il faut en rire

soi-même , et répondre d'une manière tellement ingénieuse et fine, que le ridicule retombe sur celui qui voulait nous le donner.

Il est bien de raconter une chose plaisante et folâtre d'un air grave et sérieux. L'opposition qui règne entre la chose et l'air du visage la rend plus piquante encore. Annoncer dès le commencement qu'on va bien faire rire la société est le moyen de ne faire rire personne. En effet , le début rend Tauditoire exigeant ; et si l'on ne le satisfait pas, on est le seul à rire de sa narration.

Il est de mauvais ton de mettre à contribution les recueils de bons mots , les anas , qui traînent partout et que tout le monde a lus, pour y chercher des anecdotes que chacun connaît : il faut autant que possible exploiter sou

propre fonds, ou du moins puiser à des sources peu connues.

Ln raillerie difTèrc de la plais.mteric en ce cpK' l.i [>r« iniiM»' s'exerce sur les personnes, et la seconde sur les choses. La plaisanterie n'est convenalile qu'autant (|u (lie est fine et picpiante, elle deninndeà être maniée par un homme ph'in tlesprit rt de gaieté, qui sache se servir à propos de rcnjouenient et du sérieux pour éj^ayernn cercle, sans s'éloigner de la décence. Ce tô\c est très difficile à jouer. Les mauvais plaisans pidluleut , mais les bons plaisans sont rares : il est plus difficile qu'on ne le pensed'ameneravcc naturel et à propos une plaisanterie ingénieuse et fine.

L'habitude de déguiser la vérité, la manie de médire , sont deux choses pernicieuses dans la conversation. On n'écoute qu'avec impatience et dégoût celui que l'on sait ne pas pouvoir croire.

( 82 ) Quant à la médisance, on raccnelUe quelquefois, parée qu'elle fait naître des saillies piquantes; mais on a toujours mauvaise opinion de celui qui s y livre.

La louange exige un tour d'esprit fin et délicat, qui fasse éprouver à l'amour-propre le plaisir de s'entendre flatler. 11 faut ^ quand on loue , y mettre une grâce et en même temps un air grave qui persuade, et n'employer que des termes simples et familiers. Si la louange se laisse trop entrevoir, elle devient grossière et maladroite ; si elle est outrée, elle n'est plus que de l'adulation et de la bassesse , qui ne fait point honneur à celui qui la donne et fait rougir celui qui la reçoit. Il est de la modestie de parler rarement de soi et de ce qui peut tourner à sa louange; et , dans les occasions où on ne peut l'éviter , on doit le faire en peu de

cr. )

mots, .ivor simplicitô, sans ah.nisscr les autres et sans scl«*ver aii-<lcssus d'eux.

il csi ()o mauvais (ou de [).irlcr de sa feinuie, de fati}^ucr la soriclé des lions mots et lies espiègleries de ses enfans; toutes res rlioses, fort agreahles à raconter ]).»r des parens , sont fort insi- ])ides à entendre par une société. Il fuit éviter de parler de ses affaires partic ulières, de ses maladies, d<r ses procès j ne point chercher à connaître les aiïaires domestiques de ses amis.

C'est dans Tintimité d'une conversalion particulière (pTon les confie quelquefois, mais elles ne peuvent jamais faire l'objet de l'entretien d un cercle.

Pour plaire dans la conversation , il faut savoir rendre ses idées avec clarté et élégance ; il faut, sans affectation, n'emj)loyer que les termes les plusp'jrs, cl surtout les()lacerà propos; effleurer un sujet , conmie nous l'avons-

déjà dit, plutôt que de Tapprofondir.

Il vaut mieux y rentrer plusieurs fois par des discours fréquens et brefs , que de parler long temps et tout d'une haleine, de crainte de fatiguer l'attention. On aime la variété, et rarement on peut occuper long-temps une société du même objet. »

Les citations, les narrations doivent être courtes, heureuses, piquantes, et en harmonie avec le sujet de l'entretien. Quand on en hasarde qui réunissent tontes ces qualités, elles doia vent être fiiites avec un air simple et naturel, sans chercher des applaudissemens dans les yeux des auditeurs.

Dans une narration ilescriplive , peignez si bien les objets dont vous j)arlez, que chacun croie les voir. Evitez les longues digressions, les redites: on n'écoute pas avec plaisir ce qui vient d'être déjà dit.

Ce (jiil s'enlciul toujours avrc pl.'»isir, ce sont les nouvelles : on vn est avide. On ne s'ahordr guère s.ms su (Icni.indcr : Qn'y a l il , (juc dil-«»ti de iiomm'.mi ? Pour que les nouvellrs |d.iiseut, il Init qu*elles soient rxlraordiii.tircs, dc! nature à Stitisfairr la ruriosité et à produire une impression vive.

Que I.) prononciation soit nette, distincte, et (|ue les inilexions de la voix varient suivant la nature du sujet et ses diverses circonstances. Un interlocuteur qui semble éternellement psalmodier sur le même ton finit par provoquer le déj^^oùt et l'ennui.

Pour éviter de déranger le maître de la maison et toute la compagnie, quand on S(! retire seul , ou a admis l'usage de sortir silencieusement et $ans prendre congé de personne : on s'esquive sans être aperçu. Mais si l'on quitte en même temps que tout le

monde , on doit offrir la main aux dames qui n'ont point de cavalier , et les reconduire jusqu'à leur voiture , ou, si elles se retirent à pied , jusqu'à la porte de leur demeure.

( «7 ) CHAIMTUi: VI

Du jni , cl p;«rtirtilirreiiifnt (1rs prlits jrnx (11! socidlé. Bieu»éaiiccs qu'(»n doit y observer.

I^F. jtMi nVst qu'un amusement qu'où a introduit cl.uis la sociélt* pour servir (le délassement à Tesprit , et pour faire diversion avec la conversation. Il est important de connaître les divers jeux les [)lus en usage, particulièrement les jetix de cartes, pour ne point paraître étranger aux amusemens reçus. Il faut savoir manier les cartes avec grâce et les jouer aisément , sans cependant se piquer d'ime hahileté qui n'appartient qu'à un joueur de profession.

Si c'est une vertu de posséder un ca-

ractère égal et la force nécessaire pour commander à ses passions, c'est surtout an jeu que cette vertu est utile.

Si Ton ne peut j)as y conserver la sérénité, l'égalité d'humeur dans la boime ou mauvaise fortune ; si notre visage, nos paroles décèlent malgré nous le trouble ou la joie qui nous agite, il faut s'abstenir de jouer. Quelle opinion aurait-on d'un joueur qui, lorsque la chance lui est favorable , montrerait une joie intéressée , et qui , quand elle tourne contre lui, laisserait voir son dépit ou son humour?

On montre peu d'usage, et quelquefois même on blesse la personne contre laquelle on joue, lorsqu'on s'abandonne à des ris immoderts, à des exclamations joyeusi'S, quand il vient quelque coup favorable. Si un adversaire, peu maître de lui d;ms l'adversité, laisse échiipper quelques pa-

( Ro)

rnli's f.uhrnsrs, on onr.iit lorl <li.' leê rrlrvrr avec sëvrriti'; il vant ininix In nttrihnor à un nionvcnirnl d Iniriioiir involonl.lirr . ff n'y pas prendre garde.

11 i.inl (oiilimier à jouer avec sangfroid sans négliger son jeu , ni se laisser gagner par coinplaisi»nce. Dans le cas où vn\is seriez constamment favoris*' p.ir le sort , il convient de quitter la partie quand votre adversaire a le désir de le faire. Lorsqu'on perd, on a le droit de se retirer quand on veut.

Comme, en société, le jeu ne doit être qu'un amusement , et non une houleuse spéculation , il iloit donc être modéré et tel que le bénéfice ne soit jamais assez grand pour cpTon puisse s'en réjouir, et la perte assez onéreuse pour qu'on ail occasion de s'en afiliger. C'est la maîtresse de la maison qui fixe ordinairement le taux du jeu ; elle doit

(90) le faire de telle mauière que les personnes les moins riches de la société ne courent pas le risque d'y faire des pertes qui pourraient les contrarier.

S'il se présente quelque coup douteux, on doit le discuter avec douceur, et s'en rapporter avec franchise aux personnes qui ne sont point intéressées dans la partie.

Il est de l'honnêteté qu'un maître de maison cède sa place, au jeu , à une personne qui serait venue dans l'intention de faire sa partie, et qui aurait trouvé toutes les places occupées. Il serait très incivil de faire la conversation , pendant le jeu , avec un autre que son partner.

Si l'on ne joue pas , mais que l'on soit spectateur et qu'on regarde jouer les autres, il est défendu de faire des siguesd'impatience, de lever lesépaulefy de frapper du pied quand celui dont

( ft' )

vous vovr/ If )fu ne I»' Jmiip pas coiniiif vous le frrirz, ou ((Hiiinct d»'* f.nilt'S. Vous nr (lrv(v. ni 1 .«\ «m I ic (1rs poiuts quil oulilir dr compter , ni lui iuditpMT los cart»'i> <iu le |miiu .pi il doit jouer. Vous «Irvez c^lre inurt <l tiauquille; seuleiuent cju.uid la partie est finie, et si vous «Irs intinierueiit lie avec les joueurs, vous pouvez leur demander la permission de replacer le coup, el le jouer devant eux comme il aurait dii l'être; maissi vous ne les connaissez pas, il ne faut pas hasarder cette demande , parce qu'il est des gens, d'une médiocre force d'ailleurs, qui se piquent d'habileté , et qui ne jieuvent pas soutTrir que l'on soit meilleur joueur (pi'ils ne le sont eux mêmes.

Après avoir parlé des jeux dans lesquels nu intéresse une mise modique , et uu on u'anihilionnc souvent ipie le

plaisir du triomphe, je suis conduit à parler d'antres jeux particulièrement consacrés à la jeunesse , et dans lesquels les pénitences sont quelquefois des faveurs , et où le comble de la maladresse est de toujours gagner. Cesamusemens, appelés jeux innocens ou jeux de société , servent à occuper agréablement les jeunes gens, dans une soirée où on ne danse pas.

La facilité qu'on montre dans ces jeux, et les égards qu'on y apporte , sont d'un augure favorable pour l'esprit et l'éducation d'un jeune homme. Ces deux clauses sont d'autant plus indispensables, que les jeunes personnes les partagent ordinairement , et en font le charme et l'ornement.

Il est des jeux qui exigent du mouvement, de l'activité et delà mémoire.

Ceux-là sont à la portée de presque tous les jeunes gens des deux sex«s. 11

en Psl d'antrrs qui (Iriii.iiKimt dp Tcs- \n\\ et (le l.i liiicsM' , et rfF.'irourili'lit qurlquifois les jcuiirs (ifiiioisrllcs. Il ne faut crpciid.uit «{u un |iru d li.dtiliidi* rt de h «rjlirsst* pour y arquérir une ;;raiiilc liahilrtr. On,- l'on .i[)porlc \iii |)(Mi d'.titclil ion , on vaincra facilcniiMil Irs prrniiiTfS difln ulh's cjur l'on aura Irouvccs d";tl)ord , c\ l'on sera clunnc di's être ellrayc pour aussi peu de chose. L'aj;réinent (pi'oii en retirera paiera bien la peine qu'on aura prise.

On ne doil manquer aucune occasion d'exercer son esprit et sa mémoire. 11 est des petits jeux qui en fournissent plusieurs; les refuser serait courir le risque de passer pour un homme lourd et d'une inlellij^ence bornée.

Il est des jeux de société qui ont pour but d'attraper (]uel(prun (pii m- les connaît pas, et de le livrer ainsi a la raillerie des autres personnes. Ou doit

s'en abstenir, parce qu'ils sont ordinairement sans esprit , et n'excitent qu'inie gaieté maligne , inconvenante à des personnes de bon ton. Ils mortifient celui qui en est le but , et peuvent tomber sur des gens qui prennent la plaisanterie en mauvaise part.

Evitez à tout le monde , et particulièrement aux dames âgées, les traits satiriques, les complimons déplacés ; songez toujoiu's aux égards que commandent leur sexe et leur âge.

Il est de mauvais ton de folâtrer, de jouer des mains , de saisir une demoiselle par la taille, de chercher à l'eml)rasser par surprise , de lui prendre un bracelet , une bague ou quelque autre bijou, pour le porter et faire le galant. Ces sortes de libertés peuvent compromettre la réputation d'une demoiselle modeste et réservée , qui en souffre sans iOSer s'en plaindre.

La sulh", cl iiu'inr la chose I.t pln.5 inJori'ssaiili' clos jriix clr soriélr, ri» sont los pniilriicrs qu'on iinpi)s<» .iii\ m.ilailroils. Il m «si de frilt niiiil dts.ij^n'a- 1)1('S, i]u'(ii) it r.i iii< Il (le ne jamais les orJoiiiK r; mais 1rs jeunes Çi'us qu'on y aura soumis devront les rxéculer (II* l»umic grâce cl sans cluTchcr à les clianj;er.

Dans toutes les pénifeuccs qui se font hors de la vue de la société, montrez-vous toujours (rès délicat et très discret : il ( st de la dernière indécence de se permettre qiielque liherté capal)le d'alarmer la pudeur d'une jeune personne.

Observez de ne point vous attacher particulièrement à la même personne pour faire avec vous des pénitences, ^*ous courez le riscjne de faire naître des remarques cK'sohliji^eantes sur son compte, et de la compromettre gra-

(96) vement. Ensuite on se doit à tout le monde ; et rien n'est plus incivil que de faire un choix, et de manquer aux égards qu'on doit aux autres dames , parce qu'elles auront moins d'agrémens que quelques unes d'entre elles ; au contraire , il y a une espèce de délicatesse à se conduire autrement.

Lorsqu'on a reçu pour pénitence de chanter une romance , on doit s'arrêter après le premier couplet , et attendre qu'on vous invite à continuer pour commencer le suivant. Je conseille d'ailleurs de ne pas trop multiplier ces sorttîs de pénitences; car, malgré le plaisir qu'on éprouve à entendre les accens d'une jolie voix, on aime quelquefois à les désirer.

Ce n'est jamais aux jeunes gens, mais aux dames, et particulièrement à celles qui reçoivent , qu'il appartient de choisir et de varier les jeux,

(07) sil«U «jurllos s'.iprrçoivcnt «lu'iU dcvioniuMil ini)ins inl»irfS5.ms , cl coni' nioncciit à faliguer la société.

Page 1