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CDAPITRE V. — GÉNÉRALITÉS, SUR LES ÉLÉMENTS DES PONTS. ETC

à la maçonnerie superposée, et décharge le cintre réel que Ton peut construire plus léger.

DÉGINTREHENT.

Lorsqu'une voûte est entièrement construite sur le moule en charpente qu'on appelle cintre, on la laisse ainsi soutenue pendant un temps plus ou moins long, jusqu'au jour où Ton juge que les mortiers ont atteint une dureté suffisante, puis on abaisse le cintre avec une certaine lenteur, de manière à le détacher de la voûte; celle-ci descend aussi d'une hauteur plus ou moins grande, jusqu'à ce que l'équilibre s'établisse entre les pressions dues à la pesanteur des matériaux et la réaction des massifs de maçonnerie.

Cette opération capitale, critérium de la solidité de Tédifice, constitue le décintrement.

On connaît plusieurs procédés de décintrement, que nous allons exposer.

Anciens procédé». — Avant le dix-neuvième siècle, on interposait entre les vaux et les couchis des cales en bois d*une certaine hauteur. Chaque couchis avait sa cale. Lorsqu'on voulait décintrer, on venait à coups de hache briser toutes les cales successivement.

On commençait d'abord par les couchis inférieurs, et Topération s'effectuait sans difficulté; on remontait peu à peu jusqu'à la clef, en ne faisant disparaître d'abord qu'une cale sur deux. Finalement, quelques cales restaient seules, et disparaissaient à leur tour, laissant la voûle complètement libre.

Le décinlrement réel était alors effectué, et on pouvait procéder ^ sans crainte à la cérémonie publique du décintrement; on attachait aux pièces principales de la charpente des câbles fixés à des treuils; à un signal donné, on exerçait une traction générale, tout l'édifice des cintres s'écroulait avec fracas, à la grande admiration des assistants, et le pont se montrait aux regards de la foule, débarrassé de tous ses supports.

On comprend sans peine que ce procédé pénible exigeait beaucoup de temps et donnait quelquefois de médiocres résultats; car, les voûtes soutenues en quelques points seulement, tassaient inégalement et des déformations sensibles se manifestaient dans les courbes d'intrados.

Aussi eut-on l'idée d'agir, non pas sur les couchis eux-mêmes, mais sur les arbalétriers ou sur les supports verticaux de la charpente, dont on dégradait petit à petit les abouls, de manière à produire une diminution progressive dans la longueur de ces pièces et, par suite, un affaissement progressif de la masse du cintre.

C'est ainsi que Boistard opéra, au pont de Nemours; et Ton trouve tout au long la description du procédé, dans son Mémoire, que nous avons déjà cité.

Le premier exemple de la figure 1, planche XXXYII montre une application de ce système à un arbalétrier d'un cintre retroussé A; on fait un trait de scie à la base inférieure de l'about, puis on exécute au ciseau une entaille de hauteur croissante, et l'arbalétrier descend insensiblement.

Si Ton avait à opérer sur des supports verticaux , on les attaquerait par la base à coups de hache, de manière à les tailler en pointe ou en sifflet; lorsque la section inférieure est suffisamment amoindrie, elle s'écrase, le

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support descend, et le jeu de la hache recommence pour produire un nouve) ;-.ffaissement.

Ce sont là évidemment des procédés barbares qui manquent de précision, qui igent du temps et qui font perdre du bois. Ils ont compléiement disparu.

Coins. — C'est le système des coins qui est d'un usage général maintenant pour les poliîos arches jusqu'à 15 mètres d'ouverture, et qui, souvent même,, a été appliqué à de très-grandes arches.

Le 2* exemple do lu figure f , planche XXXVIl représente des systèmes de coins; entre les iUm\ srrarllesfornianl, l'une la l)ase du cintre, l'autre le sommet des supports, on interpose deux ou plusiiuis coins, que l'on fait glisser l'un sur l'autre à grands coups de nu^sse. Suivant que Ton frappe sur un bout d'un coin ou sur Uîj autrt\ on tend à faire monter ou à faire descendre la charpente sur un plan incliné, il en résulte pour le cintre un exhaussement ou un affaissement dont l'amplitude est en raison inverse de l'inclinaison du plan de frottement sur l'horizon.

L'inclinaison de ce plan de frottement peut être prise égale à { ou à |, mais il est é\ident que cetle prescription u\\ rien d'absolu.

Si l'inchnaison est faible, il faut un ffort plus grand pour déterminer le mouvement ; si, au contraire, elle est forle, il ne faut plus qu'un faible effort, mais on risque alors devoir le mouvement de descente se produire spontanément.

C'est pour éviter celte spontanéiié que, sur la figure 1, les coins de décintremeni sont indi(jués comme maintenus par des taquets^ cloues sur les semelles,, taquets qu'on enlève au moment du décintrement.

Ces taquets sont inutiles si l'inclinaison du plan de glissement est inférieure à J.

Les coins sont très-commodes pour les petites voûtes, et nous pensons que jusqu'à 10 mètres d'ouverture, le mieux est de s'en contenter.

Pour les grandes ouvertures, ils présentent des inconvénients que M. l'ingénieur Groizette Desnoyers a nettement exposés dans. les lignes suivantes :

« On sait, dit-il, que le procédé généralement usité maintenant pour décintrer une arche consiste à établir au bas du cintre et sur chaque file de. supports, deux semelles horizontales espacées de 0",30 à 0",40, entre lesquelles on place de doubles coins que l'on doit desserrer peu à peu, de manière à ramener la semelle supérieure sur la semelle inférieure. Le cintre suit le mouvement de la semelle supérieure, et, par suite, doit s'abaisser graduellement, de manière à soutenir d'abord la voûte pendant qu'elle prend son tassement, et à Labaudonner ensuite en laissant à la fin un intervalle suffisant pour que l'on puisse enlever les couchis et les planches en bois blanc dont ils sont souvent recouverts.

« Ce mode réussit trèfe bien ))our les arches d'ouverture moyenne; mais dès que cette ouverture atteint 20 mètres, les coins, dont les surfaces* sont très-fortement pressées, refusent de glisser même sous de tnàs-violents coups de masse; on. est aibrs obligé de les ruiner à là hache, et comme ces coins sont en chêne dur que Ton est obligé de couper à peu.prés perpendiculairement aux. fibres, ils offrent beaucoup de résistance, jie cèdent que sous de très-gmnds efforts et d'une manière irrégulière ; par suite, sur certains points, le cintre se détache tout à coup de: la voûte, pendant que sur d^àutres il la presse encore. Tous les mouvements sont brusques, et il en résulte que la voûte, dans son tassement, peut se trouver animée d'une force \ive très^dtingereuse, tandis que, d'un autre côté, l'inégalilô avec laquelle le cintre quitte là voûte répartit les pressions d'une manière vicieuse, ce

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