‹ Manuel de l'ingénieur des Ponts et chaussées rédChapitre 70 sur 128 · CHAPITRE IV. — DESCRIPTION DES TYPES DE PONTS ]:.\ MAÇONNERIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DESCRIPTION DES TYPES DE PONTS ]:.\ MAÇONNERIE

ments spéciaux, des statues par exemple, placés an-cle>sns d'eux. Mais, on peut se demander quelle dimension il convient d'adopter pour ces statues relativement aux dimensions du pont. Cette dimension dépend évidemment du point où se place le spectateur.

Si le spectateur est sur le quai, à une certaine dislance du pont, il faudra donner aux statues de grandes proportions afin qu'elles ne paraissent point grêles.

Au contraire, si le spectateur est sur le pont môme, il faut lui mettre sous les yeux des proportions ordinaires; des statues colossales produiraient alors un mauvais effet.

En somme, le point de vue le plus ordinaire est sur le pont même, et il ne faut point adopter pour les statues des proportions colossales.

Celles du pont Saint-Ange sont bien conçues ; quant à celles qu'on avait placées sur les piles du pont de la Concorde cllos étaient beaucoup trop fortes, il a fallu les enlever et les placer dans la grande cour du palais de Versailles.

Pont couvert A Florence, wnr l'Arno, figure 5, planche XIV. — Le pont

couvert établi à Florence sur TArno, est formé de trois arches en arc de cercle surbaissé ; celle du milieu a 29™,9 d'ouverture et celles extrêmes ont 29°», 56.

Les piles triangulaires sont élevées jusqu'au-dessous de la plinthe. Sur ce pont sont établis des piliers carrés qui supportent des arcades en plein cintre.

Cet ouvrage, dit Gauthey, est un des premiers ponts modernes où l'on ail employé pour la forme des arches un arc de cercle dont les naissances sont placées près du niveau des hautes eaux. 11 a servi de modèle, ainsi que le pont de la Boucherie à Nuremberg, à ceux qui ont élé élevés en France, sur la fin du siècle dernier.

L'épaisseur des voûtes à la clef est de 1°^,60.

Les joints des voussoirs se prolongent sur tous les tympans jusqu'à la rencontre de la plinthe; il n'y a plus de distinction entre la voûte proprement dite et le remplissage.

Pont-Royal, & Paris. — 11 est composé de cinq arches en anse de panier de 21 mètres (arches de rive) à 23°»,5 d'ouverture ; sa largeur est de 17 mètres. Figure 4-, planche XIV.

On voit sur la coupe AB que les demi-arches de rive sont remplacées par des pans coupés verticaux, de sorte que le pont s'évase à chaque extrémité, ce qui facilite singulièrement le débouché et la circulation des voitures.

Les voussoirs sont appareillés par redans.

Le pont des Tuileries, ou pont Royal, occupe l'emplacement de deux anciens ponts de bois successivement emportés. Les dessins en ont été donnés par Jules Hardouin Mansart, et la construction a été dirigée par Gabriel. La fondation de la première pile du côté des Tuileries ayant présenté quelque difficulté, on appela de Maestricht le frère Romain.

Celui-ci dragua l'emplacement de la pile, y échoua un grand bateau rempli de matériaux et l'entoura de pieux battus sous Teau ; on coula ensuite à l'intérieur une crèche en charpente dont les parois étaient bordés par des assises de grosses pierres cramponnées les unes aux autres ; puis on remplit le vide avec (les moellons et du mortier de pouzzolane, que l'on employa pour la première fois à Paris.

Sur celte fondation, on éleva un massif plus pesant que celui qui devait exister plus tard ; on détermina ainsi un tassement de 27 millimètres ; au bout de quelques mois on démolit le massif et on établit sans danger la pile et les voûtes.

Digiti

Les piles à section triangulaire sont assez élégantes et présentent une épais* seur raisonnable.

P^nt de liiaiit«« «sur la Seine. — L'ancien ponl de Mantes, figure 5, plan-* cheXIV, détruit pendant la dernière guerre, a été construit sur les projets de Hupeau et sous la direction de Perronet. CouJineucé en 1757, il ne lut terminé qu'en 1765.

Il comprenait trois arches en anse de panier, celle du milieu de 59 mètres d'ouverture et les deux autres de SI'", 5. Les naissances étaient établies à 1 mèlre au-dessous de Tétiage et la [ilate-forme des fondai ions à 2 mètres.

On commença, dit Gautiiey, la construction des voûtes de ce pont par celle «de Tune des arches collatérales, et cette voûle était presque entièrement terminée lorsqu'il n y avait encore que dix cours de voussoirs posés à Tarche du milieu. L'inégalité de poussée qui en résulta sur la pile intermédiaire, lui occasionna un mouvement de translation dans le sens horizontal. H parait que les pieux prirent une légère inchnaison, et quoique Ton fît sur-le-champ travailler à la grande arche, où Ton posa des voussoirs avec la plus grande célérité possible, le mouvement ne s'arrêta qu'après que la pile eut été transportée de 122 milhmètres. On continua d'élever la grande arche et, pour prévenir l'effet delà poussée sur Tautre pile, on eut soin de maintenir Técartement du cintre par des tirants composés de pièces assemblées à trait de Jupiter. Cette précaution réussit parfaitement; et, après la pose des clefs, la première pile fut reportée de 60 millimètres vers son premier emplacement.

Les blocs de pierre employés à la constructicm de ce poni ont quelquefois des dimensions énormes, et l'enchevêtrement en est bien combiné. On conçoit sans peine que dans de pareilles maçonneries la question du mortier étaii insignifiante, et que la construction eût été stable, même exécutée à çierre» sèches.

La corniche était des plus vigoureuses, formée d'un gros boudin saillant et produisait un bon effet; cest souvent par la maigreur des moulures que pèclaent les ponts modernes.

Pont de Neuiiiy sur la Seine. — Le pont de Neuilly, construit sur les projets de Perjonet, t^st représenté par la figure 6 de la planche XIV. Les travaux en furent ('onduits par Perronet et par Chézy.

Il se compose de cinq arches en anse de panier, surbaissées au quart de 39 mètres d'ouverture, dont la naissance est placée au niveau des plus basses eaux.

Entre le sommet de l'intrados et le niveftu des plus bautes eaux, il reste u&e hauteur libre de 2«,27.

L'épaisseur des piles est de 4»,22. Leur profil est légèren^nt renflé à la partie médiane ; on a voulu leur donner du galbe comme on fait aux colonnes ; mais l'exemple n'a pas été imité depuis, car celte disposition est d'uu efl'et médiocre, et elle n'est pas souvent visible puisque les eaux ne se tiennent pas Longttejnps à Tétiage dans le cours d'une année.

Les avant et arrière becs sont élevés sur plaa demi*circulaire; la lorme trian* gulaire des piles semble dès lofs aband^Diaaée.

Les culées ont 10",80 d'épaisseur et se prolongent par des voûtes de haiage en plein cintre de4",55 d'ouverture.

Les chemins de halage sont revêtus de perrès jusqu'à «me grande distance, afin de diriger les eaux et de les esàpèclier d'attaquer tes maçonneries; pour la même raison, les terres des rampes d'accès sont soutenues par des murs.

Digiti

CHAPITRE IV. — DESCRIPTION DES TYPES DE PONTS EN MAÇONNERIE. 151 Le profil en travers du pont se compose de

Une chaussée de« ..•••••

Deux trottoirs de 2»,03

Total. . .

plus 0"°,67 de chaque côté pour la eaillie de la plinthe, ce qui fait en tout 14"»,G2 pour la largeur entre leslêtea. ^

Les voûtes du pont sont raccordées par des cornes de vache avec les têtes; l'intrados sur les têtes est, commB leimontrela figure, un arc de cercle qui n'est autre que le prolongement de Tare au sommet des anses de panier.

On comprend sans peine la-génération de la corne de vache; elle est engendrée par une droite qui s'appuie sur l'anso de panier et sur la ligne formée par l'arc de tête et par lepnofil de la pile. Pour délermiuer complètement la surface, on peut se donner comme condition que les épaisseurs des voussoirs soient les mêmes sur la tête et sur l'anse de panier.

Quoi qu'il en soit, cette disposition, dont l'effet n'est pas mauvais au point de \ue architeclural, est absolument insignifiante en pratique surtout pour des arches de gr ande ouverture.

Quel rèsullat amène-t-elle ? Augmente-t-elle la section d'écoulement? Non. Elle facilite seulement récoulement des eaux en formant une sorte d'entonnoir à l'avait de l'anse de panier.

Nous .ne pi nsons pas que ce mince avantage puiss^ être mis en balance avec h ^rjdcve sujétion qu'entraîne l'exécution de la corne df' vache.

Si vous avez besoin d'un vaste débouché, adoptez franchement une arche en iuc de cercle, et non point cette forme bâtarde qui n'a rien pour elle que son aspect assez élégant.

Les fondations du pont de Neuilly ont été élablies sur pilotis et par épuisement à 2"S3 au-dessous de l'étiage. La largeur de l'empâtement sur lequel les piles sont élevées est de 6'",82.

Tous les parements de l'ouvrage sont construits avec d'énormes pierres de taille, et les massifs de toutes les parties de la construction ont été remplis en libages jusqu'à 8 mètres au-dessus de l'étiage. ♦

Pont de Pont-Sainte-Maxenee sur l'OIse. — Le pOnt de Pont-Sainte-

Maxence sur l'Oise, figure 9, planche XIII, a été construit aussi sur les dessins de Perronetdel774àl784.

Il comprend trois arches en arc de cercle de SS'^jSO d'ouverture et de l'",95 de flèche. C'est donc un surbaissement considérable.

Ses piles ont une épaisseur de 2"*,92 et ses culées de 5",85. Elles sont en outre contre-butées à l'arrière partrois murs de même longueur et de i™,95 de large,

La hauteur des pieds-droits des piles est de 5"*, 85, el ils reposent sur des assises en retraite formant une saillie totale de i",95. La plate-forme de fondation est établie à 2'^,6 au-dessous de l'étiage.

L'épaisseur des voûtes au sommet est de d",46, et la largeur entre les têtes de 1^,67.

Les piles, dit Gauthey, ne présentent point une masse pleine comme il est d'usage. Elles sont composées, .ainsi que les demi-piles attenantes aux culées de deux groupes de colonnes, qui laissent eniare eux iin intervalle de 2",92. Le bas de cet intervalle est formé en arc renversée, et le haut est couvert par une lunette qui pénètre les voûtes- des deux arches voisines.

Digiti

152 i ONTS EN MAÇONNERIE.

On a employé beaucoup de fer dans la construction de ce pont, quoiqu'on eût d'abord formé le projet de n'en point mettre.

Cette forme, donnée aux piles, est sans doute d'une certaine élégance, et ferait un bon effet si l'on devait apercevoir un pont à une certaine distance et sous une obliquité marqure. Nous croyons que, dans le cas actuel, on a compliqué inutibment la construction sans ajouter beaucoup à la légèreté de l'édifice.

Pont de la Concorde, * Paris. — Tout le monde connaît le pont de la Concorde qui réunit la place du même nom à la rive gauche de la Seine et dans l'axe duquel est placé le palais du corps Législatif.

Ce pont, figure 10, planche XIII, construit par Perronet a été commencé en 1787 et terminé tn 1791.

Jl comprend cinq arches en arc de cercle de 23°»,4, 26 mètres et 28"»,6 d'ouverture et dont les flèches ont 1«,95, 2°»,26 et 2°»,99.

Ce sont donc, comme les précédenis, des arcs très-surbaissés, et dont la hardiesse n'a guère été dépassée «le nos jours.

L'épaisseur des piles est dtî '2'".92. Les avant et arrière becs sont formés de colonnes cylindriques, d'un diamètre précisément égal à 2",92, élevées jusqu'au niveau de la plinthe, et pénétrant dont le plan des têtes des trois quarts seulement de leur rayon.

La partie supérieure de ces colonnes est ornée de moulures formant un maigre chapiteau, sufiportnnt une table carrée dont la corniche du pont avec ses modillons suit le contour.

L'entablement est assez énergiqueraent accusé. Le parapet qui le surmonte est interrompu par de gros dés en pierres de taille placés à l'aplomb des piles, et par d'autres dés plus petits; ce parapet est formé de balustres supportant une tablette en pierre de taille.

Les culées ont 15'",6 d'épaisseur.

La largeur du pont entre les tôtes est de 15",6 dont 2'",44 pour chaque trottoir.

L'épaisseur à la clef est de 0^,97, 1",06 et i"*,14; sur laquelle épaisseur 0™, 27 sont compris dans l'architrave qui supporte les modillons. Nous avons déjà rencontré cette disposition plus accentuée dans le pont de marbre (h\ Florence.

Les piles et culées reposent sur un empâtement faisant saillie de 1^",95 et la plate-forme de fondation est p';icce à 1"S62 au-dessous de rciinge.

Sur la table carrée qui termine les colonnes des piles, on avait placé, comme nous l'avons dit en parlant du pont de la Trinité, des statues colossales qui depuis ont été transportées dans la cour du palais de Versailles.

Ces statues étaient de proportions beaucoup trop grandes, puisqu'elles étaient destinées à être vues par les personnes traversant le pont ; elles produisaient un très-médiocre effet. On les a enlevées et elles n'on pas été remplacées.

Les dessins que nous venons de donner sont extraits du recueil de Gaulhey (édition de 1809); ce recueil en renferme beaucoup d'autres encore, mais nous avons choisi les principaux et les plus connus, il y en a du reste un grand nombre de construits sur des modèles presque identiques.

Ces vieux monuments présentent un grand intérêt, et leur étude préliminaire est indispensable dans un traité de ponts.

2® Pont d'iéna. — C'est par le pont d'Iéna que nous commencerons Tétude des ponts construits au dix-neuvième siècle.

Lepontdléna (planche 1, figure XV) est situé à Paris, sur la Seine, dans l'aie du champ de Alars.

Page 1