ARTICLE PREMIER
De la vapeur.
De tous les principes naturels que l'homme a su employer comme agens féconds pour l'aider à satisfaire ses besoins, la vapeur produite par l'ébullition de leau obtiendra probablement avant peu le premier rang , comme le plus puissant et le plus commode , pour faire mouvoir toutes sortes de moulins , de pompes, et autres mécaniques quelconques, grandes ou petites.
Les chutes d'eau n'existentpas partout , et sont d'ailleurs sujettes à être arrêtées , obstruées par la glace , ou anéanties par la sécheresse ; sans compter les autres accidens auxquels elles sont exposées. Le vent est inconstant et irrégulier; la force des animaux est dispendieuse , lente dans ses opérations , et exposée à une foule d'autres inconvéniens qui en sont inséparables. Nous ne pouvons donc compter avec certitude sur aucun de ces agens ; tandis que la vapeur se présente à nous comme un serviteur iidèle , prêt à nous obéir en tous lieux et en toute saison. Sa puissance est sans bornes ; aucune tâche n'est au-dessus de ses forces; rapide comme l'éclair , elle a toute la docilité de l'éléphant que l'on mène par un fil de soie , et elle est prête, à notre commandement, à briser les corps les plus solides et les plus forts.
Dans les recherches qu'on a faites des moyens d'appliquer cette force à nos besoins , l'on s'est détourné du sentier de la
CONSTR. DE MACHINES A VAPEUR. 33 nature. On sait depuis long-temps que la vapeur renfermée dans un vase dont elle ne pourrait pas s'échapper, briserait ce vase , si l'on y appliquait une quantité suffisante de chaleur; et que, d'un autre côté , aucun degré de chaleur ne mettrait le vase en danger d'être brisé , si on y laissait une libre issue à la vapeur. Y eut-il jamais un principe moins compliqué dans tous les ouvrages de la nature? Existe-t-ilun fait dont on puisse déduire la conséquence d'une manière plus simple, et à la fois plus facile,, que celui qui nous permet d'en tirer cette conclusion : que nous pouvons obtenir une force quelconque de la vapeur , en la renfermant et en augmentant sa force élastique par un plus haut degré de chaleur, et que, pour effectuer cet objet , nous n'avons qu'à faire nos. chaudières d'une force proportionnée à la puissance que nous voulons obtenir ? Cependant des physiciens se sont immortalisés en s'éloignant de cette marche simple , et en conduisant
leurs semblables, pendant plus d'un siècle, dans les labyrinthes ténébreux de l'erreur ; ils ont découvert qu'on pouvait se servir de la vapeur comme moyen de chasser Fair d'une capacité; que cette vapeur était susceptible de se condenser instantanément par un jet d'eau froide; qu'un vide se formait ainsi dans le vase, et que l'air, s'introduisant dans ce vide sous la pression de l'atmosphère, produisait une force suflisante pour faire travailler une machine. C'était certainement une grande découverte , et qui sera à jamais utile. Elle a été perfectionnée à diverses époques , et est enfin parvenue , après une multitude d'expériences et de longs tâtonnemens , à produire les plus belles et les plus puissantes machines dont la société soit encore redevable au génie de l'homme.
Nous devons donc à la physique une grande partie des plus utiles découvertes dont nous faisons usage ; mais ce seul exemple devait suffire pour nous ap-
CONSTR. DE MACHINES A VAPEUR. 35 prendre que, quelque instruits que nous nous croyions, nous devons consulter et écouter, avec la plus grande attention, le mécanicien même le plus illettré, mais qui aurait pris la nature pour son guide. Il nous aurait appris qu'il était bien plus simple de nous servir de la force élastique de la vapeur comme moteur. Mais nous avons fermé l'oreille à ses représentations, et nous continuons à raisonner pour prouver l'impossibilité de l'application de ce principe simple, même après qu'il a été appliqué , avec un parfait succès , à des machines qui travaillent journellement sous nos yeux.