AVIS
2° S'arrêter sur chaque parole aussi longtemps qu'il est nécessaire pour la goûter et la comprendre.
5° Terminer par un colloque fervent tiré des prières. que le Pontife adresse an Seigneur.
Tonsurandis ante altare genuflexis , Pontif ex surgit et dicit :
t. Sit nomen Des hommes quittent le monde
Domini benedic- pour se consacrer à Dieu et à l'E-
tum, tf. Ex hoc glise : quel plus juste motif de
nunc et usque in bénir le nom de Celui qui leur
saeculum. a inspiré ce noble dessein? Pour
t. Adjutorium qu'ils puissent le réaliser , ne faut-
nostrum in no- il pas invoquer ce même Nom puismine Domini, sant, sage et miséricordieux?
r'. Qui fecitcœlum et terrain.
Oremus , Fra- Prêtres et laïques, composant trescarissimi, Do- avec le Pontife une même famille, et numim nostrum également intéressés au bon choix Jesum Christum des Clercs, prions Jésus-Christ, chef pro his famulis de l'Eglise etsouverainPrètre,— pour suis, qui ad depo- les candidats ici présents qui, dénendum comas ca- sireux de n'être plus à eux , mais pitumsuorumpro au Seigneur, pour l'honorer et le cjus amore festi- servir dans la tribu sainte, s'emnant, ut donet eis pressent librement et par amour , Spiritum sanctum sans intérêt et sans contrainte, de qui habitum reli- faire le sacrifice de leurs cheveux, gionis in eis in ornement de leur tête; — afin qu'en perpetuum con- échange d'un présent si minime , il servet, et à mundi leur fasse le don inappréciable de impedimento , ac son Saint-Esprit qui conservera en sa?culari desiderio eux jusqu'à la fin , avec les glorieucorda eorum de- ses livrées de la Cléricature, les fendat : ut sicut vertus dont ces livrées sont le symimmutantur in bole, — et les défendra contre les vultibus , ità dex- obstacles que leurs parents , leurs tera manus ejus amis , les mondains opposeraient à virtutistribuateis leur résolution, et contre la triple incrementa, et ah concupiscence dont le siècle est le omnicœcitatespi- théâtre et leur cœur le foyer; — rituali cthuinanà afin aussi qu'en même temps qu'une oculos eorum ape- transformation visible s'opère dans riat, et lumen leur extérieur, sa droite toute-puiseis œternne gratise santé , pour donner à leur vertu de concédât : Qui vi- nouveaux accroissements , opère vit et régnât in invisiblcmcnt dans leur intérieur unilate cjusdem une transformation semblable, —
Spiritûs sancti , dissipant les ténèbres que l'infir- Deus , per omnia mité de notre nature, les passions, sœcula sœculo- le péché , l'attache aux choses terrum. restres amasseraient sur les yeux
de leur âme , — et les éclairant de ces ravissantes splendeurs de la grâce réservées pour eux dans les trésors éternels, qui, à la connaissance du bien , ajoutent le pouvoir et la volonté de l'accomplir.
Post hcec , sedente Pontifice , Schola inchoat et prosequitur Antiphonam et Psalmum : Tu es , Domine , qui restitues hsereditatem meam mihi.
Conserva me , Je me donne à vous , Seigneur ;
Domine, quoniam mais parce que , bizarre et incon-
speraviinte. stant, je pourrais me reprendre,
et que mes ennemis, le monde et
le démon, irrités de voir leur proie
leur échapper, chercheront à me
ressaisir, défendez-moi contre eux
et contre moi-même -, retenez-moi
avec les chaînes de votre amour.
Ce n'est pas sur moi, mais sur vous
que se fonde mon espoir.
Dixi Domino , Je vous ai dit et je vous redis du
Deus meus es tu ; plus profond de mon cœur : Vous
quoniam bono- êtes mon Dieu et mon tout. A ce
rum meorum non choix , c'est moi seul qui gagne ;
eges. car , néant et péché , que puis-je
offrir à un Dieu pour prix d'un
Dieu? et qu'ai-je que je ne l'aie reçu
de lui?
Sanctis , qui Je veux fixer ma demeure dans
sunt in terra ejus:
mirificavit omnes voluntates meas in eis.
Multiplicatœ sunt infirniitates eorum : posteàacteleraverunt.
Non congregabo conventicula eorum de sanguinibus:necmemor cro nominum eorum per labia mea.
Dominus pars hœreditatis meœ , et calicis raei : tu es qui restitues haereditatem meara miiii.
le sanctuaire, \enir en aide aux ministres du Seigneur , chanter les divins cantiques et travailler au salut des âmes. C'est pour cela que j'ai quitté le monde , que je cultive la science , que je prie pour l'Eglise et que j'édifie mes frères.
Cette bonne volonté pour ses saints et pour son temple, que le Seigneur m'a donnée , remplit de joie et d'admiration le ciel et la terre.
Autant je chéris l'Eglise de Dieu, autant je hais la synagogue de Satan. Les méchants vont multipliant sans honte et sans fin leurs erreurs et leurs vices, vraies infirmités de leur esprit et de leur cœur dégradé ; et, ce qu'ils devraient étouffer et cacher, ils mettent leur ardeur et leur gloire à le propageret à l'étaler.
A Dieu ne plaise que j'aie jamais commerce avec eux , et que je sacrifie à leurs idoles, ces impies systèmes et ces passions impures ! Je ne souillerai ni ma mémoire en les rappelant à ma pensée, ni mes lèvres en prononçant leur nom. 0 monde, je t'abhorre et je te déteste.
Le Seigneur est la part qui m'est échue en héritage , et la portion qui m'est destinée. Puisqu'il est vérité et charité , mon esprit aura son trésor, mon cœur aura aussi le sien. C'est vous-même, Seigneur, qui me donnerez et me conserverez mon héritage, en vous donnant
et vous conservant vous-même.
Assez et trop Ion gtemps le péché m'a sépare de vous, soyez mon héritage à jamais.
Quilibet , dùm tondetur , dicit : Dominus pars haereditatis mese, etc.
IS'ota. On n'achève pas le psaume , apparemment parce que la fin a uo antre objet la résurrection du Sauveur.
Omnibus tonsis , surgit Pontifex , et stans versus ad illos , dicit :
Oremus. Prse- Dieu tout-puissant, principe et sta , quœsumus , fin de toutes choses , nous vous omnipotens Deus, demandons cette grâce : que vos ut hi famuli tui , serviteurs ici prosternés, dent quorum hodiè co- nous venons en ce jour si ardemmas capitum pro ment désiré de couper les cheamore divino de- veux , persévèrent avec une inéposuimus , in tuâ branlahle constance dans le divin dilectione per- amour qui a seul inspiré leur petuô maneanl; démarche-, conservez-les purs et et eos sine ma- irrépréhensibles jusqu'à la fin de culà in sempiter- leur carrière. Par Jésus-Christ, etc. num custodias.
Per Christum Dominum nostrum.
#. Amen.
Paroles du Pontifical
2me Partie.
AVIS. < Comme à la page 2o.
Tàm Schola inchoat etprosequitur Antiph. Hi accipient... et Psal. Domini est...
Doraini est terra, La terre et tout ce qu'elle eonctplenitudo cjus : tient, le globe et ses habitants , aporbisterrarura, et particnnent au Seigneur. On peut universi qui babi- bien se contenter et s'applaudir de tant in eo. l'avoir pour héritage. A qui possède
le maître de tout, que manquct-il? et à qui se confie en lui , quel mal arrivera-t-il ?
Quia ipse super Pour montrer qu'il est notre apmaria fundavit pui nécessaire et que nous dépcneum : et superflu- dons immédiatement de sa Proviraina prseparavit dence, il a donné au continent eum. pour base les fleuves et les mers ,
un élément fluide qui a besoin luimême du bras de Dieu pour appui.
Quis ascendet Quel est celui qui entrera dans in montem Domi- le sanctuaire chrétien , représenté ni? aut quis sta- parle temple de Jérusalem bâti sur bit in loco sanclo la montagne de Sion , pour y résiejus? der et servir aux autels? Qu'on
nous dise les conditions qu'il doit remplir, les dispositions exigées de lui.
Innocens mani- C'est celui dont les mains sont bus et mundocor- innocentes et le cœur pur, égale-
de : qui non acce- ment cher à Dieu et aux hommes; pit in vano ani- celui qui n'use pas sa vie dans les mam suam , nec vains amusements des mondains , juravit in dolo et qui ne se permet à l'égard de ses proximo suo. frères ni fraude , ni malice , ni
haine, ni vengeance.
Hic accipiet he- A lui la bénédiction qui fait croînedictionem à Do- tre en vertu et protège contre les mino : et miseri- ennemis. A lui la miséricorde qui cordiam à Deo sa- pardonne, relève et console. Il relutari suo. cevra l'une et l'autre du Seigneur ,
son Dieu et son Sauveur.
Ha?c est gène- Voilà la génération de ceux qui
ratio quœrentium cherchent Dieu véritablement, par
eumrquœrentiuin la pratique du grand précepte de
faciem Dei Jacob, la charité-, de ceux qui cherchent
à voir aujourd'hui par une foi vive,
et dans le ciel par intuition, la face
du Dieu des Patriarches.
Attollite portas, Princes de l'Eglise, augustes principes, vestras, Pontifes, ouvrez vos portes-, ouet elevamini, por- vrez-vous, portes contre lesquelles tae œternales , et l'enfer s'agitera vainement : et ce introibit Rex glo- roi, vainqueur du monde et de ses ria?. passions , digne de tout honneur ,
entrera dans le sanctuaire.
Quis est iste Quel est ce roi si glorieux? c'est ce Rex gloriae? Do- Clerc enrôlé sous l'étendard de Jéminusfortisetpo- sus, fort de sa force , puissant de tens, Dominus po- sa puissance. C'est lui qui a vailtens in prselio. lamment combattu les combats du
Seigneur.
Attollite portas, Princes de l'Eglise, augustes
principes, vestras, Pontifes, ouvrez vos portes; ouvrez-
et elevamini, por- vous , portes contre lesquelles i'en-
tse œternales , et fer s'agitera vainement : et ce roi,
introibit Rex glo- vainqueur du monde et de ses pasrire, sions, digne de tout honneur , entrera dans le sanctuaire.
Quis est islc Quel est ce roi si glorieux ? Ce Rexglori8e?Domi- Clerc, vaillant soldat de Jésus, nusVirtutum ipse voilà le roi digne de tout bonest Rex gloriœ. neur.
Gloria Patri... Gloire à l'adorable Trinité...
Antiphonâ finitâ, surgit Pontifex, et ad altare conversus , dicit : Oremus. Et ministri dicunt : Fleclamus genua. #. Levate.
Une grande grâce va être demandée, que toute l'assistance fléchisse le genou.
Et mox ad tonsos genuflexos versus Pontifex dicit :
Adesto , Domi- Soyez attentif et propice , Seine, supplicationi- gneur, à nos supplications redoubusnostris, ethos blées, et daignez bénir ces Clercs famulos tuos be- désormais engagés à votre service, nedicere dignare, auxquels nous donnons , pour la quibus , in tuo gloire et par la vertu de votre saint sancto Nomine , Nom , l'habit sacré de la religion , habitum sacrœ re- afin que , par l'effet de votre larligionis imposui- gesse sur laquelle nous comptons, mus ; ut , te lar- ils méritent de demeurer toujours giente , et devoti fidèles dans votre Eglise , se déin Ecclesiâ tuà vouant, se dépensant pour elle , et persistere, et vi- de recevoir avec la vie éternelle la tam pcrcipere me- gloire spéciale réservée à vos mireantur a;ternam. nistres. Par Jésus-Christ auteur et Per Christum Do- distributeur de tout don. Qu'il en minum nostrum. soit ainsi. Oui , il en sera ainsi. #. Amen.
Tùm Pontifex sedet , et accipiens manu superpclliceum, dicit sincjulis :
Induat te Do- Que le Seigneur, vous couvrant minus novum ho- d'un vivant manteau , ou plutôt , minem, qui se- transformant votre être tout entier, cundùm Deum vous rende semblable à l'homme creaius est in jus- au sortir des mains de Dieu , vérititiâ et sanctitate tablement juste et saint, semblable veritatis. surtout au nouvel Adam , Jésus-
Christ , orné et enrichi de la plénitude de la sainteté et de la justice.
Nota. On ne voit pas que le Tonsuré doive dire : Induat »te...lllui •uffit d'entrer dans l'esprit de la prière.
Quo expedito , surgit Pontifex , et versus ad illos dicit :
Oremus. Omni- 0 Dieu , dont nous aimons à potens sempiter- proclamer l'éternité et la puissance, ne Deus , propi- effacez nos péchés , oubliez notre tiare peccatis nos- propre indignité , et n'ayant égard tris , et ab omni qu'à votre bonté, débarrassez vos servitute ssecula- serviteurs , sur lesquels s'arrêtent ris habitûs hos fa- vos yeux et les nôtres , de tous les mulos tuos emun- liens et de toutes les sollicitudes da; ut, dùm igno- qui s'attachent à l'habit séculier ; miniam seecularis afin qu'en même temps qu'ils déhabitûsdeponunt, pouillent un habit destiné trop tuâ scmper in ce- souvent à couvrir tant de hontes , vum gratiâ per- ils entrent pour toujours en posfruantur, ut sicut session de votre grâce , splendide similitudinem co- vêtement de leur âme 5 et comme
roine tiuc eos ges- nous mettons sur leur tête l'image tare facimus in de votre couronne, ainsi, par l'efcapitibus, sic tuà fet de votre grâce , ils méritent, virtute hœredita- en la portant avec honneur, de retem subsequi me- cevoir et de posséder dans leur reantur œternam cœur l'héritage éternel , qui n'est in cordibus : Qui autre que vous, ô Jésus, qui vivez cum Pâtre... et régnez...
Beinde Pontifex , sedens cum mitrà, alloquitur eos sub his verbis :
Filii carissimi, animadvertere debetis, quôd hodiè de foro Ecclesiœ facti estis, et privilégia clericalia sor- ■ titi estis : cavete igitur, ne propter culpas vestras illa perdatis ; et habitu honesto, bonisque moribus atquc operibus Deo placcre studeatis. Quod ipse vobis concédât per Spiritum sanctum suum. #. Amen.
N'est-il pas juste que le Clerc, par sa gravité et ses œuvres saintes, s'efforce de co nserver de si beaux privilèges? L'Eglise insiste sur la persévérance : ah ! c'est qu'elle vient d'adopter le Clerc, elle n'a plus qu'un désir , celui de le conserver toujours. Dans l'oblation de l'Agneau, le Seigneur avait ordonné d'offrir « caudam totam cum renibus. » (Levit. m). Ce qui a fait dire à saint Grégouc : « In caudàquippe finis est corporis, et ille benc immolât qui sacrificium boni operis usque ad finem debitte perducit actionis. » (jlom. 85, inEvang.). « Perseverantia, dit saint Bernard, nutrix est ad meritum, mediatrix adprœmium, sororpatientiœ, constantioe filia, arnica pacis, amicitiarum nodus, unanimitatis vinculum, sanctitatis propugnaculum. Toile perseveranliam, nec obsequium mercedem habet,nec beneficium gratiam, neclaudem fortiludo. Sola estcui oeternitas redditur3vcl potiùs qu»
aeternitatil)omincmreddit,dicente Domino : «Qui per- « severaverit usque in finem, hic salvus erit. » (Epist. 129.)
Le vieil homme, et l'homme nouveau figuré par le Surplis.
Premier Prélude. Saint Paul répète à chaque instant qu'il y a en nous comme deux hommes distincts , et que notre grand travail est de faire mourir l'homme terrestre pour faire vivre l'homme céleste.
Deuxième Prélude. Se représenter le Pontife disant au Tonsuré en lui donnant le surplis : « Induat te Dominus novum hominem.... »
Troisième Prélude. Demander à Dieu l'énergie nécessaire pour entreprendre cette guerre contre le vieil homme.
Quel phénomène, quel monstrueux assemblage, ou plutôt, quel mystère que le chrétien !
lia:
1° Deux pères : Le premier Adam , qui lui a transmis, avec son limon, ses penchants pervers; et le second Adam , qui lui communique, avec son esprit vivifiant , des goûts divins comme les siens : « Factus est primus homo Adam in animam viventem, novissimus Adam in spiritum viyificanteiu. » (I. Cor. xvn.)
2° Deux naissances : L'une charnelle, qui le condamne à la dissolution; l'autre spirituelle, qui lui assure la résurrection : « Dusesunt nativitates : una de terra, alia de cœlo ; una de carne, alia de spiritu ; una de mortalitate, alia de œternitate ; una de masculo et feminà , alia de Deo et Ecclesià. » (S. Àug. Tract, xi, in Joan.)
3° Deux vies : La vie des sens, et la vie de l'esprit. La première, qui vient d'en bas, le tire en bas et lui fait
goûter les choses charnelles : « Qui enim secundùm carnem sunt, qure carnis sunt, sapiunt. » La seconde, qui vient d'en haut, le tire en haut et lui fait goûter les choses spirituelles : « Qui verô secundùm spiritumsunt, quœ sunt spiritûs, sentiunt. » La vie naturelle constituée dans la chair et entretenue par la concupiscence, foyer du péché, n'est au fond qu'une mort : « Namprudentia carnis , mors est. » La vie surnaturelle ayant son siège dans l'esprit et s'alimentant par la charité, principe du mérite, est réellement vie et paix : « Prudentia autem spiritûs, vita ctpax. » (Rom. vin.)
Dans le chrétien il y a donc comme deux hommes distincts : l'homme terrestre et l'homme céleste, celui qui dépose en lui les germes de la mort avec les semences de tous les vices, et celui qui lui apporte les germes de la vie avec les semences de toutes les vertus ; et, selon qu'il suit l'un ou l'autre, qu'il obéit aux élans sublimes de cette partie de lui-même qui est sanctifiée par la charité, ou qu'il cède aux appétits ignominieux de celle qui est corrompue par la concupiscence, il se dégrade ou s'ennoblit, descend dans la boue ou s'élève vers le ciel, s'animalise ou s'angélise : « Primushomo de terra, terre nus ; secundus homo de cœlo, cœlestis. Qualis terre nu s , talcs et terreni ; et qualis cœlestis, taies eteeelestes. » (I. Cor. xv.)
Entre ces deux hommes la guerre est continuelle et acharnée. Chacun veut dominer au préjudice et par la destruction de l'autre. Si l'homme animal l'emporte, l'homme spirituel succo mbe-, et parce que le péché mortel fait mourir toute la charité, la défaite est entière. Si l'homme spirituel a l'avantage, comme la charité ne fait pas mourir toute la concupiscence , l'homme animal est vaincu non désarmé, affaibli non anéanti.
. Déjà, sans doute, par le baptême, Jésus-Chrisi avait
porté au vieil homme un coup terrible. Attendu qu'une simple ablution eût été insuffisante pour laver nos souillures, et que c'eût été peu d'un replâtrage pour consolider un édifice si profondément ébranlé, il nous avait donné mystiquement la mort pour nous rendre la vie, il nous avait démolis de fond en comble pour nous reconstruire : « Ità vitiis eramus immersi, ut nullà ratione purgari possemus, sed opus fuit regeneratione -, nam secundam nativitatem regeneralio significat, et nos, ut veterem domum quam evertere oportet, Deus denuo condidit. » (Theopbil. Ad TU. c. 3.)
Toutefois le blessé s'agite et se remue encore, il jette le défi et la menace au vainqueur, il se mesure corps à corps avec lui, s'attache à ses membres, le suit partout, gêne, souille, arrête la plupart de ses opérations : « Non enim quod volo bonum, hoc facio ; sed quod nolo malum, hoc ago... Condelector enim legi Dei, secundùm interiorem hominem : video autem aliam legem in membrismeis, repugnantemlegi mentis meas , et captivantem me in Iege peccati , quœ est in membris meis. » (Rom. vu.)
De quoi s'agit-il donc pour tout chrétien, et plus spécialement pour le clerc ? D'enchaîner et de réduire de plus en plus l'homme animal, et de donner la victoire et un libre essor à l'homme spirituel ; de faire croître et grandir l'un de tout ce que nous enlevons à l'autre ; de mortifier la bête et de vivifier l'ange ; de nous dépouiller d'Adam, pour nous revêtir de Jésus-Christ -, ou plutôt de consommer la mort de notre premier père, pour perfectionner la vie du second. Ce parricide est innocent-, Adam lui-même, du haut du ciel, y applaudit, et Jésus-Christ ne reconnaît pour ses légitimes enfants que ceux qui le comme Itent.
Assurément, rien n'est plus noble, plus divin que cette entreprise ; mais aussi rien n'est plus difficile et plus pénible. C'est nous-mêmes qui sommes enjeu, notre
cœur est le théâtre vivant de cette guerre intestine, le vainqueur ne se distingue pas du vaincu, celui qui reçoit les coups se confond avec celui qui les porte.
Et voici le double effet de l'initiation a la Cléricature : 1° La mort à soi-même, signifiée par la Tonsure. Sur ces paroles d'Ezéchiel : « Iï.oc dicitDominus Dcus : Omnis alienigena incircumeisus corde, et incircumeisus carne, noningredietur sanctuarium meum,» saint Jérôme s'écrie : Si quand ô ergô alienigenas introducere voluerimus in templum Dei, cicumeidamus aures eorum, et labia, et cor, et omnem carnem, oculosque, gustum, et odoratum, ut omnia cum Dei timoré, etratione faciamus. Audiant hocEpiscopi atque Presbyteri, et omnis Ordo eeclesiasticus: ut non inducantfilios alienos incircumeisos corde, etincircumcisos carne, ne sint in sancluario Dei, et polluant domum ejus. » (In c. xliv Ezech.). Cette circoncision universelle, est-ce autre chose que rentière mort du vieil homme dont on a éteint ou enchaîné tous les sens ?
2° La vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu , signifiée par le surplis. « Sitis per Chrislum sensibus innovati, abjectà sseculi hujus figura ; et totâ inveteratae imaginis deformitate projectà, formam vestram in formam vestri reducite Salvatoris : ulnovitas scnsuum vestrorum in vestris actibus elucescat, et cœlestis homocœlcsti habitujam gradiatur in terra. » (S. Petr. Chrysol. S. 120). Celte rcgénéiation, cette réformation, cette transformai ion qui se révèle dans l'homme tout entier, au dedans et au dehors, est-ce autre chose encore que la vie éclatante de l'homme nouveau, Jésus- Christ ?
De la l'obligation pour le Clerc de réaliser en lui, par la mort a soi-même et la vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu, la signification de son double insigne. « Quod verô majoris faciendum est, quodque
à vobis in hàc occasione vel maxime desidero, hoc est, ut scilicet huic rasurac vera qucedam conjuncta sit resolulio in praxim et exccutioncm mittendi ea quœ per hune usum significantur. Parùni enim nobis proderit habitu exteriori à sœcularibus discretos esse, nisi etiam moribus à personis mundanis secernamur. In confusionem nostram et non in gloriam quodvis nobis cedet testimonium exterius dignitatis, nostraequevocationis prœcellentioris, si demùm in virtutibus multis illorum fuerimus inferiores. Parùm refert segregatio et distinctio habitûs, si in praxi et conversationibus sœcularibus et mundanis perseveraverimus.» (S. Car. Borr.) '
Colloque orec Nbtre-Seigneur. Lui adresser, en se les appliquant à soi-même, les deux oraisons récitées par le Pontife : Adesto , Domine, supplicaticnibus nostris... Omnipotens sempiterne Deus , propitiare peccalis nostris...
Mystère de notre incorporation à Jésus-Christ.
Premier Prélude. Pour nous en donner quelque intelligence, l'Esprit-Saint emploie la comparaison de l'édifice, du cep de vigne, du corps humain, emprunte même de l'adorable Trinité un sublime rapprochement.
Deuxième Prélude. Se reporter sur les fonts sacrés où l'incorporation s'est faite pour chacun de nous.
Troisième Prélude. Demander la grâce de saisir l'exposé et de vivre selon l'esprit de ce mystère.
4° Comparaison de l'édifice. Un temple s'élève sur la terre et se consomme dans les cieux. Jésus- Christ en est la pierre fondamendale et angulaire , les Apôtres et les Prophètes en sont les colonnes fortes et puissantes; les chrétiens, chacun dans son ordre,
composent les murailles et les ornements ; l'Esprit-Saint est l'architecte , la charité Je ciment , Dieu l'objet du culte qu'on rendra dans ce temple aux siècles des siècles : « Superaîdificati super fundamentum Apostolorqm et Prophctarum, ipso summo angulari lapide Christo Jesu, in quo omnis œdificatio constructa crescit in templum sancLum in Domino ; in quo et vos coœdificaniini in habilaculum Dei in Spiritu. » (Eph. ii.)
De sa main divine Jésus-Christ porte l'immense architecture de son Eglise et l'affermit contre les tempêtes suscitées par l'enfer : tous les peuples de croyances jadis si opposées, il les réunit en un seul peuple : nous tous qui avons la foi au Sauveur Jésus , nous pesons pour ainsi dire sur lui, nous nous élevons lentement sur cette base sacrée; et de jour en jour ce temple mystérieux s'embellit, se décore, recule les limites de sa vaste enceinte jusqu'aux confins de l'univers, va chercher son faîte et son couronnement au haut des cieux, dans les profondeurs de l'éternité.
2° Comparaison du cep de vigne. « Ego sum vitis vera : et Pater meus agricola est. Omnem palmitem in me non ferentem fructum , tollet cura ; et omnem qui fert fructum, purgabit cura , ut fructum plus afferat. Manete in me : et ego in vobis. Sicut palmes non potest ferre fructum à semetipso, nisi manseritin vite : sic nec vos, nisi in me manseritis. Ego sum vitis, vos palmites. Qui manet in me, et ego in eo, hic fert fructum multum : quia sine me nihil potestis faccre. Si quis in me non manserit, mittetur foras sicut palmes, et arescet : et colligent eum, et in ignem raittent, et ardet. » (Joan. xv.)
0 Jésus, vigne divine, que je sois toujours votre branche, enté sur votre tige, tirant de vous mon suc et ma vie, un avec vous. Faites couler en moi la sève de votre grâce, pour que je produise des feuilles, des
•fleurs et des fruits : oui, de bonnes pensées, de saints désirs, des actions méritoires. Que je ne me sépare jamais de vous, en perdant la foi ou la charité ; car je le confesse sans peine sur votre parole, sans vous je ne puis rien, absolument rien, ni peu, ni beaucoup. Si le céleste Vigneron me juge digne de sa culture , qu'il émonde et retranche en toute liberté ; mon unique désir est de porter des fruits en vous , par vous et pour vous.
3° Comparaison du corps . humain. « Sicut enim corpus unura est, et membra habet multa : omnia autem membra corporis, cùm sint multa , unum tamen corpus sunt : ità et Christus. » (I. Cor. xn). « Vos autem estis corpus Christi , et membra de membre.» (Ib.). « Nescitis quoniam corporavestra membra sunt Christi? » (Ib. vi). «Quia membra sumus corporis ejus, de carne ejus et de -ossibus ejus. » (Eph. v). « Participes enim Christi effecti su mus. » (Ilebr. m). « Initium substantiae ejus. » (Ib.). « In Christo nova creatura. » (II. Cor. v). « Ipsum dédit caput supra omnem Ecclesiam, quee est corpus ipsius et plenitudo ejus, qui omnia in omnibus adimpletur. » (Eph. i). « Caput, ex quo totum corpus, per nexus et conjunctiones subministraturo et constructum, crescit in augraentum Dei. » (Coloss. n.)
Centre et distributeur de la vie, notre Chef, toujours attentif et toujours généreux, du haut du ciel insinue à point nommé , dans ses membres , de peur qu'ils ne s'épuisent , par d'invisibles et mystérieux canaux, les secours que réclament leurs emplois et leurs nécessités pressantes ; et nous, en croissant spirituellement sous notre Chef, nous l'achevons, nous le complétons, nous le perfectionnons, comme les membres achèvent, complètent , perfectionnent le Chef; et nous devenons, comme s'exprime saint Paul, plenitudo ejus, et il se fait ce qu'il ose bien nommer awjmentum Dei!
4° Sublime rapprochement emprunté de l' adorable Trinité. « Ut omnes unum sint , sicut tu Pater in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint : ut credat niundus , quia tu me misisti. Et ego claritatem quam dedisti milii , dedi eis : ut sint unum sicut et nos unum sumus. Ego in eis , et tu in me : ut sint consummati in unum , et cognoseat mundus quia tu me misisti, et dilexisli eos, sicut et me dilexisti. » (Joan. xvn). Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, par l'unité de nature, ne font qu'un seul et même Dieu. Dieu le Fils, avec l'humanité sainte, par l'union hypostatique, ne fait qu'un seul et même Jésus-Christ. Jésus-Christ,avec les chrétiens, par charité sans doute, par grâce et par adoption, ne fait qu'une seule chose, unum. De Dieu, de Jésus-Christ, des chrétiens, il se forme donc comme une ineffable unité, comme une divine consommation dont le nœud et le secret ne se découvriront qu'aux splendeurs de l'éternité : « In illo die, » disait Jésus- Christ, « vos cognoscetis quia ego sum in Pâtre meo, et vos in me, et ego in vobis. » (Joan. xiv.)
0 chrétien , membre de Jésus-Christ, complément de Jésus-Christ, temple de l'Esprit de Jésus-Christ, être sacré, allié à l'adorable Trinité , admire ta grandeur, reconnais ta noblesse , rends-toi digne de tes glorieuses destinées !
Colloques : 1° Avec l'Ange gardien. De quels yeux pleins de respect et d'amour nous cnvisagea-t-il au sortir du baptême !
2° Avec Dieu le Père. Le remercier de nous avoir adoptés pour enfants, lui qui avait déjà un Fils immortel , héritier naturel de son royaume, digne de toutes ses complaisances.
3° Avec Jésus-Christ. Le prier d'augmenter notre foi , notre espérance , notre cliarité, liens sacrés qui nous attachent à lui, aiin que, nous unissant de pïus
en plus à notre Chef, nous n'ayons avec lui qu'un même esprit et une même vie, selon l'énergique parole de l'Apôtre : Qui adhceret Domino , unus spirilus est. (I. Cor. vi.)
Principes de notre incorporation à Jésus-Christ.
Premier Prélude. L'union est contractée par le Baptême, affermie par la Confirmation, rendue plus indissoluble par l'Eucharistie, entretenue et vivifiée par l'effusion journalière delà grâce.
Deuxième Prélude. Se reporter au jour de la première communion, où, après nous être nourris du corps de Jésus-Christ , nous renouvelâmes solennellement l'alliance faite avec lui au baptême.
Troisième Prélude. Prier Jésus-Christ de nous découvrir les principes de cette incorporation glorieuse.
1° L'union est contractée par le Baptême. « Etenim in uno Spiritu omnes nos in unum corpus baptizati sumus, sive Judœi, sive Gentiles, sive servi, sive liberi ; et omnes in uno Spiritu potati sumus. » (I. Cor. xii). Pour qu'un membre soit censé appartenir à un corps, il faut qu'il soit sous l'action du même esprit qui anime les autres membres de ce corps. Ainsi mon bras droit est à moi, non au voisin, parce que le même esprit qui anime mes autres membres anime aussi mon bras droit, et que l'esprit du voisin lui est tout-à-fait étranger. « Corpus utique mcura vivit de spiritu meo. Vis engô et tu vivere de Spiritu Christi ? In corpore esto Christi. Numquid eniin corpus meum vivit de spiritu tuo? Meum vivit de spiritu meo, et tuum de spiritu tuo. Non potest vivere corpus Christi, nisi de Spiritu Christi. » (S. Aug. Tract. 26, m Joan.)
Or, au baptême, l'Esprit de Jésus-Christ nous a été
donné ; nous l'avons reçu, il nous anime, nous dirige, nous vivifie ; il opère en nous et par nous ; il est véritablement, dans l'ordre surnaturel, quoique par charité et par grâce, notre âme et notre vie. Dèslors nous tous qui sommes mus par l'Esprit de Jésus- Christ, abreuvés de l'Esprit de Jésus-Christ, nous pouvons nous glorifier d'être incorporés à Jésus- Christ, d'être les propres membres de Jésus-Christ.
2° L'union est affermie par la Confirmation. «Qui autem confirmât nos vobiscum in Christo, » dit l'Apôtre parlant de ce sacrement. (II. Cor. i). En se communiquant de nouveau à nous, l'Esprit de Jésus-Christ a comme doublé les nœuds qui déjà nous attachaient à notre Chef, il nous a consolidés et enracinés en lui , il nous a portés plus avant dans son cœur, aux sources mêmes de la vie.
« Et qui unxit nos Deus. » Comme une liqueur onctueuse qui, tombant sur une étoffe , l'imbibe et la pénètre tellement qu'il n'est presque plus possible de distinguer et de séparer l'une de l'autre : ainsi l'Esprit de Jésus-Christ , non content de se reposer sur nous, de nous recouvrir et investir , est entré dans les puissances de notre âme, a pénétré comme l'huile jusqu'à la moelle de nos os, a percé jusqu'au fond de notre substance.
« Qui et signavit nos. «Pour nous designer et nous reconnaître comme sa propriété, l'Esprit de Jésus- Christ a gravé en nous son empreinte, son effigie, son caractère : diadème royal, tiare sacrée , éblouissant soleil sous lequel notre front se dresse avec une sainte fierté , signe authentique de notre adoption, titre ineffaçable de notre noblesse que nous portons ostensiblement aux yeux des anges et que nous étalerons au grand jour de l'éternité.
« Et dédit pignus Spiritùs in cordibus nostris. » Le vendeur qui ne peut pas ou ne veut pas délivrer
immédiatement l'objet du contrat, donne des arrhes à l'acquéreur pour le dédommager et lui ôter toute défiance : ainsi , avant de nous mettre en possession du ciel , objet du contrat conclu entre lui et nous, et pendant que nous remplissons la condition , qui est l'accomplissement de sa loi , Dieu met dans nos cœurs un autre lui-même, l'équivalent du ciel, celui qui consomme la félicité des élus , l'Esprit de Jésus-Cbrist , comme un gage infiniment acceptable du traité, comme la promesse vivante et le délicieux avant-goût de la gloire et du bonheur éternel. Ne serons-nous pas contents et rassurés? Dieu pourrait-il anéantir un corps, une âme, temple et domicile de son Esprit?
3° L'union est rendue plus indissoluble par l'Eucharistie. «Calixbenedictionis, cui benedicimus, nonne communicatio sanguinis Christi est? et panis, quem frangimus, nonne participatio corporis Domini est? Quoniam unus panis, unum corpus multi sumus, omnes qui de uno pane participamus. » (I. Cor. x). L'humanité qu'il nous a empruntée, le Fils de Dieu nous la rend dans l'Eucharistie ; mais il la rend à chacun de nous, mais il nous la rend aussi souvent que nous voulons l'accepter, mais il nous la rend remplie et pénétrée de sa divinité.
Il faut entendre le magnifique raisonnement de saint Hilaire : « Et hsec accepta atque hausta id efficiunt, ut et nos in Christo, et Christus in nobis sit. Est ergô in nobis ipse per carnem, et sumus in eo, dùm secum hoc quod nos sumus, in Deo est. » Dèslors il nous transmet ineffablement la vie qu'il tire de son Père : « Vivit ergô per Patrem : et quo modo per Patrem vivit, eodem modo nos per carnem ejus vivemus. » Et parce que le Père est en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, le mystère de l'unité est consommé : « Ità enim omnes unum sumus, quia et in Christo Pater est , et Christus in nobis est. » (Lib. vin, de Trinit.)
4° L'union est entretenue et vivifiée par l'effusion journalière DE la grâce. « Gratia Domini nostri Jcsu Christi,et charitas Dei. ctcomniunicatio sancti Spirilûssit cum omnibus vobis. » (H. Cor. xm). « Et qui justus est, justificetur adhuc ; et sanctus, sanctificetur adhuc. » (Apoc. xxn). C'est un point de doctrine, que toute bonne œuvre produit dans le juste une augmentation de grâce sanctifiante.
Doù il faut conclure que, placés aux sources abondantes et intarissables delà grâce et de la vie, attirant dans notre âme par chaque acte méritoire l'Esprit- Saint et ses dons , ouvrant à souhait sur notre tète les canaux des divines miséricordes, ajoutant incessamment de nouveaux degrés à notre justice et à notre charité , nous grandissons , nous nous développons, nous devenons des membres de Jésus-Christ plus beaux, plus vigoureux, plus dignes de notre Chef, jusqu'au moment où Dieu le Père, voyant en nous la vive et resplendissante image de son Fils, se hâte de nous transporter dans la gloire : « Donec occurramus omnes... in virum perfectum, in mensuram aetatis plenitudinis Christi. » (Eph. iv.)
Colloques : 4° Avec Joseph et Marie. Qu'ils fassent croître en nous Jésus-Christ, en nous obtenant son Esprit , comme ils le firent croître autrefois par les soins prodigués à son enfance.
2° Avec Jésus-Christ. Qu'il nous pardonne de l'avoir si longtemps retenu petit et à l'étroit dans notre cœur ; désormais qu'il dilate ce cœur et y grandisse à l'aise.
3° Avec V Esprit-Saint. Qu'il nous communique la vie de Jésus-Christ , et se fasse à lui-même un sanctuaire et un trône digne de sa sainteté et de sa grandeur.
Conséquences «Je notre iiieor[2ora&ion à Jésus-Christ.
Premier Prélude. Tout s'explique par ec mystère; il est comme la clé, la raison, l'essence même du Christianisme.
Deuxième Prélude. Nous reporter au moment où la Confirmation nous unit plus étroitement à Jésus- Christ.
Troisième Prélude. Prier Jésus-Christ de nous faire comprendre et goûter les conséquences de ce mystère.
Première conséquence. L'unité deV Eglise. «> Ventum est ad hominem faciendum, etfactus estunus, et de uno factura est genus humanum. Nec duos facere voluit separatim masculum et feminam, sed de uno unam. Quare sic et de uno genus humanum inchoatur, nisi quia generi humàno unitas commendatur?» (S. Aug. Serin, addict. xx). Mais bientôt la famille d'Adam se multipliant, les villes se formèrent, puis les royaumes ; et les hommes, d'abord réunis sous le même toit, devinrent étrangers les uns aux autres et souvent acharnés ennemis. .
Que fera le Fils de Dieu pour reconstituer l'unité ? Il nous fera remonter tous les degrés qui nous en ont fait déchoir. Après avoir fait de son Eglise un royaume : « Fecisti nosDeo nostro regnum » (Ap. v) ; une cité : « Sedeslis cives sanctorum » (Eph. n) 5 une maison : « Et domestici Dei » (î'6.); une famille : « Omnes autem vos fratres estis » (Mat th. xxm) 5 lorsque toutes nos conceptions et nos espérances étaient à bout, il trouve le secret de ne faire de tous les hommes qu'un seul homme mystique, de les unir tous comme membres au même Chef, de les animer tous du même esprit, pour les consommer tous dans la même gloire.
Dieu, il se fait homme clans l'incarnation ; et, Dieuhomme, il s'incorpore successivement le reste de l'humanité parles sacrements.
Deuxième conséquence. La dignité du chrétien. Le Fils de Dieu a uni sa nature à la nôtre : il s'est fait fils de l'homme, pour élever les enfants des hommes à la qualité d'enfants de Dieu •, il est né de notre race, notre sang a coulé dans ses veines, c'est l'un de nous, c'est comme le fruit de nos entrailles, il appartient à notre famille, il compte ses ancêtres parmi les nôtres, et le genre humain rencontre un Dieu dans ses généalogies. Qu'on ne m'objecte plus mon néant ; tout néant que je suis, je suis homme; et mon Dieu , qui est tout , est homme.
Petit enfant qu'on vient de régénérer; tu ne connais pas encore ton père sur la terre, et dtjà le grand Dieu t'appelle son fils : le nom qu'il ne donne pas au premier des Séraphins, il le donne au dernier des chrétiens. Tes yeux chargés d'épais nuages ne peuvent distinguer les membres de ta famille, et l'adorable Trinité fixe avec amour ses regards sur toi. Tu as un trône dans le royaume de Dieu , toi qui ne peux encore imprimer tes pieds sur le sable : le ciel est ta maison, ta maison paternelle ; les saints sont tes frères, et tu es leur cohéritier. Un ange est descendu d'en-haut , comme un officier d'honneur, pour te faire cortège et te conduire en triomphe à ton héritage ; et du ciel à la terre, dans les tribus militantes et dans les phalanges glorieuses, tout vient à ton aide, tout t'appelle, tout te répond, tout t'aime, tout te salue, tout le bénit.
Troisième conséquence. L'obligation de vivre de la vie de Jésus-Christ. On doit vivre de la vie de celui dont on a reçu l'esprit. L'aiglon vit delà vie de l'aigle, le lionceau de la vie du lion. Quiconque à reçu l'Esprit de Jésus-Christ, doit vivre de la vie
de Jésus-Christ : mêmes pensées , mêmes désirs, mêmes affections, même langage, mêmes démarches. Notre vie ne doit pas être seulement une imitation , mais la continuation delà vie de Jésus-Christ. A nous de le reproduire, de le rendre visible, au point de dire avec l'Apôtre : « Vivo autem, jam non ego, vivit verè in me Christus. » ( Gai. n ). Dieu le Père nous verra avec complaisance prier , souffrir , travailler ; car ce n'est plus simplement un homme , c'est Jésus-Christ avec nous et en nous qui priera, souffrira, travaillera. « Ecce quàm bonum et quàni jucundum habitare fratres in unum ! » Heureux commerce ! admirable échange ! ses splendeurs nous illuminent, les ardeurs de son cœur nous réchauffent , ses vertus deviennent nos vertus. « Sicut unguentum in capite quod descendit in barbam, barbam Aaron : quod descendit in oram vestimenti ejus : » ses mérites découlent sur ses membres les plus inférieurs. o Sicut ros Hermon qui descendit in montem Sion : » sur les membres en apparence les plus éloignés du Chef. « Quoniam illic mandavit Dominus benedictionem et vitam in spéculum sœculi » (Ps. 432) : nulle action faite en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, qui ne change de nature, ne se divinise et ne contracte une valeur infinie : le ciel et l'éternité ne sont pas une récompense au-dessus de son mérite.
Quatrième conséquence. L'idée qu'il faut avoir 4° du péché. Le péché mortel est comme une paralysie qui empêche le sang et la vie de circuler dans les veines; le péché véniel est comme une humeur épaisse et maligne qui, sans interrompre tout-à-fait la circulation, la gène cependant. — 2° De l'impureté. C'est un attentat sacrilège contre les membres de Jésus-Christ : « Tollens ergô membra Christi, faciam membra meretricis ? » (I. Cor. vi). — 3° Du scandale. Il arrache des membres à Jésus-Christ , et les livre à Satais.
— 4° Du zèle. Sa fin est de travailler « in augmentum corporis... in œdifieationem corporis Christi. »(Eph. iv). — o° De la modestie. « An nescitis quoniara membra vestra templum sunt Spiritùs sancti, qui in vobis est?... Glorificate et portale Deum in corpore vestro. » (I. Cor. vi). — 6° Des épreuves. C'est le marteau du divin Ouvrier qui façonne la pierre, et met d'autant plus de soin ù la polir et à l'orner que sa place dans l'édifice doit être plus distinguée et plus honorable.
Cinquième conséquence. La sainteté nécessaire aux Clercs. « Sieut artifex ex omnibus lapidibus eligit meliores , et ponit à foris in facie sedificii, caeteros autem lapides qualcscumque mittit intùs : sic Ecclesia meliores ebristianos eligit, et ponit in facie Ecclesise, id est, alios facit sacerdotes, alios diaconos, eseterosque ministres Ecclesia?. Nullam debent babere maculam, neque in verbo, neque in cogitatu, neque in faclo, neque in opinione, quia sunt pulcbritudo Ecclesia? ; et si mali fuerint, totam deturpant Ecclesiam. Sicut enim lapides qui sunt intùs in eedificatione nemo aspicit, sedeos qui foris sunt considérant omnes; sic sœcularium hominum vitia neque sic considerantur, neque sic nocent Ecclesiœ ; nam , quamvis omnis populus sœcularis fuerit indisciplinatus, tamen si isli boni fuerint, tota Ecclesia speciosa videtur. » (Àuct. Op. imperf. boni. 40.)
Colloques : 1° Avec Jésus-Christ. Qu'il nous donne ce que souhaitait l'Apôtre aux Philippiens : Hoc enim sentite in vobis , quod et in Christo Jesu.
2° Avec F Esprit-Saint : Qu'il dilate notre cœur et le remplisse in omnem plenitudinem Dei. (Eph. m.)
le Verfce fait chair, modèle du Tonsuré révélant Vhaïtit ecclésiastique.
Premier Prélude. « Qui, cùm in forma Dei esset, non rapinam arbitra tus est esse se œqualem Deo ; sed semetipsum exinanivit, formam servi accipiens, in similitudinem hominum factus , et habitu inventus ut homo. » (Philip, n.)
Deuxième Prélude. Se représenter l'étable de Bethléem et l'Enfant-Dieu dans la crèche.
Troisième Prélude. Demander la grâce de comprendre les anéantissements du Fils de Dieu dans son incarnation, et de revêtir l'habit clérical comme il a revêtu notre humanité, dans les sentiments de l'humilité la plus profonde.
Premier anéantissement. Le Verbe, dans le temps, s'est fait chair. Avant que les flambeaux éclatants du jour et de la nuit aient été allumés, avant que la terre ail été assise sur son axe , avant que les ténèbres aient enveloppé le hideux et informe chaos, le Verbe était : « In principio erat Verbum. » Entassons siècles sur siècles, mondes sur mondes, et, de cette hauteur, tournons nos regards sur le Verbe ; il était : « Erat : » aussi éloigné de son origine à l'instant qui commence cette chaîne immense, qu'à celui qui la termine.
« At ubi venit plenitudo temporis, misit Deus Filium suum, factum ex muliere. » (Gai. iv). Ce Verbe, du sein de son Père où il est engendré , vient dans le sein d'une Vierge où il est conçu. Celui qui est le principe de tout, reçoit l'être d'une femme. Il est Dieu dans l'éternité, et il se fait homme dans le temps.
Comptons , s'il est possible, combien la puissance infinie de Dieu peut produire de natures plus nobles et plus parfaites que la plus noble et la plus parfaite
des célestes Intelligences; mesurons ensuite la distance qui sépare la plus excellente de ces natures de celle de l'homme ; et disons que le Verbe, pour descendre jusqu'à la chair, a passé par autant de degrés qu'il y a de natures plus excellentes que la nature humaine.
Ce n'est point un Verbe fait ange, ni un Verbe fait chérubin, ni un Verbe fait séraphin , mais un Verbe fait ebair. Du faite de la gloire, des splendeurs de la divinité, il descend dans le limon et la boue : « Verbum caro factum est. » (Joan. i). Ce qui fait dire à Cornélius à Lapide : « Opponit Evangelista Verbo carnem, quasi summo imum, beato miserum, glorioso \ ili.-sirnum , infirmissimum et spurcissimum. Quid enim miserius, vilius, infirmais, spurcius carne humanà? quœ longé infirmior, miserior, spurcior est carne asininà, bovinâ, equinâ et cœterorum animalium ; et tamen ad carnem talem demittere sese dignatum est Vcrbum Dei , nostrî amore. » (In Joan. i.)
Deuxième anéantissement. Le Verbe s'est fait chair enfant. Il aurait pu venir dans la maturité de l'âge, au moins dans l'adolescence , au moins dans la jeunesse ; mais non : « Invenietis infanîem pannis involutum. » (Luc. n). « Le Verbe s'est fait enfant d'un an, enfant d'un jour, enfant d'une heure; moins que cela, il a dû se développer pendant neuf mois dans le sein de sa mère , cette prison sainte et horrible; et la plénitude de sa raison dont il jouissait, ne servait qu'à lui faire mieux sentir l'infirmité et l'humiliation de son état. « Verbum caro factum est, caro infirma, caro infantilis , caro tenera, caro impotens; omnis operis , omnis laboris impatiens. » (S. Bern. S. 3, de Nativ.)
Ici , toutes les grandeurs du Verbe paraissent anéanties : son éternité, il vient de naître ; son immensité , il est renfermé dans un berceau ; son em-
o3 pire universel , il est dans la pins absolue dépendance *, son immutabilité, il va grandissant avec l'âge: sa sagesse, il ne bégaie pas encore*, sa puissance, il n'a pas la force de se remuer ; sa majesté, deux pauvres personnages composent sa cour ; sa bonté, au lieu de donner, il faut qu'il reçoive tout , jusqu'à une goutte de lait.
Troisième ahéahtissement. Le Verbe s'est fait chair enfant marqué de la ressemblance du pèche. Sa chair n'est point celle d'Adam dans l'état d'innocence , immortelle et impassible, mais notre chair maudite, sujette aux douleurs qui sont l'apanage du péché. Dans l'impossibilité où il est de prendre le péché , il en prend au moins la forme et les suites : « In similitudinem carnis peccati » (Rom. vm) 5 rendant ainsi méconnaissable, outre tous ses titres glorieux, celui de ses attributs qui semble le plus inhérent et le plus essentiel à sa nature , la sainteté*, car comment reconnaître un Dieu saint, roi, juge, sauveur, sous la forme d'un pécheur esclave du démon? C'est le fond de l'abîme où s'est précipité le Verbe, et, tout Dieu qu'il est, il ne pouvait tomber plus bas.
Application. Le Verbe, en se revêtant de tiotre humanité, avait tout à perdre pour sa gloire ; et moi, en revêtant les insignes de la Cléricature, j'ai tout à gagner pour la mienne. Que de saints, que de docteurs ont honoré cet habit !
Sous ce manteau de notre humanité, le Verbe humilié ose à peine lever les yeux et regarder le ciel *, comment, sous un habit de pénitence, pourrais-je nourrir des pensées de vanité et d'orgueil ?
Loin d'épargner à son humanité les travaux et les peines, le Verbe est ingénieux à les lui procurer 5 Youdrais-je racheter, par l'éclat de la matière et l'élégance de la forme , ce que mon habit a de simple et de modeste?
Le Verbe n'oublia jamais la mission dont son humanité était comme le signe toujours présent; l'habit clérical ne met-il pas incessamment sous mes yeux celle parole du Seigneur aux Lévites : « Separavi vos à caeteris? » (Lev. xx); c'est-à-dire, selon le commentaire d'Origcne : « Sicut ego excedo omnes creaturas, atque ab universis, quee à me facla sunt, segregor; ità et vos segregati estote ab omnibus, qui non sunt sancli , nec Deo dicati; segregati autem non locis , sed affectibus , non regionibus, sed conversalionibus. m (Hom. xi, in Levit.)
Colloques : 1° Avec Marie et Joseph. Quels étaient leurs sentiments en présence du Verbe incarné?
2° Avec Jésus. Qu'il nous couvre de ses vertus et de ses mérites , chaque fois que nous revêtons notre habit.
3° Avec Dieu le Père. Lui offrir en noire nom les anéantissements de son Verbe fait chair.
Le «îswin Erifaait sionsmié Jésas, modèle du Toîisnn'é
pireraïîBst ic nom «ïe Clerc.
Premier Prélude. « Et postquàm consummati sunt dies octo* ut circumcidcrctur puer, vocalum est nomen ejus Jésus, quod vocatum est ab Angelo, priusquàm in utero conciperctur. » (Luc. u.)
Deuxième Prélude. Se représenter l'Enfant blessé par le couteau, ses cris douloureux, les larmes de Marie mêlées avec le sang de son Fils, l'imposition solennelle du nom de Jésus.
Troisième Prélude. Demander la grâce de comprendre les grandeurs de ce nom , et de le prononcer toujours avec foi, respect, confiance et amour.
Le nom de Jésus est grand : 1° Par la majesté de celui qui le donné. Si l'Ange fut le minisire charge de l'apporter du ciel, Dieu seul en est l'auteur et pou-
vait l'être. Pour nommer un sujet , il est nécessaire de connaître ses attributs essentiels ; car la fin du nom étant de qualifier , de désigner, de distinguer, le sujet doit réunir dans toute leur étendue et réunir seul les significations de son nom. C'est ainsi que Dieu , faisant passer les animaux devant Adam pour les nommer, l'éclaira sur leurs natures respectives. Mais qui connaîtra la nature et les attributs d'un Dieu, si ce n'est un Dieu? Qui qualifiera un Fils Dieu, si ce n'est un Père Dieu? Pour caractériser et comprendre dans un nom des qualités infinies, il faut une intelligence infinie. Pour nommer le Fils de Dieu , il faul la même fécondité d'entendement que pour l'engendrer.
Ce qui fait dire à saint Bernard que le nom de Jésus est un nom inné, qui fut prononcé sur Jésus par l'Ange, comme un nom préexistant et déjà connu au ciel, mais qui n'a été ni imaginé ni imposé : « Vocatum plané, non impositum. Nempe hoc ei nomen est ab oeterno. A naturà proprià babet , ut sit Salvator : innatum est ei nomen hoc, -non inditum ab humanà vel angelicâ creaturà. » (S. i, de Circumc.)
2° Par la circonstance mystérieuse ou il est reçu. La circoncision, chez les Juifs, supposait le péché, faisait couler le sang et engageait à l'accomplissement de la loi. En s'y soumettant,, le Fils de Dieu commence donc à remplir l'office de Sauveur, puisqu'il prend la marque du péché, offre les prémices de son sang et se dévoue à la mort, pour accomplir les prophéties et nous racheter. Jusque-là , quel que fût son mérite et sa perfection, il ne s'appelait que l'Enfant ; maintenant il peut prendre le nom de Jésus, il en a le droit. Tous ses autres noms ne lui coûtent rien, il les reçoit de son Père avec la génération divine*, mais le nom de Jésus, il ne l'a qu'à titre de conquête, au prix de ses abaissements et de son sang :
« Meritô sanè , dùm circumciditur puer qui natus est nobis , Salvator vocatur, quùd videlicet ex hoc jam cœpcrit operari salulcm nostram, immaculalum illum pro nobis sanguinem fundcns. » (S. Bern. ibid.)
« Il faut qu'il lui en coûte du sang pour recevoir le nom de Sauveur : ce peu de sang qu'il répand, oblige à Dieu tout le reste ; et c'est le commencement de la rédemption. Je vois, ô Jésus , toutes vos veines rompues, toutes vos chairs déchirées, votre tète et votre côté percés ; votre sang voudrait couler tout entier à gros bouillons; vous le retenez, et le réservez pour la croix. Recevez donc le nom de Jésus ; vous en êtes digne, et vous commencez à l'acheter par votre sang.» (Boss. Elevât. 47e semaine.)
3° Par le sens qu'il renferme. « Neque enim ad instar priorum meus iste Jésus nomen vacuum aut inane portât. Non est in eo ma; ni nominis timbra, sed veritas. » (S. Bern. ibid.). Nom d'un Dieu-Sauveur, il lui convient en tout et partout , ne convient qu'à lui et résume tout ce qu'on peut dire de lui. Pourquoi est-il appelé Admirable, Conseiller du Très~ Haut, Dieu fort. Père du siècle futur, Prince de la paix ? Parce qu'il est Jésus. Comment est-il Pontife, Pasteur, Brebis, Lion, Agneau, Vigne, Porte du ciel, Médecin, Soleil de justice , Voie, Vérité et Vie ? En étant Jésus. C'est le nom d'un p.cre, d'un frère, d'un ami, car c'est le nom d'un Dieu-Homme. C'est le nom d'un créateur, d'un roi, d'un juge , car c'est le nom d'un Homme-Dieu.
«Jésus est proprium nomen Verbi incarnati,» ut docet S. Aug. Tract. 3, in I. Ep. S. Joan., « ideôque alia omnia Christi nomina , quœ plurima et prœslantissima ci Scriptura attribuit, in se compleclilur. Signifient euim totam incarnalionis Dominicre œconomiam, in quà pree cseteris operibus omnia atlributa Dei relucent, bonaque omnia , quae indè nobis sive in animo,
sive in corpore , tum in hâc vitâ , tum in futurâ per oranem aeternilatein obvenient. » (Cornel. à Lan. in Num. c. xin ). Jésus, voilà le fond de ses mystères. Jésus, voilà le mémorial de ses œuvres et l'abrégé de son Evangile.
4° Pxr. ses effets. Ce nom opère ce qu'il signifie. Tout ce qui est dit de la personne de Jésus, son nom l'accomplit et dans l'Eglise en général et dans chaque fidèle en particulier. Par cela même quel'Horame- Dieu est véritablement notre Jésus , Une possède pas seulement tous les titres dont son nom est le résume et le symbole, mais il remplit les fonctions attachées à ces titres; s'il manquait à une seule, il ne serait plus notre parfait Jésus. Jésus ! à ee nom le ciel se peuple, l'enfer se ferme, le purgatoire se vide. A ce nom, les anges accourent et les démons prennent la fuite. Jésus ! à ce nom, la foi se ranime, l'espérance s'augmente, la charité s'embrase, les larmes du repentir commencent à couler. Jésus ! ce nom est une prière, une poésie pleine de grâce , un miel exquis , un concert harmonieux, une lumière ravissante, un baume souverain pour toutes les douleurs.
Application. Et moi aussi je porte un nom grand par la majesté du Dieu qui me l'impose, grand par la cérémonie religieuse où il m'est donné, grand par le sens qu'il renferme , grand par ses" effets. « Clerici, genus mancipatum divino officio, et deditum contemplationi et orationi. — Deo devoti, quos Deus in suos elegit. — Reges se et alios in virtutibus régentes , et ità in Deoregnum habentes. » (S. Hier, ad Levilam). « Clerici, prasclara Domini sors, selecta portio, haereditas praecipua , quam dédit Deus filio suo Joseph , quam tulit de manu Amorrhœi in gladio et arcu, pars Ecclcsio2 sublimior , quae tantô reliquis virtute ac scientià débet esse prœstantior, quantô dignitate et auctoritate illustrior t, ha?rcditas Filii Dei charissima
in quam potissimabeneiicia elornamenta transmisit.» Rallier.)
Colloques : 1° Avec F Ange qui apporta du ciel le nom de Jésus. Qu'il nous dise avec quel respect il le prononça.
2° Avec Marie et Joseph. Oh! qui nous donnera de l'invoquer comme eux dans toutes nos nécessites !
3° Avec Jésus. Qu'il fasse opérer en nous à son nom ce qu'il signifie : où il n'y a pus de sauvés, il n'y a pas de sauveur. Qu'il fasse opérer en nous à notre nom de Clerc ce qu'il signifie : où il n'y a pas d'héritage , il n'y a pas d'héritier.
Marie présentant Jésus au 'flVaupEe, naotîiïc un Cierc se consacrant au ^t'Ignenr.
Premier Prélude. « Et postquàm impleti sunt c!ies purgationis ejus secundùm legem Moysi, tulerunt illum in Jérusalem, ut sisterent eum Domino. » (Luc. n.)
Deuxième Prélude. Se représenter le temple, le vieillard Siméon , Anne, les deux tourterelles, Marie, Jésus. ,
Troisième Prélude. Demander la grâce de comprendre l'héroïsme de Marie , et celle de l'imiter.
Tout, dans ce mystère, fait ressortir l'héroïsme de Marie :
d° Ses humiliations. En se soumettant, pour l'édification commune, à la purification légale, en se confondant avec les femmes ordinaires, Marie semble avouer publiquement, solennellement, authentiquement, qu'elle ne se distingue point des autres mères ; elle prend en quelque manière le caractère de pécheresse , elle laisse oublier ses privilèges les plus glorieux, les plus légitimes, les plus chers à son cœur : sa prérogative d'Immaculée, sa qualité de Vierge , son de Mère de Dieu, sa dignité de Reine. Qu'a-t-elledc
commun avec le péché, celle qui a été préservée même de la tache originelle? Quelles souillures a pu contracter un corps aussi intègre pendant l'enfantement qu'avant et après? Encourt-on une sorte d'excommunication qui interdise l'entrée du temple et le contact des choses saintes , pour avoir mis au monde et touché celui qui est le Saint par excellence et le Temple vivant de la Divinité? Est-on assujetti aux lois de la terre, quand on a le sceptre du ciel et l'autorité que donnée la maternité sur l'Auteur et le Consommateur de la loi? Le monde , il est vrai , ignorait les grandeurs de Marie, mais elle les connaissait, et c'était assez pour que la cérémonie de la purification inspirât à cette âme si noble et si pure un profond sentiment de confusion. Rien ne déshonore plus l'homme de coeur que d'être traité de lâche, le docte que d'être réputé ignorant , les iiers empereurs que d'être jetés parmi les esclaves. L'humiliation du Verbe , quand il se vit sous le manteau ignominieux de notre humanité, n'alla-t-elle pas, au langage de saint Paul , jusqu'à l'anéantissement?
2° Son offrande. C'est Jésus , qui est son bien. Le titre de Mère de Jésus résume tous les droits que la nature donne aux autres mères sur leurs enfants ; et le titre de Mère de Dieu , loin d'affaiblir ces droits, les double en quelque sorte, puisque, Marie ayant conçu par l'opération du Saint-Esprit, et Jésus n'ayant point de père parmi les hommes , le Fils appartient exclusivement à la Mère , et la Mère jouit du Fils sans partage. Qui jamais honora mieux Dieu de sa propriété , de ses fruits , de sa substance : « Honora Dominum de tuâ substantiâ?» (Prov. ni). — Son bien le plus cher. L'amour d'une telle mère pour un tel fils n'est pas un amour unique , mais un double amour réuni sur le même objet : amour d'une mère pour son iils , dit Bossuet , amour d'une vierge pour son Bieu :
amour naturel que forme le sang, amour surnaturel que forme la grâce , et l'un et l'autre élevés à la plus haute puissance. Marie aime Jésus comme homme, elle l'aime aussi comme Homme-Dieu. Dans son amour il y a du respect et de la tendresse , des caresses et des adorations. Comme créature , Marie adore son Fils qui est Dieu ; comme mère , elle embrasse Dieu qui est son Fils. C'est le Père éternel qui , en associant Marie à sa divine fécondité , l'a aussi associée à son amour pour le Verbe fait chair. — Tout son bien. Une illustre princesse, priée de découvrir ses joyaux si renommés : « Les voilà , » dit-elle en montrant ses enfants , « je n'en connais point d'autres. » La mère du jeune Tobie, désolée de son départ, s'écriait : « Iîeu ! heu , me ! fili mi, ut quid te misimus peregrinari , lumen oculorum nostrorum , baculum senectutis nostrœ, solatiurn vitœ noslrœ, spem posteritatis nostrse? Omnia simuî in te uno habentes, te non debuimus dimilterc à nobis. » (Tob. x). A combien plus juste titre Marie pouvait dire : « Jésus, voilà toute ma fortune; Jésus, voilà toute ma consolation ! » Un Fils qui est son unique ! Un Fils Dieu ! quelle fortune ! quelle consolation ! Et si saint Paul affirme que le Père éternel , en nous donnant son Fils , « cum illo omnia nobis donavit , » Marie, en redonnant au Père éternel ce même Fils, ne lui a-t-elle pas fait une oblalion égale non-seulement à ses bienfaits , mais encore à ses grandeurs ?
3° Ses douleurs. Offrir leur premier-né au Seigneur et le racheter aussitôt à un prix assez modique, pour le reporter chez elles environné de l'auréole de la consécration, cen'étaitlà pour les femmes d'Israël qu'un témoignage de leur bonne volonté qui ne les engageait à rien , une pure cérémonie qu'elles accomplissaient avec plaisir. Mais Marie, trop certaine que Dieu exige d'elle une oblation réelle et irrévocable, le consentement formel et définitif à la mort de son Fils , offre
Jésus sans espoir de le racheter , donne Jésus sans le reprendre. Si elle le rapporte dans sa maison , ce n'est que pour l'élever ; si elle le retient , ce n'est qu'à dessein de le livrer au temps marqué. Quoiqu'elle ne s'en dessaisisse pas, elle n'en rentre pas en possession. C'est peu : elle offre Jésus avec la prévision de son supplice , elle donne Jésus pour être crucifié. En ordonnant autrefois à Abraham l'immolation d'Isaac , Dieu lui dit : « Toile filium tuuin unigcnitum quem diligis, Isaac , » afin d'exciter sa sensibilité par ces paroles , ton unique , ton bien-aimé ; il l'envoie sur une montagne fort éloignée , afin que , durant le chemin , les émotions de la tendresse paternelle deviennent de plus en plus vives et impétueuses ; il permet qu'Isaac lui demande avec anxiété où est la victime , afin de remuer, de bouleverser toutes ses entrailles. Dieu ne semble-t-il pas avoir tenu la même conduite à l'égard de Marie? Pendant quarante jours elle a le loisir de contempler les amabilités de son unique et de son bien-aimé , de lire et de méditer ce que les Prophètes ont prédit de sa passion douloureuse : elle-même porte à Jérusalem cette victime trop faible encore pour marcher, et ses yeux découvrent de loin le Calvaire ; elle traverse ces mêmes rues, elle pénètre dans ce même temple, théâtre des futures ignominies de Jésus 5 elle entend le vieillard Siméon' lui parler des contradictions qui attendent le Fils et du glaive qui transpercera la Mère. 0 Dieu ! que réserve-t-on à cette tête, à ce visage, aux pieds et aux mains de mon Jésus ! En attendant l'affreux gibet, mon sein est donc l'autel vivant où il s'immole tous les jours , mes bras la croix animée où il s'exerce et prend ses mesures en se jouant ! Celui que je rachète au prix de deux colombes sera donc vendu trente deniers ! C'est ici le sacrifice du matin ; la victime est trop tendre et n'a pas encore assez de sang pour le répandre , mais viendra le sacrifice du soir.
Application. Tout ce que j'ai, tout ce que je suis , tout ce que je puis, je l'offre à Dieu pour sa plus grande gloire. J'ignore ce qu'il me réserve d'humiliations et de souffrances à son service, je baisse la tète, je me résigne , je me dévoue.
Colloques : 1° Avec le vieillard Siméon. Avec quels sentiments s'écriait-il : Nunc dimittis servum .'...
2° Avec Marie. Qu'elle m'offre avec Jésus ; mon offrande sera bien reçue de sa main.
3° Avec Jésus. Qu'il mette dans mon cœur le dévouement qui animait le sien : Ecce venio ut faciam , Deus , voluntatem luam.
Jésus disant atEïeti à sa Mère, modèle du Clerc disant ad.'oii à sa famille.
Premier Prélude. Jésus, ayant atteint sa trentième année, quitta Marie, pour aller recevoir le baptême de Jean, s'enfoncer dans le désert pendant quarante jours et commencer sa vie publique.
Deuxième Prélude. Se représenter le bourg de Nazareth, dans ce bourg une modeste maison où habitent Jésus et Marie. ,
Troisième Prélude. Mon Dieu , accordez - moi la grâce de bien comprendre la générosité du sacrifice •nie font en ce moment Jésus et Marie , afin qu'à leur exemple je sacrifie généreusement ce que j'ai de plus cher , pour suivre ma vocation.
Premier Point. Contempler les personnages : Dieu regardant avec complaisance, du haut du ciel, cette scène ; Jésus et Marie, dont le visage laisse apercevoir un reflet de résignation sur un fond d'amère tristesse ; Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, prêchant la pénitence par ses exemples autant que par ses discours, et soupirant après Celui dont il est
le précurseur ; Satan suivant d'un œil inquiet le Fils de Marie, sur le compte duquel il ne sait que croire et que ne croire pas, et attendant le moment où il aura prise sur lui.
Deuxième Point. Ecouter les paroles : De V adorable Trinité. Enfin les perfections divines vont être glorifiées : la Miséricorde, en sauvant l'homme coupable ; la Justice, en frappant Jésus sa caution-, la Sagesse, dans l'économie de la rédemption; la Puissance, dans les miracles de Jésus -, la Sainteté, dans sa vie 5 la Vérité, dans sa doctrine. — De Marie : « ' ous étiez, ô mon Fils, ma consolation et mes délices : j'habitais sous le même toit que vous \ je priais, je travaillais, je prenais mes repas avec vous, je partageais vos joies et vos peines, ''étais la confidente des secrets de votre sainte âme, et vous me quittez ! vous me laissez seule! Encore si Joseph, mon époux, restait pour me soutenir ; mais il n'est plus : vous l'avez vu expirer ici, dans cette chambre, sous -vos yeux et entre vos bras. » — De Jésus : « In bis quae Patris mei sunt, oportet me esse.» « Ma première séparation d'avec vous à l'âge de douze ans, et cette même parole que je vous adressai alors, ont dû vous faire pressentir cette séparation et vous en adoucir le coup. Pendant trente ans j'ai été avec vous, ô ma Mère ; n'est-il pas temps que, divin Pasteur, j'aille à la poursuite des brebis d'Israël qui s'égarent? Il vous est utile que je m'en aille: votre vertu se perfectionnera par la patience : bientôt je ferai descendre sur vous mon Esprit : j'irai vous préparer un trône dans mon royaume : pendant toute l'éternité , je vous dédommagerai de cette douloureuse mais courte séparation. » — DeJean-Baptisie. Plus les moments marqués approchent , plus sa prédication est véhémente. A chaque instant il croit entrevoir le Messie promis, il tourne vers lui tous les cœurs : « Parate viam Do-
mini : rcctas facite semitas cjus. » — De Lucifer. Il convoque ses satellites et les anime à la poursuite de Jésus, ou plutôt, il se charge lui-même de le tenter ; il s'excite au combat, il ramasse toutes ses ruses, il prépare toutes ses batteries , jamais il ne se mesura avec un pareil ennemi.
Troisième Point. Considérer les actions. Le moment arrivé , Marie se prosterne devant Jésus et lui demande sa bénédiction. Jésus bénit Marie, la relève, l'embrasse et, prenant congé d'elle, s'éloigne de Nazareth et s'avance vers le Jourdain. Une se retourne point, il ne regarde point derrière lui ; mais Marie le suit des yeux, tant qu'elle peut l'apercevoir; puis elle rentre, renouvelle devant Dieu son sacrifice, et ne craint pas de donner un libre cours à sa douleur. La voilà seule dans cette maison où elle vécut si longtemps avec Jésus et Joseph. C'est là que Jésus faisait oraison , là qu'il m'instruisait. C'est là que Joseph a rendu le dernier soupir ; voilà les instruments dont il se servait... Ses parentes et ses amies viennent sans doute la consoler; à chaque parole qu'elle entend, ses larmes redoublent, et rien ne lui est si doux que de répandre des larmes pour Jésus.
Application. Et nous aussi nous avons dû faire nos adieux à nos parents. Que de pleurs! que de sanglots! On osait à peine se voir , se parler , se rencontrer. On voulut nous retenir, on nous dit que nous étions l'unique etdernièrc consolation d'un père, d'une mère. Mais nous répondîmes avec Jésus : « In his quee Patris mei sunt, oportet me esse. » Nous étions fortifiés par le spectacle de tant d'âmes égarées qu'il fallait, à la suite de Jésus, ramener au bercail. Déjà nous entendions d'autres Jean-Baptiste qui, ne pouvant suffire au travail, sollicitaient du secours. De son côté, le démon, jaloux de tant de conquêtes que nous allions luire sur lui, s'apprêtait à nous attirer dans le piège.
Vous l'avez dit, Seigneur : « Si quis non odit patrem suum, et uiatrem...,nonpotest meus esse discipulus. » (Luc. xiv). L'apostolat est à ce prix : « Fugitans igitur est suorum, sacri altaris Minister. Unde Dominus quasi Princeps Sacerdotum formam Levitis in Evangelio dans suo , dixit : Quœ est mater mca , autqui sunt fratres mei? Hoc est : Non agnosco ma- Irem, non recognosco fratres, ignoro proxiraos : mater meaet fratres mei ii sunt qui audiunt verbum Dei et faciunt. Solum ergô verbum Dei novit Minister, cùm eos novit in quibus operatur verbum Dei. » (S. Amb. de Fugâ sœc). Ne suis-je pas soldat de Jésus- Christ? « Quidfacis in paternà domo, délicate miles? Ubivallum? ubi fossa? ubi hyems acta sub pellibus? Recordare tyrocinii tui diem, quo Christo in baptismale consepultus, in sacramenti verba jurasti, pro nomine ejus non te patri parciturum esse, non matri. Ecce adversarius in pectore tuo Christam conatur occidere ; ecce donativum, quodmilitaturus acceperas ; bostilia castra suspirant. Licet parvulus ex collo pendeat nepos; licet sparso crine et scissis vestibus ubera , quibus te enutrierat, mater ostendat ; licet in limine pater jaceat , per calcatum perge patrem ; siccis oculis ad vexillum crucis cvola : solum pietatis genus est in Me re esse crudelem. » (S. Hier. Ep. i,adHeliod.). H y va de mon salut : « Gladium tenet bostis ut me périmât, et ego de matris lacrymis cogitabo ? » (/ô.). Est-ce que Dicun'estpas mon Père? « Propter patrem militiam Patris descram, cui sepulturam Christi causa non debeo? » (/&.) Est-ce que l'Eglise n'est pas ma mère et la mère de ma mère? « Mater Ecclesia mater est etiam matris tuœ : haec vos de Christo concepit : hœc martyrum sanguine parturivit : hsec in sempiternam hicem peperit : hœc fidei lacté nutrivit et nuti'it : haec mater agitatur jhujusne, tu, nécessitâtes deserens ad carnalia verba converteris ? Nonne ha?c chariora viscei*a,
GG et cœlestia ubera ostentat? » (S. Aug. Ep. 38, Lceto). D'ailleurs puis-jc mieux témoigner ma gratitude à ma mère? Elle aura sa part dans les fruits de mon sacerdoce : « Noli esse ingratus, rependc gratiam matri tuse, spiritalia pro carnalibus, sempiterna pro temporalibus. » (Ibid.)
Colloques avec Jésus et Marie. Les remercier du sacrifice qu'ils firent pour notre salut. Demander la fidélité à la vocation.
Jésus-Christ notre roi.
Premier Prélude. « Ergô rex es tu ? » disait Pilate à Jésus. « Tu dicis quia rex sum ego, » répondit Jésus. « Ego in hoc natus sum : et ad hoc veni in mundum, ut testimonium perhibeam veritati. » (Joan. xvm. )
Deuxième Prélude, Se représenter Jésus au prétoire travesti en roi de théâtre, se tenir à ses pieds, le proclamer notre roi.
Troisième Prélude. Demander la grâce de comprendre et de reconnaître la royauté de Jésus.
1° Ses titres. 11 est roi : 1° Par nature. Etre Dieu, subsister éternellement et par soi-même, c'est avoir la royauté sur toute créature, sur tout ce qui a eu un commencement, sur tout ce qui n'a l'être que par emprunt. — 2° Par le don que lui a fuit son Père de l'empire du monde. « Omnia dédit ei Pater in manus. » (Joan. xm). « Omnia subjecisti sub pedibus ejus. » (Heb. i). — 3° Par droit de conquête et de rachat. Le monde était entièrement, irrémissiblement perdu. Jésus seul pouvait le racheter, et il l'a racheté lui seul. « Et non estis vestri. Empti enim estis pretio magno. » (I. Cor. vi). — 4° Par élection. Par la réception de la Tonsure , nous lui renouvelons l'investiture de notre cœur faite d'abord au baptême. En di-
sant : « Àdveniat regnurn tuum , » nous crions : Vire Jésus mon roi!
Que si l'hérédité, la conquêle ou le suffrage de la majorité fondent un droit sacré à la couronne, malgré la multitude des opposants, que penser d'un roi à qui chaque sujet a mille fois donné son suffrage , et sur lequel se réunissent tous les titres possibles à la royauté ?
2° Son empire. Ce n'est proprement ni le ciel où les élus partagent son diadème, ni la terre où les potentats exercent son autorité, c'est nous-mêmes : « Regnurn Dei intra vos est. » (Luc. xvn.)
La capitale de cet empire où il établit son trône , son lit de justice, son palais accessible à lui seul, c'est notre cœur; car, disait saint Cyprien à Fortunat. Dieu n'a pas consacré notre tête, notre poitrine ou nos mains par la présence de son Esprit, mais notre cœur : « Dédit pignus Spiritûs in cordibus vestris. » (II. Cor. i). « Misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra. » (Gai. iv). C'est là qu'il donne ses ordres , qu'il approuve ou condamne, récompense ou châtie , caresse ou réprimande ; c'est de là qu'il imprime le mouvement à tout. Donc , ô sujet d'un si grand et si bon roi, entre avec un saint respect dans ce cœur ainsi ennobli et divinisé, pour t'y recueillir. Tiens - toi dans un religieux silence , attentif aux moindres signes de ton Roi. Viens assidûment lui faire ta cour, puisque, bien différent des empereurs terrestres, ii donne audience aussi souvent et aussi longtemps qu'on le veut, sans intimider par l'éclat de sa majesté et les épées nues de ses gardes , et sans exiger qu'on se fasse introduire par quelque favori. Ton introducteur, c'est ton ange.
Les places fortes, ce sont les puissances de l'âme : la mémoire, l'imagination , l'entendement, la volonté.
Les frontières, c'est le corps avec ses sens etles actes qu'ils produisent.
Le gouverneur chargé d'exiger le tribut , de contenir dans le devoir et de protéger contre l'ennemi, c'est notre âme.
3° Sa manière de régner. Trois traits caractérisent son règne. 1° Il sanctifie les opérations de nos facultés et de nos sens. Pour régner dans notre entendement, il y répand ses divines lumières ; pour régner dans notre volonté et dans notre cœur, il en réforme les inclinations et les attaches ; pour régner dans nos sens , il en combat les appétits déréglés. Non qu'il veuille réduire nos puissances à une stérile oisiveté -, mais quand il les a ainsi vidées, dépouillées, purifiées de ce qui est naturel et humain , il s'en sert pour accomplir des merveilles de grâces. — 2° Il jette sur tout notre être les chaînes d'une douce captivité : sur nos sens, et nous ne voulons plus regarder, ouïr, parler, agir , que par un mouvement surnaturel ; sur notre cœur , et nous n'aimons plus rien que pour Dieu ; sur notre volonté, et elle se conforme en tout à la volonté divine •, sur notre entendement, et il n'a plus que des pensées" et des vues célestes. Ce n'est pas que l'âme sur laquelle règne Jésus perde son libre arbitre; mais, tout en le conservant, elle est tellement ravie et éprise fies charmes de sou vainqueur que, comme autrefois l'Egypte gouvernée par Joseph, elle ne saurait plus remuer le pied ou la main sans la permission de Jésus. Il nous laisse volontiers tout le reste , pourvu qu'il ait notre liberté. Dieu seul peut ainsi régner, mais c'est véritablement régner en Dieu. — 3° // substitue insensiblement sa vie Immiliée et sou/' frante à notre vie. Notre Roi a deux trônes, celui que •les Juifs lui ont dressé sur le Calvaire, et celui que son Père lui a préparé à sa droite. Il veut partager ses deux trônes avec ses sujets, mais on doit mériter le second en acceptant le premier. Telle est la fin et le terme de sa conquête.
Je vous considère dans votre passion, ô mon Roi : pour trône, une croix : pour diadème, une couronne d'épines ; pour sceptre, un fragile roseau-, pour manteau royal, un lambeau de pourpre ; pour tribut, des crachats et des soufflets; pour hommages, des génuflexions dérisoires. Or vous avez passé le premier , afin que je vous suive ; votre partage doit être mon partage : je dois reproduire, ou plutôt, continuer votre vie de douleurs et d'opprobres. En régnant en moi, vous gardez tous les insignes du Roi crucifié.
4° Nos infidélités. — La première est de le bannir ignominieusement du cœur par le péché mortel , de rompre ses chaînes glorieuses pour reprendre l'usage d'une liberté perverse , de secouer son joug aimable, pour courber la tète sous le joug tyrannique de Satan. Après tant de bienfaits de sa part, et tant de protestations de la nôtre, quel outrage ! — La deuxième , de lui refuser nos services dans des choses d'ailleurs moins importantes, de nous réserver quelques pensées de notre esprit, quelques mouvements de notre cœur : d'agir par amour-propre, intérêt, humeur , sensualité. C'est l'infidélité du fermier qui s'approprie quelques fruits. — La troisième , de repousser sa croix et son calice, d'accepter le Roi du Tbabor et de méconnaître celui du Calvaire, d'adorer et d'aimer le Crucifié sur les images, et de s'en faire un sujet de scandale , dès qu'il veut nous associer à ses humiliations et à ses souffrances.
Colloque. O Jésus, je veux être à jamais votre sujet fidèle et dévoué •, liez-moi de mille chaînes , enlevez-moi le reste de ma liberté qui fait tout mon malheur. Entrez , entrez dans mon cœur avec votre couronne d'épines et votre croix. Peut-on dire qu'on vous aime, quand on rejette vos insignes? Que j'agisse, que je parle , que je souffre en Jésus, avec Jésus, comme Jésus, pour Jésus.
Ce n'est pas aujourd'hui seulement , mais tous les jours de ma vie , que je veux dire : Dominas pars hœreditatismeœ et calicis mei : tues qui restitues hœreditatem meam rnihi. Et encore : Induat me Dominas novum hominem qui secundàm Deum creatus est in justitià et sanctitate veritalis.
EXERCICES