ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Sœqueleite (1). — La charpente osseuse des oiseaux se compose à peu près des mêmes éléments que celle des mammifères, avec les modifications, dans la forme et la disposition des os , nécessitées par leur manière de vivre et de se mouvoir.
La tête des oiseaux est petite, le crâne renferme les analogues des os frontaux, pariétaux, temporaux, etc., mais toutes ces parties se soudent de bonne heure, et le crâne forme bientôt qu’une boîte; à l'intérieur, cette boîte est äivisée en deux loges, l’'antérieure contient le cerveau et la postérieure le cervelet, les lobes optiques et la moëlie allongée.
La face est formée par les mandibules, la supérieure contient les analogues des os maxilaires nazaux et palatins, elle s’unit au front par une articulation mobile ; l’inférieure, composée de deux os de grandeur différente, s'articule sur un os que les anatomistes ont appelé l'os carré; ces organes réunis ont recu le nom de bec. La forme du bec varie à l’infini, et comme nous le verrons plus tard, cette variété de formes est une des bases de la classification des oiseaux.
La colonne vertébrale se compose des vertèbres cervicales, des vertèbres dorsales, du sacrum et des vertèbres coccygiennes; le
(4) Voir, pour tout ce qui concerne le squelette et ses différéntes parties; PL 4, Figs de 5
nombre des vertèbres cervicales est très-variable (1) et paraît dépendre la plupart du temps de la longueur des jambes, car le bec étant le seul organe qui sert à l’oiseau pour prendre ses aliments à terre, le cou est d'autant plus long que l’oiseau est plus élevé sur ses pattes. Chez quelques oiseaux exceptés (l’autruche, par exemple) les vertèbres dorsales sont soudées entre elles, et il devait en être ainsi puisqu'elles soutiennent les côtes, et servent de point d'appui aux organes du vol. Le sacrum ne présente rien d’assez important pour que sa description trouve place ici, il en est de même des vertèbres coccygiennes dont la dernière, destinée à supporter les plumes de la queue , est relevée en une crête saillante.
Pour donner plus de solidité au thorax, les côtes des oiseaux sont unies par un apophyse osseux qui va de l’une à l’autre; mais la portion la plus volumineuse du squelette est sans contredit le sternum qui forme un vaste bouclier recouvrant en partie l'abdomen ; il porte, à sa partie médiane et antérieure, une carène sur laquelle viennent s'insérer les muscles abaisseurs de l’aile, et qui donne plus de puissance au vol.
La nature, qui, dans cette classe, semble avoir tout fait pour les organes de la locomotion, a donné une solidité vraiment surprenante aux os qui leur servent de support ; l’omoplate est trèsallongée dans le sens des vertèbres dorsales; les clavicules, qui se soudent par leur extrémité antérieure, forment un V qui s’unit par sa base à la crête du sternum et par ses extrémités à deux os trèsgros qui manquent aux mammifères, et appelés coracoïdiens, parce qu'on à cru y trouver un prolongement de l’apophyse coracoïde de lomoplate de ces animaux.
Les membres antérieurs ou thoraciques viennent s’articuler à cet
(4) Le moineau a neuf vertèbres cervicales, la mésange onze, le milan royal douze, l'aigle et le pigeon treize, le paon et le canard quatorze , l’oie quinze, la spatule dix-sept, le fiamant dix-huit, la cigogne dix-neuf, le
cygne vingt-trois. DS]
appareil solide ; ces membres nommés ailes ne servent ni à la marche ni à la préhension, mais à la locomotion aérienne.
L'humérus, le cubitus et le radius ne présentent rien de partieulier, ils sont les analogues du bras et de l’avant-bras des mammifères. On a remarqué que le radius est d'autant plus long que l'oiseau est meilleur voilier; deux os à peu près égaux forment le carpe, suivi du métacarpe composé de deux branches soudées par leur extrémité, un seul os représente le doigt médian, enfin un petit os placé au haut du carpe tient lieu de pouce.
Les membres inférieurs des oiseaux servent seuls à la station, et dans quelques espèces (les oiseaux de rapine) à la préhension. Il fallait donc un bassin large et solidement fixé à la colonne vertébrale pour donner attache à ses membres, aussi les hanches sont trèsdéveloppées et ne forment qu’une seule pièce avec les vertèbres sacro-lombaires.
L'os de la cuisse est court, la jambe est plus ou moins longue et se compose d’un tibia et d’un péroné, ce dernier est à l’état rudimentaire et se confond par sa partie inférieure avec le tibia. A la suite de la jambe s’articulent le tarse et le métatarse, qui ne forment qu'un seul os que les ornithologistes appellent le tarse; viennent ensuite les doigts. Quelquefois le doigt postérieur manque, mais le plus souvent les oiseaux ont quatre doigts ; la forme, la longueur et la disposition du tarse, des doigts et des ongles servent comme celles du bec, de base à la classification des oiseaux.
Des plumes (1). — Après avoir succinctement décrit le squelette des oiseaux, nous allons dire quelques mots des parties qui les couvrent et qui servent aussi à les connaître et à les classer.
On distingue dans les plumes le tube , la tige et les barbes ; ces
(4) Voir, pour l'intelligence de tout ce qui concerne les plumes, la PI. 1, Fig. 3.
appendices tégumentaires se forment dans un organe sécréteur appelé capsule. Chaque capsule se compose d’une gaine cylindrique revêtue à l'intérieur de deux tuniques et d’un bulbe central; c’est autour de ce bulbe que se dépose la substance de la plume qui en grandissant perce la capsule, se déroule et étale latéralement ses barbes. Mais lorsque le bulbe a rempli ses fonctions il se dessèche, tombe et meurt avec la plume pour faire place à une plume nouvelle. Ce renouvellement, qu’on appelle la mue, a lieu une ou deux fois par an suivant les espèces; pendant ce changement les oiseaux sont tristes, souffrants et cherchent à se cacher. La mue arrive toujours soit au printemps pour parer les oiseaux de brillantes robes de noces, soit en automne pour les couvrir de leurs manteaux d'hiver et de voyage.
La forme des plumes varie beaucoup ; les unes ont leurs barbes raides et unies de façon à résister à Pair; d’autres, au contraire, ont leurs barbes divisées , longues et flexibles ; il en est encore qui ressemblent au duvet. Les plumes se teignent des couleurs les plus brillantes et les plus variées et peuvent surpasser la beauté des plus belles fleurs. En général, les femelles ont les couleurs moins riches que les mâles, et souvent le plumage d'été diffère du plumage d'hiver ; enfin, dans quelques espèces (les rapaces, par exemple), les jeunes ne revêtent le plumage parfait qu’à la troisième ou quatrième mue et même plus tard.
Nemenclalure des pluies. — Sans la connaissance de cette nomenclature il est impossible aux ornithologistes de procéder à la description des espèces et de comprendre la langue des manuels ; il est donc essentiel de bien la savoir.
On désigne les plumes du front, du lorum (1), de la tête, de l'occiput, du dos, de la gorge, du cou, de la poitrine, des flancs et du ventre, en ajoutant au mot plumes celui des parties qu’on veut
(4) Espace entre le bec et l'œil.
désigner. Ainsi on dit : les plumes du front, du lorum, de [æ tôte, etc., etc.
Dans l’aile, en avançant du dehors au dedans, on rencontre :
1° Les rémiges bâtardes, petites plumes qui tiennent au pouce;
2 Les rémiges primaires ou grandes pennes de l'aile, qui adhèrent à la main et sont toujours au nombre de dix ;
3° Les rémiges secondaires ou pennes secondaires de l'aile, qui tiennent à l’avant-bras;
4° Les scapulaires insérées sur le bras ;
d° Les tectrices ou couvertures alaires, plumes imbriquées qui couvrent la base des rémiges.
Les plumes qui forment la queue se nomment rectrices ou pennes de la queue; leur base est cachée en dessus par les couvertures supérieures et en dessous par les couvertures inférieures de la queue. Le nombre des pennes caudales est ordinairement de douze, mais il n’est pas invariable comme celui des rémiges primaires.
Mas vol. — On voit par ce qui précède que la puissance du vol dépend autant de la longueur des pennes que de la force musculaire de la poitrine , du bras et de l’avant-bras.
Le mécanisme du vol s'explique par des faits physiques et physiologiques assez compliqués. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de rapporter textuellement ce qu’en dit le savant Milne-Edwars : « Chaque fois que l'oiseau veut frapper l'air, il élève l’humérus et « avec lui l’aile encore ployée, puis il la déploie en étendant l’avant- « bras et la main et l’abaisse subitement : l'air qui résiste à ce « mouvement lui fournit alors un point d'appui sur lequel il se sou- « lève; 1l se lance ainsi comme un projectile, et une fois l'impulsion « donnée à son corps, il reploie laile pour diminuer autant que « possible la résistance nouvelle que le fluide ambiant oppose à sa « course. Cette résistance et l'attraction terrestre qui tend à faire « tomber tous les corps vers le centre de la terre, diminuent gra- « duellement la vitesse que l’oiteau a acquise par cette percussion
de l'air, et s’il ne fait pas de nouveaux mouvements, il ne tardera pas à descendre ; mais si avant que la vitesse acquise par le premier coup d’aile soit anéantie , il en donne un second, il ajoutera une vitesse nouvelle à celle qu’il avait encore et se déplacera par un mouvement accéléré; tel est le mécanisme du vol.
« Pendant que l'oiseau est ainsi suspendu dans l'air, ce sont les ailes qui supportent tout le poids du corps, et pour qu'il puisse conserver dans cette position son équilibre, il faut que son centre de gravité soit placé sous les épaules et aussi bas que possible; c’est pour cela que pendant le vol il porte en général la tête en avant... De plus, les organes les plus pesants sont accumulés à la partie inférieure du thorax et abaissent d'autant le centre de gravité.
« Il est évident que la résistance de l'air est d'autant plus grande que la masse de ce fluide, frappée à la fois par les ailes, est plus considérable, et par conséquent que plus les ailes seront étendues, pius aussi, toutes choses égales d’ailleurs, la vitesse acquise par l’abaissement de ces rames sera grande et le vol facile et soutenu...
« Les pennes de la queue servent aux oiseaux pour les diriger dans leur vol, ils les étalent, les relèvent ou les abaissent comme un gouvernail pour augmenter ou diminuer l'obliquité de leur course et en les inclinant s’en aident aussi lorsqu'ils veulent changer leur direction.
« Lorsque l'oiseau veut s'élever de terre, il prend son élan en sautant sur ses pied et en étendant les ailes, de façon à pouvoir frapper l'air avant que de retomber sur le sol; ceux qui ont les ailes très-longues ont besoin de plus d’espace pour les abaisser et il en résulte que si leurs pieds sont en même temps trop courts pour leur permettre de sauter très-haut, ils ne peuvent que difficilement prendre leur essor. Les martinets sont dans ce cas. » Les membres supérieurs des oiseaux leur servent encore à l’at-
taque et à la défense; lorsqu'un oiseau est menacé d’un coup, il
If
ouvre vivement l'aile et s’en sert comme d’un bouclier pour le parer; lorsque au contraire il attaque, il frappe son ennemi du poignet avec tant de force que souvent il l’assomme. On sait que le vautour se sert de ses pieds et de ses ailes pour tuer les jeunes animaux lorsque les cadavres lui manquent, et que le cygne parvient à se débarrasser par le même moyen des plus redoutables oiseaux de proie.
Les membres inférieurs servent à la station et à la natation; cette dernière faculté est rendue très-facile aux oiseaux par leur pesanteur spécifique qui, étant de beaucoup moindre que celle de l’eau, permet aux espèces aquatiques de flotter à sa surface et de sy diriger au moyen de leurs doigts unis par des palmures qui servent de rames.
Dans la station, si l'oiseau a la tête petite et les doigts longs, il prend son centre de gravité sans s’écarter beaucoup de la ligne horizontale; mais s’il a la tête grosse, le cou court et les pieds médiocres, il sera obligé, pour avoir son équilibre, de se rapprocher de la perpendiculaire. Chez quelques oiseaux, comme la cigogne, la grue , etc., la station sur un pied est rendue très-commode par l’organisation particulière du genou; l'extrémité inférieure du fémur présente un creux où s’emboite, pendant l'extension du membre, une saillie au tibia; la patte, une fois redressée par ce ressort, peut rester tendue sans aucun effort musculaire de l'oiseau. La station des oiseaux qui perchent est rendue facile par un mécanisme trèssimple : les muscles fléchisseurs des doigts passent sur les articulations du genou et du talon, et lorsque ces articulations fléchissent, elles tirent les tendons fléchisseurs des doigts qui serrent la branche sans fatigue pour l'animal. Toutes les personnes qui ont fait fléchir les jambes d’un oiseau mort ont pu s’apercevoir de ce mécanisme.
Des sens. — Le système nerveux des oiseaux est bien moins développé que celui des mammifères; il n’entre pas dans notre plan
de faire connaître ce système. Nous dirons seulement quelques mots sur les sens des oiseaux.
Le toucher est presque nul; les parties qui ne sont pas emplumées sont cornées ou couvertes d’écailles et par conséquent peu propres à l’exercice de ce sens.
Le sens du goût paraît aussi peu prononté, car la langue manque de papilles nerveuses, et la plupart des oiseaux avalent leurs aliments sans les déguster (1).
Quoique l'appareil de l’ouie des oiseaux soit moins compliqué que celui des mammifères , ils paraissent cependant jouir de la faculté d'entendre à un degré assez élevé. Mais leur sens prééminent, c’est la vue; leurs yeux présentent une organisation particulière; la rétine est très-épaisse, il en part une membrane noire, plissée en éventail, qui s'avance vers le cristallin. Les physiologistes ne sont pas d'accord sur les fonctions de cet appendice qu’ils nomment peigne. Dans tous les cas, il paraît que c’est autant à cet organe qu'aux plis de la rétine que les oiseaux doivent la sûreté et l'étendue extraorüimaire de leur vue.
Appareil digestif (2). — Le bec sert à la préhension et quelquefois à la mastication incomplète des aliments. La langue offre quelques différences; elle est sèche et cartilagineuse chez les granivores et charnue chez les carnassiers; dans d’autres espèces, chez les pies, par exemple, elle est arrondie, longue et peut être dardée très-loin sur les insectes dont elles se nourrissent. Dans ce cas, l'os hyoïde se prolonge derrière la tête en deux longues cornes qui donnent attache à des muscles de la mâchoire inférieure; lorsque ces muscles se contractent , les cornes de l'os hyoïde sont ramenées
(1) Dans les exceptions on peut compter les toucans, les perroquets, les bouvreuils, etc.
(2) Voir, pour les organes qui le composent, la PI. 1, Fig. 4.
‘en avant, et la langue est chassée de la bouche comme nous l'avons dit plus haut.
Dans le tube digestif des oiseaux on rencontre d’abord l’æsophage, renflé à sa partie médiane en une poche nommée jabot, où les aliments séjournent un certain temps. En dessous du jabot se trouve -un élargissement de l'œsophage , appelé ventricule succenturié, communiquant avec les follicules qui secrètent le suc gastrique; de ce ventricule les aliments passent dans le gésier pour y subir la chymification. La structure du gésier varie suivant le régime de l'oiseau ; celui des carnassiers est membraneux et celui des granivores est garni de muscles assez puissants pour broyer les corps les plus durs.
La portion äu tube intestinal qui fait suite à l'estomac est longue et se compose de l'intestin grèle et du gros intestin; entre eux on trouve deux appendices en cul de sac qu’on appelle cæcums ; les cœcums sont petits et presque nuls chez les oiseaux de proie et trèslongs chez les omnivores et les granivores (1); enfin le résidu des différentes digestions, se rend dans le cloaque, où, mêlé à lurine, il est expulsé par l'anus. Nous disons que l'urine se mêle dans le cloaque aux excréments solides; en effet, après avoir été sécrétée par les rains, elle s’y rend directement par les urétères ; les oiseaux n'ont donc pas de vessie. Il existe encore dans l'appareil digestif le pancréas qui verse son suc dans le canal alimentaire et le foie trèsvolumineux et multilobé qui contient la vésicule du fiel et déverse la ble dans l'intestin par les canaux biliaires.
Le résultat des produits nutritifs passe dans le torrent de la circulation par les vaisseaux lymphatiques. Le sang des oiseaux ne diffère pas sensiblement par ses propriétés chimiques de celui des mammifères ; on a cependant remarqué que ces globules, au lieu d’être ronds comme ceux du sang de ces derniers, sont elliptiques.
Le
(4) Quelquefois les cæcums manquent complètement , ou bien encore l’un est à l'état rudimentaire tandis que l’autre est très-prononcé.
Appareil respiratoire (1). — Comme nous l'avons dit en définissant cette classe d'êtres, l'air pénètre dans toutes les parties du corps des oiseaux , ce qui s'effectue au moyen de grandes cellules qui communiquent du poumon au tissu cellulaire.
La trachée artère présente des différences de formes dont il est utile de tenir compte, car souvent ces différences servent à distinguer des espèces qu’on pourrait croire identiques en n'ayant égard qu'aux caractères extérieurs, ainsi, la trachée du cygne sauvage se replie dans une cavité du sternum, disposition qu'on ne rencontre pas dans le cygne tuberculé, etc., etc.
La trachée artère des oiseaux est composée d'anneaux cartilagineux : « Son ouverture, dit Milne-Edwars, a la forme d’une fente « dont les bords ne peuvent ni s'étendre, ni se relâcher, et il ne « sy trouve ni ventricules, ni cordes vocales, ni épiglotte. Mais à « l’extrémité inférieure de la trachée, il existe un second larynx « dont le jeu est très-remarquable, et dont la structure est d'autant « plus compliquée que l'oiseau module mieux son chant. Chez les « oiseaux chanteurs, ce petit appareil se compose d’une espèce de « tambour osseux dont l’intérieur est divisé inférieurement par « une traverse osseuse que surmonte une membrane fort mince de « forme semi-lunaire. Ce tambour communique inférieurement avec « deux glottes formées par la terminaison des bronches et pourvues « chacune de deux lèvres ou cordes vocales. » Enfin , des muscles plus ou moins nombreux , suivant les espèces, mettent en jeu cet appareil ; ces muscles n’existent pas dans les oiseaux qui sont privés de la faculté de chanter.
Plus bas, la trachée artère se bifurque et forme les bronches qui plongent dans les poumons; ces organes ne sont pas comme ceux des mammifères divisés en lobes, 1ls sont accolés aux côtes et communiquent avec le tissu cellulaire, comme il a été ait plus haut. On conçoit qu'avec une organisation semblable la respiration des
(4) Voir la PI. 1, Fig. 5.
oiseaux doit être très-activé, aussi consomment-ils bien plus d'oxigène que les mammifères et la température de leurs corps s'élève dé quarante-un à quarante-trois degrés, tandis que celle des mammifères n’est que de trente-deux.
Génération. — Les oiseaux sont ovipares, c’est-à-dire que les germes ne tirent pas leur nourriture du sang de la mère comme chez les viviparés, mais se développent dans des œufs et hors du sein de celle-ci.
Les femelles d'oiseaux n’ont qu'un ovaire fixé en dessous du paquet intestinal, contre la colonne vertébrale , et formé de petits sacs membraneux réunis en grappe ; ces sacs renferment les ovules. Après la fécondation, ces corps grossissent, fendent le sac ovairien et passent dans l’oviducte ; arrivé là, l'œuf n’est encore composé que du vitellus ou jaune, sur lequel on aperçoit un petit point blanc qui est l'embryon. À mesure que l’œuf avance dans l’oviducte, il se recouvre d’une matière glaireuse sécrétée par ce canal, c’est le blanc; enfin , plus bas encore, le tout est enveloppé d’une membrane épaisse qui s’encroûte d’un dépôt calcaire et constitue la coquille, alors l’œuf arrive dans le cloaque pour être pondu.
La ponte a lieu une ou deux fois par an pour les oiseaux libres ; les oiseaux domestiques en raison de l'abondance de nourriture sont bien plus féconds. Le nombre des œufs pondus varie beaucoup suivant les espèces, et il est en général toujours plus considérable dans les petites que dans les grandes.
Néds. — Pour abriter et couver leurs œufs, les oiseaux construisent des nids dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre &art et d'adresse. Ce qu'il y a de plus admirable, c’est l'instinct merveilleux avec lequel des générations successives exécutent des nids semblables sans que les jeunes aient jamais pu prendre de leçons de leurs parents. Après la ponte vient l’incubation ; dans quelques espèces ce soin est partagé par le mâle et par la femelle ; d’autres fois le mâle
se borne à pourvoir aux besoins de sa compagne; mais dans les polygames, comme les gallinacés, par exemple, la femelle seule couve les œufs, et ce n’est qu’à regret et poussée par la faim qu’elle quitte un instant son nid pour prendre sa nourriture.
Nous avions l'intention d'indiquer ici quelques-uns des phénomènes qui se passent dans l'œuf pendant l’incubation, mais quelques personnes nous ayant fait apercevoir que nous sortions du plan de notre ouvrage, nous renvoyons nos lecteurs aux excellentes leçons de Zoologie de Milne-Edwars. Tout ce qui a rapport aux mœurs intéressantes des oiseaux, à leurs voyages, à leurs migrations à travers les mers et les continents, aux soins et au dévoûment qu'ils ont pour leur progéniture, ayant été dit dans lintroduction, nous allons nous occuper des moyens de conserver leurs dépouilles.
TAXIDERMIE.
Tout se tient dans les connaissances humaines; l’art d’empailler les animaux , que quelques personnes regardent comme un passetemps bon à amuser les oisifs, a rendu les plus grands services à l’histoire des êtres qui peuplent la terre. Si nous n’avions pas aujourd’hui les riches collections qu'on doit aux naturalistes préparateurs, l'erreur, comme le dit Boitard, nous montrerait encore des licornes , des faunes, des tritons et des syrènes , où les savants de nos jours n’ont trouvé que des antilopes, des singes, des phoques et des dauphins.
La Taxidermie est, à rigoureusement parler, l'art de préparer les peaux des animaux; mais par extension, on donne le même nom
à celui de les monter, de les préserver et de leur rendre une apparence de vie.
Nous ne parlerons ici que de ce qui concerne les oiseaux. On se les procure soit en les chassant au fusil, au filet, à la pipée, etc., soit en les achetant sur les marchés, soit enfin en échangeant les peaux des oiseaux de notre pays contre celles des pays voisins et étrangers. Dans les deux premiers cas, le naturaliste doit être pourvu de bruxelles, de coton et de plâtre : sitôt qu'il possède un oiseau il s'assure, à l’inspection des pattes, des ailes, du bec et de l'abdomen, s’il peut être monté; ensuite , il recherche les blessures et les couvre de plâtre ; il met dans le bec un petit tampon de coton et tampone de même les narines, l'anus et les plaies faites par le plomb, si le plâtre ne suffit pas à étancher le sang ; il ramène alors les ailes et toutes les plumes à leur place, et glisse l'oiseau. la tête la première, dans un cornet de papier fort : en prenant toutes ces précautions les plumes peuvent conserver leur fraicheur, et le pré-
parateur peut procéder à la mise en peau sans être obligé de Les laver.
Enstruments (1). — Les instruments indispensables au naturaliste réparateur sont :
4° Des scalpels; on doit en avoir de pointus, de convexes et à double tranchant;
2 Des bruxelles de différentes grandeurs ;
3 Des ciseaux à lames pointues, à lames arrondies et à lames recourbées sur tranchant ;
4 Des pinces plates de différentes grandeurs;
5° Des pinces coupantes;
6° Des tenailles;
7e Des limes de différentes grandeurs ;
8 Un triboulet en fer ou en bois pour faire les anneaux ;
(4) Les dessins des différents instruments se trouvent sur la PIS 9%
si
9 Des poinçons en acier pour percer les pattes et déplacer l'étoupe dans l'oiseau lorsqu'il est mal bourré ; |
10° Des vrilles de différentes grosseurs ;
41° Une scie à main ;
12 Un marteau et une petite enclume ;
13 Des aiguilles et du fil;
14° Des pinceaux à préservatif de grandeurs différentes ;
45° Un juchoir pour donner aux oiseaux les attitudes convenables.
Enfin, des fils de fer de plusieurs numéros : l’usage apprend vite quels sont les numéros les plus propres aux différentes espèces. Voici toutefois comment nous les employons dans notre propre pratique : |
N° f. Roitelet et toutes ses grosseurs.
Nos 2 et 5. Moineaux, bruants, etc.
N° 4 et 5. Proyer, caille, etc.
N° Get 7. Grives, pies-grièches.
N°: 8 et 9. Le coucou, le geai.
N°s 10 et 11. Les perdrix, les pigeons.
N° 12 et 15. Les mouettes, les petits canards.
N° 14 et 15. Le corbeau, les grands canaräs et Ja buse.
N°: 16 et 17. Les grands hérons.
N°5 18 et 19. Les cigognes.
N° 20 et 21. Le flamant, les aigles, etc.
Ces numéros sont indiqués pour les pattes, il faut prendre deux ou trois numéros plus faibles pour la queue et pour le cou ; nous en donnerons plus tard la raison.
Matières à bourrer. — Les matières à bourrer les plus employées sont le coton, l’étoupe ou filasse de chanvre, la mousse et le foin. Nous employons la première de ces substances pour bourrer la tête, le cou, et faire les jambes des oiseaux de petite et moyenne taille, nous bourrons ensuite le corps avec de l’étoupe
hachée menue; pour les oiseaux de grande taille nous employons l'étoupe seulement, excepté pour les orbites que nous bourrons avec du coton. Quelques préparateurs, pour rendre l’empaillage moins dispendieux, se servent pour les grands oiseaux de mousse ou de foin. On passe alors ces substances au four pour détruire les insectes qu’elles pourraient contenir ; dans tous les cas, il faut rigoureusement exclure des matières à bourrer toutes les substances animales comme la bourre, la laine, etc., qui attirent les dermestes et compromettent les collections.
Préservatifs. — 1 existe un grand nombre de formules pour composer les préservatifs, mais nous nous contenterons d’indiquer celles dont nous faisons usage et qui sont éprouvées par une longue expérience. En première ligne marche le savon arsenical de Bécœur, pharmacien à Metz ; il nous sert à enduire et préserver toutes les parties intérieures de l'oiseau; voici la manière de le préparer. Prenez :
Arsenic blanc pulvérisé . . . . . . . 500 grammes. SAVORDIANER PUR PQ: 298 08 HSBO0 4 ; DOME MIE a deco ses à + LOU (e
Chaux vive en poudre. . . . . . . . 100 cd. Camphre: :". 223006 00.0... 75 1d.
ICO a me - à QUAULILÉ SUIITANTE.
On coupe le savon par petits morceaux dans une casserole vernissée, ou même dans un poëêlon en cuivre contenant deux ou trois cents grammes d’eau ; on fait ramollir le savon à une chaleur modérée en agitant avec un pilon en bois, jusqu’à ce que le tout soit parfaitement homogène; on ajoute ensuite le sel de tartre et la chaux en agitant toujours jusqu’à parfait mélange. Arrivé à cet état la composition est versée dans le vase où l'on doit la conserver ; ce vase doit être en porcelaine ou en verre, parce que les sels arse-
nicaux détachent le vernis des vases en terre et filtrent à travers; on ajoute alors l’arsenic par petites portions et on incorpore avec une spatule en bois qui doit rester dans le pot. Enfin, lorsque le mélange est complètement refroidi, on y dissout le camphre au moyen de l’alcool.
Nous avons substitué ce mode de préparation à celui des manuels, parce qu’il dispense de souiller d’arsenic des vases qui par ce moyen peuvent encore servir à d’autres usages. Le savon arsenical se conserve indéfiniment, seulement il faut avoir soin d’ajouter quelquefois de l’eau pour le maintenir à une consistance convenable. Son emploi n’est pas sans danger à cause de la facilité avec laquelle larsenic est absorbé ; il est probable que cette absorption se fait plus particulièrement sous les ongles où le savon peut séjourner méme après qu'on s’est lavé les mains, dans ce cas il est prudent de se nettoyer le dessous des ongles avec une brosse chaque fois que l'on vient de préparer. Le préservatif de Bécœur est le seul qui nous serve à la préparation des oiseaux; quant à la liqueur de Smith dont nous allons donner la formule, nous l’employons pour imbiber les plumes lorsqu'elles sont attaquées par les teignes; pour cela on verse de cette liqueur sur les parties attaquées et sur les parties suspectes.
Liqueur de Smith.
Sublimé corrosif . . . . . . 10 grammes.
Éamphrer" JOUE NX Abo" 95109 0 MOIS0 CA te
Faites dissoudre.
Des placards. — En général, les collections d'oiseaux sont faites pour être mises en vue, il faut aussi qu’elles soient à l'abri de la poussière et de l'air extérieur, ct qu’elles se trouvent dans
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une atmosphère redoutée des animaux destructeurs ; c'est dans ce bui que sont construits les placards. Nous soumettons à nos lecteurs les fruits de l’expérience que nous avons acquise dans l'exécution de notre cabinet.
La disposition du jour n’est pas indifférente ; les ornithologistes qui peuvent consacrer une pièce ad hoc, feront bien de s’éclairer par un ciel ouvert, car lorsque le jour vient de face, le miroïtement des vitres empêche de bien distinguer les oiseaux.
Le plancher du placard doit être à 50 centimètres en dessus du plancher de la pièce où on le construit ; on peut mettre en dessous un certain nombre de tiroirs qui servent à redresser les peaux, le coton, les étoupes, les fils de fer, les pieds et les gros outils employés à la préparation. On établit, au moyen de montants, une série de placards non séparés qui auront chacun 2 m. 30 cent. de hauteur et autant de largeur ; les ouvertures seront fermées par deux portes , divisées chacune en six carreaux par des baguettes en cuivre très-minces et disposées pour recevoir des vitres. Ces portes seront fixées aux montants par {rois fortes charnières et devront fermer de façon que le plancher supérieur rase les vitres d'en haut et le plancher inférieur les vitres d’en bas. Au moyen de rainures et baguettes bien employées sur les bords des portes , sur les traverses et sur les montants, un ouvrier habile peut mettre le placard à l’abri de la poussière et de l’air extérieur.
A l'intérieur de tous les montants, on fixera des crémaillères à crans très-rapprochés pour recevoir les traverses qui doivent supporter les étagères ; lorsque le tout est fini, on passe dans l’intérieur du placard et sur les pièces en bois qu’il contient un vernis d’un gris très-clair. Quant à l’arrangement des oïseaux, l’usage seul peut apprendre à le faire convenablement. Nous avons dit plus haut que l'atmosphère &es placards devait être mortelle pour les insectes; dans ce but on y renferme différentes substances à odeur forte : le camphre, le vétivert, la lavande, les essences de serpolet , de thérébentine , etc., sont employés avec succès; on a beaucoup préconisé
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le musc dans ces derniers temps, et je n'hésite pas à le conseiller sur ce que m'en ont dit plusieurs de mes correspondants.
Malgré ces moyens il faut visiter, tous les six mois au moins, les sujets d’une collection les uns après les autres, et s'assurer, en les baitant avec la main, de leur état de conservation; s’il en tombe des plumes ayant le canon rongé , on ne doit remettre l'oiseau en place qu'après l'avoir passé au four (1) et drogué avec la liqueur de Smith comme il a été déjà dit. Mais si les oiseaux attaqués sont communs et faciles à remplacer, il vaut encore mieux les rejeter tout-à-fait. Nous conseillons aux amateurs de nids de ne jamais en mettre dans les placards qui renferment des oiseaux , sans les avoir préalablement plongés dans un solutum de sublimé. Les substances qui forment ces nids contiennent presque toujours les germes des plus grands ennemis de nos collections.