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III. —, CHASSE ET PÊCHE

En se bornant à récolter les Animaux qui se rencontrent au hasard des promenades, on est certain de laisser échopper la majorité des espèces ; c’est ce qui fait que peu de personnes se doutent de l’énorme quantité de bêtes de toutes sortes qui pullulent partout mais qui vivent plus ou moins cachées. Il faut donc aller à la recherche des Animaux et s’ingénier à les découvrir dans leurs retraites soit terrestres soit aquatiques ; ^ chasse comme la pêclie, exigent beaucoup d’habileté et de patience, en même temps qu’une bonne dose d’attention : certaines personnes y déploient un talent extraordinaire auquel il n’est souvent possible d’arriver qu’après un long apprenti.ssage.

Un précepte qu’il ne faudra jamais perdre de vue, c’est de limiter le but de ses recherches ; ne vous livrez dans une excursion qu’à un seul genre de chasse et ne poursuivez qu’une catégorie restreinte d’ Animaux. Vous éviterez ainsi d’emporter avec vous à la fois plusieurs instruments de capture disparates et encombr.ants, et ensuite, ce qui est beaucoup plus important, de disperser votre attention sur un nombre trop considérable d’organismes. Un bon chasseur en campagne ramasse tout ce que le hasard peut lui apporter d’intéressant, mais il ne cherche qu’un petit nombre d’ Animaux ayant le même genre de vie.

Il faut bien se garder aussi de croire qu’il soit nécessaire d'explorer de vastes étendues pour obtenir des résultats fructueux ; une mare d’un mètre cube ou un mètre carré de forêt peuvent occuper l’attention du zoologiste pendant plusieurs jours, et il faut des années de recherches en toutes saisons pour arriver à connaître la population animale d’un petit bois ou même de son jardin.

La découverte des sujets d’étude exige des procédés spéciaux d’après la nature des habitats.

On aura quelque peine à se procurer les Animaux marins : notre côte sablonneuse est en effet très pauvre, et il n’y a qu’un nombre minime d’espèces qui se rencontrent vivantes sur l’estran. On bêchera le sable ou la vase pour déterrer des Vers, on explorera les flaques et on longera les flots à maree basse pour y trouver quelques types qui ne se laissent exonder que penda,nt de courts instants. Pour peu cependant que la mer ait été agitée, elle apporte sur la plage des paquets roulés de Polypes, de Bryozoaires et d’ Algues qu’il faudra examiner minutieusement : il s’y montre fréquemment mainte chose intéressante. C’est surtout après les tempêtes que les récoltes seront fructueuses.

INTRODUCTION

Les brise-lames qui ont été construits de Heyst à Wenduyne et qui existent aussi à Ostende, constituent un refuge pour beaucoup d’ Animaux que l’on n’observe qu’accidentellement ou pas du tout sur le sable : on les fouillera dans toutes leurs excavations, principalement à la limite du reflux, entre les pierres qui les terminent, et l’on ne manquera pas de saisir l’occasion des fortesmaréespour en explorer l’extrémité rarement découverte.

Ainsi livré à lui-même, le zoologiste risquerait cependant de se donner beaucoup do peines sans grand succès, s’il ne trouvait de précieux auxiliaires parmi les pêcheurs dont il doit s’efforcer de se faire l’ami. Il y a d’abord le simple pêcheur de Crevettes qui entre dans l’eau jusqu’à la ceinture à marée basse, et dont le filet renferme presque toujours une faune variée et différente suivant les saisons. Le contenu du filet est versé dans un panier, et l’on aidera le pêcheur à en retirer ce qu'il appelle les saletés, saletés qui feront la joie du naturaliste. Puis il y a la pêche en bateau au moyen du chalut : il n’est pas difficile d’obtenir une place à bord; l’on choisira de préférence les petites chaloupes qui servent à prendre les Crevettes, les filets employés ayant des mailles plus étroites et retenant par conséquent mieux les petits Animaux que ceux qui servent dans les grands bateaux à capturer le poisson. Il faut aussi se faire apporter par les pêcheurs les organismes singuliers qu’ils trouveraient dans leurs filets ainsi que les pierres ou les morceaux de bois qu’ils ramènent du fond : on récolte souvent sur ces objets des formes qu’il est difficile de se procurer autrement.

Si l’on dispose d’un bateau, on se servira de la drague, filet que l’on traîne sur le fond ; son ouverture est constituée par un puissant cadre en fer ayant la forme d’un rectangle d’un mètre de largeur sur trente centimètres do hauteur environ, et sa base est taillée en biseau de manière à arracher ce qui se trouve sur son passage. Mais cet instrument n’est vraiment utile qu’à la condition d’être employé à une certaine distance de la côte et sur un bateau à vapeur. Les essais que nous en avons fait sur le yacht à voiles de M. Solvay ne nous ont pas donné de meilleurs résultats que ceux que nous avons obtenus au moyen du chalut.

Soit qu’il se trouve en canot, soit qu’il entre dans la mer à marée basse, principalement le .soir et lorsqu’il aura fait très chaud dans la journée, le zoologiste pêchera aussi en jiromenant à la surface un petit filet de mousseline de la forme d’un filet à papillons; il en retournera l’étoffe dans un vase plein d’eau de mer pour recueillir ce que les mailles auraient retenu, et il examinera chez lui son butin qui consistera principalement en Animaux très transparents et malaisés à apercevoir.

INTRODUCTION

Enfin on ne négligera pas non plus de rapporter chez soi les paquets de détritus, d’Algucs, de Polypes ou de Bryozoaires que l’on trouvera sur l’estran ou dans les flaques de la plage, et de les mettre dans des bocaux pleins d’eau de mer ; on sera souvent surpris du nombre d’Animaux de petite taille qu’on en verra sortir.

Le littoral nous offre encore à explorer l’embouchure des cours d’eau, les ports, les huîtrières, les mares où se fait un mélange d’eau de mer et d’eau douce, et d’une façon générale tout ce que l’on appelle les eaux saumâtres : celles-ci possèdent une faune particulière.

La pêche s’y fera comme dans les eaux douces, c’est-à-dire en promenant dansla vase et parmi les plantes aquatiques un filet de la forme d’un flletà papillons, munid’im manche très solide, d’un cercle de métal très résistant ayant trente centimètres de diamètre, et d’une poche d’un tissu serré mais laissant passer l’eau facilement. L’étamine dont les ménagères se servent pour passer les confitures est encore ce qu’il y a de meilleur.

Les Animaux minuscules se capturent au moyen d’un petit filet de mousseline avec lequel on agit comme pourles Animaux marins délicats, et l'on recueillera également do nombreux échantillons en ramenant à domicile de l’eau des mares et des ruisseaux avec des touffes de plantes, des Algues surtout, de la vase et des détritus, que l’on mettra en observation dans des aquariums. Ce n’est quo do cette manière que l’on se procurera les formes microscopiques. On peut aussi prendre une croix de St André en bois, aux quatre extrémités de laquelle on attache des paquets d’étouppe ; on descend cet appareil au fond d’un étang par exemple, en y fixant une grosse pierre : au bout de quelques jours, rétoup2)e est remplie de petits Animaux qui sont venus s’y enchevêtrer, et on la rapporte chez soi dans un bocal pour l’inspecter à loisir.

La découverte des types terrestres est souvent beaucoup plus compliquée que celle dos formes aqu.atiques, car la plupart vivent très cachés, et ce n’est généralement que par un fort beau temps ou à l’approche d’un orage qu’on les voit sortir de leurs retraites.

On récolte un grand nombre d’Animaux dans les prairies, sur les haies ou sur les buissons en manoeuvrant vivement, par un mouvement alternatif comparable à celui d’un faucheur, un filet semblable à celui qui sert à la pêche dans les eaux douces; on secouera aussi les arbustes et les branches au dessus d’un parapluie pour y faire tomber les espèces qui se cachent entre les feuilles, et l’on pourra ébranler les troncs au moyen d’un maillet afin de so procurer des types qui vivent trop haut pour

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qu’il soit possible de les atteindre. Ces procédés ne doivent pas cependant faire négliger d’examiner les plantes de toutes sortes dans toutes leurs parties: l’on inspectera surtout les fleurs et l’on recueillera les excroissances ou galles que l’on ouvrira ou que l’on essaiera de cultiver chez soi pour en obtenir les habitants.

Comme il y a des Animaux partout, il faut gratter le sol, soulever la mousse au pied des arbres, retourner les pierres ainsi que les écorces, visiter les cadavres dans les champs et dans les bois, fouiller les amas de feuilles sèches, les vieilles souches, les troncs abattus, les champignons, le fumier, les excréments, explorer les caves et les greniers, inspecter les anfractuosités des rochers et des murailles,en un mot s’habituer à passer des journées entières sur un espace très restreint, souvent dans une position accroupie ou à plat ventre, et au besoin la loupe à la main.

Deux instruments sont nécessaires dans ce genre de recherches : une pince que l’on peut fabriquer soi-même au moyen d’un ressort de pendule ployé en deux, et disposée de manière à ne pas écraser les Animaux délicats, et une petite truelle de jardinier assez tranchante pour entamer les écorces et pouvant souvent être avantageusement remplacée par un fort couteau de poche.

Les Animaux très petits seront capturés au moyen du doigt légèrement mouillé, et immédiatement roulés dans du papier à cigarettes.

Les feuilles sèches, les mousses et les détritus de tout genre doivent être l’objet d’une exploration spéciale : en chasse on les secouera au dessus d’une nappe blanche ou bien au fond d’un parapluie que l’on aura doublé d’une étoffe claire, mais il est bien préférable de les ramener chez soi dans des sacs. Il n’est même pas nécessaire de procéder immédiatement à l’examen de ce qu’ils peuvent renfermer : on distribue sa récolte dans des boîtes bien closes, et tous les jours on n’a qu’à recueillir les spécimens de toute espèce qui seront sortis des détritus et auront été se loger dans les angles de leur prison.

Pour se procurer les nombreux Animaux qui sont les hôtes des Fourmis, on prend un tamis à mailles fines en dessous duquel on attache un sac d’étoffe blanehe.Toute la fourmilière est jetée sur le tamis : les Fourmis et les brindilles restent dessus, les très petites bestioles que l’on cherche tombent dans le sac dont on trie lo contenu chez soi.

On peut aussi capturer pas mal d’espèces au moyen de pièges : sans parler des pièges à Souris et des filets qui servent à prendre les Oiseaux, des pots au fond desquels on met de la viande ou des excréments et que l'on enfonce dans le sol des

forêts, attirent une foule d’insectes qui ne peuvent plus en sortir. L’on prendra pas mal de Mollusques en disposant sur les pelouses ou dans les prairies des planches en dessous desquelles ces organismes se réfugient. Beaucoup de types nocturnes, et principalement les Noctuelles, viennent avidement sucer la confiture ou la mélasse dont l'on badigeonne les arbres an bord des routes ou dans les clairières des bois. L’on se servira d’une lanterne à réflecteur |iour s’éclairer dans leur recherche, et cette lanterne elle-même constitue un excellent appareil pour attirer beaucoup d’insectes qui sont en activité la nuit.

Tous les Insectes qui volent se prennent au moyen d’un filet à papillons solide mais léger; le cercle doit avoir trente centimètres de diamètre; la poche sera faite de préférence en gaze de soie blanche.

Voyons maintenant les procédés à employer pour ramener ses captures à domicile.

Si l’on désire avoir les Animaux vivants, on se servira pour les formes aquatiques de tubes en verre de divers calibres ou de flacons à large goulot qu’il n’y a guère d’inconvénient à boucher pendant le voyage de retour; on aura aussi un sceau en toile à voile ou une de ces casseroles en fer blanc que les pêcheurs emploient pour mettre les poissons vivants qui servent d’appât pour le Brochet : on y mettra le gros butin ainsi que les paquets de détritus que l’on se promet d’explorer dans ses a()uariums. Il faudra éviter que les récipients ne soient soumis à une chaleur même légère.

Pour les Animaux qui vivent dans l’air, on prendra également de larges tubes, des flacons, ou bien des boîtes dont une partie du couvercle sera en toile métallique.

Si l’on ne se propose pas de procéder à des élevages, ou si la conservation dos sujets n’exige pas des procédés spéciaux, on tuera les Animaux à la chasse au fur et à mesure de leur capture.

Toutes les formes que l’alcool ne détériore pas, notamment les Vertébrés, certains Trochophoros et tous les Arthropodes, sauf ceux dont il va être question immédiatement, pourront être jetés dans un flacon en verre à large goulot fermé par un bouchon en liège ou en caoutchouc et renfermant de l’alcool faible.

Les Insectes autres que les Orthoptères, les Hémiptères et les Coléoptères seront tués au moyen du flacon àcyanure. On prend un flacon en verre à large goulot, dans le bouchon en liège duquel on introduit un petit tube renfermant du cyanure de potassium; l’ouverture du tube, disposée vers l’intérieur du flacon, est fermée au moyen d’un tampon d’ouate; dans le flacon on met des tortillons de papier afin d’empêcher les prisonniers de se toucher. La mort est très prompte, et un flacon ainsi préparé

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peut servir pendant un an. Malheureusement le cyanure de potassium est une substance très dangereuse; son introduction dans une plaie est souvent fatale. Il est possible de le remplacer par du chloroforme ou par de la benzine ; dans ce cas on met dans le bouchon une petite éponge que l’on imbibe de temps en temps pondant lâchasse au moyen de l’un de ces liquides.

Pour les grands Lépidoptères et pour les Libellules, il est plus commode de procéder autrement ; on les tue en leur pressant légèrement le thorax entre le pouce et l'index. Alors on les pique au moyen d’une épingle dans une boîte que l’on porte en bandoulière et dont le fond est recouvert de liège, ou bien on les met on papillottes. c’est-à-dire qu’on les enferme dans un morceau de papier plié en triangle.

Les Insectes pomTont encore être tués en les plaçant dans un flacon qui renferme des feuilles do laurier-cerise hachées : l’avantage de ce procédé l’éside surtout dans le fait qu’il permet de laisser ses captures dans le flacon pendant des mois après la chasse sans crainte de les voir se dessécher.

Tous les Animaux de nos régions peuvent être pris impunément en main ; il faut en excepter les Vives et la Vipère. L’on doit aussi apprendre à manier adroitement certaines Araignées, les Abeilles et les Guêpes : les unes sont saisies au moyen de la pince, les autres sont introduites directement dans le flacon à cyanure quand elles se trouvent dans le filet.

Les jiarasites devront être recherchés avec des soins minutieux : ceux qui vivent extérieurement à leur hôte se tiennent en général sur les parties du corps que celui-ci ne peut atteindre pour s’en débarrasser, le dessus do la tête, la base du bec chez les Oiseaux notamment; après la mort de l’organisme qui les héberge, ils se répandent souvent un peu partout, et il devient parfois plus ditlicile de les trouver. Quant aux Animaux qui sont des parasites internes, il faut, pour se les procurer intacts, ouvrir les hôtes qui les renferment et surtout le tube digestif de ceux-ci, dans un liquide qui n’altère point leur forme ; on se servira du sérum artificiel de Kronecker dont la composition est ; eau distillée, 1000 grammes; chlorure de sodium, 6 grammes; soude caustique, 6 centigrammes. On pourra ajouter avec avantageà ce mélange une certaine quantité de blancd’œuf.

Au retour d’une excursion ou à la suite de l’inspection d’un Animal en vue do la recherche de ses parasites, on dressera sur l’heure un procès-verbal de sos observations dans un carnet où l’on notera soigneusement toutes les circonstances des captures : ces renseignements seront utilisés plus tard, et l’on désignera simplement par un numéro les espèces dont la détermination ne pourrait être faite immédiatement.

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