DE LA MÉTHODE WALLONNE
968. On traite par la méthode wallonne, de la fonte blanche d’une bonne qualité; on tâche de la décarburer le plus possible pendant la fusion et d’avaler la loupe aussitôt. Cette méthode diffère de l’affinage allemand principalement par le volume de la pièce , dont le poids ne s’élève que de 20 à 3o kil. Après avoir été cinglés, ces lopins sont étirés dans des feux de chaufferie particuliers; ce qui rend le travail de l’afïinage très-rapide. Chaque foyer est desservi par quatre ouvriers, deux maîtres et deux aides, qui se relèvent toutes les trois heures. La fusion du
fer cru est abandonnée aux soins de l’aides le maître est chargé d’avaler la loupe et de la cingler. On en fait six dans trois heures. Les soufflets vont lentement pendant la fusion, mais on accélère leur mouvement lorsqu’on travaille la masse, pour en achever la décarburation. Plus les gueuses paraissent blanches, plus on les rapproche de la tuyère ; au lieu d’être placées sur le contrevent, elles le sont sur la haire.
Les creusets reçoivent des dimensions assez variables. C’est en obéissant à une aveugle routine, qu’on dispose les plaques dans des directions obliques, de manière que la varme et la haire forment un angle obtus, tandis que l’angle compris entre celle-ci et le contrevent est aigu. La longueur de la varme surpasse d’ailleurs celle du contrevent de 2 6 millim. Le creuset a communément 81 à 83 centim. de longueur et 78 de largeur; la distance de la tuyère à la rustine est de 27 centim. ; la profondeur du feu de 18 à 19,5. La tuyère a une lèvre postérieure, c’està-dire que la partie tournée vers la haire dépasse le reste du bord. Comme la capacité du creuset est beaucoup trop grande, on la diminue avec du fraisil; mais il en résulte néanmoins une trop grande consommation de charbon et la chaleur n’est pas assez concentrée, ce qui prolonge l’affinage. Le faible poids des lopins etla manière d’exécuter le travail, produisent des résultats assez avantageux sous le rapport de la qualité du fer. Quant à l’économie des matières premières, ce procédé n’offre point d’avantage.
Le feu de chaufferie alimenté avec du charbon de bois, a deux plaques seulement, le fond et la varme. Il est desservi par quatre ouvriers qui se relèvent toutes les six heures.
DU FER DUCTILE
969. Un foyer à la wallonne, y compris son feu de chaufferie, peut fournir par semaine 5i5o à 5620 kilog. de fer en barres. On en obtiendrait autant avec deux feux montés à l’allemande, sur- tout si la fonte était bonne 3 condition sans laquelle on ne peut d’ailleurs travailler à la Avallonne. Dans les usines de la Lalin, on a deux feux d’affinerie pour un feu de chaufferie, qui tous les trois n’occupent qu’un seul marteau et produisent par semaine 7495 kilog. de fer en barres. Cette disposition est préférable à celle qu’on suit dans l’Eiffel, où chaque foyer d’affinerie a son feu de chaufferie. Dans cette contrée on voit ordinairement le haut fourneau, les deux feux et leur marteau, placés l’un derrière l’autre dans un bâtiment étroit et d’une grande longueur.
Quelquefois on se dispense d’avaler la loupe lorsque la fonte est très-blanche ; la masse acquiert alors son degré d’affinage pendant la fusion, mais il faut que le vent soit horizontal.
Dans les usines wallonnes situées sur les bords de la Lahn , on consomme pour un mille de fer ( poids de Berlin) i5 a 16 mesures de charbons durs contenant chacune 10 i/3 pieds cubes du Rhin, ce qui serait 1,020 à imet cut-,090 par 100 kilog. Le déchet est de 28 pour cent, quoique la fonte produite par les plus beaux oxides rouges, soit d’une excellente qualité. Dans 1 Eiffel , il est bien plus grand encore : lorsqu’on traite de la gueuse grise , il s’élève, par l’ignorance des ouvriers, jusqu’à 33 pour cent.
DE l’affinage DE SCHMALKALDEN
ou Loeschfeuerschmiede.
970. On traite par la méthode de Schmalkalden une fonte plus ou moins blanche, en jetant dans le creuset une certaine quantité de fer ductile, beaucoup de battitures , de sorne ou de laitier riche , pour décarburer le métal et en opérer l’affinage sans soulever la loupe. Les lopins se chauffent dans le même fçu , mais ce n’est point pendant la fusion de la fonte : on s’occupe d’abord à forger la pièce précédente , ensuite on fait seulement fondre le fer ductile e,t après celui-ci le fer cru. Ce genre d’affinage qui est trèsrare ne se pratique plus que dans la principauté de Schmalkalden.
Le creuset dépourvu de plaques ne consiste qu’en un trou de a3 à 26 centimètres de profondeur , garni de tout côté de fraisil. La couche de brasque formant la sole, est épaisse de 10 à i3 centimètres, et dure 2 à 3 mois avant d’être renouvelée. La tuyère avance de 1 5 ,7 centimètres dans le foyer et plonge de 4 à 5 degrés. La longueur et la largeur du feu sont indéterminées; sa forme est oblongue et ses angles sont arrondis.
On commence l’opération par remplir de charbon le creuset , après en avoir réparé le pourtour , sur-tout du côté du travail etdu contrevent. Comme, en chauffant les lopins , on fait usage d’une grande quantité de battitures , il se forme un bain de laitier riche , qui , conjointement avec le fer ductile fondu plus tard , accélère l’affinage. La fonte est sous forme de blettes ; elle deviendrait par conséquent si liquide qu’elle perce-
DU FER DUCTILE. 375
ï-ait la couche de brasque, si la coagulation n’était pas favorisée par un moyen quelconque.
Quand on emploie de la ferraille , on en divise le poids nécessaire pour former une loupe, en deux ou trois parties, qu’on jette dans le feu successivement. Lorsque cette ferraille est parvenue à la chaleur blanche, on la comprime avec une pelle et on la couvre de charbon pour la mettre en fusion. Quand on fait usage du fer de stuckofen, on le retient dans des tenailles pour le liquéfier immédiatement devant la tuyère. Ces tenailles avec les lopins , ainsi que les trousses de fonte, placées ensemble sur la haire , s’échauffent déjà pendant le forgeage.
Lorsque la fusion du fer ductile est terminée , on apporte successivement plusieurs trousses de blettes devant la tuyère. La quantité de fer qu’on liquéfie pour une loupe , se détermine d’après la nature et la quantité des matières qui sont dans le creuset. Du reste l’ouvrier est à même de hâter la conversion du fer cru en fer ductile par des additions de laitier riche; il peut aussi favoriser ou retarder la coagulation en éloignant ou en approchant les trousses de la tuyère. L’aspect de la flamme et des matières attachées au ringard qu’il plonge dans le bain , le guide dans ces opérations. L’affinage est d’autant plus retardé, ou selon l’expression des ouvriers , il y a d 'autant plus de chaleur dans le feu, que ces matières sont plus rouges : plus elles sont blanches ou plus elles adhèrent au ringard, plus l’affinage est avancé. C’est en général par les additions de laitier que l’affineur règle l’allure de son feu. La sorne se fige souvent en grande quantité autour de la tuyère : il faut la détacher et la ramener dans le foyer. On fait rarement ‘écouler les scories ; leur présence dans le feu est indispensable.
Les affineurs préfèrent la fonte très- blanche, parce que, payés seulement d’après le poids des produits, ils ne sont pas responsables du déchet , qui s’accroît à mesure que la fonte est plus crue, puisqu’il s’oxide alors plus de fer et qu’on y ajoute moins de battitures. Il est évident qu’on doit toujours employer le moins possible de ferraille ou de lopins j on fond ordinairement 12 à 18 kilog. de fer ductile et y5 à 100 kilog. de fonte en plaques pour une loupe.
Après que la dernière trousse est liquéfiée , on continue, pendant quelques minutes, délaisser agir les machines soufflantes avec la même vitesse , pour affiner la fonte qui vient seulement de tomber dans le creuset. Les scories qui commencent alors à s’élever en bouillonnant, sont chassées par le vent sous forme d’étoiles. On ralentit ensuite l’action des soufflets, on enlève les charbons, et si la loupe est suffisamment durcie, on s’apprête à la faire sortir du feu. Si au contraire elle était un peu molle , il faudrait la recouvrir de charbons incandescens , y jeter même quelques charbons frais et faire agir les soufflets lentement. Une loupe donnant beaucoup de scories exprimées sous le marteau, annonce un fer doux, attendu que les oxides qui pénètrent la masse en absorbent le carbone. Après avoir reporté les lopins dans le feu, on recommence le travail. Si le creuset contient beaucoup de laitier , on emploie moins de battitures pendant le chauffage.
Le déchet de la fonte et du fer ductile est de 25 pour cent-, la consommation de charbon est estimée, d’après M. Quanz, à 3,3 mètres cubes par ioo kilog. , pai-ce que l’étirage des barres, qui dure une heure et demie à deux heures, exige presqu’autant de combustible que l’affinage. On obtient dans une semaine
DU FER DUCTILE
a5oo à 3ooo kil. de fer forgé. Cette manière de travailler est donc très- dispendieuse, il vaudrait mieux employer un procédé analogue à la méthode allemande et appropriée à la nature du fer cru ; on ne per- " drait rien sous le rapport de la qualité des produits et l’on augmenterait les bénéfices.