DE L’AFFINAGE DE SIEGEN
972. La méthode de Siegen diffère de celle que nous venons de rapporter, par la forme de la fonte et l’extrême grosseur des loupes , dont le poids s’élève quelquefois à 200 kilogrammes : on n’affine que des gueuses qu’on place sur le contrevent. La fusion se fait audessus de la tuyère, et l’affinage de la fonte ou la combustion de son carbone , est opérée en grande partie par les additions de battitures. Du reste la fonte est tellement bien disposée à se convertir en fer ductile, qu’on obtient toutes les trois heures une loupe de la pesanteur précitée 5 il faut pour cette raison, que la machine soufflante, composée seulement de deux soufflets en cuir, soit activée autant qu’il est possible. Pour accélérer la fusion et augmenter la masse liquéfiée, on jette quelquefois. des morceaux de fonte dans le foyer. M. Eversmann prétend qu’on est obligé d’ajouter de la brocaille , lorsque le métal est trop disposé à louper et que , pour le cas contraire, on emploie des laitiers riches ou des rognures de fer. Les renseignemens que j’ai pris à ce sujet, n’ont pas confirmé cette assertion.
Le creuset a 63 centim. de longueur, la haire et la varme ont une inclinaison de 8 cent, dans le foyer , et l’angle qu’elles forment entre elles est aigu. Le fond reçoit une pente de 6millim ,5 vers le sommet de l’angle formé par le contrevent et le laitcrol. L’abondance du fraisil dont on garnit le foyer de toutes parts, rend la plaque du contrevent inutile. La partie antérieure de l’aire est extrêmement large; le trou du chio se trouve donc à une grande distance de l’ou-
vrier, ce qui rend le travail assez pénible. La tuyère a 33 millim. de largeur et 20 de hauteur; pourvue d’uil crampon en fer , qui sert à la fixer invariablement , elle est placée de manière à former un angle droit avec la plaque de tuyère qui penche dans le feu. On tient la gueuse un peu au-dessus du courant d’air, qui vient aboutir au milieu de la plaque de fond. Les buses, qui ont 20 millim. de diamètre sont placées à 8 centim. en arrière de la bouche delà tuyère : celle-ci n’avance dans le feu que de 2,5 à 4 centim.
Le forgeage du fer dure presqu1 aussi long -temps que la liquéfaction de la fonte, quoiqu’on ne l’étire qu’en bidons carrés de 7,8 centim. d’épaisseur, parce qu’il ne chauffe pas assez vite et qu’on est forcé d’attendre et de faire des pauses très-longues. Il suffit pour cette raison, d’avoir pour deux feux un seul marteau ; celui dont on fait usage pèse ordinairement 35o kilogrammes; sa panne n’a que 5 centim. de largeur sur 57 de longueur. La table de l’enclume est arrondie.
Les ouvriers préfèrent la gueuse truitee aux autres ; la fonte blanche donne un fer trop dur , à ce qu’ils prétendent, et la grise prolonge trop le travail. Quelquefois on fait chauffer, près du contrevent, des plaques minces dont la fonte est devenue blanche , soit par l’arrosage , soit par une forte addition de minérai spathique. Ces plaques rougies d’abord sont fondues ensuite avec une grande rapidité devant la tuyère. Au bout de trois heures la loupe est achevée. On la porte sur l’enclume , on la cingle et on la coupe en deux sans hacheron , par l’action seule du marteau. Une des parties se place devant la tuyère, un peu audessus du jet d’air; l’autre, plus rapprochée du con-
DU FER DUCTILE
trevent, succède à la première, lorsque celle-ci a pris le degré de chaleur voulu pour le forgeage. Chacun des deux morceaux donne deux barres *, on les étire d’abord par moitié ou en maquettes on refroidit dans l’eau la partie forgée, pour chauffer l’autre extrémité, qu’on place derrière la pièce qui est dans le feu. On continue de cette façon, jusqu’à ce que les barres soiént entièrement étirées.
Pendant le forgeage on emploie les laitiers riches ou les battitures avec profusion : on a pour but nonseulement de garantir les pièces et les maquettes de l’oxidation , mais aussi de fournir à la fonte un bain de laitier qui puisse absorber le carbone. D’un autre côté on fait souvent écouler , pendant la fusion , des scories qui semblent assez douces , et cette opération se répète à plusieurs reprises. La partie antérieure de l’aire est couverte de fraisil. L’ouvrier a quelque peine pour faire écouler les scories , pour soigner le feu et pour en approcher la gueuse ; mais ne travaillant point dans le creuset, il est peu exposé à la chaleur j il ne fait que détacher et pousser dans le milieu du foyer, le métal qui, déplacé par le vent, se fige contre les bords des plaques, attendu que le courant d’air se fait jour au milieu de la masse et la soulève continuellement.
Après avoir liquéfié une quantité de fonte convenable , l’affîneur recule la, gueuse, réunit à la masse et fait fondre les parties de fer éparses. Il en est qu’il retire du feu , pour les employer à la première opération et pour accélérer l’affinage. Le creuset se trouve ordinairement rempli de fer jusqu’au-dessus de la tuyère. Les scories cessent alors de pouvoir s’écouler et finissent par se durcir à tel point entre
la loupe et le laiterol, que pour les enlever du foyer, on est obligé de les détacher à coups de masse et de ringard.
La prompte épuration de la fonte ou son rapide passage à l’état de fer ductile, n’est dû ni à la construction du feu ni au travail ; on ne peut l’attribuer qu aux additions de battitures , aux fréquens écoule— mens des scories et a la nature même du fer cru. Le foyer d affmerie est desservi par 4 hommes dont 2 maîtres et 2 aides. Bien que leur tournée soit de 24 heures , ils peuvent se reposer toutes les trois heures ou apres avoir achevé une loupe : la présence des quatre ouvriers est necessaire pour la faire sortir du feu et la cingler. On obtient par semaine go à 100 quintaux métriques de fer, mais on ne le forge qu’en barres carrées de gros échantillons.
D apres Eversmann, 1610 kilog. de fonte donneraient i35o kilog. de fer forgé obtenu en 24 heures; le déchet serait de 12 à 1 3 pour cent. La consommation de charbon ne s’élèverait qu’à o,5g3 mètres cubes par 100 kilog. de fer en barres.
Selon les renseignemens que j’ai pris moi-même, le déchet est ordinairement de 25 pour cent. La consommation de charbon ne s’élève pas au-dessus de o,5g3 mètres cubes par 100 kilog. de fer; souvent même elle n’est que de o,33 à o,3g. Du reste ce charbon provenant de bois durs est d’une excellente qualité.