‹ Manuel de la métallurgie du fer (volume 2)Chapitre 54 sur 83 · DE LA MÉTHODE OSEMUNDE · texte numérisé non relu

DE LA MÉTHODE OSEMUNDE

973. La méthode osemunde a beaucoup de ressemblance avec la wallonne : par l’une et l’autre ou traite une |bn^e blanche qui , sous forme de gueuse , est

DU FER DUCTILE

placée sur la haire et dont on liquéfie la quantité jugée nécessaire pour former une petite loupe. Le métal reçoit son degré d’affinage par une seule fusion; mais les lopins obtenus ne se chauffent pas dans des feux de chaufferie particuliers. Pour les retirer du creuset, on y plonge une barre de fer garnie à une de ses extrémités d’un manche en bois : on présente les petits fragmens devant la tuyère; ils finissent par adhérer à cette barre , et lorsqu’on en a ramassé une masse de io kilog. , on la porte sous le marteau. C’est donc un véritable affinage par attachement; mais il ne peut s’exécuter qu’avec une excellente fonte blanche. Il fatigue les ouvriers, parce que le travail se continue sans interruption.

L’affineur à l’osemunde ne peut se dispenser d’employer des battitures; il ne peut même commencer le travail avant que le creuset ne soit rempli de laitiers riches ; c’est pour cette raison qu’il les fait rarement écouler.

Le creuset a 3i centimètres de largeur et 70 de longueur; mais, comme sa partie antérieure est remplie de fraisil , on donne au fond seulement 41 à 44 centimètres de longueur. La profondeur du foyer , égale à la distance delà rustine à la tuyère, est de 18 centimètres. Celle-ci avance de 5 centimètres dans le feu; son plongement est très- considérable. Le vent reçoit une force extrême. Le fer cru élevé de i3 à i5 centimètres au-dessus de la tuyère , doit déjà être liquide en traversant le courant d’air. La gueuse n’est éloignée de la tuyère que de 16 centimètres. Les gouttes tombantes perdent leur carbone et s’affinent, soit par l’action du vent , soit par celle des scories qu’elles rencontrent dans le creuset ; elles s’agglutinent assez

promptement et forment de petits morceaux de fer séparés, que l’ouvrier présente devant la tuyère : lorsqu’il juge que leur degré d’affinage est assez avancé, il tâche de les souder à la barre de fer qu’il introduit alors dans le feu ; pour cet effet , il les retourne sans cesse dans le courant d’air. Après avoir obtenu de cette manière une petite masse de iokilog. , il la cingle, la coupe et replace la barre dans le feu pour former un deuxième lopin, achevé ordinairement dans un quart d’heure. Le métal qui, par ce procédé, devient très-pur , gagne en qualité lorsque le bain de scories est très - liquide , que la chaleur s’élève à un haut degré et que les morceaux de métal sont travaillés à force dans le laitier et dans le courant d’air.

Le fer obtenu par la méthode dite osemunde marchoise, jouit d’une réputation toute particulière, étant à la fois très -doux et très -tenace. Bien qu’il doive sa ténacité en grande partie à la fonte, le mode de travail suivi l’augmente encore. Nous ne croyons pas toutefois qu’il surpasse en bonté les produits de la méthode wallonne ; mais nous sommes éloignés de vouloir re^ commander celle-ci : exigeant des foyers de chaufferie particuliers , elle est moins avantageuse que la méthode osemunde.

D’après M. Eversmann, le déchet de la fonte est de 25 pour cent; et la consommation de charbon est de imét-cut-,5376 par roo kilog. de fer ductile. Cette consommation mise à côté de celle que nous présente la méthode de Siegen, paraît très-grande.

L’étirage s’effectue sous des marteaux à bascule ; les barres destinées pour les trefîleries reçoivent 3m,45 à 3roèt,7 6 de longueur ; elles ne seraient pas recevables, si elles avaient moins de 2m, i3 : on se dispense de

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les parer. Le fer vsemunde , qui ne doit pas être t. tiié en fils est verse dans le commerce sous forme de bidons : ces grosses barres ont 78 à 94 centim. de longueur et pèsent une dizaine de kilog.

974. Rinmann, dans sou histoire du fer, cite une méthode d’affinage appelée oscmunde - suédoise , qui, dans le fait, ne diffère pas de la méthode wallonne. Le fer cru employé est en grenaille ; on le retire du laitier des hauts fourneaux (fonte de bocard). Le métal doit s’épurer complètement pendant la fusion. On divise la loupe en plusieurs lopins qu’on transporte dans des feux de chaufferie pour en faire de la casserie et autres objets semblables. Le déchet est, d’après Rinmann , de 3 7 pour cent. Le creuset n’a que deux plaques, un fond et une vanne; les trois autres faces sont construites avec de la brasque. Le soin de l’ouvrier consiste particulièrement h faire fondre les grains avant qu ils ne traversent les charbons ; ils achèvent de s affiner dans le bain de scories ; on favorise la coagulation , en travaillant la matière. Le fer de bocard est remplacé quelquefois par des saumons.

DU MAZÉAGE.

975. Le mazéage n’est autre chose qu’un affinage slyrien à une seule fusion, par lequel on traite des blettes que l’on grille préalablement, pour raison d’économie , afin de les priver d’une partie de leur carbone. Ce genre d’affinage ne pourrait donc être cité comme une méthode particulière, si l’affineur n’était pas souvent obligé de fondre les gueuses ou les saumons pour les convertir en plaques minces ; la fonte traitée de la sorte est grillée ensuite de la même manière que

les blettes obtenues immédiatement du haut fourneau .

Les foyers de mazerie dans lesquels s’exécute la fusion préalable , garnis intérieurement de fraisil , ne different pas des feux d’affmerie ordinaires. Les saumons couchés sur leur plat sont rapprochés très - près de la tuyère, qui est masquée au commencement par une plaque de fer : ils doivent être rouges avant que le courant d’air vienne les frapper, afin qu’ils ne'puissent s’affiner pendant la fusion. En les faisant avancer à mesure qu’ils fondent , on les tient toujours couverts de charbon. Lorsque le creuset est rempli de fer, on retire et l’on éteint le combustible, on enlève les scories avec la pelle, on arrose la surface du métal et l’on en détache des blettes par la méthode ordinaire. Le travail se continue jusqu’à ce que toute la masse soit changée en plaques minces™ On apporte ensuite du. charbon frais , on en remplit le feu , on approche de nouveaux saumons et l’on recommence la même opération .

La fonte qui est blanche ou celle qui a subi un premier degré d’affinage , ne peut se convertir en blettes; il faut donc avoir soin de ne pas changer la nature du fer cru pendant la fusion , et 1 on n y parvient qu en employant un foyer très- étroit, un vent rapide et de bon charbon, dont la fonte doit toujours être couveitc.

On grille les blettes sur l’aire du foyer de mazerie qui reçoit, pour cette raison, une longueur de 5m,y5 à peu près , afin qu’on puisse y disposer à la fois une assez grande quantité de plaques. Pour procéder au grillage, on remplit d’abord le creuset de fraisil, on \e couvre ensuite avec une plaque pour ne former qu’une seule surface plane de toute la partie supérieure du massif.

DU FER DUCTILE

Si les blettes étaient trop épaisses , la ifomte ne pourrait pas être assez Manche. Trop minces, elles entreraient si facilement en fusion que , dans lie feu d’affinerie, elles n’auraient pasle temps de perdrte 1 eur carbone. L’épaisseur la plus convenable est de i3 à 19 millim.

On emploie également des fourneaux de grillage particuliers ; ils ressemblent assez aux fours de liquation , avec la différence cependant qu’ils ne sont fermés que de trois côtés. La sole se compose de deux surfaces inclinées qui , se coupant dans leur longueur , forment une rigole pour la circulation du vent. Lorsque l’on grille les plaques sur l’aire d’un feu de mazerie, 011 fait avec du laitier ou des morceaux de fonte, un canal de 6 à 8 centimètres de largeur, que l’on couvre de manière à laisser de petits interstices pour le passage du vent. Après avoir mis sur cette aire une couche de charbonaille d’un pied d’épaisseur, 011 y place les blettes de champ , on les serre l’une contre l’autre et on les couvre de menu charbon : la première s’appuie contre le mur de la tuyère. On ferme le devant de cette espèce de foyer, avec une planche qu’on enduit de brasque, pour la préserver de l’ignition. On jette par le haut et en différens endroits quelques pelletées de charbons incandescens, et l’on fait agir les soufflets. Le vent pénétrant à travers les blettes , arrive aux charbons, opère un embrasement général qui s’étend au lit inférieur et qui force bientôt de renouveler à plusieurs reprises la couche de combustible dont les plaques sont couvertes *.

* Le grillage de la fonte blanche au contact de l’air produit deux effets bien distincts : il occasionne la combustion d’une partie de carbone contenue dans la fonte, et il fait dégager de sa combinaison avec la masse du métal, une autre partie de carbone qui,

Le fer cru reçoit un degré de température tel , que les blettes finissent par se coller l’une à l’autre; on est obligé pour cette raison de les faire sortir du four lorsqu’elles sont encore rouges, afin de pouvoir les séparer. On grille a la fois de 25 à 60 quintaux métriques de fonte. La durée de cette opération varie entre i5 et 36 heures. La consommation de charbon s’estime a Omet- cub>, 1 188 par ioo kilog. de fonte; le déchet est de 3 pour cent. La fonte blanche acquiert par ce grillage une couleur grise , un certain degré de ténacité, une texture grenue et hamiforme.

976. Dans les contrées où la houille est à bas prix, on devrait s’en servir pour griller les blettes dans des fours à réverbère. Comme le contact de l’air est essentiel à cette opération, on ferait le rampant et la cheminée très -large, en construisant néanmoins le four de maniéré que les blettes fussent soumises à une haute température approchant du point de fusion.

977. La fonte grillée a déjà perdu une certaine quantité de carbone et s’affine alors plus promptement ; mais il faudrait savoir si le grillage produit une économie de combustible et de fer cru ; les expériences faites à ce sujet ne sont pas assez concluantes. Du reste, il est hors de doute que l’affinage de la fonte grillée devient plus avantageux, lorsque le fer cru est converti en blettes immédiatement en sortant du haut fourneau, et qu’on n’est pas obligé de le refondre pour le mettre sous cette forme. Le travail dans le feud’affinerie est le même que pour l’affinage styrien exécuté

mise à nu , se combine ensuite avec une petite quantité de fer et forme un poly carbure. C'est à ce dernier composé que la fonte grillée doit sa couleur grise. Voyez le mémoire annexé au premier volume, $. ix, i3, 19, 26, 3i, etc. Le T.

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avec des blettes non grillées. Les plaques sont assemblées aussi en trousses qu’on met en fusion , sans y ajouter cependant autant de battitures que dans l’autre procédé *.

DE LAFFINAGE dit bergamasque usité en carinthie.

978. La fonte traitée par le mode d’affinage dit Bergamasque , est sous forme de saumons, de plaques ou même de grenailles. On la fond de manière que la masse ait dans le creuset une liquidité moyenne; on y mele ensuite des battitures ou de la sonie, afin de la duicir et de la partager en plusieurs morceaux ** qu 011 enleve du feu pour les affiner plus tard par une seule fusion. Il est évident que le grillage est remplacé dans cette opération parles additions de laitiers riches.

Le creuset composé de cinq plaques , a 62 centim. de longueur et 2 6 a 28 de profondeur ; la tuyère éloignée de la rustine de 21 à 23 centim. , plonge de 10 degrés. Ces dimensions sont du reste assez arbitraires, parce que la surface intérieure est garnie d’une couche de fraisil, qui, sur le fond, a 5 cent, d’épaisseur. Après

* H faut espérer que le procédé de blanchir la fonte, de la convertir en blettes au moment où elle sort du fourneau , se répandra davantage dans les établissemens de moyenne grandeur où Ion obtient de la fonte grise , parce qu’il est extrêmement simple , qu’il n’entraîne aucune dépense et qu’il produit une grande économie de combustible dans les foyers d’affinerie : on parviendra peut-être un jour, dit M. Karsten dans son voyage métallurgique en Styrxe, à cémenter les blettes dans des substances oxidées, et à les décarburer bien mieux qu’on ne le fait à présent par le simple grillage. Le T. 1 b

** Ces morceaux sont appelés mazelles.

39o CINQUIEME SECTION.

avoir nettoyé le feu au commencement de l’opération, en n’y laissant qu’une petite quantité de laitier riche , on le remplit de combustible. On rapproche le saumon jusqu’à i3 centim. de la tuyère, on le couvre de charbons et l'on fait agir les soufïlets , on chauffe et l’on étire pendant la fusion , le fer obtenu précédemment. Si les scories pauvres s’accumulent en trop grande quantité dans le feu, on est obligé de le» faire écouler. Lorsque la liquéfaction du fer cru est terminée , on enlève avec une pelle les charbons et les scories crues, et l’on jette une certaine quantité de laitier riche dans le foyer *, on brasse le mélange avec un morceau de bois, jusqu’à ce qu’il soit devenu solide. Les poids des morceaux varient depuis i décigramme jusqu’à 12 kilog. L’ouvrier les retire du feu ainsi que le fraisil et le reste du laitier, remplit le creuset de charbon frais et partage toute la masse du fer en deux parties qu’il traite séparément, en commençant pai les gros morceaux; il en place les plus volumineux du côté de la rustine , rapproche les autres du contrevent, les couvre de charbon et fait agir les soufflets avec lenteur.

L’affmeur doit avoir soin que ces morceaux de fonte demi-affinée se convertissent en fer ductile par une simple fusion : guidé par l’aspect de la matière qui s’attache au ringard, il les empeche de fondie trop rapidement. A mesure qu’ils se liquéfient , il les remplace par les autres qui sont disposés sui laiie, et les couvre chaque fois de nouveau chai bon.

Dans certaines contrées on ne forme de toute la masse qu’une seule loupe qui, après avoir été ciu glée , est coupée en plusieurs lopins qu on étire à la fusion suivante. Ailleurs on prend tout le fer pai at

tachera ent : lorsque l’ouvrier s’aperçoit que le premier morceau se liquéfie eu bouillonnant, il place une barre de fer garnie d’un manche en bois , à 5 centim. au-dessous du plat de la tuyère, lui fait toucher la rustine , la tourne d’abord et se borne ensuite à la remuer légèrement. Lorsque le lopin qu il veut former est devenu assez gros, il ordonne à son aide de soutenir la masse des matières qui pèse sur ce lopin, le retire du feu et le porte sous le marteau pour l’ébaucher : on l'étire ensuite à la fusion suivante. Ce travail continue jusqu’à ce que tout le fer soit ramassé de la sorte. L’adresse de l’ouvrier consiste à s’emparer avec sa barre de tout le métal qui s’affaisse, sans en laisser tomber sur le fond du creuset. Le déchet devient plus grand, si l’on affine par attachement, qu’en formant une loupe; quelquefois il s’élève jusqu’à 33 i/3 pour cent; mais le fer n’en est que meilleur. La consommation de charbon est aussi trèsgrande ; elle surpasse quelquefois 2mct cub-,375 par roo kilog. de fer ductile. Lorsqu’au lieu de procéder par attachement on forme des loupes , le déchet ne monte qu’à 9 pour cent *.

* La méthode bergamasque ordinaire est plus compliquée que celle qu’on vient de détailler. On emplo'ie des laitiers riches pendant la fusion, et l’on projette la fonte liquide sur des laitiers semblables pour obtenir le premier produit intermédiaire appelé mazelle. La quantité de fonte employée pour une seule opération est ordinairement de 8 quintaux. On partage les mazelles en six parties égales que l’on fond séparément pour en former des mazeaux, en y ajoutant des battitures ; on soumet ensuite ces mazeaux séparément à une troisième et dernière fusion pour en faire une loupe. C’est le procédé d’aflinage le plus désavantageux sous le rapport de la consommation de charbon. Le T.

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