‹ Manuel de la paroleChapitre 146 sur 182 · L'ANE · texte numérisé non relu

L'ANE

L'âne est de mes bons amis; j'aime sa société, son commerce me récrée, et il 7 a dans son affaire je ne sais quoi qui excite ma sympathie et mon sourire. Je n'aurai point à me reprocher en mourant de ne m'être pas, en tout temps, arrSté dans les foires, sur les places publiques, partout où s'est rencontré un ftne à regarder.

Je parle ici de l'âne des champs, de cet ftne flâneur et laborieux, esclave sans être asservi, sobre et sensuel, dont l'oreille reçoit le bruit dans tous les sens, sans que l'esprit bouge, dont l'oeil mire tous les objets sans que l'âme se soucie.

Il lui manque, c'est vrai, de la noblesse; mais aussi point d'orgueil, point de vanité, nulle envie d'être regardé. . . Ceci m'a fâché queliiues fois; je m'étonnais désagréablement d'être le seul des deux qui trimvât du cbarme à regarder l'autre. En y réfléchissant mieux, j'ai reconnu que l'avantage est tout du

D,gt,,-erihyGOOgle

c0t4 de mon confrère. Regarder autrui, c'est être soi-même sensible aux regards ; c'est le premier et le dernier degré de la viLuité, et l'âne n'eo a point, je l'ai dit. Au milieu d'une |ilac« remplie de monde, de lui nul ne se soucie, et nul ne lui importe ; approchée, voiisle verrez regarder une bonté, vaquera sa feuille de chou, écouter des' bruits curieux, humer le vent qui passe, et jamais s'enquérir ai cela vous plaît ou voua déplaît, s'il en est mieux ou plus mal jugé par vous, si, faisant autrement, il lui en reviendrait plus de louauge de votre part. Vrai philosophe, libre en dépit de l'homme son ma!Cre, eu dépit de la destinée sa marâtre ; patient au mal et ne boudant jamais sa fortune. Et pourtant les écoliers l'insultent, les passants se moquent de lui, son maître le bat ; il est le jouet des places publiques et le rebut des métairies. Ceci n'est pas ce qui m'étonne, car c'est le lot du sage que d'Être la risée du sot.

TOPFFBE.

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